Couverts de nuit

 

Cliquez sur les images pour les agrandir et vous verrez sur l’image de droite, tout au fond, la "porte en forme d’arc brisé", dite Porte d’Aval, dont Félix Pasquier, éminent chartiste, parle ci-dessous.

 

A Mirepoix, les couverts qui se développent autour de la grande place et se continuent dans les rues voisines, remontent au XVe siècle. Toutes les maisons ne sont du même temps, un certain nombre, par le caractère des sculptures indiquent le siècle suivant, comme le prouve la date de 1575 inscrite sur une maison à l’un des angles de la place.

Les couverts mesurent environ huit mètres de large sur cinq de haut ; ils s’ouvrent sur la voie publique par une série de baies d’égales dimensions, séparées chacune de sa voisine par un pilier plongeant dans le sol ; aux deux tiers de la hauteur, de chaque côté, un étançon supporte obliquement les poutres maîtresses de la façade d’où débordent les poutrelles ; la plupart sont terminées par des motifs de décoration ou des têtes grotesques. Sur la face extérieure de plusieurs piliers s’accrochent des ours et des singes qui, sans souci de la civilité puérile et honnête, s’exhibent de diverses façons.

Ne quittons pas les galeries sans en recommander une à ceux qui aiment à voir un motif archéologique servant de cadre au paysage. Cette galerie est prolongée par une rue, qui aboutit à une ancienne porte de la ville percée dans le rempart. La porte en forme d’arc brisé laisse entrevoir les traces de la herse ; c’est le seul côté où soit restée debout la muraille d’enceinte élevée au commencement du XVe siècle. On remarque un écusson en relief au-dessus de l’arcade, à l’extérieur ; il est mi-partie comme marque du paréage entre le roi et le seigneur. Reconnaissons que les gens du Moyen Age avaient un souci de confort, dont nous aurions tout profit à nous inspirer. Les galeries permettent, à l’abri des intempéries, de circuler, de flâner, de s’arrêter devant les boutiques, de discuter avec les paysans venant offrir leurs produits champêtres.

La construction des couverts fait songer à la quantité de bois qu’il a fallu employer. A notre époque pareille entreprise serait impossible, surtout dans un pays jadis entouré de forêts, dont quelques bouquets de bois révèlent l’emplacement".

Félix Pasquier, Mirepoix et ses environs, reprint Lacour, Nîmes, 2002