Ariège, marche à pied et bus malcommodes

Toujours adepte du No voiture, je tente de survivre dans la vallée du Douctouyre. Le No voiture, pour moi, c’est un choix de vie, une sorte de luxe aussi : j’ai des jambes, je suis libre de mon temps ; je peux donc marcher à pied, et, le cas échéant, marcher ainsi jusqu’à la station de bus : elle se trouve à 3 km de mon village. D’autres que moi, dans la vallée, n’ont pas de voiture parce qu’ils n’en ont pas les moyens ou parce qu’ils n’ont jamais passé le permis. Ils n’ont par ailleurs ni le temps ni la santé nécessaires pour se déplacer pedibus cum jambis. Je connais dans la vallée nombre de personnes d’âge mur  qui, faute d’avoir conservé de bonnes jambes et parce qu’elles sont tenues tout au long du jour par le soin des bêtes, ne sortent jamais de leur village et comptent uniquement sur la camionnette de l’épicier-boulanger ambulant pour le pain, le sel, le sucre, l’huile, etc.

 

Je tente de survivre dans la vallée du Douctouyre, disais-je, car concernant l’accès au bus, la situation s’aggrave sérieusement depuis cette rentrée. La grille horaire et la liste des stations desservies ont été modifiées [1]Cf. La dormeuse blogue : Horaires 2008-2009 du bus Toulouse-Lavelanet !. Ces modifications ont pris effet le 1er septembre. Il a fallu attendre une semaine avant de connaître la teneur de ces dernières. Pas facile de prendre le bus lorsqu’on ne sait ni quand ni où il passe ! J’espérais trouver des infos à l’arrêt de Mirepoix ou à celui des Issards. Bernique ! Il n’y avait rien. Ou plutôt si ! A l’arrêt des Issards, délavée par les années (cliquez sur l’image pour l’agrandir), il y a la grille horaire de 1998 ! En revanche, il n’y a plus le pylone en ciment couché par terre, qui servait de banc pour attendre un bus susceptible d’avoir trois quarts d’heure de retard…

 

 

"Station" de bus des Issards, 07h 23, 8 septembre 2008

 

Parlons maintenant des horaires. Ils sont de moins en moins commodes. Un exemple… Le lundi, c’est jour de marché à Mirepoix, – le célèbre marché de Mirepoix ! Il vaut mieux s’y rendre de bonne heure, avant la foule, d’autant plus que le marché se termine à midi. D’après la grille horaire, il y a un bus qui passe aux Issards à 7h 23. Le suivant passe théoriquement à 9h 30. Il est chaque fois largement en retard. On n’a plus le temps de faire grand chose lorsqu’on arrive à Mirepoix, puisque le bus du retour passe à 12h 23. J’ai donc voulu prendre le bus de 7h 23. Il s’agit d’un bus départemental, dédié principalement aux scolaires, mais dans lequel la page Internet du Conseil Général indique qu’on peut monter, en fonction des places disponibles. Lorsque ce bus est passé, le chauffeur n’a pas voulu me laisser monter. Il m’a invité à monter "dans le bus suivant, qui passe dans 5 minutes". Ce bus-là ne figure pas sur la grille horaire. Je l’ai attendu 25 minutes. Le chauffeur m’a dit qu’il ne pouvait pas me laisser monter le lundi, mais seulement les autres jours de la semaine… Impossible donc de se rendre au marché de Mirepoix, lorsqu’on réside dans la vallée du Douctouyre.

 

 

Je suis allée en bus à Mirepoix mardi dernier. Au retour, i. e. dans la direction Lavelanet-Toulouse, j’ai découvert que le bus ne s’arrête plus aux Issards. Il faut donc, pour regagner la vallée du Douctouyre, descendre du bus à Rieucros ou aux Pujols, communes situées toutes deux à 6 km de mon village ! J’avais 15 kilos de pain, sel, sucre, huile, conserves, etc. dans mon sac à dos. Je me suis offert une agréable promenade de santé sur la route encombrée de poids lourds et dépourvue de bas-côtés praticables. Et comme demain matin, j’ai besoin de me rendre à Pamiers, rebelote ! Je referai 6 km à pied pour gagner Rieucros ou Les Pujols. Ce style de vie exige du tonus et de bonnes chaussures. 

 

La semaine dernière, je me suis rendue de mon village à Toulouse par le bus régional qui passe désormais à 8h 25, au lieu de 8h précédemment. J’avais rendez-vous à Toulouse à 10h 30. Je suis arrivée en retard à ce rendez-vous, car paradoxalement ce même bus qui dédaigne les habitants de la vallée du Douctouyre, dessert désormais, entre Pamiers et Toulouse, chacune des petites gares de chacune des petites communes, où personne ne prend jamais ce bus-là, puisque le train va plus vite et coûte moins cher. Le chauffeur du bus m’a d’ailleurs fait remarquer que, la prochaine fois, je ferais mieux de descendre du bus à la gare de Pamiers, et là, de continuer en train. "Vous seriez ainsi largement à l’heure pour votre rendez-vous". De rage, j’ai changé de projet pour le retour. J’ai pris le train jusqu’à Pamiers, et là, je suis rentrée à pied. 16 km. Le ciel était bleu. Le soleil brillait. J’ai eu le temps de contempler le paysage, la chaîne des Pyrénées, l’aérodrome des Pujols, les bois, les champs…  C’est beau, l’Ariège.

 

Les pouvoirs publics parlent de développer les transports en commun. Des mots. L’Ariège, qui se caractérise par un habitat dispersé, des vallées, des hameaux oubliés dans les ombres à longs plis descendant des montagnes, aurait besoin d’actes en lieu et place des mots !      

 

Voir aussi :

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Notes

1 réflexion sur « Ariège, marche à pied et bus malcommodes »

  1. Martine Rouche

    On peine avec toi … Ce n’est plus le blog de la Dormeuse, mais de la Marcheuse … J’espère que tu as, toi aussi, des semelles de vent ?
    As-tu songé à transmettre tout ça partout, à la presse, à Ariègenews, aux présidents des communautés de communes ? Je me demande même si ces derniers ont conscience du problème !
    Repose-toi un peu !

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