Dans l’Aude, sur le chemin des Artistes à suivre

 

C'est par un temps de chien que nous avons parcouru hier une partie du chemin des artistes de la haute-vallée de l'Aude. Doudounes et polaires tu ressortiras en mai 2010 ! Nous avons tenté, sans parvenir à tout voir, le parcours Quillan-Saint Jean de Paracol. L'association Artistes et Chemins propose ce week-end deux autres parcours : Antugnac-Cassaignes et Hameau de Laval-Parahou le Petit. Les expositions durent du 13 au 16 mai. Elles sont ouvertes également en nocturne. Cf. Artistes à suivre 2010

 

 

 

Vu que, faute de carte, nous sommes un peu perdus en route, nous avons commencé notre tour des expos à Campagne sur Aude. A la fréquence des maisons de blanquette, on se souvient chaque fois qu'on est dans l'Aude, à proximité de Limoux. Le grand Frédéric Soulié lui-même dit les vertus de la blanquette : mousse, pétulance, clinquant, hé bien ! la blanquette de Limoux les possède d'une manière plus élégante que le champagne ; sa mousse est plus légère et plus argentée, son parfum plus suave, son ivresse plus facile et plus passagère, son abus plus innocent, et l'on peut dire que, si le champagne représente la vigueur bondissante de Mlle Elssler, la blanquette a la suavité aérienne de Mlle Taglioni. [1]Frédéric Soulié, Deux séjours – Paris, Province, p. 184 (187), Hippolyte Souverain Editeur, 2e édition, 1837.

 

Ci-dessus : Gaje Quartet, Et on ne voit même pas les crocodiles.

 

A Campagne sur Aude, village pittoresque, de forme circulaire, construit autour d'une ancienne commanderie templière, nous avons visité le Gaje Quartet, du nom d'un groupe d'artistes inspirés par le jazz, qui peignent à huit mains de grandes toiles très rythmées, soumises aux règles de l'improvisation sur un thème.

 

 

Puis nous nous sommes attardés auprès du peintre Philippe Gonzalez, qui expose ici une série de vaches craquantes. 

J'aime trop les vaches pour me priver d'en reproduire ici le portrait.

Nous sommes descendus ensuite à Quillan afin de visiter les expos installées aux Prés en bulle. C'est au-delà du cimetière, sur la route des Marides, sur le site d'une brasserie artisanale, qui, tout en poursuivant son activité première, accueille des artistes de tous genres. Ambiance klezmer dans le décor de la fabrication. Coin bistrot. Dehors, cuisson des viandes et des haricots lingots. 

 

 

Le Collectif Kozapi expose dans la brasserie les planches d'une BD réalisée par Paul Sharck et Nicolas K, des toiles du peintre roumain Marius Vancea, des photos de Christian Nitard ainsi qu'une vidéo de Brice & Damien Dirlès.

 

 

 

Le charme de cette BD tient à la mélancolie sournoisement ironique du dessin et du texte. J'ai acheté la version papier, publiée aux éditions du… Rat crevé.

 

 

En face du mur de BD, une des toiles de Marius Vancea.

 

 

 

 

Il faut s'enfoncer dans les entrailles de la brasserie et circuler parmi les caisses pour voir les photos de Christian Nitard. La série des Jardiniers est irrésistible.

 

 

Dans un coin, aménagée entre deux rideaux, une petite cabine de cinéma accueille une vidéo de Brice & Damien Dirlès. 

 

 

La vidéo s'intitule Transition. Composée par Damien Dirlès, la musique confère au montage une pulsation puissamment organique, comme une fleur de sang. 

 

 

Surgi d'une profondeur limbique, voilé d'une blancheur de céruse, le corps qui bouge ici, semble naître du crayon très précis des maîtres de la peinture et dans le même temps s'en libérer pour vivre d'une vie sans lieu, étrangement maintenue entre la présence et l'absence, – d'une chair fantôme…

Le trouble qu'inspire cette vidéo nous a poursuivis pendant le repas, que nous avons pris aux Prés en bulle, au milieu de l'expo, à la bonne franquette. On mange très bien ici, pour 10 €. 

Nous poussons ensuite notre périple vers Fa.

 

 

Frédérique Azaïs-Ferri expose à Fa tout un monde de figures, minuscules ou grandes, très colorées, avec une dominante rouge, souvent assorties de lettres peintes ou de collages. Les formes sont élancées et nerveuses, aiguës parfois. Frédérique Azaîs-Ferri utilise comme support le medium, qu'elle traite en longues planches ou en petits carreaux découpés. Son art hésite entre la poésie ou l'humour de la miniature et l'étirement qui solennise la forme des corps. 

 

 

Au sortir de l'expo de Frédérique Azaïs-Ferri, un jardin de roses et une drôle de maison au trombonne, vus dans Fa. Cherchez le trombonne dans l'image !

Nous joignons maintenant Rouvenac, beau village, resté fidèle à ses pierres et à son âme anciennes. 

