A propos de la famille Calages – Un geste de Pierre Pol Calages

Toujours dans le fonds Calages, conservé aux Archives Départementales de Carcassonne, Martine Rouche et Claudine L’Hôte-Azéma ont retrouvé un document qui permet de suivre, quelques 25 ans après l’ordination de Pierre Pol Calages, l’histoire de Françoise de Plos et celle des enfants Calages. Il s’agit d’un acte de donation entre vifs, daté du "vingt troisième jour du mois de septembre mil sept cens sept", signé à Toulouse par Pierre Pol Calages et Françoise de Plos. Pour les lecteurs désireux d’en faire la lecture exhaustive, le texte de cet acte se trouve intégralement reproduit infra.

 

Ci-dessus : vue de la salle de lecture des Archives Départementales de Carcassonne

 

La lecture de cet acte indique que Pierre Pol Calages est devenu curé de Lunel, pourvu par son père Henri de Calages du prieuré de Saint Alexandre, et que Marguerite de Calages, sa soeur, la petite "Margotton" de 1684 1)Cf. La dormeuse blogue : A propos de la famille Calages – Une lettre de Pierre Pol Calages à Françoise de Plos, a survécu au problème de santé qui avait nécessité en 1681 son hospitalisation à Limoux, puis à la "fluction sur les nieux…" qui, en 1684, "lanpeschoit de voir" 2)Cf. La dormeuse blogue : A propos de la famille Calages – Une lettre de Françoise de Plos, ou le voyage d’hiver

A bien lire, on comprend que Pierre Pol Calages vit chichement, sinon pauvrement, du seul revenu de son prieuré de Saint Alexandre, puisqu’il chiffre à "Six vingt livres" la somme "pour luy tenir lieu", en cas d’infirmité ou autre, "de titre clérical afin de luy ayder a subsister selon son estat et condition avec le peu sul pourra retirer du prieuré de St Alexandre duquel il est pourvu".

Marguerite de Calages, sa soeur, qui a alors 36 ans, a dû rester infirme ou handicapée, en tout cas à la charge de sa famille, puisque son état requiert que sa mère, Françoise de Plos, "la nourrisse et l’entretienne pendant la Vie, et a meme pot et feu" et que, au cas où Françoise de Plos viendrait à disparaître, on lui "baille une chambre garnie de meubles et estensiles qui conviendront a son estat", ainsi que "annuellement une pension viagère et par avance de six en six mois la moitié, la somme de cent livres". 

Françoise de Plos, qui a dû élever 9 enfants, dont Marie, la première petite soeur de Pierre Pol Calages, née du mariage d’Henri de Calages avec Marie de Pech, orpheline de mère le jour de sa naissance, enfant de faible santé, morte en 1685 ; Françoise de Plos, qui a dû se dévouer à "Margotton", la seconde  petite soeur de Pierre Pol de Calages, elle aussi de faible santé, sujette à hospitalisations, demeurée dépendante par la suite ; Françoise de Plos, qui s’est efforcée d’établir 7 garçons : Pierre Pol et Henry Alphonce, nés du mariage d’Henri de Calages avec Marie de Pech, puis Jean, Jean François, Pierre et Louis, nés de son propre mariage avec Henri de Calages ; Françoise de Plos, qui s’est évertuée à régler les affaires embrouillées et les dettes laissées par Henri de Calages ; Françoise de Plos, qui s’est mariée, veuve sans enfants, à l’âge de 20 ans, avec un homme chargé déjà de 3 enfants, qui a eu ensuite 6 enfants avec cet homme, et qui est en 1707 âgée de 62 ans ; Françoise de Plos donc, "considérant  le nombre des Enfants"  et "le peu de bien", a lutté depuis le décès de son mari et continue à lutter contre la pauvreté. 

Louis Calages, benjamin de Françoise de Plos et d’Henri de Calages, petit frère de Pierre Pol Calages, est devenu "Me Louis Calages, Bachelier ez droiz". Il a, en 1707, 31 ans. C’était probablement le plus doué des enfants, que Françoise de Plos n’a pu soutenir dans ses études sans consentir de gros sacrifices.

