A Toulouse, des Pavillons Sauvages au Petit London, en passant par les marbres de Saint-Etienne

 

J'étais à Toulouse lundi soir pour la soirée mensuelle des Vidéophages, aux Pavillons Sauvages, avenue Jean Dagnaux, dans le quartier des Minimes. Nous arrivons dans la nuit noire. Il y a un monde fou.

 

 

Ambiance jeune et festive. On sert la soupe – du très bon minestrone -, du pâté, du rouge, du punch. La salle de projection est bondée. On peut aussi rester au bar. Le spectacle s'y trouve retransmis sur un deuxième écran.

Où avais-je la tête ? J'ai oublié mon Nikon. Heureusement, j'ai emporté mon téléphone portable. C'est moins bien, mais je pourrai prendre des photos quand même.

Au programme de la soirée, onze courts-métrages, très variés, avec une pause-bar à la mi-temps, ou encore un moment de respiration sous les étoiles, dans le jardin. La variété de la programmation fait que chaque spectateur peut y trouver son plaisir. Les films sont projetés en présence du ou des réalisateurs, qui viennent tour à tour présenter leur travail, puis se prêtent au jeu des questions. Le charme de la très jeune équipe de l'Atelier cinéma du lycée Raymond Naves, qui a réalisé Les silences d'Emma, est irrésistible. La drôlerie d'Emmanuelle Anquetil, aussi. Elle est l'auteur des interludes clownesques qui viennent entrelarder le programme d'une mini-tranche de vie chaque fois déjantée.

 

 

Vân Ta-Minh commente de façon très personnelle le caractère fantomatique d'Ici et là, le film qu'elle a tiré de son voyage au Vietnam. Corentin Charpentier explique comment il tourné Le peuple en marche dans l'esprit de Chris Marker. Charlotte Robb, auteur de Un mariage sans enterrement, raconte le long chemin qu'il lui a fallu parcourir pour réaliser un film de 20 minutes. Puis elle pointe les erreurs qui lui apparaissent après coup. Les questions posées aux différents réalisateurs sont directes et amicales. Ici, on aime le cinéma dans tous ses états, et le cinéma pète de santé.

 

 

Après la projection des onze films, on parle, on rit, on danse. Dans un coin du bar, il y une cabine style photomaton, dans laquelle on est invité à se faire photographier en "mort-vivant" : – Mais naturel ! précise le photographe.

 

 

 

Ci-dessus : le photographe en train de tirer le portrait d'un mort-vivant.  

 

Le film tiré de cette collection de portraits de morts-vivants sera diffusé lors de la prochaine séance mensuelle des Vidéophages. A voir donc le 1er mars 2010.    

 

 

Mardi matin, réveil difficile, dans une maison amie, du côté de la Côte Pavée.

 

 

Je descends vers le canal, munie cette fois de mon Nikon.

 

 

En route vers la cathédrale Saint Etienne, où je veux revoir le retable de Gervais Drouet 1)Cf. La dormeuse blogue : Une visite à l’église Saint Martin de Portet sur Garonne , je passe rue de Metz devant le Grand Hôtel, actuellement en voie de reconversion et dont il ne reste plus que la façade, ouverte sur le vide. 

 

 

Je lèche un peu les vitrines. Je flâne. La ville est rose. 

 

 

Unaniment considéré comme un "chef d'oeuvre de l'art triomphal de la Contre-Réforme", le retable de la Lapidation de Saint Etienne a été construit de 1662 à 1667. Il vient remplacer dans le choeur liturgique l'ancien mobilier, détruit par les flammes lors du grand incendie de 1609. C'est le sculpteur Gervais Drouet qui signe le groupe central, dédié à la Lapidation  de Saint Etienne. Occupé dans le même temps par d'autres chantiers, il délègue la réalisation du corps d'architecture du retable au tailleur de pierre Pierre Mercier.  

