Paysage visible

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La nuit
à quatre heures du matin
change de couleur.
Le noir
dans le miroir de l'armoire
s'infuse d'une clarté,
comme d'un nuage de lait
dans le bol des ténèbres
Vers six heures
une veine bleuâtre
s'ouvre dans la paesine
d'un ciel qui hésite
à se déclarer paysage.
Un peu plus tard, le peintre,
muni de vieilles mitaines,
s'applique à guetter
dans la rue
quelque rougeur qui viendrait
du levant.
Mais la rue s'inonde,
comme d'une eau de vaisselle,
d'un jour blafard
et d'une pluie mal lunée
qui aime à se répéter.
C'est l'hiver
et sa malignité
     sans pourquoi,
sombre figure des paysages
     invisibles
de la destinée.

C'est l'ombre

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blru_sulfate.jpg

Chalcantite, cristal de sulfate de cuivre. Crédit photographique : Stephanb.

Li paisson qui tienent le tref
Sont de color vermeil et blef...

Les piquets qui tiennent la tente
Sont de couleur vermeille et bleue...

Alexandre de Paris, Le roman d'Alexandre, XIIe siècle.

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J'ai vu...

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J’ai vu à Colmar,
monté sur son âne,
le bon Saint Nicolas,
qui distribuait pains d’épice et oranges
aux enfants des écoles.
J’ai eu très peur
de sa barbe blanche
quand il m’a invitée
à monter sur son âne.

J'ai vu à Colmar encore
un petit garçon qui disait la messe
dans un terrain vague,
derrière l’immeuble où nous habitions.
Je lui ai servi d'enfant de chœur.
J’avais cinq ans, lui sept,
sa mère l’avait voué à Dieu
pour racheter une faute
dont je ne savais rien.
Il avait fabriqué un petit autel
et une croix
avec des planches de chantier,
Il connaissait le rituel par cœur,
il me l'apprenait.
Plus tard, il est devenu prêtre
pour de vrai.

J'ai vu à Grenoble
le Père Noël ou plutôt sa lanterne,
derrière les vitres dépolies
de la porte du salon.
Les parents étaient sortis.
Nous restions seules,
ma sœur et moi,
dans la pénombre,
car le 24 décembre en Pologne
on attend que le rideau de la nuit
soit tombé
pour allumer les lumières.
Comme nous n’étions pas très sûres
d’avoir été sages,
comme des images,
nous avons tremblé de voir
une lumière circuler
derrière la porte du salon.
Silence.
Au retour des parents,
nous n’avons rien dit.
Quelques années plus tard,
quand nous en avons parlé,
les parents n’ont rien dit
non plus.

Le temps passe…

J’ai vu à Paris
Jacques Martin, l'homme de la TV,
traverser le boulevard Saint-Germain
en courant,
à la hauteur de la statue de Danton…
Où courait-il si vite ?
Un peu plus tard
j'ai renoncé pour toujours
à regarder la TV.

J’ai vu à Paris encore
Louis Althusser dans sa cuisine,
en banlieue.
Mon professeur de philosophie,
m'avait invitée à l'accompagner
chez son illustre ami.
Ils ont parlé de Spinoza.
Trop intimidée pour dire un mot,
je garde le souvenir du formica
de la table et des chaises.
Au fond de la cuisine soudain
une porte s'est ouverte :
une femme est apparue,
qui nous a longuement regardés.
Puis, sans un mot,
elle a refermé la porte.
C'était Hélène Rytmann,
l'épouse de Louis Althusser.
Dix ans plus tard, son mari
l'a étranglée.

J'ai vu à Créteil,
puis écouté
de toutes mes oreilles,
dans une salle de l'Université Paris XII,
le professeur Ali Benmakhlouf qui donnait un cours
sur les Stoïciens.
Je lui dois le souvenir de ma vie,
celui d'un mot de Philon d'Alexandrie,
rapporté par Philopon le grammairien :
Sensible comme le bruit d'un coquillage
au fond de la mer
.
La magie de ce mot est telle
que j'ai cru la retrouver
quand j'ai visité le château de Terride
après avoir lu Le sire de Terrides
dans le Port de Créteil,
recueil de nouvelles signé en 1834
par nostre Frédéric Soulié.

J'ai vu à Mirepoix
Philippe Noiret, venu de Montréal
en voisin,
qui, après avoir joué le garagiste des Trois Amis,
passait sous le Grand Couvert.
C'était en novembre,
le vent soufflait.
Il tournait la tête de droite et de gauche.
Il n'y avait personne
pour le regarder.

