Mirepoix, une ville dotée de fontaines et de réverbères

Dans Le sire de Terrides, Frédéric Soulié dit de Mirepoix, "sa chère ville", qu'elle est "un peu collet monté peut-être, un peu douairière sans doute, mais balayée assez souvent, et dotée de fontaines et de réverbères". Ces mots de Frédéric Soulié me sont revenus en mémoire à la vue de ce réverbère, alors que je passais devant le moulon 1)Moulon : pâté de maisons, déterminé par l'intersection de quatre rues, dans une bastide des Trinitaires, cours du Colonel Petitpied, anciennement nommé cours Saint-Antoine. C'est dans ce moulon que Raymond Escholier situe le café Esquirol (aujourd'hui café Pelofy), quartier général des Républicains sous le Second Empire, siège de la conspiration racontée dans Quand on conspire 2)Cf. La dormeuse blogue : Raymond Escholier Quand on conspire. Les dépendances du café donnent, par des "couloirs compliqués", dans une ruelle déserte qui suit les bords du canal". Propice aux livraisons, éventuellement aux conspirateurs, cette seconde issue subsiste, dans la dite "ruelle déserte".

 

Je suis allée photographier l'issue arrière de l'ancien café Esquirol. Je me suis imaginé la bande des Rouges qui, prévenue d'une descente de police, s'enfuit par les "couloirs compliqués" des dépendances du café et s'égrène dans la nuit noire, du côté du Béal.

Je me suis imaginé, amont dans le temps, un groupe de Trinitaires qui s'égrènent dans la rue et se rendent, d'un grave pas, visiter en ville les familles de quelques prisonniers. 

Côté cours Saint-Antoine, en ce temps-là, le moulon des Trinitaires faisait face à la maison d'Anne d'Escale, ou d'Escala, noble dame qui, toute sa vie durant, a usé de sa fortune pour secourir les enfants pauvres, et tout spécialement les petits bastards.

L'esprit qui, au XVIIe siècle, soufflait sur ce quartier de Mirepoix, a été celui de la charité. Puis, au XIXe siècle, celui de la liberté.

 

Derrière le moulon des Trinitaires, le quartier du Béal où vont s'égayer les conspirateurs du roman de Raymond Escholier. Sur le béal 3)Béal : canal, dérivé d'un ruisseau circumvoisin, servant dans les bourgs et villages du Midi à l'irrigation des jardins ainsi qu'aux activités de la minoterie, du foulon, éventuellement des ateliers de tannage, etc. on voit ici le bief et le bâtiment de l'ancienne minoterie.  

Dédié aux activités de transformation, le quartier était jadis le siège d'une population ouvrière au sein de laquelle les Rouges du Second Empire pouvaient se fondre, bénéficiant ici d'un capital de sympathie évident.

Rien, dans le miroir des eaux qui dorment au pied de la minoterie ne rappelle plus l'activité ni les peines d'antan, rien, sinon le bief, qui ne sert plus, et le superbe bâtiment, carcasse vide, aux carreaux brisés. 

 

Quant aux fontaines, dont parle Frédéric Soulié, elles sont ailleurs, sur la grand-place, ou, comme dit Soulié en son temps, dans le Mirepoix des "chapeaux noirs". Deux fontaines, là, se font face, placées chacune à un bout de la place. L'une d'entre elles a été édifiée en hommage à Jean-Jacques Régis de Cambacérès, qui, son père lui ayant acheté la charge, a été de 1772 à 1774 maire de Mirepoix.

La fontaine de Cambacérès est, au levant, celle qui se trouve sur la place, à proximité de la rue Porte d'Amont. On voit ici l'autre fontaine, celle qui s’élève, au couchant, du côté de la mairie.

Il existe à Mirepoix une autre fontaine bien intéressante, que Frédéric Soulié a connue, puisqu'elle a été édifiée pendant la Révolution. Il s'agit de la fontaine de la Nation. Elle se trouve, avec le monument aux morts, dans un lieu étrangement délaissé. Son histoire mérite d'être plus longuement évoquée. J'en ferai donc le sujet d'un prochain article. 

 

 

Un autre réverbère à Mirepoix, dans le quartier du Rumat

Notes   [ + ]

1. Moulon : pâté de maisons, déterminé par l'intersection de quatre rues, dans une bastide
2. Cf. La dormeuse blogue : Raymond Escholier Quand on conspire
3. Béal : canal, dérivé d'un ruisseau circumvoisin, servant dans les bourgs et villages du Midi à l'irrigation des jardins ainsi qu'aux activités de la minoterie, du foulon, éventuellement des ateliers de tannage, etc.

