La maison de Kiso

J’apprends seulement qu’elle existe, alors même qu’on est sur le point de la démonter et de la mettre en caisses, pour la reléguer… où ça ? Il s’agit d’une minka, une maison paysanne, importée de Kiso, un village des montagnes du Japon. Une pièce de monnaie, glissée entre les poutres du toit, atteste qu’elle a été construite entre 1861 et 1863. Cette maison était, dans les années 1970, la demeure de Tami, une grand-mère qui filait et tissait le chanvre, puis déposait la toile dans la neige afin que celle-ci la blanchisse. A l’âge de 73 ans, Tami est honorée du titre de juyô-mukei-bunkazai, de "trésor culturel vivant". Jane Cobbi, ethnologue, directeur du groupe de recherche "culture matérielle et vie quotidienne au Japon" du CNRS, a longuement rencontré la vieille dame dans les années 1970 et recueilli ses enseignements. En 1990, les enfants de Tami, qui vivent ailleurs et craignent que la maison de Kiso ne soit vouée à la disparition, proposent à Jane Cobbi de l’emporter en France, avec tous les objets qu’elle contient, afin qu’elle y soit conservée et présentée au public.

 

Ci-dessus : Hiroshige, Les 53 relais du Tôkaidô, planche 22.

 

Grâce au mécénat de Shiseido, Ajinomoto, Toyota, apan Airlines, ainsi qu’au soutien de l’ambassade de France à Tokyo, la maison de Kiso est embarquée sur un cargo et transférée en France en 1999. A Paris, le projet d’installation au Jardin des Plantes capote, pour des raisons administratives. La maison de Kiso échoue alors au Musée de l’Homme, dans une galerie vide dont le plancher manque de solidité et qui ne peut donc être ouverte au public. On se propose aujourd’hui de démonter la maison et de l’entreposer quelque part… dans des caisses.

La reverrons-nous jamais, alors que nous ne l’avons jamais vue ?

 

 

L’irori, âtre carré, constitue au centre de la maison le lieu essentiel de la vie, celui où l’on prépare le thé, où l’on cuisine, où l’on se chauffe, où l’on dort l’hiver. Les autres pièces sont délimitées par des cloisons de bois et de papier.

 

 

Pierre, bois, paille de riz, tous les matériaux de la maison sont empruntés à la nature. Trois ampoules électriques et un autocuiseur de riz, également transférés à Paris avec la maison, ajoutent à ce lieu intemporel sa seule touche de modernité. 

 

Association La Maison de Kiso :
Maison des Sciences de l’Homme, programme Japon
54, bd Raspail, Paris-6e
Contact : Jane Cobbi

 

Ci-dessus : Hokusai, Manga, planche 35.

 

Les photos de la maison de Kiso sont de Jacques Torregano pour Le Monde 2.

 

3 réflexions sur « La maison de Kiso »

  1. Martine Rouche

    Rien à ajouter. Grande tristesse. Les « réserves » des musées m’ont toujours posé problème : le fait de ne pas y avoir accès donne encore plus l’envie d’aller voir. Et cette maison qui risque de passer de  » non vue  » à  » disparue  » …

  2. christine

    merci pour la jolie maison de Kiso, votre article nous met face à nous mêmes : il me semble cruel d’abandonner les jolies choses, de se les réapproprier ensuite pour les faire mieux disparaître, mais qui sait, peut être un jour cette maison sera-t-elle renvoyé dans un jardin japonais, ce que je lui souhaite, à moins qu’elle ne soit vendue aux enchères à un riche collectionneur… donnez nous des nouvelles si vous pouvez ! merci d’avance, christine, et ARthur qui aime aller revisiter les maisons abandonnées.

  3. aude

    finalement, elle revit au Jardin d'acclimatation ?
    le pire n'arrive pas toujours
    J'espère pouvoir aller la voir un jour, avec mes élèves à qui j'enseigne le japonais en province

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