A Pamiers, pénombre, oubli, soleil

A Pamiers, je cherchais hier un endroit où faire halte pour me reposer du vent. J’aime le silence des églises. Je suis entrée, au bout d’une ruelle sombre, dans Notre-Dame du Camp. Le camp, c’est la campagne ; Notre-Dame du Camp s’élevait autrefois au milieu des champs. Elle jouxte aujourd’hui, dans un environnement de poubelles, l’entrée de service d’un magasin Huit à Huit. Un bataillon de camionnettes stationne devant le porche. J’ai cadré la photo ci-contre de manière à ce que l’on ne voie pas le désordre qui s’entretient au pied de l’édifice.

 

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La nef est comme un puits d’ombre. Tout au fond, sur le maître-autel luit un ostensoir. Il y a des années que je n’ai pas vu un ostensoir ainsi exposé sur l’autel. Dans son rayonnement, on distingue, au centre d’un décor en bois doré, ponctué de faux marbres, une toile représentant l’Assomption de la Vierge.

"Voici venir les temps… " Graves et lents, c’est un pantoum, les vers d’un poème de Baudelaire me reviennent en mémoire… "Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir… Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir…  Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir" [1]Baudelaire, Les Fleurs du Mal, "Harmonie du soir".  

 

 

Edifiée au XIIe siécle, puis détruite lors des guerres de religion, Notre-Dame du Camp a été reconstruite au XVIIe siècle. Laissée simple et nue, la nef est ourlée de huit chapelles latérales, richement décorées dans le style des XVIIe et XVIIIe siècles. J’ai vagué d’une chapelle à l’autre, sensible au mystère de ces grottes qui recèlent, dans les ténèbres, une profusion de matières et de couleurs. D’abord on ne voit rien ; puis l’oeil s’habitue, et les ors, les marbres ruissellent, les tableaux s’éclairent, et c’est chaque fois comme le rideau d’un théâtre qui s’ouvre… 

 

 

Certaines toiles ont beaucoup souffert. La disparition d’un visage, l’exténuation des couleurs participent de l’émotion que suscite la peinture. J’éprouve une sorte d’attirance toute spéciale pour ces oeuvres qui se perdent tout doucement dans la profondeur du temps.

 

 

Dans la chapelle du Sacré-Coeur, alias chapelle du Saint-Sacrement, dont l’aménagement a été inspiré par Monseigneur de Verthamon, l’autel représentant l’Agneau Pascal est surmonté d’un retable ruisselant d’or. Au sommet de ce retable, une magnifique représentation de la Cène, oeuvre d’un peintre du XVIIIe siècle.

 

Quittant la pénombre de Notre-Dame du Camp, je suis allée ensuite revoir, par la grille désormais forclose, la façade de la chapelle du Carmel. Un peu plus bas dans la même rue, je me suis arrêtée devant la grille qui ferme la cour d’une belle demeure du XVIIIe siècle, livrée au temps et à l’oubli.

Quel charme ! Quelle mélancolie ! On dirait le jardin de la rue Plumet. D’où vient cet abandon ?

"Il y a avait un banc de pierre dans un coin, une ou deux statues moisies, quelques treillages décloués par le temps pourrissant sur le mur ; du reste plus d’allées ni de gazon ; du chiendent partout." [2]Victor Hugo, Les Misérables, Livre III, chapitre 3.

 

 

Avant de regagner Mirepoix, une chose vue, rue du Castella, une sorte d’intersigne, de l’ordre de ceux qui plaisaient aux Surréalistes. Il faisait gris et froid. Le vent soufflait. Le hasard, qui bat les cartes, a voulu que je tombe sur cette piste du soleil.

 

 

Notes

1 Baudelaire, Les Fleurs du Mal, "Harmonie du soir"
2 Victor Hugo, Les Misérables, Livre III, chapitre 3