 

 

David Vanorbeek expose au Jardin du Gîte un ensemble de sculptures, inspirées, dit-il, par le seul travail du métal. Les sculptures s'inscrivent ici dans un univers somptueusement végétal. Le métal, ainsi éclairé par le fond viride, se pare d'une aura énigmatique, de type onirique.       

 

 

Nous visitons ensuite trois lieux blancs et calmes, l'ancienne Cave Anne de Joyeuse, où Patricia Pons Engels expose des céramiques aux formes océaniques, inspirées par les sensations de l'eau et de la plongée ; puis la salle communale du hameau des Toziels, où Jo Pellenz commémore les moments de "l'art-process" dans lequel il est engagé, i. e. répété chaque fois dans des sites différents, eux-mêmes photographiés par sa collaboratrice, la figuration du cycle de la vie et de la mort  et du jeu que celui-ci entretient entre l'homme et la nature ; puis, chez Laurence Pénétrat, où Suzy Chaney déploie un ensemble d'illustrations dédiées aux contes, dont un Alice au pays des Merveilles, étrangement revisité.

Nous gagnons maintenant Saint Jean de Paracol, ultime étape de notre parcours. Le village est magnifique, avec ses petites maisons qui se serrent les unes contre les autres, ses venelles biscornues, ses vieilles pierres amoureusement préservées.  

 

 

Nous nous rendons d'abord à la Maison des Couleurs où Yann Masseyeff expose des céramiques aux formes très pures, émaillées d'un rouge exceptionnellement transparent et profond. 

 

 

 

Nous visitons ensuite l'expo de Marina Karbe. Elle est installée à la salle communale. Vaste et froid, le lieu accuse l'étrangeté de l'oeuvre, intitulée Collier pour les Titans. Reliés par une forte chaîne, une série de médaillons affichent des personnages aigus, des fleurs torves, des têtes sculptées, ainsi que d'autres détails énigmatiques. Minutie du détail et gigantisme de l'ensemble produisent un effet inquiétant.  

 

 

Julien Longbray expose à l'église une installation éphémère, composée à partir d'un ensemble de boîtes de Buffalo Grill disposées en croix, et d'un pigment clair, déposé au pochoir sur le pavement. 

 

 

Je me suis intéressée à la façon dont l'installation joue avec le mobilier de l'église. J'ai donc rapproché ici le dessin figuré au pochoir par Julien Longbray, l'ombre projetée par la grille du choeur, et le clair-obscur de la niche qui abrite, sur le côté droit de l'autel, une coquille de marbre.

 

 

Sensible au jeu des roses, au contraste des matières, j'ai rapproché également le pauvre et le riche, le rien des boîtes Buffalo Grill et le marbre polychrome de l'autel. La métaphore gagne ici une extension difficile à dire. 

Nous concluons notre périple par une visite à Marianne, installée dans la maison de Victoria. 

 

L'oeuvre s'intitule Sortie brutale du tableau. Elle est faite de papier, de fil et d'étoffe. Les corps de femme ont été moulés sur des mannequins de vitrine. Les enfants, ou poupées, sont de chiffon et de fil. Il se passe, ou il s'est passé, quelque chose dans ce tunnel, qui sort tout entier du tableau accroché au fond. L'histoire sort du plan. Elle se raconte. On entre dedans. 

 

 

Entré dans ce tunnel d'ombre, d'abord on ne distingue pas tout, puis l'oeil accommode, et l'on remarque peu à peu toutes sortes de détails. L'enchevêtrement des fils de couleur, les effets d'arc-en-ciel qui en résultent sont d'une grande sensualité. L'étrangeté de la texture et des formes, qui partout se défont ou se libèrent, suscite le malaise, en même temps qu'une sorte d'attente. Mais de quoi ? L'oeuvre, il semble, perdrait de son sens à être expliquée. Elle m'a laissé une impression très forte. C'est la première fois que je voyais une oeuvre de Marianne.  

 

 

Les expos diurnes se terminant à 18 heures, nous sommes rentrés à Mirepoix sans avoir vu la totalité des oeuvres exposées, ni à Saint Jean de Paracol, ni amont sur notre parcours. Le programme est si riche qu'il faudrait pouvoir y consacrer plusieurs jours à la suite. Et il y a aussi, un peu partout, de beaux concerts en soirée !

Inspirés par le génie du lieu, à notre retour, nous avons débouché une bouteille de blanquette, – pour l'émotion, contre le froid et le vent de ce drôle de mois de mai ! L'amour de l'art s'accommodait ici, à point nommé, de quelques bulles. Tout est dans tout…  

Notes

1 Frédéric Soulié, Deux séjours – Paris, Province, p. 184 (187), Hippolyte Souverain Editeur, 2e édition, 1837

2 réflexions sur « Dans l’Aude, sur le chemin des Artistes à suivre »

  1. colette.autissier

    Et voilà, encore un périple où j'ai l'impression en vous lisant, chère Christine, que j'étais à vos côtés!  Mais, le froid et le mauvais temps en moins!! – merci pour cette visite – colette

  2. martine taminh

    je viens de te lire avant d'aller dormir, une bonne nuit sans aucun doute
    bonsoir et baisers

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