 

 

L'oeuvre, dans sa composition et dans son expressivité, fait montre d'un baroquisme évident. Gervais Drouet se distingue ici par un usage quasi pictural des marbres jaspés, tirés des carrières du Minervois et des Pyrénées. La gradation chromatique des colonnes qui rythment l'ensemble du retable et encadrent la scène de la lapidation, confère au martyre de Saint Etienne le statut d'analogon de la Passion du Christ : 

"Il [Gervais Drouet] eut le soin de faire disposer les colonnes en gradation de couleur : les deux fûts de la niche centrale sont en incarnat, flammées d’un blanc éclatant et d’un rouge soutenu, alors que les fûts latéraux tirent vers le turquin, de teintes plus grisées et plus orangées. Ainsi se trouve renforcée, de part et d’autre de saint Étienne, l’évocation du sang du proto-martyr, l’identification à la Passion" 2)Pascal Julien, Gervais Drouet et le retable majeur de la cathédrale Saint Etienne de Toulouse (1662-1667) : l'honneur d'un sculpteur ; Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LXVII, 2007 .

A la subtilité du jeu chromatique déployé dans la scène centrale, Gervais Drouet adjoint dans les parties décoratives l'effet de joaillerie, qui, obtenu par la taille des marbres à la façon des gemmes, illustre la fonction du retable comme "mur de gloire destiné à célébrer l’accession à la Jérusalem céleste, promise à tous par l’exemplarité du protomartyr, mis à mort devant les murs de la Jérusalem terrestre" 3)Ibidem. .      

 

 

Déambulant ensuite de chapelle en chapelle, j'ai tenté de capter dans l'ombre la couleur et l'éclat d'autres autels de marbre.

 

 

Puis j'ai admiré, haut perchés, deux tableaux de Jean Baptiste Despax (1710-1773). Né et mort à Toulouse, élève et gendre d'Antoine Rivalz, il a peint toute sa vie pour les églises de sa ville natale.   

 

 

Je me suis arrêtée aussi devant le grand Saint Jacques, puis devant cette grisaille qui joue avec le rose de façon si élégante. L'injonction en revanche, Evangelizare pauperibus misit me…, a quelque chose de dérangeant pour la conscience contemporaine.

 

 

Je marche un moment dans la couleur des vitraux.

 

 

Revenant vers le grand portail, je vois le bleu des tapisseries suspendues dans la nef s'éveiller sous l'effet d'un jeu de lumière.  

 

 

Ces tapisseries datent du XVIIe siècle. Elles illustrent la vie de Saint Etienne, patron de la cathédrale, puis celle de Saint Sernin, de Saint Sylve et de Saint Exupère, qui ont été tous trois évêques de Toulouse. Elles regagnent dans la lumière une fraîcheur de coloris étonnante.

 

 

 

Alors que je m'apprête à quitter l'église, je remarque sous la rosace, au-dessus du grand portail, un grand tableau, très sombre ou très sale, qui représente la Cène. Il révèle de beaux effets de clair-obscur, une fois éclairci par la magie de l'informatique. 

 

Et maintenant, à table ! J'ai rendez-vous au Petit London, rue Riquet, dans le quartier Saint-Aubin, – un petit restau qui nous a été recommandé hier soir aux Pavillons sauvages, car on y mange pour 5 €.

Je confirme. On mange pour 5 €, et c'est bon.

Sur la vitrine du restau, l'affiche d'un spectacle intitulé Homme Femme – Mode d'emploi. Je l'ai lue avec attention. Je la recommande. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

X-OR, me dit-on, donne ici des concerts. Il a laissé sur le piano sa prise multiple. En face du restau, il y a des tigres.

 

 

Le ciel est bleu. Le soleil revient. Vivement le printemps !

Notes

↑ 1. Cf. La dormeuse blogue : Une visite à l’église Saint Martin de Portet sur Garonne
↑ 2. Pascal Julien, Gervais Drouet et le retable majeur de la cathédrale Saint Etienne de Toulouse (1662-1667) : l'honneur d'un sculpteur ; Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LXVII, 2007
↑ 3. Ibidem.

1 réflexion sur « A Toulouse, des Pavillons Sauvages au Petit London, en passant par les marbres de Saint-Etienne »

  1. Martine Rouche

    Un tour du monde in nuce !!! …
    Cet art baroque nous passionne toujours autant …
    Et as-tu eu une amicale pensée pour notre ami Pierre Pol et sa famille auprès du grand pilier ? Louise te poserait la question …

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