L’acte dont je tire ces renseignements n’indique pas quelle est la situation des autres enfants, Henry Alphonce, Jean, Jean François, et Pierre. J’imagine qu’il s’agit d’une situation plus modeste que celle de Louis.

Cet acte nous apprend que Pierre Pol Calages exerce en 1707 devant notaire un geste digne de l’homme de coeur qu’il a su être déjà en 1681, lorsqu’il écrit à Françoise de Plos pour la prier de retirer de l’Hôtel-Dieu de Limoux sa petite soeur "Margotton" qui "languit fort et se chagrine".

 

Il fait don  de "tous les biens, droits, actions, et hipoteques en Capitaux et Interests arreragés jusqu’à ce jour quil a de droit "  à "Sieur Louis Calages son frere", qui en exercera "la jouissance, possession, et propriétté après le décès de Demoiselle de Plos".

Il donne à Françoise de Plos "des aujourdhuy lentiere jouissance des droits, actions et hipoteques pour exercer le tout ainsy quelle verra etre afaire pendant le tems quelle vivra sans quelle soit tenue den rendre aucun compte".

Il charge Françoise de Plos de "Nourrir et Entretenir pendant la Vie, et a meme pot et feu Demoiselle Marguerite de Calages Sa soeur".

Il charge Louis Calages, son frère, après le décès de Françoise de Plos, de "bailler a ladite Demlle Marguerite de Calages leur soeur une chambre telle quelle voudra de la maison de lheredite dudit feu Sr leur père qui est dans la ville de Mirepoix garnie de meubles et estensiles qui conviendront a son estat, et outre ce de luy payer annuellement de pension viagère et par avance de six en six mois la moitié, la somme de cent livres, et en cas ladite maison viendroit a se vendre, ledit Sr Calages Bahcelier sera tenu de bailler a ladite Demlle sa soeur une autre chambre convenable dans la meme ville, sy mieux il n’ayme lui payer annuellement la somme de trente livres pour luy tenir lieu du loyer de ladite chambre".  

 

Ci-dessus : Giotto, basilique d’Assise, Saint François parlant aux oiseaux

 

Il demande seulement pour lui-même "qu’au cas il vint à se trouver sans bénéfice par infirmité ou autrement, ledit Sr Calages Bachelier luy payera annuellement de pension viagere la somme de Six vingt livres pour luy tenir lieu en pareil cas de titre clérical afin de luy ayder a subsister selon son estat et condition avec le peu sul pourra retirer du prieuré de St Alexandre duquel il est pourvu".

De façon très émouvante, Pierre Pol Calages fait inscrire dans cet acte de donation par lequel il abandonne tout afin de porter secours aux siens, "lamitié quil a toujours eu soit pour ladite demoiselle de Plos que pour Me Louis Calages, Bachelier ez droiz son frère". Les mots d’amitié et de frère sont à prendre ici au sens fort, au sens évangélique. Dans le cadre d’une famille recomposée, Pierre Pol Calages témoigne d’une admirable capacité d’aimer sans se soucier du degré de parenté, sans faire de différence entre le tien ni le mien.

De façon plus émouvante encore, Pierre Pol Calages, tout au long de cet acte, se soucie de la condition de sa soeur Marguerite de Calages, la petite "Margotton" qui en 1684 avait mal aux "nieux", qui demeure aujourd’hui pauvre entre les pauvres parce qu’elle est dépendante, et qui incarne sans doute aux yeux de l’homme de foi la petite soeur des Béatitudes, celle à qui le royaume de Dieu appartient, après sa première petite soeur, Marie de Calages, morte en 1685, qui appartient déjà au royaume de Dieu. 

