Choses vues au Palais épiscopal de Mirepoix

Siège du Musée Patrimoine et Traditions, le Palais épiscopal de Mirepoix est un bâtiment de style Renaissance, élevé au début du XVIe siècle, dans le prolongement de la cathédrale, à la demande de Philippe de Lévis (1466-1537), vingt-quatrième évêque de Mirepoix (1497-1537).

 

« Contrairement à la majorité des évêques de la Renaissance, Philippe de Lévis réside dans son diocèse et y fait de grands travaux de construction ou d’aménagement tant à la cathédrale et à l’évêché de Mirepoix qu’au château épiscopal de Mazerette ou au prieuré de Camon, sans oublier le magnifique clocher de l’abbaye de Lagrasse. Il dote son église cathédrale de vitraux, de statues, d’objets d’orfèvrerie religieuse, de tapisseries et de livres pour le chapitre »1.

 

Sensible au caractère novateur de l’art italien, Philippe de Lévis emprunte à ce dernier le modèle esthétique dont se réclame, y compris dans ses motifs ornementaux, la superbe architecture du palais. Ce modèle inspire la façade percée de fenêtres à meneaux, les grandes arcades pleines situées au rez-de-chaussée, les nombreux motifs de putti2 sculptés aux angles de l’escalier intérieur qui donne accès à la chapelle Sainte-Agathe, réservée à l’évêque, et la géométrie du pavement, enrichi du fameux labyrinthe, qui orne le parterre du balcon, également privé, à partir duquel l’évêque pouvait assister aux offices célébrés dans la cathédrale. A ce titre, le Palais épiscopal de Mirepoix, constitue l’un des tous premiers exemples de la diffusion du style de la Renaissance italienne dans le Sud de la France.

 

 

 

 

Caractéristiques de ce style, qui les reprend lui-même de l’Antiquité, les putti se retrouvent sur les différents livres ornés, commandés aux enlumineurs par Philippe de Lévis. Ils figurent en particulier sur les quatre Pontificaux – Sacrement de Confirmation et bénédiction d’enfants ; Vierge en majesté ; Repas chez Simon ; Crucifixion – conservés respectivement à Melbourne, Poitiers, Bordeaux. La présence des putti dans le cadre de la Crucifixion marque, de façon décisive, la rupture avec le mode de représentation qui fut celui du Moyen-Age gothique.

 

 

« Sur un volumineux soubassement mouluré sont placées deux colonnes-balustres en avant de pilastres, portant un fronton courbe fait de deux volutes renversées; bases et chapiteaux sont décorés de feuillages. D’une tête de chérubin part une cordelière à perles et houppettes, que retiennent sur le fronton deux putti nus et ailés et à laquelle s’accrochent deux autres putti. Le soubassement est pourvu de deux espèces de pieds à chaque extrémité et d’une avancée triangulaire, sur laquelle deux robustes petits anges sont agenouillés tenant l’écu de Lévis surmonté de la crosse ». […] Les angelots à demi agenouillés qui supportent l’écu sont de robustes garçonnets au visage carré, au front bas, aux cheveux courts et bouclés, dérivant des putti que l’on trouve ça et là dans la miniature de la fin du XVe siècle et qui relèvent de modèles italiens »3.

 

Egalement caractéristiques du style de la Renaissance italienne, certains éléments de la grammaire architecturale, tels que les colonnes-balustres, les pilastres, les bases et têtes de chapiteau décorées de feuillages, ainsi que la cordelière tombant de chaque côté du fronton, figurent un peu partout sur les pages des livres ornés, caractéristiques du goût italianisant de Philippe de Lévis, et plus généralement de celui du XVe siècle finissant.

 

« Ce qui fait l’intérêt [de ces livres ornés], c’est l’apparition timide de l’influence italienne de la Renaissance, arcs en plein cintre retombant sur de hauts entablements, portés par des pilastres incrustés de plaques de marbre ; [c’est la préfiguration] du Palais épiscopal de Mirepoix, évoquant non un château fort hérissé de tourelles, mais un hôtel urbain à peine fortifié »4.

 

La Cathédrale et le Palais épiscopal de Mirepoix ont connu, depuis l’époque de Philippe de Lévis, bien des vicissitudes. La Cathédrale a été pillée au moment de la Révolution, puis modifiée, ou défigurée, à l’époque de Viollet-le-Duc. Le Palais épiscopal fit longtemps fonction de pensionnat, puis d’école maternelle. Edifiées à la fin du XIXe siècle, deux maisons masquèrent les façades avant et arrière de l’édifice. Ainsi traité, le Palais devint invisible. Les pigeons, à la fin, s’y installèrent.

C’est depuis la démolition de l’une de ces deux maisons intempestives que Mirepoix a redécouvert son Palais épiscopal. Faute de documentation accessible au public, le Palais reste toutefois à mieux connaître. Et il fait partie de ce superbe mais coûteux patrimoine que la petite ville de Mirepoix peine à restaurer.

 

 

  1. Jeanne Bayle, Communication présentée le 17 décembre 2002, «Bulletin de l’année académique 2002-2003», p. 241, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France []
  2. angelots []
  3. Jeanne Bayle, Communication présentée le 17 décembre 2002, «Bulletin de l’année académique 2002-2003», p. 241, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France []
  4. ibidem []

2 réflexions sur « Choses vues au Palais épiscopal de Mirepoix »

  1. Jacques

    Désolé,le palais épiscopal n'appartient pas à la commune de Mirepoix.Une transaction est à l'étude avec l'évêché de Pamiers.Toute sa partie méridionale comprend une chapelle palatine,sauf sur le second étage,oû se trouve l'appartement des évêques.Cette somptueuse chapelle a été divisée au 19e.siècle en plusieurs tronçons.Il sera nécessaire de lui rendre son intégrité,afin de compenser un peu l' horrible vandalisme dont cette noble  demeure a été victime à la même époque.

  2. La dormeuse Auteur de l’article

    Merci de ces précisions. Ce bâtiment passionnant ne mérite certes pas le triste sort ni l’oubli dans lequel il est tombé. Il faut espérer qu’il trouve quelque avenir plus favorable.

Les commentaires sont fermés.