Le temps passe…

J'ai vu à Toulouse, l'an dernier,
entrer dans la Salle des Illustres,
marchant d'un grave pas, et d'un grave sourcil,
sous le plafond peint de femmes
nues,
très nues,
le cortège colleté d'hermine
de ces Messieurs, et rares Dames,
de l'Académie des Jeux floraux.
— Les Jeux sont ouverts.
J'ai reçu le prix Patrimoine
pour mon livre sur Frédéric Soulié,
Ariégeois mal-aimé, Ariégeois quand même
.
Je n'ai pas trouvé d'éditeur
à ce jour.

J'ai vu au bord de l'Hers
cette année, mon plus jeune fils
prendre le bain rituel
du Premier Janvier.
Puis j'ai photographié nos ombres
dans l'eau.

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Le sommeil bat les mots

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Encelade écrasé sous les rochers et soumis au processus de transformation qui fera de lui l'Etna. Plomb doré de Gaspard Marsy (1624-1681), bassin d'Encelade dans le parc de Versailles.
Fils de Gaïa, la Terre, et d'Ouranos, le Ciel, révolté contre Zeus comme les Géants, ses frères, Ἐγκέλαδος, Egkélados ou Encelade, se trouve terrassé par la lance d'Athéna, puis enterré sous la Sicile, où il respire encore sur le mode du volcan.

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Une tête ébouriffée de philosophe

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Denis Diderot (1713-1784), Pensées philosophiques, À La Haye aux dépens de la Compagnie, 1746. Piscis hic non est omnium, en exergue, signfie : Ce poisson-là n'est pas pour tout le monde. La formule se trouve empruntée aux Saturnales de Macrobe (ca 370-?), via le Pygmalion ou la Statue animée (1741) d'André François Boureau-Deslandes, ouvrage libertin, condamné au feu en 1742. Oh ! la police des idées, et des mots et des choses !

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Octobre, Pat Hibulaire et les fourches

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pat_hibulaire.jpg

Ci-dessus, crayon sur papier représentant Mickey prisonnier de Peg-Leg Pete, Black Pete ou tout simplement Pete, aujourd'hui Bootleg Pete, en français Pat Hibulaire, personnage créé en 1825 par Ub Iwerks (1901-1971), american animator, cartoonist, character designer, inventor, and special effects technician. He was known for his early work with Walt Disney, especially for having worked on the creation of Mickey Mouse, Oswald the Lucky Rabbit, etc.

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Sirènes, cris de chien

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Ulysse et les sirènes, fresque originaire de Pompeï, British Museum.

« Dans le mot Sirène, l'oreille lectrice cherche sourdement à comprendre qu'une chorale de femmes abstraites claionne subtilement la loi d'un murmure sans fond, l'énigme du chant qui hante le silence où la pensée affronte sa matière nue. »
Philippe Beck, Traité des sirènes, Paris, Le bruit du temps, 2020, p. 15.

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La doublure du réel

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L’homme avait perdu une perle dans la maison,
qui était sombre et remplie de meubles.
Il ne savait pas où elle était,
Il n'avait aucun moyen de la retrouver
tant qu’on n’avait pas allumé les lampes,
et c’était comme s’il ne l’avait jamais eue.
Le long des fenêtres montait une brume bleuâtre
qui avait englouti les arbres, les statues, les fontaines.
Au loin, l’obscure clarté qui tombait des étoiles
faisait voir sur la mer des voiles endormies.
L’art qui rend visible était ici la doublure du réel.

Oxymores du trouble

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« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles… »

Obscure clarté,
lumières obscures,
oxymores du trouble
des choses
du jour et de la nuit…

lanterne sourde
que Diogène va portant,
nu,
au-devant du grand ciel,
du grand roi et des hommes…

lampes éternelles
du sommeil des sept dormants
et de la patience du chien
qui veille
dans le noir…

pas silencieux des lanternistes
qui fraient dans la ville rose,
à l’heure où les feux sont couverts
— dormez, bonnes gens ! —
la voie obscure
des lumières savantes…

Ô philotechnie !

trouble des songes
de la droite raison
qui mûrissent
au soleil noir de la mélancolie,
et qui produisent,
en façon d'ailes,
des monstres…

trouble du bel été
de l’Être Suprême
et des têtes qu’on moissonne
sur la place du Trône
renversé…

trouble de l’esprit
qui va trop vite
et de la lettre
qui se hâte lentement…

trouble de la lettre
qui va trop vite
et de l’esprit
qui se hâte lentement…

Lente festinans

trouble des caractères
qui s’écrivent sur l’écran
et de l’onde qui passe
bleue,
et les efface…

Mouches...

oxymores du trouble,
oxymores de la vie
comme elle va…

10 septembre 2025

Trois chapitres du Premier Livre d'Hénoch. Les mauvais Anges

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henoch.jpg

Gerard Hoet (1648–1733), Dieu saisit Hénoch, in Figures de la Bible, ouvrage publié par P. de Hondt, La Haye, 1728 ; image courtesy Bizzell Bible Collection, University of Oklahoma Libraries.