Pierre Pol Calage confie à son petit frère "Me Louis Calages, Bachelier ez droiz" le soin de veiller à la bonne exécution de cet acte de donation, sachant qu’il peut compter sur la compétence de l’homme de loi, mais aussi et surtout sur l’honnêté du frère et ami, homme de coeur comme lui. De l’aîné au benjamin d’une fratrie composite, on voit ici un beau lien s’entretenir, malgré la différence des âges, malgré les épreuves, au bénéfice d’une mère aimée de tous, noble figure du courage devant les difficultés, et au bénéfice d’une petite soeur que la vie a laissée sans défense et qui incarne conformément au dire de saint François, comme l’oiseau qui "ne sème ni ne moissonne" , "de toutes les créatures de Dieu, celle qui a meilleure grâce".  

Ci-dessus : Lunel, pont romain

Cet acte de donation signé le "vingt troisième jour du mois de septembre mil sept cens sept" par Pierre Pol Calages, curé de Lunel, peut, et doit se lire selon moi, comme un acte de foi. Parce qu’il a traversé sans se perdre les épreuves du temps, parce qu’il a été retrouvé aux archives de Carcassonne, déchiffré et retranscrit par des mains amies, j’ai pu prendre connaissance de cet acte. Je suis heureuse et émerveillée d’avoir eu cette chance. Il y a ainsi des gestes exemplaires qui portent en eux une lumière.   

 

Calages Carcassonne archives 6J3, pièces d’état-civil, diplômes et actes notariés, 1676-1722

 

Au nom de Dieu soit que ce jourdhuy vingt troisième jour du mois de septembre mil sept cens sept, a Toulouse après midy, Régnant Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre devant moy notaire, feurent presens MrMe Pierre Paul Calages Curé de la Ville de Lunel au diocèze de Montpelier fils de feu Sr henry Calages receveur des gabelles du diocèze de Mirepoix, et demlle Marie de Puech dune pars, et demoiselle françoise de Plos Epouse en secondes noces, et héritière bénéficiaire dudit feu SrCalages son époux dautre, lesquelles parties ont dit que le dit sieur Calages curé voulant jouir de lhérédité de ladite demlle de Puech sa mère, et du titre clérical que ledit feu sieur Calages son père luy auroit fait, et faire rendre compte de la jouissance de tous, à ladite Demlle de Plos, Ils se seroient tous deux rendus en cette ville pour Régler et fixer le tout soit en capital quinteressements et arrérages jusqu’à ce jour, Néanmoins considérant le nombre des Enfants que ledit Sieur son père alaissés et le peu de bien, inclinans dailleurs alamitié quil a toujours eu soit pour ladite demoiselle de Plos que pour Me Louis Calages, Bachelier ez droiz son frère, De son bongré, a donné et donne par donnation entre vif et a jamais irrévocable audit Sieur Louis Calages son frere a ce presant acceptant, et très humblement et remerciant ledit Sr Calages Curé son frère, Tous les biens, droits, actions, et hipoteques en Capitaux et Interests arreragés jusqu’à ce jour quil a de droit et de fait tenant tant de son chef en vertu du titre clerical a luy fait par ledit Sr Son père par acte retenu par Me Vidalat notaire de Mirepoix environ lannee mil six cent soixante dix sept, que de celluy de ladite Demoiselle de Puech sa mère en vertu de son contrat de mariage retenu par Cassaignas notaire de Narbonne en mil six cent quarante neuf, et de la reconnaissance dottale faite en faveur de ladite Demlle de Puech par ledit feu Sr Calages par acte du dix neuf Janvier mil six cent soixante en retenu par laures notaire de Castelnaudary, sur les biens dudit feu sieur Calages son père, pour par ledit sieur Calages son frere, les exercer, enprendre la jouissance, possession, et propriétté après le décès de ladite Demoiselle de Plos, alaquelle ledit Sieur Calages Curé donne des aujourdhuy lentiere jouissance des droits, actions et hipoteques pour exercer le tout ainsy quelle verra etre afaire pendant le tems quelle vivra sans quelle soit tenue den rendre aucun compte, et en cas il luy en seroit demandé lui donne le Reliqua, delaquelle jouissance ladite Demlle de Plos en a remercié ledit Sieur Calages Curé, ala charge par ladite Demoiselle de Plos de Nourrir et Entretenir pendant la Vie, et a meme pot et feu Demoiselle Marguerite de Calages Sa soeur, et apres le deces de ladite Demoiselle de Plos, ledit Sieur Calages Bachelier venant apprendre ladite propriétté et Jouissance desdits biens, droits, actions et hipoteques aluy cydessuis donnés par ledit Sieur Calages Curé Il sera tenu de bailler a ladite Demlle Marguerite de Calages leur soeur une chambre telle quelle voudra de la maison de lheredite dudit feu Sr leur père qui est dans la ville de Mirepoix garnie de meubles et estensiles qui conviendront a son estat, et outre ce de luy payer annuellement de pension viagère et par avance de six en six mois la moitié, la somme de cent livres, et en cas ladite maison viendroit a se vendre, ledit Sr Calages Bahcelier sera tenu de bailler a ladite Demlle sa soeur une autre chambre convenable dans la meme ville, sy mieux il n’ayme lui payer annuellement la somme de trente livres pour luy tenir lieu du loyer de ladite chambre, se rezervant toutefois ledit Sieur Calages Curé qu’au cas il vint à se trouver sans bénéfice par infirmité ou autrement, ledit Sr Calages Bachelier luy payera annuellement de pension viagere la somme de Six vingt livres pour luy tenir lieu en pareil cas de titre clérical afin de luy ayder a subsister selon son estat et condition avec le peu sul pourra retirer du prieuré de St Alexandre duquel il est pourvu, auxquelles pensions viageres et aux conditions susdites, ledit Sieur Calages Bachelier promet et soblige satisfaire, comm’aussy ledit Sieur Calages Curé se rezerve le surplus de ses autres biens presens et a venir pour en disposer ainsy qui avisera. Declarant aux parties que la presente donnation est sujette a l’insinuation laïque conformement a L’Edit et Declaration du Roy sous les penes y contenues ; et lors du deces de ladite Demlle Marguerite de Calages, ledit Sieur Calages bachelier retirera les estensiles et meubles et autres effects en letat quils se trouveront et tels aura delivres a sadite soeur, et a venir ce dessus lesdites parties chacun comme le conserne obligent leurs biens presens et avenir aux rigueurs de justice, fait et passé dans ma maison en presence de Me Jean alpinihan Lavernhe avocat au parlement, et Claude Rieux presents habitants audit Toulouse signés a la cede aux parties, et moy Pierre Balaguier notaire Royal audit Toulouse soussigne contrerolle sur ladite cede ledit jour par Richard Couris qui a reçû treize livres quatre sols