9 réflexions sur « Mirepoix, une ville dotée de fontaines et de réverbères »

  1. Martine Rouche

    Copie de la lettre Ecritte par S.A. Le prince archichancelier en date du 28 décembre 1808 à Mr le Préfet de l’Ariège.

    J’ai reçu, Monsieur, avec votre lettre du 12 de ce mois, la délibération du Conseil municipal de la ville de Mirepoix, tendante à Eriger sur La Principale Place une fontaine Sous le nom de fontaine Cambacérès.Je me Rappelle avec Plaisir que mon père et Moi avons été Maires de Mirepoix. Le Monument qui Conserverait le Souvenir de Cette epoque ne peut donc que M’etre agreable. Je suis très touché du sentiment qui a dirigé la délibération du Conseil municipal et J’apprécie La part que vous y avez prise.

    Pour copie conforme L’auditeur préfet DupontDelporte signé.

    Pour ampliation le sous-préfet de l’arrondissement de Pamiers

    Galy-Gasparrou

  2. Martine Rouche

    Monsieur le Maire,

    je fus mercredi dernier chez vous pour avoir l’honneur de vous voir et pour vous faire mes justes représentations au sujet de la fontaine qui, suivant le bruit public, doit être placée à coté de la Boutique appartenant aux héritiers Malroc Lafage, dans laquelle la veuve Guillou, dite Margautton tient sa Boucherie je me rendrais aujourd’hui chez vous pour le même objet si je n’étais attaqué depuis hier d’une fluxion aux yeux qui ne me permet pas de sortir et comme je viens d’être prévenu par ladite Margautton notre Locataire que Les ouvriers doivent commencer lundi, je suis obligé de vous écrire, ne pouvant aller vous parler moi-même pour vous prier de prendre en considération les observations suivantes
    1° que la Commune ne peut en aucune manière toucher à notre mur sans notre consentement, attendu qu’elle n’a pas plus de droit qu’un autre sur la propriété d’autrui.
    2° que la Commune ne pourrait se passer de notre consentement [ …]
    3° qu’au lieu qu’il y ait nécessité indispensable de placer cette fontaine à côté de notre Boutique il est très facile au contraire de la placer ailleurs, de manière qu’il en résulte les mêmes avantages pour le Public et sans que Personne puisse s’en plaindre. Il ne s’agit pour cela que de la placer au Levant et a la distance convenable de l’angle de notre maison pour que Les passans n’en soient pas incommodés et l’Eau qui en découlera aboutira au Ruisseau et Lavera la Rue d’Amont tout aussi bien que si la fontaine était construite à coté de notre Boutique.

    Veuillez bien, Monsieur le Maire, peser mes réclamations dans votre sagesse.

    J’ay l’honneur de vous saluer

    Létu pour les héritiers Malroc Lafage

  3. Martine Rouche

    Procès-verbal de la relation du placement de la première pierre de la fontaine Cambacérès.

    L’an mil huit cents dix, et le vingt troisième jour du mois de janvier.
    Monsieur le Préfet du Département s’étant rendu dans la présente ville, comme il nous en avait avisé par sa lettre du dix neuf du courant, afin de poser la première pierre de la Fontaine dédiée par la ville à Son Altesse Sérénissime le Prince Cambacérès archichancelier de l’Empire et duc de Parme; nous Maire après avoir disposé les choses pour cette cérémonie nous sommes rendus accompagné de nos adjoints et du Conseil Municipal escortés par des détachements de la garde nationale à pied et à cheval et par la Brigade de la Gendarmerie au logement occupé par Monsieur le Préfet pour prendre ses ordres et le conduire à la principale place [alors place Saint-Maurice] de cette ville sur laquelle doit être érigé ce monument, ou étant arrivés il a été présenté à Monsieur le Préfet une Pierre disposée pour cette cérémonie et dans laquelle a été scellée l’inscription suivante.

    «  La Première Pierre de cette Fontaine dédiée à Son Altesse Sérénissime le Prince Jean Jacques Régis Cambacérès archichancelier de l’Empire Duc de Parme et ci-devant Maire de cette ville, a été posée par Monsieur Dupont-Delporte Baron de l’Empire auditeur au Conseil d’Etat Préfet du Département de l’Ariège, Monsieur Pierre Jean Baptiste Dénat étant Maire de cette commune le 23 janvier 1810, septième du règne de Napoléon Premier »

    Monsieur le Préfet ayant ensuite posé cette pierre dans son Fondement, en présence d’une Foule immense de Citoyens, au son de la musique et au bruit des Boîtes a été reconduit chez lui dans le meme ordre qu’il étoit venu, ou étant rendu le présent procès Verbal a été dressé en Triple original et a été signé par Monsieur le Préfet, par nous Maire et nos adjoints.

