Dali ou Perec ? La gare de Perpignan ou le carrefour Mabillon ?

Un lecteur qui s’est promené sur mon blog, me prête, dit-il, « l’intention d’entreprendre avec Mirepoix ce que Dali avait entrepris avec Perpignan ». La comparaison m’écrase :-) Je n’entreprends pas, au demeurant, de peindre Mirepoix, façon Dali, i. e. dans le style paranoïa-critique. Si j’avais à me réclamer d’un modèle, j’invoquerais plutôt la fameuse Tentative de description de choses vues au Carrefour Mabillon (1978), mise en oeuvre par Georges Perec en 1978. Perec, à ce propos, parle de « tentative d’épuisement d’un lieu ». Il assigne à ce genre de tentative le principe suivant :

 

« Observer la rue, de temps en temps, peut-être avec un souci un peu systématique.
S’appliquer. Prendre son temps ».

« Noter :
le lieu
l’heure
la date
le temps ».

« Noter ce que l’on voit ».
[…]
« Il faut y aller doucement, presque bêtement. Se forcer à écrire ce qui n’a pas d’intérêt, ce qui est le plus évident, le plus commun, le plus terne ».

Georges Perec, Espèces d’espaces,
Ed. Galilée, Paris, 1974, p. 70

 

Je rêve de réaliser, à mon échelle, une tentative d’épuisement d’un lieu tel que Mirepoix. J’y travaille sur ce blog. Je ne respecte pas à la lettre les consignes de Perec. Il y faudrait un degré d’abnégation, un héroïsme, que je n’ai pas. Du principe défini dans Espèces d’espaces, je déduis, pour moi, trois règles pratiques :

 

Observer la rue avec un souci un peu systématique.
Noter ce que l’on voit.
Se forcer à écrire.

 

Ce n’est pas là une mince affaire. Il faut pouvoir « prendre son temps ».

Pourquoi ce genre d’entreprise ? Perec le dit ici :

 

« L’espace fond comme le sable coule entre les doigts. Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes :

Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose… »

Espèces d’espaces, 1974