En Arvigna – Borne fontaine, citrouilles et art des jardins

 

L'église du village se trouve juchée sur une butte, couronnée d'un petit bois.  On grimpe à l'église par un raidillon qui traverse le bois. L'église surgit soudain dans une trouée… Ainsi cadrée, – pur effet d'optique, courbure de l'espace, ou vérité du clinamen -, on dirait qu'elle penche… Je suis montée à l'église hier. Il faisait beau. Il y avait des vaches derrière l'église, et, derrière les vaches, les monts, le ciel. J'ai goûté, un moment, la paix de ces espaces champêtres. Puis je me suis livrée à l'activité pour laquelle j'étais spécialement venue. J'ai photographié la vieille borne fontaine, installée sous un platane au pied de l'église.

 

 

Il s'agit d'une borne fontaine en fonte, de marque Bayard, Lyon. Elle fournit l'eau nécessaire à l'arrosage des fleurs qui ornent les tombes du petit cimetière, installé tout autour de l'église. On fait monter l'eau à l'aide d'un volant qui entraîne le mouvement du plateau installé au sommet de la borne. Tandis qu'on tourne le volant, la bielle monte et descend, le piston suit, exerçant de la sorte un effet de pompe ; l'eau alors monte dans la canalisation.

Rectification apportée par un spécialiste de la société Bayard : "Le volant en tournant entraîne 2 masselottes qui sous la force centrifuge soulèvent et libèrent le clapet qui fait monter l’eau par la pression du réseau d’eau potable".

 

 

Il faut tourner le volant longtemps, y mettre de l'huile de coude, pour obtenir un flux capable de remplir un seau. L'eau vient facilement en hiver. En été, faute de pression, elle ne monte plus. Les habitués du cimetière viennent, en août ,chargés de jerricans et de bouteilles en plastique. Ainsi va la vie.

J'aime la parfaite simplicité de cette borne fontaine. Naguère encore, on fabriquait ainsi quantité d'objets justes, – des objets dont la forme se confondait avec la fonction. Complément de l'adduction d'eau, la fontaine de l'église a été installée en 1968. Elle semble aujourd'hui relever d'un passé déjà lointain. Elle appartient désormais à ce petit patrimoine des premiers réseaux d'alimentation en eau qui fait le charme des promenade de village en village et qui témoigne aussi du génie industriel dont surent faire preuve au XIXe siècle nombre d'entreprises familiales, dont l'entreprise Bayard, installée  à Meyzieu, dans la banlieue de Lyon.

Vers 1860, François Bayard, ouvrier serrurier à Chambéry, inventeur d'une machine à fabriquer des clous, fonde l'entreprise qui porte son nom. En 1880, son fils Jean-Louis Bayard transforme l'entreprise en fonderie de cuivre et se lance dans la fabrication de robinets de bouillottes et de robinets viticoles. En 1910, Jean, Joseph, et Célestin Bayard, les trois fils Jean-Louis Bayard, inventent la borne fontaine Bayard…

 

 

J'avais mes photos de la borne Bayard ! Je suis redescendue vers le village par le raidillon et je me suis arrêtée au bas de ce dernier, pour contempler par-dessus la haie le potager de Marcel. A l'art industriel succède ici, plus personnel, non moins savant,  l'art du jardin.  Oh, les belles citrouilles ! Oh, la grâce aérienne des tuteurs qui ont supporté, jusqu'ici, la croissance des haricots cocos !  Les plants sèchent maintenant. Le temps est venu de ramasser les cocos. Marcel l'a déjà fait. Les cocos mijotent dans la casserole, avec un saucisson de couenne.  

 

 

Le jardin de Marcel se situe au bord d'un ruisseau. Marcel a construit, pour agrémenter son jardin, une fontaine de sa invention. Lorsque l'eau du ruisseau court et chante, momentanément dérivée de son cours premier, celle-ci se trouve conduite par un tuyau souple vers une grande bassine dans laquelle elle se déverse via une goulotte de bambou, qui bascule vers l'avant lorsque le flux l'atteint. Lorsque l'eau frise le bord de la bassine, elle s'écoule successivement par deux tuyaux, dont le premier la précipite sur un petit moulin, lequel l'emporte dans sa rotation vers un second tuyau, lequel la reconduit, directement cette fois, au ruisseau dont elle est issue. Versailles autrement ! 

Aujourd'hui, hélas, le ruisseau était à sec. La fontaine attendra, pour revivre, d'hypothétiques pluies d'automne.

Marcel est aussi un formidable rempailleur de chaises. Il cueille dans la nature les herbes qu'il faut. Il les fait sécher, classe les brins par couleur, les lie en bottes légères. Puis il rempaille les chaises, façon tapisserie d'Aubusson. Il cuisine, le moment venu, d'admirables confitures de pastèque. Cet artiste a 90 ans.

Sous le signe de l'automne, je parlais ici de l'art des bornes fontaines, des citrouilles, des haricots cocos, du rempaillage des chaises, et d'autres belles choses encore…

4 réflexions au sujet de « En Arvigna – Borne fontaine, citrouilles et art des jardins »

  1. Martine Rouche

    Excellent et radieux petit reportage d’automne ! Quel lyrisme contagieux et quelles grâces rendues à la vie d’autrefois dont nous bénéficions encore !
    J’ai moi aussi rempaillé des chaises avec des ajoncs préparés par ma grand-mère. Elle trouvait que mon travail était de grande qualité mais d’une rentabilité quasi inexistante …. Mais je l’ai fait !

  2. CARPENTIER

    Bonjour,
    C'est tout à fait par hasard que je viens de découvrir votre blog.
    J'ai particulièrement apprécié l'intérêt que vous portiez au savoir faire français.
    Sachez que notre Société Bayard vient de fêter ses 130 années d'existence et que la borne fontaine à volant reste toujours l'une de nos marques de fabrique et de savoir faire.
    A vous relire.

  3. Pascal

    Bonjour,
    Très sympa votre blogue.
     
    Juste une petite rectification à faire sur le fonctionnement de la fontaine Bayard, contrairement à ce que vous dite il n’y a pas de piston qui fait monter l’eau !
    Le volant en tournant entraine 2 masselottes qui sous la force centrifuge soulève et libère le clapet qui fait monter l’eau par la pression du réseau d’eau potable.
    Je suis plombier-fontainier spécialiste en fontaine Bayard depuis 30 ans.
    Mr Carpentier de la Société Bayard aurait  pus rectifier cette erreur.
     
    Cordialement et à votre disposition pour d’autres renseignement.

  4. La dormeuse Auteur de l’article

    Bonjour,

    Merci de cette utile rectification. Rien ne vaut l’intervention du spécialiste.
    Je remonte l’info, si vous le permettez, dans le corps de l’article.

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