L’atelier du lithographe

 

Sur la table, voici la pierre, λιθοσ, lithos, qui sert de support à la lithographie, le tracé, γραφειν, graphein, sur la pierre. Il s'agit d'un bloc de calcaire, roche adaptée à la lithographie en vertu de sa porosité naturelle. Taillée au format raisin, jésus, etc. la pierre est très lourde. Elle offre au tracé une surface parfaitement polie, sur un fond massif et stable qui leste le geste du graphiste de toute la gravité des choses terrestres. Le tracé s'exécute au crayon, à la plume, à l'encre, ou via tout autre moyen propre au graphiste, et il peut être effacé par abrasion à l'aide d'une poudre de corindon.

 

Le lithographe dispose ici d'une cinquantaine de pierres, de formats divers. Il craint actuellement de se trouver un peu juste. Certains travaux nécessitent en effet l'usage de plusieurs pierres. Un des artistes avec qui le lithographe travaille, utilise déjà, à lui seul, une quinzaine de pierres. 

La pierre, une fois humidifiée, puis encrée, sert de matrice à l'impression sur papier. Seul le gras du tracé fixe l'encre, qui est composée de divers pigments et d'un liant, également gras. Le reste de la pierre, en vertu du film humide qui la revêt en surface, ne retient pas le gras de l'encre. Attention aux traces de doigt, qui sont par nature légèrement grasses ! On risque de les retrouver sur l'impression.

 

 

Pour une impression en couleurs, il faut classiquement autant de pierres que de couleurs, bien qu'on puisse aussi repolir la pierre après chacun des encrages colorés. Mais il s'agit alors d'une impression définitive, puisqu'on ne dispose plus de la totalité des tracés nécessaires à une réimpression.   

L'encre est déposée sur la pierre à l'aide d'un rouleau en caoutchouc. On pose ensuite le papier sur la pierre, et l'on soumet le tout à la presse.

 

 

 

Le lithographe utilise une superbe machine des années 30, qui impressionne par sa taille et qui cependant, observe-t-il, travaille à la façon d'une bête silencieuse.

 

 

Suite au passage sous la presse, aux hasards heureux ou malheureux qui interviennent dans le processus de l'impression, on obtient de belles estampes, comme celles que l'on entrevoit ci-dessous :

 

 

 

Le lithographe travaille actuellement avec Matt Hilton, auteur des impressions, encore en phase d'essai, posées sur une table immédiatement ci-dessus. Cf. A propos de Matt Hilton printmaker. Il dit que, si la technique est importante, l'expérience du papier, des encres, la connaissance des valeurs colorées, de l'opacité, de la transparence, etc., c'est la collaboration avec les artistes, l'élucidation du projet, le work in progress, qui le passionnent. 

Il regrette par ailleurs qu'avec l'évolution de la composition chimique des encres, certaines qualités de couleur se perdent. Il évoque par exemple certain jaune, devenu introuvable, que l'on obtenait naguère en Inde à partir de l'urine de vache concentrée. On ne sait rien, ajoute-t-il, de la durabilité des couleurs modernes, non plus que de celle des papiers. 

Nous avons visité aujourd'hui, à l'initiative de Mille Tiroirs et dans le cadre de la Triennale de l'Estampe ainsi que de l'exposition d'estampes actuellement organisée à Pamiers 1)Cf. La dormeuse blogue : Figures méridionales de l’estampe contemporaine à Pamiers, l'atelier de Philippe Parage, près de Mirepoix.

Notes   [ + ]

Une réflexion au sujet de « L’atelier du lithographe »

  1. Martine Rouche

    Merci à toi, à Philippe Parage et aux organisatrices de cette visite, de m'avoir permis d'y participer.
    Ta photo initiale est une merveille.

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