Gabriel Fauré et l’horizon chimérique

Abandon aux mystérieux harmoniques qui peuplent la réalité, "désir des choses inexistantes" peut-être, Gabriel Fauré, que le vieux curé de Rieucros venait chercher en carriole pour lui permettre de chasser des sauterelles dans les prés 1)Cf. La dormeuse : Gabriel Fauré, né à Pamiers , Gabriel Fauré s’est plu à mettre en musique, dans le cycle intitulé L’horizon chimérique, les voix d’un appel sans nom. Le titre de ce cycle de chansons est emprunté au recueil éponyme du poète Jean de La Ville de Mirmont, mort en 1914. Intitulée Je me suis embarqué, voici le texte de l’une de ces chansons, composée par Gabriel Fauré à Ax-les-Thermes en 1921. Ce même texte de Jean de La Ville de Mirmont a inspiré à Julien Clerc une composition musicale personnelle qu’il interprète dans Je suis Elle (2000). 

 

Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance,
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

A vivre parmi vous, hélas !
Avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert
Sur tous vos continents

Je ne veux que la mer je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.
Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux

O ma peine, ma peine où vous ai-je laissée ?

 

L’harmonie du monde veut que là où il y a les Pyrénées, il y ait aussi la chimère de la mer, des vagues. Mystérieuse condensation des règnes, des rêves…

 

 

Notes

2 réflexions sur « Gabriel Fauré et l’horizon chimérique »

  1. Martine Rouche

    Lettre de Raymond Escholier à l’abbé Salvat, le 7 juillet 1948
    (extrait)

    « De 1849 à 1854, Gabriel Fauré ne fut pas seulement conquis par le jardin de Montgauzy, écrit Philippe Fauré-Frémiet. Durant l’été, on l’envoyait à Verniolle chez sa nourrice. Alors, le vieux curé de Rieucros, village voisin, un ami de la famille, venait le chercher en carriole et l’emmenait à sa cure. L’enfant était maître, l’église était à lui, le vieil homme faisait toutes ses volontés, il pouvait se croire évêque ou Pape.
    « Un jour, on vit passer la croix dans les champs, portée par un enfant de choeur. « Qui est mort? » interrogeait-on. C’était Gabriel Fauré, âgé de cinq ans, qui procédait solennellement à l’inhumation d’une cigale! Et le bon curé n’avait pas osé refuser à cet enfant, sans doute marqué d’un signe, ni la croix, ni le petit servant… »
    Bien jolie histoire, n’est-il pas vrai, pour un cigalier et pour un majoral du Félibrige.

    Alors : sauterelle ou cigale ? …

  2. La dormeuse Auteur de l’article

    Philippe Fauré-Frémiet, dans son Gabriel Fauré, rapporte, outre l’histoire de la sauterelle, nombre d’informations très intéressantes concernant la vie du jeune Fauré en Ariège, puis les séjours d’été du musicien à Ax-les-Thermes, jusqu’à la fin de sa vie.

    Gabriel Fauré, seconde édition, suivie de Notes sur la confiance fauréenne et de Note sur l’interprétation des oeuvres, éditions Albin Michel, 1957. J’ai trouvé l’ouvrage il y a quelques années chez un bouquiniste.

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