A Mirepoix, La Llum del Laberint – Photographies de Jordi Cané

 

Trois superbes affiches, actuellement accrochées sous le couvert, de part et d’autre de la porte de la Mairie et de l’Office de Tourisme, signalent l’ouverture de l’exposition La Llum del Laberint. Sur le détail reproduit ci-dessus, vous aurez reconnu à son air de déjà-vu le pavé de la cathédrale Saint Maurice. Invité à Mirepoix dans le cadre du jumelage de notre commune avec celle de Palafrugell en Catalogne, le photographe Jordi Cané expose à l’office de tourisme, dans la Salle des Métiers d’Art, une série de vues dédiées à la cathédrale, au palais épiscopal et au labyrinthe de la chapelle Sainte Agathe.

 

Usant tour à tour des ressources du noir et blanc et de la couleur, Jordi Cané donne à voir l’univers de la cathédrale de façon mystérieusement épurée, dans la stricte évidence d’une lumière blanche et mate qui accuse la découpe des formes éclairées et préserve, dans le même temps, parfois poudré d’un grain de nuit, le silence des pierres, le secret de la matière refermée sur la profondeur du temps.

Certaines des photos en noir et blanc sont tirées en sépia. Empruntant ici à l’esthétique des cartes postales anciennes, Jordi Cané illustre de la sorte à la fois le destin du passé, qui voue les « pierres sauvages » ((Titre du roman dédié aux bâtisseurs du Moyen Age par l’architecte Fernand Pouillon.)) au possible du devenir-image, et le destin des images, qui est – major e longinquo reverentia – de désigner les « pierres sauvages » au possible de notre révérence, par effet de grandissement.

Dédiées aux rayons et aux ombres, les photos couleur illustrent quant à elles, de façon plus baroque, l’étrange effet de clavecin oculaire sous les dehors duquel matière et couleur se confondent, reconduites ainsi à leur parenté abyssale, ou, comme dit le poète, à leur « ténébreuse et profonde unité ».

Quelques vues empruntées à l’exposition…

 

Les photographies de Jordi Cané sont exposées à l’Office de Tourisme de Mirepoix, dans la Salle des Métiers d’Art. L’exposition dure jusqu’au 6 novembre 2010.

Analogies – « Prestres et Prophetes ayans leur demeure aux montaignes »

Ils croyent les ames eternelles ; et celles qui ont bien merité des dieux, estre logées à l’endroit du ciel où le Soleil se leve : les maudites, du costé de l’Occident.

Ils ont je ne sçay quels Prestres et Prophetes, qui se presentent bien rarement au peuple, ayans leur demeure aux montaignes. A leur arrivée, il se faict une grande feste et assemblée solennelle de plusieurs villages […]. Ce Prophete parle à eux en public, les exhortant à la vertu et à leur devoir : mais toute leur science ethique ne contient que ces deux articles de la resolution à la guerre, et affection à leurs femmes. Cettuy-cy leur prognostique les choses à venir, et les evenemens qu’ils doivent esperer de leurs entreprinses : les achemine ou destourne de la guerre : mais c’est par tel si que où il faut à bien deviner, et s’il leur advient autrement qu’il ne leur a predit, il est haché en mille pieces, s’ils l’attrapent, et condamné pour faux Prophete.

Montaigne, Essais, Livre I, chapitre XXX : « Des cannibales »

Ci-dessus : Vues d’un mur à Mirepoix, depuis ma fenêtre ; Hergé, Le Temple du Soleil.

Jours d’octobre

Le soleil brille, mais l’air devient plus frais, les couleurs plus transparentes. La serviette fétiche des hommes de la maison semble plus pâle. Un rayon jaune et doux caresse sur le rebord de ma fenêtre une photo souvenir des années Angoulême.

J’ai pris cette photo mardi après-midi. Les préparatifs de la Fête de la Pomme débutaient. Le taureau a été ensuite entièrement revêtu de pommes rouges, jaunes, vertes. L’odeur du fruit planait déjà dans l’air. Et les fruits passeront la promesse des fleurs.

J’aime photographier la nuit, les fenêtres qui s’allument, les reflets d’une maison qui berce le soir son mystère.

Jeudi matin. J’attends sur le cours du Colonel Petitpied le passage du bus de 8h03. Il est toujours à l’heure, celui-là. Bien qu’il fasse déjà jour, la lumière des réverbères s »attarde. Cet éclairage habille la perspective d’une couleur cinéma, que j’ai envie d’appeler le chien et loup du matin. Mais le loup demeure ici pure fiction, car il n’y a pas de loups à Mirepoix.

Sous la croix verte, la pharmacie indique l’heure et la température. Je m’y intéresse de façon neuve quand j’attends le bus. Je pars à Pau pour le week-end.

Le bus arrive à l »heure, comme prévu. Il débouche sans faire de bruit du coin de la rue, comme dans les rêves.

Le train m’emporte vers Pau. J’ai pris cette photo par la fenêtre alors que nous passions aux environs de Lanne. J’avais, dans mes lectures de jeunesse, une passion pour Le pays du dauphin vert d’Elizabeth Goudge. Il n’y a certes pas de dauphin ici. Mais il y a ce vert des prairies heureuses, images du paradis.

A bientôt. Je reviens ce dimanche soir.