A la gloire de Pollo

Hier matin, à la petite librairie des Couverts, la Baronne dédicaçait A la gloire de Pollo.

Quid de la Baronne et de Pollo ? Vous le saurez plus tard. Lisez d’abord A la gloire de Pollo.

« Chapitre Premier »

« L’inspecteur entrouvrit doucement la porte, quelque chose détonait dans l’intérieur qui s’offrit à ses yeux et pas seulement le sol de terre battue formé par d’innombrables passages de chiennes sur le carrelage blanc. Blanc ! Quelque chose d’autre… Il n’eut pas le temps d’approfondir, la femme qui lisait un polar devant un petit déjeuner tardif venait de lever la tête, les yeux arrondis de stupeur ».

« – Comment avez-vous fait pour arriver jusqu’ici sans que je m’en aperçoive et sans que les chiennes aboient ? »

« L’inspecteur se le demanda en effet malgré ses précautions pour arriver à l’improviste. Cette femme était sûrement très absorbée par sa lecture car l’ombre seulement de sa silhouette passant derrière la grande baie vitrée à barreaux obliques aurait dû l’alerter. Quant aux chiennes, il n’en vit pas une seule en dehors des empreintes de leurs pattes sur le carrelage qui n’avait plus rien de blanc. Blanc ! Quel était le problème ici ? »

 

Quid du Blanc ? Le roman s’annonce policier. Que vient faire ici l’énigme du Blanc, qui, telle le Facteur, sonne deux fois dans l’incipit ? Lisez d’abord A la gloire de Pollo.

Grunge ou baba, rétro ou néo, l’Ariégeois, qui lit A la gloire de Pollo, ne sera pas perdu. L’ami des animaux, fan de Brigitte Bardot, le fondu de la musique des années 70, le Turc ou plutôt le Kurde à fortes moustaches, ne le seront pas non plus.

L’Ariégeois reconnaîtra ses Pyrénées, Foix, Pamiers, leurs troquets, tout pareils à ce qu’ils sont d’habitude, mais traversés par un vent et un air venus d’ailleurs :

 

« Les Pyrénées étaient légères et transparentes comme un lavis chinois dans ce temps doux et gris. Mais aujourd’hui il y avait du vent et l’air devenait océanique. Quelquefois l’été on entendait même les vagues du vent dans les feuilles des peupliers et l’odeur des pins semblait venir de la Méditerranée ».

 

L’ami des animaux reconnaîtra les horreurs qu’il dénonce, assorties de considérations qui le surprendront peut-être :

 

« On lui avait déjà parlé de ces vieilles chiennes que leurs patronnes envoient mourir ailleurs et qui se traînent perdues chassées affamées. L’euthanasie aussi coûtait cher. Apparemment une des facultés qui manquaient à l’humanité pour avoir une chance de se sortir un jour des guerres et de l’injustice, c’était celle de se mettre dans la peau de l’autre, fût-ce une chienne, fût-ce une mouche, fût-ce sa pire ennemie : femme bête ou chose ».

 

Le fondu de la musique des années 70 se souviendra de la voix de Mick Jagger qui « se déchirait dans Sister Morphine ». Il éprouvera toutefois le sentiment d’un léger décalage, lorsque Juliette, l’héroïne du roman, constate qu’au Club « on n’y voit rien pour lire » mais que, « miracle, il n’y a pas la télévision ».

Le Kurde à fortes moustaches reconnaîtra les chantiers sur lesquels il travaille, et le réseau des maisons d’hôtes qui abritent, dit-on, des terroristes du PKK. Il s’étonnera de la femme chenue « qui aime bien les jeunes turcs ».

Ce vent et cet air venus d’ailleurs, qui font bouger les Pyrénées, l’Ariège, Foix, Pamiers, leurs troquets, leurs maisons, leurs rêves, jusqu’à ceux de l’inspecteur Durant, qui, dans son commissariat de Pamiers, a des souvenirs d’Istanbul plein la tête, ce vent et cet air-là déplacent, chez Juliette, les perspectives d’horizon, l’ensemble des lignes de fuite nécessaires à son relatif bonheur.

 

« Pourquoi Juliette ne vivait-elle pas au bord de la mer ou de l’océan ? elle aimait les deux. Trop tard pour déménager, pour refaire sa vie… Et puis elle aimait les Pyrénées dans le lointain ».