                                                                          Balaguier

 

Notes   [ + ]

3 réflexions sur « A propos de la famille Calages – Un geste de Pierre Pol Calages »

  1. Martine Rouche

    Les quatre  » mains amies  » n’ont qu’à se féliciter d’avoir rencontré, justement grâce à une journée d’histoire consacrée à Marie de Calages, deux autres  » mains amies  » qui vont au coeur des documents et des personnes. Quel bonheur partagé !
    Nous ne savons rien de Jean, François, Pierre. En revanche, Louis, le benjamin de la fratrie composite, est devenu avocat au Parlement de Toulouse, est décédé en 1742, après avoir épousé Elisabeth de Besse. C’est peu, mais on voit au moins que ses études de droit, chèrement payées à coup sûr pour la famille, ont abouti à une situation confortable.

  2. Martine Rouche

    Complément d’enquête : Louis et Elisabeth ont eu neuf enfants dont cinq sont entrés dans les ordres.

    Marie de Calages, troisième à porter ce nom après Marie, femme de lettres, et Marie, sa demi-soeur décédée à quatorze ans, épouse Pierre Jean Labeur, fermier principal des fruits décimaux de Sainte-Foy de Benaix pour le compte du chapitre de Rieux-Volvestre et premier consul de Lavelanet en 1697. Le couple a trois enfants. Marie meurt à Lavelanet le 14 septembre 1695  » à l’aage de 27 à 28 ans après avoir receu les sacremans et a été ensevelie le 16e du meme mois de lannee 1695 dans le cimetière de Drulhe loffice fait par moi Reynal curé « . (AM Lavelanet)

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