BiZ’ART, une exposition organisée par le Collectif Al Art Mixtes

C’est, pour la quatrième année consécutive, dans la salle des métiers d’art de l’office du tourisme de Mirepoix, du 13 au 30 novembre 2007. On pousse la porte de l’office du tourisme, à gauche de la mairie, sous les couverts. On s’engage dans le couloir, au fond, à droite. On pénètre dans une salle double dont les fenêtres donnent sur le palais épiscopal et la cathédrale. Dans cette salle, il y a une exposition d’art contemporain. BiZ’ART, une manifestation du Collectif AL ART MIXTES. J’y suis allée hier, sans connaître. Cliquez sur les images ci-dessous : elles s’agrandiront !

 

Cinq artistes exposent. Cinq vivants font signe. Serge Audemar. Jean-Noël Cuenot. Geneviève Gourvil. Delphine Olivier. Joëlle Sommier.

 

 

Je faisais le tour de la salle lorsqu’une jeune femme est entrée, dont j’ai su plus tard qu’il s’agissait de Geneviève Gourvil. Elle a mis en marche une drôle de machine, installée au centre de la salle. Cliquetis, cliquetis, j’ai mieux regardé. Mu par la magie de la fée électricité, un système de transmission drôlatique assure, en bout de chaîne, l’impression d’un Autoportrait. J’ai reconnu l’artiste, croisé l’hiver dernier dans un café de Mirepoix. D’apparence enfantine, le dispositif créé par l’artiste constitue, si l’on se réfère à Duchamp, une possible variation sur le thème de la machine célibataire, ici, ancêtre du photomaton, la machine à tirer le portrait.

 

 

Tirer le portrait… Pour quoi ? Pour qui ?

-Tu veux mon portrait ?

Plus que l’autoportrait de l’artiste, le dispositif créé par Jean-Noël Cuenot mouline, à l’intention du spectateur, cette seule question :

– Tu veux mon portrait ?!

La réponse est dans la question. Le temps d’un éclair, je me suis souvenu de l’artiste, croisé l’hiver dernier dans un café de Mirepoix… Ce temps de l’éclair, c’est celui des regards que, d’une façon ou d’une autre, la machine désirante, ici l’oeuvre de l’art, moins célibataire qu’on croit, happe et engrène.

 

 

Accrochée dans un renfoncement latéral comme dans une sorte de chapelle, j’ai remarqué ensuite une oeuvre de grande taille, dont la tonalité d’ensemble, riche et cuivrée, évoque tout à la fois les fastes de Venise et ceux de la Sublime Porte. J’ai songé à une peinture sur cuir.

Geneviève Gourvil, qui me servait de guide, m’a indiqué qu’il s’agit d’une oeuvre de Joëlle Sommier, réalisée sur une ancienne porte de cheminée, ornée d’un bord clouté, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, et assortie, dans la partie supérieure, d’un bouton d’origine, faisant office de poignée. La porte sert de support à une composition couleur du temps, fruit d’une technique mixte : pans de peinture à demi effacés, évoquant des villes anciennes (Venise ?), des paysages lointains (Constantinople ?) ; lambeaux de papiers peints, de journaux jaunis, collés sur les pans de peinture, dont on ne sait s’ils témoignent de l’oubli, et de l’oubli de l’oubli, ou s’ils témoignent du contraire, par effet de vedute, d’arrachage, ou de crevé. Matière et mémoire…

 

 

Joelle Sommier, La Quête

 

Geneviève Gourvil, dans une autre partie de la salle, expose les visions d’un monde édénique, dont les personnages semblent sortis d’une miniature persane ou descendus d’un vitrail.A la recherche de la matière-lumière, l’artiste intègre dans ses compositions les matériaux de la splendeur profonde, poudre de verre pilé, morceaux d’étoffe tissés de fils d’or. Pourquoi faut-il qu’au vu de ces clartés éparses, je songe tout à la fois à la route qui poudroie, aux pierreries qui regardèrent, et au verre qui un jour, dit le poète, s’est brisé comme un éclat de rire ?

