Les rinceaux de la chapelle castrale de Terride en octobre 2009

A l’invitation de M. Roger, propriétaire de Terride, je me suis rendue hier au château afin de voir les progrès accomplis dans le dégagement de la partie la plus ancienne des remparts, et, comme le temps sec le permettait, nous sommes montés par une échelle à l’étage de la chapelle castrale, où j’ai photographié ce qui reste des fresques à rinceaux signalées pour la dernière fois en 1964. J’évoquerai dans un prochain article le travail de dégagement des remparts. Je n’avais encore jamais vu, de mes yeux, les fresques de la chapelle castrale. J’ai profité de l’occasion pour fixer quelques images reliques. De telles images ne laissent pas d’inspirer la mélancolie des choses ruinées, trop souvent oubliées ou délaissées, avant que vienne quelqu’un qui s’en soucie, mais c’est déjà trop tard, l’essentiel est perdu.

 

 

La chapelle était jadis attenante au premier château édifié sur le site, plus tard abandonné, puis détruit au XIXe siècle. Un escalier à vis assurait jadis un accès intérieur à l’étage de cette chapelle. L’escalier aujourd’hui est ruiné. On ne peut plus atteindre l’étage de la chapelle que du dehors, en grimpant à l’échelle. J’ai suivi M. Roger dans cette ascension. 

 

 

La chapelle n’a plus de toit, sinon à l’endroit de l’absidiole, endroit au-dessus duquel subsiste une voûte de briques, pénétrée de racines, crevée en son centre, sans doute proche de l’effondrement. Il y a une quinzaine d’années encore, les arbres avaient envahi la chapelle. Ils ont depuis lors été supprimés.

 

 

Vue de la chapelle depuis l’entrée ; vue de la voûte crevée, à l’emplacement de l’autel disparu ; vue de la chapelle depuis l’emplacement de l’autel. Les fenêtres ornées de rinceaux se trouvent à droite sur l’image. 

 

 

Vues ici à contrejour, les fenêtre ornées de rinceaux donnent sur la plaine de Mirepoix et sur la chaîne des Pyrénées. Parmi les feuilles, sur l’image de droite, on distingue le clocher de la cathédrale de Mirepoix.

 

 

Voilà ce qui subsiste le 14 octobre 2009 des peintures signalées par Robert Roger, en 1909, dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques : "Sur les archivoltes et les piedroits des fenêtres sont tracées des étoiles à huit rais, entre des filets, ou de larges bandes imitant des briques. Dans l’ébrasement se déroulent les linéaments gracieux de rinceaux. Les rinceaux sont rouges sur fond blanc et terminés par des palmettes" 1)Base Mérimée, section Mobilier, Ariège, Mirepoix, peinture monumentale, chapelle castrale. Il s’agit de peintures à la chaux, dont l’Inventaire général du patrimoine indique qu’elles datent de la fin du XIIIe siècle ou du début du XIVe siècle.

 

 

14 octobre 2009.

 

 

Détail le mieux conservé.

 

 

De gauche à droite : 14 octobre 2009 ; 1964, cliché de A. Neury.

 

 

1909, relevé établi par Robert Roger.

 

 

De gauche à droite, vue de la seconde fenêtre ornée de rinceaux : 1964, cliché de A. Neury ; 14 octobre 2009.

 

La chapelle, au cours du temps, a été totalement dépouillée son mobilier.

Les tailloirs de certains chapiteaux supportaient sans doute des statues. Les statues sont parties.

A la base des arcs écroulés, des crochets cannelés ou ornés de feuilles d’acanthe demeurent les seuls vestiges du décor ancien.   

 

 

 

Blancheur nacrée de la pierre, corail de la brique, beauté de la rencontre des matières, toute la poésie de la petite chapelle se condense dans ce chapiteau qui a survécu.  

 

L’histoire de cette chapelle demeure mal connue. Suite à l’installation de Roger Bernard Ier en 1363, puis à divers partages, le château et sa chapelle deviennent propriété de la maison de Lomagne. L’utilisation de la brique témoigne, semble-il, du goût aquitain, importé en Ariège par Antoine de Lomagne, baron de Terride et de Gimonès, qui est probablement intervenu ici sur la base d’une chapelle antérieure.

Merci à M. Roger qui m’a permis de visiter la chapelle et qui tente par tous les moyens de sauver ce qui reste de cette dernière. 

 

Notes   [ + ]

3 réflexions sur « Les rinceaux de la chapelle castrale de Terride en octobre 2009 »

  1. Martine Rouche

     » Les décors couvrants, composés de motifs répétitifs, sont destinés à revêtir de manière uniforme une ou plusieurs parois. Le faux appareil en est le représentant le plus courant, mais bien difficile à dater, étant donné le manque d’études à son sujet et le fait que son emploi dépasse largement les limites du Moyen Age. L’Aquitaine conserve une douzaine d’exemplaires domestiques répertoriés. Le type le plus répandu est celui composé de doubles traits rouges horizontaux et verticaux ; parfois il est timbré en son centre d’une fleurette rouge dont le coeur peut être ou non laissé en réserve. On le trouve au XIVe siècle, dans les châteaux de Rauzan, Roquetaillade, Villandraut et Cazes. Dans ce dernier, chaque niche, chaque baie en est recouverte. Au premier étage, dans une petite pièce en retrait, où il prend une forme un peu différente puisque le trait horizontal est simple alors que le trait vertical est double, il recouvre même un coussiège. Sur un mur de cette pièce, un arbre dessiné en rouge sur le même enduit est apposé sur le faux appareil, ses feuilles et fleurs s’épanouissent à l’intérieur du réseau quadrillé constitué par ce dernier. A Villandraut, le même décor recouvre les murs et les voûtes des pièces, des escaliers et des couloirs, à tous les niveaux. Il se prolonge aussi sur les niches et les embrasures des archères, comme c’est également le cas au Château Vieux de Roquetaillade. Partant, peut-être peut-on proposer que ces appareils feints aient servi tant à unifier les volumes qu’à faire disparaître visuellement, dans l’espace intérieur, la dimension défensive de ces châteaux girondins au profit de leur fonction résidentielle ?  »

    Pascal RICARRERE, Les décors peints domestiques en Aquitaine (XIIIe et XIVe siècles)

  2. A Marie dambies

    J’avais eu aussi le privilège d’être reçue au château de Terride dans le cadre des journées de visite de Vieilles Maisons de France et je me souvenais du bijou qu’avait dû être cette chapelle; l’enthousisame de son propriétaire n’a pas faibli; il est bien méritant de travailler seul à ces retaurations. Belle leçon d’architecture transmise par Martine !!

  3. Jacques Gironce

    Cette mode, indémodable, de peindre des fausses briques sur des vraies,s'est pratiquée jusqu'au commencement du 20e.s. On peut encore voir çà et là, souvent sur des demeures luxueuses des vestiges jamais restaurés de cette pratique que les vieux maçons appellent ,dans la zone de la brique, " de cafrenat" . Il y a toujours eu un complexe d'infériorité irréfléchi, contre la construction en foraine, jugée "roturière". A tort, certes; car, quoi de plus beau que la façade ouest des Jacobins de Toulouse,par exemple…ou la reconstitution d'un élément du Château Narbonnais au jardin des plantes…Notre époque de restaurations, dites "éclairées", a induit la " décrépitude " révélatrice de ces merveilles. Tant mieux !

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