A l’église de Bensa, le Rameau musical de Dun

A la tombée de la nuit, le petit cimetière de Bensa s’enlève sur fond de ciel violet dans une mystérieuse ascension. Saint Antoine contemple la montagne. La ville a fait silence. Les rêves qu’elle tait sont autant de prières. Au coeur du cimetière, la petite église Saint Sernin se pare encore d’un reste de jour. Des ombres passent, vêtues d’un manteau rouge. Des voix s’élèvent dans le crépucule. Elles chantent l’Agnus Dei :
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem
.

 

Ce soir, dans la petite église romane, l’atelier-chant du Rameau musical de Dun donne concert. Le programme, dédié tout entier au chant sacré, est dans un chapeau, posé sur une chaise. Les choristes répètent dans l’abside. Assis sous les restes de fresque qui encadrent la porte de la sacristie, un accordéoniste déploie sur son orgue à bretelles les riches harmonies d’un Adoramus. Au pied de l’autel, un choriste écossais tire des airs très doux de sa cornemuse.

 

 

Puis le maître de choeur paraît. C’est une dame, vêtue de l’un de ces grands manteaux rouges que j’ai vu tout à l’heure passer dans le cimetière. C’est Colette Autissier, qui, d’une voix perlée, rieuse, nous salue, et qui par la suite assure la présentation de chaque morceau. Le Rameau musical de Dun accueille des chanteurs, mais aussi des instrumentistes. Chacun apporte son expression. L’accordéoniste remplace au pied levé le violoncelliste prévu au programme. Celui-ci n’a pas pu venir, pour cause de tendinite. L’accordéoniste joue en ouverture une pièce pour orgue arrangée à l’intention de son instrument et subtilement pailletée de quelques scintillations plus purement accordéonistiques. Surprise, et grand plaisir que ce jeu de conversion entre l’orgue et l’accordéon ! L’accordéoniste se charge ensuite du clavier électronique, qui accompagne par la suite, de temps à autre, le chant choral. Puis la maîtresse de choeur appelle l’une des soprani du Rameau musical de Dun, et toutes deux chantent en duo l’Ave Maria de Perosi. La voûte en cul-de-four de la petite église constitue une merveilleuse chambre d’écho. Les voix se déploient, simples et pures, sous la voûte, et la nudité de l’édifice fait ressortir la beauté du chant.  

  

  

Puis d’autres chanteurs interviennent en quatuor, ou bien en solistes dans le cadre du choeur tout entier rassemblé. Celui-ci chante une suite de pièces courtes, de rythme chaque fois très différent, empruntées à un répertoire qui va du XIVe siècle orthodoxe à Mozart, Bortnianski, Bizet. La direction conduite par la maîtresse de choeur est vive, précise, joyeuse aussi, et comme dansante par endroits. Les corps, grandis par les longs manteaux rouges, les visages, irradiés par par une sorte d’aurore intérieure, la concentration des regards, l’arrondi des lèvres sur le miracle de l’émission sonore, tout concourt au déploiement du chant comme moment de fusion entre l’âme et le corps. Compris dans ce moment, nous avons partagé son éclat. Accompagné seulement par l’isson – la note tenue, comme un fond d’or, tout au long du chant par les voix de basse -, le Gospody Pomilouy d’un anonyme slave du 14e siècle inspirait le frisson de l’éternité. 

  

  

Le concert s’est conclu avec le Dona Nobis Pacem de Mozart. Puis le choeur a repris, pour nous faire amitié, l’Ave Maria de Perosi. Les voix, les coeurs, nos coeurs, étaient rayonnants. Un viatique, en ce printemps froid.

L’atelier-chant du Rameau musical de Dun est ouvert à tous, gratuit : 

05 61 60 81 75

"Pour celles et ceux qui ont envie de perfectionner leur voix. Petit à petit, on découvre le plaisir de chanter ensemble".

  

3 réflexions au sujet de « A l’église de Bensa, le Rameau musical de Dun »

  1. La rêveuse

    Votre description si évocatrice du concert donné par le Rameau musical de Dun, donne vraiment envie de s’y associer. Dommage d’être si loin.

  2. Martine Rouche

    Tu sais à quel point je suis fan de tes articles.  » Le miracle de l’émission sonore  » : tu cibles tellement juste ! Et encore plus pour la voix de basse, qui émanait d’un chanteur dont la stature, la chevelure, le visage, évoquaient, avec sa toge rouge, la Russie orthodoxe et ses voix profondes. Une telle voix me semble toujours incroyable. Nous avons eu la chance, de plus, d’être physiquement proches et de voir ces visages rayonnants, ces profils élégants, ces bouches largement arrondies. Merveille renouvelée que d’écouter et voir un choeur. Ce fut l’occasion aussi de découvrir la nef épurée de cette chapelle, alors que l’extérieur est un peu désordonné et inséré dans la ville. Une fois de plus, nous étions hors lieu et hors temps.

  3. Martine Rouche

     » Sous nos yeux inclinés, le calme de la plaine,
    L’heure douce où les cieux deviennent incertains,
    Le murmure d’un cor vers les mauves lointains ;
    Dans l’alanguissement d’une brume tranquille
    Le bleuâtre repos de la petite ville
    […]  »

    Raymond Escholier, La flûte de saule, Malachite, 17 avril 1904.

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