    A Mirepoix les Jour mois et an que dessus

    Dupondelporte Denat maire
    Rivel adjoint Pons adjoint
    Dassié secrétaire

  4. Martine Rouche

    Décret impérial du 22 novembre 1810

    Napoléon, emprereur des français, roi d’Italie, avons décrété et décrétons ce qui suit :

    Le Maire de Mirepoix, département de l’Ariège, est autorisé a accepter, au nom de cette commune, la donation qui lui est faite, a titre gratuit, par le Sieur Debosque d’Esperaza, de la faculté de prendre dans le canal du Moulin qu’il possède dans cette commune, l’eau qui sera nécessaire pour alimenter la fontaine qu’on construit sur la place publique sous le nom de fontaine Cambacérès; laquelle donation est faite aux conditions exprimées dans l’acte sous seing privé, en date du 14 janvier 1810, […]

    signé Napoléon

  5. Martine Rouche

    13 janvier 1784
    Soumission pour la ville de Mirepoix

    Révérbéres a quatre mèches aux memes dimentions et a Limitation de ceux arrivés récément de Paris pour la ville de Toulouse à la Seule difference dune chose qui sera ci apres expliquée lesquels révérbéres seront faits scavoir :

    A sept faces de verre de bohëme dont la septieme sert de cloture au fonds, montés sur des barres de fer formant un exagone garnis de cinq plaques de cuivres dont quatre sont appellées facettes et une ronde appellée lunette, letout argenté par huit Lames dargent quatre bruni et quatre maté sur le bruni conformément a ceux de Paris, une lampe de fer blanc faite en souspape avec des becs de meme matiere recourbés vers le Ciel : et un couvert qui couvrira toute la pièce ou révérbére sera de fer blanc d’anglétérre du plus beau et du plus épais et qui sera peint engris de fer pour le consérvér et le garantir de la rouille ; en telle sorte que les révérbéres dont on donne la soumission seront les memes que ceux de Paris qu’ant à la grandeur de toutes les parties détaillées et qu’ant à leur forme ; mais qui auront une différence seulement qu’ant à la matière du Couvert qui est en Cuivre à ceux de paris au lieu quici sera en fer blanc de la qualité ci dévant mentionnée. Ces révérbéres produiront lé meme éffét et ne couteront que cinquante huit livres pièces, caulieu que ceux de paris coutent soixante dix huit livres moitié paÿable d’avance et lautre moitié ala récéption de Louvrage-cÿ.

    Pour soumission à faire neuf à Dix révérbéres pour la ville de Mirepoix en la meme grandeur, forme, qualité des matières, prix, façon et conditions ci devant exprimées.

  6. Martine Rouche

    Pour compléter ces archives transcrites il y a quelques années, la deuxième fontaine de la place fut installée, à l’identique, en 1826, sous l’autorité de Coma,  » architecte voyer du département de l’Ariège  » . La première fontaine, réclamée par le préfet Dupont Delporte avec beaucoup d’insistance auprès de la municipalité ( … ), fut difficilement financée, et il fallut recourir à une souscription auprès d’habitants de Mirepoix pour environ six mille francs sur les vingt mille nécessaires. Il fallut d’ailleurs rappeler certains à leurs engagements …

  7. Martine Rouche

    Aujourd’hui seizième Frimaire l’an deux de la République française une et indivisible réunis en conseil général de la commune les citoyens J F D Bauzil maire, Alibert Gorguos rigail loze officiers municipaux, Vidalat combes rigail, Présent le procureur de la commune.

    […]

    plus sera imposé en faveur du citoyen Clauzel entrepreneur de l’illumination et entretient des réverbères la somme de Six cent francs pour indemnité à lui accordée pour pertes qu’il à éprouvées les années 1791 et 1792.

    plus en faveur du même la somme de huit cent trente huit francs pour l’illumination et l’entretient desdits réverbères la présente année 1793.

    et les délibérants ont signé

  8. Martine Rouche

     » L’illumination de La ville est aussi un objet essentiel. Vous avez éprouvé, citoyens, combien elle est agréable. Je dis plus, dans les circonstances actuelles, cette dépense est indispensable pour la sûreté des citoyens. Rien ne favorise plus le crime que les ténèbres. Nous avons déjà senti la privation de nos réverbères, et il n’est pas un de nous qui n’ait fait des vœux pour que le service en soit rétabli. »
    Rouger, Maire de Mirepoix, 1792

  9. Martine Rouche

    31 mai 1825.
    " Le Conseil Municipal, sur la proposition de M. Vergnes, décide de placer des urnes artistiques sur les deux fontaines de la Place. "
    Comptes-rendus des conseils municipaux, dossier D140, AM Mirepoix

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