Commentant le tableau ci-dessous, Geneviève Gourvil parle du chemin qu’on y voit : c’est, à la façon d’une échelle, d’un jeu de l’oie, ou d’une bande de phylactères, « le chemin qui va de la terre jusqu’au ciel ».

 

 

Ailleurs, Geneviève Gourvil peint le jeu des forces primordiales, le vif des émois élémentaires. Invisible, le dieu Pan égrène des notes de flûte quelque part.

 

 

De son travail de création, Geneviève Gourvil dit qu’il suit, sans pourquoi, d’une émotion première, ou plutôt d’une surprise continuée. Autodidacte, elle fraie un chemin d’expérience. Discutant à propos de sa peinture le qualificatif d’art naïf, elle revendique celui d’art « singulier ».

 

Représentée ici par des peintures, des sculptures, des textes, l’oeuvre de Serge Audemar se veut libre de toute allégeance à un genre. L’artiste dit de son besoin d’expression qu’il est souverain, et qu’il requiert, en même temps que les moyens de la dite expression, le principe d’indifférence qui est, au regard de l’essentiel, le propre de ces derniers. A preuve, la superbe fluidité du mouvement qui circule, chez Serge Audemar, de la peinture à l’oeuvre sculptée, de la lettre à l’image, et vice versa. Etonnante liquidité d’un travail de création dont le petit curriculum vitae fourni par l’artiste nous apprend qu’elle découle, entre autres, de l’apprentissage de la mosaïque, de la peinture murale décorative et du travail du plâtre (1973, Ecole des Beaux Arts d’Avignon) ; d’une formation de tailleur de pierre (1975-1976) ; du travail du marbre à Florence et à Carrare 1984-1985) ; etc. Mystérieuse plasticité de la matière-expression.

 

 

 

Aspects de l’oeuvre peint et scupté de Serge Audemar

 

Je ne sais rien de Delphine Olivier, dont les toiles sont accrochées à l’entrée de la salle d’exposition. Il s’agit de toiles de grand format, rendues immédiatement spectaculaires par le choix de valeurs colorées très fortes et par celui du motif : la femme nue.

 

 

Le tableau ci-dessus, qui évoque à la fois la statuaire africaine et la silhouette de Joséphine Baker, semble relever d’une inspiration ethnique. Mais d’autres toiles évoquent plutôt le style et le propos de Mucha dans Salomé :

 

 

Le « Fuck » qui figure dans l’un des titres et nombres de références au MLF témoignent d’une colère ou d’une rage que le geste pictural libère ou conjure, sans se payer de mots.

 

 

Une toile fait exception, qui représente, dans une valence Yin, le possible de la paix intérieure. C’est le seul personnage masculin dans les toiles de Delphine Olivier présentées ici.

 

J’ai demandé à Geneviève Gourvil quelques renseignements sur le Collectif AL ART MIXTES. Celui-ci regroupe, m’a-t-elle dit, des artistes, d’origine et d’inspiration très diverses, qui tentent d’exister en Ariège, i. e. de trouver des lieux d’exposition, de rencontrer le public, et de vivre de leur art. Soutenus dans cette entreprise par le Fonds Social Européen, l’INSTEP Léo Lagrange Midi-Pyrénées, le Conseil Général de l’Ariège, le Pays des Pyrénées Cathares, l’Espace Initiatives et la Mairie de Mirepoix, ils bénéficient d’une formation spécifique, destinée à favoriser leur démarche, sur le plan économique, juridique et administratif. Tous disent que l’entreprise est ardue, mais ils fondent sur le Collectif leur espoir.

 

J’ai trouvé appréciable, dans une exposition comme celle-ci, loin de Paris et des grands centres, mais dans un lieu propice et dans une atmosphère sereine, de rencontrer des oeuvres nouvelles et d’en discuter avec les artistes. « Ce terreau-là », dit le Collectif AL ART MIXTES, « nous, artistes, le défendons ».