En mai au bord du Douctouyre

Le charme d’un bel après-midi de mai au bord du Douctouyre, il me semble qu’il tient tout entier dans cette bourre de peuplier, légère, suspendue entre ciel et terre, comme une plume détachée de l’aile d’un ange. Il en vient ainsi par bouffées avec la brise, et nous les regardons planer dans le bleu, figures gracieuses de nos pensées du moment, simples, libres, heureuses, – allées avec le soleil. Cet été, à la place des bourres de peuplier, il y aura des buses qui viendront tournoyer au-dessus de nous, avec de temps à autre ce léger cri de flûte qui accompagne les brusques inflexions de leur trajectoire hauturière. Puis elles élargiront leurs cercles et se perdront dans l’espace, emportées vers d’autres chasses, d’autres proies, d’annonce meilleure.

 

 

A cette couleur de gemme, on peut augurer que l’eau est glaciale. Directement venue de la montagne du Tabe, c’est celle de la fonte des neiges. Il faut cheminer dans cette eau glaciale pour accéder au Grand Tournant. Là, sous la serre, s’étend une vaste plage, parcourue de ruisselets qui découpent de loin en loin des îles, encombrées de racines et de bois mort. Point d’ombre. Les galets brûlent. L’air danse.

Racines et bois abritent des êtres des lisières, dont la présence étonne, ou inquiète, au soleil couchant. 

 

 

 

J’ai vu ici d’étranges animaux, poisson, cétacé, rongeur, fantasque myriapode.

 

 

J’ai vu encore, tout près de nous, une divinité ancienne, morne en sa solitude, oubliée au désert.

 

 

J’ai vu enfin, sur l’autre rive, tapie dans l’herbe, une pieuvre, figure du Grand Ancien, Cthulhu ! In his house at R’lyeh dead Cthulhu waits dreaming, "dans sa demeure de R’lyeh, le défunt Cthulhu attend en rêvant".

Quand on commence à voir paraître sur l’autre rive des créatures de Lovecraft, il faut quitter le bord de l’eau, regagner avant le soir sa maison et son jardin clos.  

Mais derrière la maison, derrière le jardin, derrière la ligne d’herbe qui ourle le ciel, il y a toujours la montagne du Tabe, – à peine visible, comme un nuage blanc -, d’où ab origine descend l’eau vive, et d’où viennent les êtres des rives, endormis, dirait-on, vifs, qui sait ?  

 

 

1 réflexion sur « En mai au bord du Douctouyre »

  1. Martine Rouche

    Renaissance et revivance. Les squames de l’hiver s’en vont, les choses vues et rêvées reviennent, l’air vibre, les serpents du paradis ne sont pas loin … Et il y a même Cthulhu ! Ce nom magique et mythique me renvoie …. loin, au temps heureux des grandes découvertes dans les livres, avec une amie qui partageait mon goût pour cette littérature étrange et prenante.
    Vive le joli mois de mai !

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