 

Qui est donc cette Juliette Lacour, nouvelle fiancée de l’air et du vent ?

L’auteur fournit, ça et là, quelques clés.

 

Avant. Avant quoi ? Est-ce qu’on sait ?

 

« La police l’armée les curés, elle avait du mal à supporter ces corps constitués […]. Elle-même était d’une famille de militaires : Saint-Cyr et Navale, de Gaulle et Pétain. L’Indochine et l’Algérie, la légende et la torture. Elle les avait quittées, quitté son mari son milieu ses enfants. Elle étouffait. Elle avait trente quatre ans ».

 

Pendant. Pendant quoi ? La vie ?

 

« Il [l’inspecteur Durant] avait eu l’occasion de croiser dans la rue ou d’apercevoir derrière la vitrine, assise à son bureau ou conseillant une cliente, l’ex-libraire de la rue Gabriel Péri. […] L’ex-libraire de l’A.B.C. avait la réputation d’être une originale qui se montrait dans les bistrots avec… ».

 

Après. Après quoi ? La vie va.

 

« Elle se regarda dans la glace, elle avait les cheveux blancs, absolument blancs, d’un blanc presque trop éclatant, presque aussi difficile à porter qu’une teinture trop blonde ou trop noire. Elle refusait de perdre son temps chez la coiffeuse et de supporter le spectacle lamentable du contraste entre la teinture orange grise ou bleue qu’elle aurait choisie et des racines de cheveux repoussant obstinément blanches. Malgré le relief que ce blanc donnait à ces traits qui s’amenuisaient d’année en année ce n’était pas cela qui la vieillissait, c’était plutôt le bas des joues qui n’étaient cependant pas encore des bajoues et le double menton inévitable quand elle baissait la tête sur un cou bien plus marqué que le haut du visage. Le front était sans rides ».

« Elle se sentait à la fois très vieille et très jeune, avec une tendance très nette à l’isolement depuis qu’elle avait renoncé à conquérir Guillaume et à compenser son absence par des aventures avec des « hommes de passage » comme le disait Viviane… ».

 

Le roman, disais-je au vu de l’incipit, s’annonce policier. La suite l’atteste. L’inspecteur Durant enquête sur un meurtre. Juliette figure en bonne place sur la liste des suspects. Elle se plaint, quant à elle, d’être importunée par des coups de téléphone qui halètent… Puis Pollo disparaît ! Pollo, c’est le diminutif d’Apollo. Quoi faire ?

 

« Elle [Juliette] se leva avec la chanson d’Aragon dans la tête, juste les premiers mots : c’était un temps déraisonnable… ça ne la lâchait plus ces temps-ci. Elle aurait voulu se souvenir de la suite, histoire de prédire l’avenir peut-être ? »

 

Je ne raconte pas la suite. Lisez A la gloire de Pollo.

Comme la Baronne use des virgules de façon rare et très personnelle, il y a dans sa prose un rythme qui perdrait du charme à être expliqué ; ça swingue.

Et puisque, depuis qu’il y a des hommes, et qui pensent, le genre se pense et se dit au masculin – les humains, les animaux, les chiens, les chats, etc. -, la baronne, qui conteste la masculinité du genre, dit : « les humaines », les animales », les « chiennes », « les chattes », etc. Ça swingue aussi.

Depuis qu’il y a des femmes, et qui pensent…

 

« Bien qu’elle ait fâcheusement tendance à amalgamer animales et humaines cette femme ne disait pas que des sottises mais il n’était pas venu pour ça. Il se dit qu’il allait la convoquer demain au commissariat histoire de lui faire un peu peur. Peut-être ».

 

Quid de l’énigme du Blanc dans tout ça ?

Sait-on jamais le fin mot des choses ? En tout cas, je ne dirai rien. Lisez A la gloire de Pollo.

Publié aux éditions Radio-Radio écritures, « des éditions à la découverte d’écritures qui expérimentent », Toulouse, 2007, A la gloire de Pollo est disponible à la petite librairie de Mirepoix, sous les Couverts.

2 réflexions sur « A la gloire de Pollo »

  1. R.R. écritures

    Labaronne et A la gloire de Pollo seront à Labastide de Serou le dernier W.E de septembre pour la foire du polar…

  2. Ping : Labaronne et A la gloire de Pollo à la Foire du Polar de Labastide de Sérou at La dormeuse blogue

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