Heures fantasques au bord de l’Hers

Le paysage en verdure foisonne. Le pont, de loin, semble avoir rétréci. Pour gagner les rives de l’Hers, il faut se perdre dans le vert du tableau.
 
Là-bas, sous les arbres qui bordent la rivière, il y a de ci de là une pierrerie qui se balance dans les hautes herbes.
 
Là-haut, entée sur ses glacis, la tour de Terride figure par-dessus la rivière l’arcane seizième du tarot. Le paysage se trouve placé de la sorte sous le signe de quelque prophétie hermétique. 
 
L’image du monde renversé se donne à lire dans le miroir des eaux.
 
Dans le miroir…

 

Dans le miroir, un peu plus loin, saillent des ruines, restes d’une Atlantide dont personne, semble-t-il, ne se souvient ici. La première ville de Mirepoix fut pourtant engloutie par les eaux, une nuit de juin 1289. Installé plus tard au pied de Terride, le couvent des Cordeliers a disparu lui aussi, nul ne sait quand. Seul reste du couvent, le porche gothique, qui orne aujourd’hui une fontaine installée derechef au pied de Terride, prouve qu’il y a eu là un couvent, une chapelle, un cimetière, et qu’un autre cataclysme s’est produit, qui a tout emporté.

 

 

Le lit de la rivière est envahi de longues chevelures vertes qui ondoient au fil du courant. En juin, ces chevelures de nixes se parent d’une myriade de fleurs blanches.

Puis, comme de jour en jour l’eau baisse, elles pourrissent sur les cailloux, et les bords de la rivière sentent le varech.  

Il suffit de fermer les yeux pour se croire au bord de l’océan.

 

 

Ophélie, Ondine, filles d’herbe, vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissées.  

 

A droite des deux arbres, dans l’eau, il y a un animal en fourrure qui se baigne.

Son allure boisée lui permet de se confondre l’enchevêtrement de branches qui tapisse la rive.

C’est un habitué des lieux.

On l’y revoit chaque année. 

 

 

Plus loin, dans un rai de soleil flouté par le feuillage, d’autres animaux, faits de rien – menus débris, lumière, hasard – tentent de remonter la rivière sur un fragile radeau. A moins qu’il ne s’agisse d’une pirogue à balancier ? Mais il manque le mât et la voile. Où vont-ils ?

 

 

Pendant ce temps, un poisson, d’espèce inconnue, rêve qu’il circule le long de la rive sur une mosaïque à fond d’or.

 

Une brise se lève. Surprise, il neige ! 

Des flocons volètent, se bousculent, emportés par un clinamen oblique. Ce sont les graines des peupliers, touffes légères, cotonneuses, faites de longs poils soyeux. 

Crue en mai, neige de peuplier en juin. La nature a ses habitudes. A force de vivre en ville, on les oublie. L’oubli toutefois a du bon. On s’émerveille d’un rien. Un rien, du reste, n’est jamais rien. Il y a une différence entre rien et rien

 

 

La neige continue à tomber. Elle zèbre la cabane de Robinson. Mais où est passé Robinson ?

 

 

Robinson est caché quelque part dans le tableau. Comme moi, comme nous tous. La vie est à lire comme un rébus. Cet article, aussi

 

A lire aussi sur La dormeuse blogue :

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Des ruines dans l’Hers
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1 réflexion sur « Heures fantasques au bord de l’Hers »

  1. Martine Rouche

    Je laisse dormir le pauvre dormeur et me contente de rappeler ces vers merveilleux chez la dormeuse …

     » C’est un trou de verdure où chante une rivière
    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D’argent : où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
    […] « 

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