Mirepoix, une ville en forme de bastide

Initialement construite sur la rive droite de l’Hers, la ville de Mirepoix se trouve rayée de la carte par la grande inondation de 1289. Elle est alors reconstruite, en forme de bastide, sur la rive gauche de l’Hers. D’où le plan à quadrillage, visible sur la vue aérienne reproduite ci-contre. Ainsi quadrillée, la ville se divise en îlots, ou moulons, géométriquement répartis autour d’une place centrale, de forme quadrangulaire, dont les accès sont situés aux angles.

 

Chaque moulon comprend un nombre défini de parcelles, ou ayrals, hébergeant chaque fois une maison, ouverte sur la rue, et, derrière la maison, d’où invisible de la rue, un bout de cour ou de jardin. Egalement définie, la largeur des maisons correspond à la portée maximale d’une poutre en bois, soit entre 8 et 12 mètres. La longueur de l’ayral est, proportionnellement à la dite largeur, double ou triple. Partout répété, ce jeu de proportion confère à la bastide son visage harmonieux, témoin de l’idéal d’équilibre qui inspire le XIIIe siècle finissant.

 

Située au centre du quadrillage urbain, la place constitue, autour de la cathédrale et de halle, l’espace dédié à la vie publique, et, de façon très politique, le théâtre de cette dernière. Bordée de maisons aux façades remarquables, habitées jadis par des familles puissantes, elle abrite l’ancienne maison commune, dite Maison des Consuls, assignée dans le passé à la fonction d’Hôtel de Ville, i. e. de tribunal, de salle de conseil et de prison.

 

L’ensemble des maisons de la place comporte au premier étage une partie en saillie, ou encorbellement, qui augmente la surface habitable. Soutenus par des piliers de bois reliés entre eux par des arches demi-circulaires, les encorbellements abritent l’espace de circulation et d’activité marchande que sont aujourd’hui encore les couverts. Contrairement aux maisons des rues adjacentes qui sont, ça et là, séparées par des venelles, appelées carreyrous, les maisons de la place sont mitoyennes. D’où le risque majeur d’incendie, qui se vérifie en 1664 avec la destruction de l’angle du Grand Couvert, puis en février 1914 avec celle de six maisons, aujourd’hui restaurées.

 

En 1364, suite à l’attaque des routiers, qui ravagent, pillent et brûlent l’ouest et le sud de la ville, Mirepoix se dote de remparts, flanqués de quatre portes monumentales. Munies de pont-levis, celles-ci regardent respectivement vers Pamiers (Porte d’Aval), vers Limoux (Porte d’Amont), vers l’Hers (Porte du Bragot), et vers Laroque d’Olmes (quatrième porte).

 

 

De ces fortifications aujourd’hui disparues, il ne reste plus que la Porte d’Aval, immédiatement visible, cours Maréchal de Mirepoix, lorsqu’on arrive de Toulouse par le bus Cap Pays Cathare.

 

Comme l’indique la carte postale ancienne (1900) reproduite ci-dessus, les douves qui se situaient jadis au pied des remparts, ont été progressivement comblées et converties en cours, bordés de platanes, où il fait bon, l’été, circuler sous l’ombrage. Orné de cette belle ceinture, le coeur de ville s’entretient dans ses limites anciennes.

 

Au-delà de ces limites, sur le territoire initialement alloué aux familles de la bastide médiévale afin qu’elles y cultivent leur part de jardin, s’édifient, depuis une quinzaine d’années, les pavillons du nouveau Mirepoix. Il s’agit là d’une autre histoire. J’y consacrerai plus tard une autre chronique, d’autres photos.