Près de Mirepoix, à Saint Sernin, une maison du XVIe siècle

 

Ce dernier lundi de Pâques, alors que je revenais à pied de Manses, j’ai pris le sentier qui monte au lieu dit Saint-Sernin. J’avais la curiosité de voir à quoi ressemble aujourd’hui la « maison du XVIe siècle », représentée sur deux vieilles cartes postales, dont l’une reproduite ci-dessus, et l’autre à la fin de cet article.

Le compoix mirapicien de 1766 indique que la maison appartenait alors à Denis de Saint-Sernin, descendant d’une famille seigneuriale dont le nom se trouve mentionné dans la chronique à propos du conflit qui oppose en 1352 Jean de Lévis II, seigneur de Mirepoix, à certains de ses vassaux :

En 1352, Jean de Lévis II se trouve à même de figurer parmi les défenseurs du Languedoc menacé par l’armée anglaise. Chargé comme les autres feudataires de réunir les contingents à fournir au roi, Jean de Lévis convoque au château de Mirepoix les gentilshommes de son domaine, dont certains, convoqués en même temps à Carcassonne par les agents du roi, ne répondent pas de suite à l’appel du seigneur et voient leurs biens mis par lui sous séquestre. Par ailleurs, ceux qui répondent à l’appel prétendent que leur nourriture et leur entretien doivent être à la charge du suzerain. Jean de Lévis s’y refuse, fait saisir certains d’entre eux et même emprisonner les plus récalcitrants. Les vassaux protestent et assignent leur suzerain devant la cour du sénéchal de Carcassonne… 1)Joseph Laurent Olive, Mirepoix en Languedoc et sa seigneurie, du Moen Age à la veille de la Révolution, p. 62, Imprimerie du Champ de Mars, Saverdun, 1985.

Parmi les vassaux récalcitrants de 1352, il y a Robert de Rivière, seigneur de Saint-Sernin, Jean de Rivière, seigneur de Roquetaillade, Jean et Philippe de Rivière, co-seigneurs de La Serpent, Gassot de Rivière, seigneur de Villapomède, etc.

Je ne sais rien d’autre sur la seigneurie de Saint-Sernin, sinon que, d’après le compoix de 1766, Denis de Saint-Sernin tenait à cette date au bord du consulat de Portes (aujourd’hui, Manses), outre une bonne partie du moulon 78, dit de Mazerettes, Balardrau, Grausses, Larchère, Sarrat, Courejolles, Coume de Rouger, [illisible], [illisible], Coumel de Rouger, et Costes de Manses, et une bonne partie aussi du moulon 79, dit de Rouger, Borde Cremade, Vignasse, Font del Peyrié, Font de Rouger, Matherittes, Rieux, Cavaillé, Camp del Roc, Curatte, Coumel de Rouger, Bailhasse del Coumel, Laparié, Carrayrol et Bigot, les parcelles n°1, 5, 6 et 9 du moulon 80, dit de Bigot et Saint-Sernin ou Latché, dont voici le plan :

 

 

 

 

Le compoix de 1766, tome 2, p. 213, fait mention de la maison, sise sur la parcelle n°9.
Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

 

Voici maintenant la maison du XVIIe siècle, dans l’état qu’on lui trouve en avril 2014. Naguère louée, il se dit qu’il s’y donnait des fêtes qui ont accéléré la disparition des vestiges de son aménagement intérieur. On y voyait encore, paraît-il, de belles cheminées fort anciennes.

 

 

 

Cette partie de la maison a visiblement été remaniée postérieurement au XVIe siècle.

 

Voici la partie plus ancienne, que l’on date du XVIe siècle au vu de la tour, « réduit défensif, non habitable 2)Cf. Florence Journot, L’habitat seigneurial en Haut-Languedoc (Xe-XIVe S.) Approche archéologique de l’aristocratie méridionale, in Cahiers de civilisation médiévale, 35e année (n°140), octobre-décembre 1992. pp. 351-366., et des fenêtres à meneaux, qui rythment sa façade 3)Cf. Gilles Séraphin, Les fenêtres médiévales : Etat des lieux en Aquitaine et en Languedoc, in Bulletin de la Société Archéologique du Midi de la France, 2002 ; Wikipedia : article Meneau..

 

 

Parlant de la « dynamique mise en oeuvre », une personne m’écrit que la maison est en cours de restauration. On ne peut que se réjouir de cette bonne nouvelle.

 

Notes   [ + ]

1. Joseph Laurent Olive, Mirepoix en Languedoc et sa seigneurie, du Moen Age à la veille de la Révolution, p. 62, Imprimerie du Champ de Mars, Saverdun, 1985.
2. Cf. Florence Journot, L’habitat seigneurial en Haut-Languedoc (Xe-XIVe S.) Approche archéologique de l’aristocratie méridionale, in Cahiers de civilisation médiévale, 35e année (n°140), octobre-décembre 1992. pp. 351-366.
3. Cf. Gilles Séraphin, Les fenêtres médiévales : Etat des lieux en Aquitaine et en Languedoc, in Bulletin de la Société Archéologique du Midi de la France, 2002 ; Wikipedia : article Meneau.

5 réflexions sur « Près de Mirepoix, à Saint Sernin, une maison du XVIe siècle »

  1. Quelle belle, belle, belle maison ! Quel extraordinaire appareil de briquettes ! Cette demeure revivra un jour, c’est sûr !

  2. Puisse cette si belle maison ne pas être définitivement oubliée !

    Merci à vous pour vos reportages et vos belles photos, vous participez peut-être
    ainsi à sortir ces bâtiments ou lieux d’un oubli injuste ?

  3. Merci pour les belles photos , ca me rappelle mon enfance , c’est la ou je suis nee , et vecu jusques a l’age de 18 ans ,apres suis partit en Allemagne ou j’ai fait ma vie jusque a present …. Merci pour les belles photos .. bisou Gilbert

  4. Bonjour,

    Je connais très bien cette maison qui appartient à une amie d’enfance.
    Je suis étonnée de votre commentaire:  » La maison aujourd’hui est fermée. Elle semble vouée à la ruine… » En effet, St Sernin a été repris par mon amie en 2009, qui y habité en permanence depuis 2012. De plus, d’importants travaux ont été entrepris. Cette tâche est longue et courageuse.
    Bien cordialement,

    Rebecca Gregory

  5. On ne voit que la ruine, de l’extérieur au moins, confert les photos. Les deux tiers de la maison semblent au bord de l’écroulement, en tout cas abandonnés à leur sort. Plaise à dieu que l’apparence soit trompeuse.

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