Il existe cinq Livres d'Hénoch, pseudépigraphiques de l'Ancien Testament, attribués à Hénoch, arrière-grand-père de Noé, car « septième venu après Adam ». Certains fragments de ces livres ont été trouvés à Qumrân. Le Premier Livre, dit « des Veilleurs », est écrit en éthiopien ancien, ou guèze, proche de l'actuel amharique, langue non romanisée, restée majoritaire chez les Éthiopiens. Ce Premier Livre d'Hénoch date du IVe ou du IIIe siècle av. J.-C. La rédaction des autres Livres, connus en hébreu ou en grec, s'échelonne jusqu'au Ier siècle après J.-C.

Le Premier Livre d'Hénoch 1 évoque la dérive criminelle et la chute des Anges rebelles, puis les révélations dont Hénoch se trouve gratifié lors des voyages qu'il entreprend aux Enfers et au Ciel sous la conduite des Archanges. « — Ce n’est point pour cette génération que je parle », dit Hénoch, « mais pour celle qui vient, lointaine... »

***

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Un marcel bleu

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La scène
est dans une petite rue
       déserte,
bordée par le haut mur
d’un jardin dont on ne voit rien,
sinon des branches
chargées de noisettes
       vertes.

Il fait chaud.
Au bout de la rue paraît
       un homme.
qui passe à ma hauteur
et s’en va plus loin.

Un homme qui passe.
Image ordinaire,
qui me reste pourtant.
Étonnement vague,
       mais de quoi ?

Soudain je sais :
un homme en marcel,
       un marcel bleu,
ressurgi des étés d'antan,
de la profondeur du temps.

Rien de spectral ici.
Rien que la rémanence du passé
       dans le présent,
le souvenir des jours anciens
       dans la lumière
des jours nouveaux.

Fenêtre ouverte sur la nuit

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Fenêtre ouverte sur la nuit d’été,
les songes de l'air

prestiges, prodiges
jeu de lumières obscures

il y a Titania,
munie d'une lampe de poche,
qui circule, vêtue de rien,
dans les herbes hautes

au ciel les Dioscures,
mon signe,
les cavaliers jumeaux
qui vont d'ahan
dans l'harmonie des sphères,
toujours frères

il y a le point,
la ligne, le plan,
et il y a la miséricorde
qui va aux choses cachées
depuis le commencement du monde

il y a dans le silence des ailes
qui fusent près de la fenêtre éteinte,
comme autant de soupirs
des âmes errantes,
comme autant d'appogiatures
de la note éternelle

Enfant et grand-mère
se tenaient sans rien dire
à la fenêtre éteinte

Débris au fond...

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débris au fond… compost… la vie

brisures de chips qui restent au fond du sachet,
le meilleur de la chose,
qui graisse les doigts,
ensuite, hop là !
pas par terre ☠️ ☠️ ☠️
le sachet part au sac poubelle
que tu trouveras pendu
au tronc d'un vieux tremble

éclats de faïence ou de verre
glanés dans le cristal de l'eau,
trésors de rien,
sablés par le temps,
les tempêtes de l'hiver,
oubliés
au fond du sac de plage

farines où loge le charançon,
sucre réquisitionné par un bataillon de fourmis,
la fourmi n'est pas prêteuse,
fruits qui ont sûri
dans l'ombre propice,
boîtes de sardines qui datent
de Mathusalem,
heure après heure, le temps passe

laines trouées aux mites,
collants filés, chaussettes orphelines,
torchons qui ont trop servi,
entassés dans un panier à linge,
pour en faire quoi ?
astiquer les chaussures,
les poignées de porte ?
lustrer la cire des meubles ?
c'était hier...

bougies d’anniversaire
à moitié fondues,
remisées au fond d’un tiroir
dans l’idée qu’elles pourraient resservir
un jour, s’il en manque

dents de lait
tombées de la ficelle
qu'on attache à une poignée de porte
et crac !
puis logées dans une vieille boîte à poudre,
une boîte de marque Caron,
avec les pendants d'oreille
de l'arrière-grand-mère

... une boîte de marque Caron...

caron.jpg

La barque de Caron...

Silènes estoient jadis petites boîtes, telle que voyons de présent ès bouticques des apothecaires, pinctes au-dessus de figures joyeuses et frivoles, comme de harpies, satyres, oysons bridez, lièvres cornuz, canes bastées, boucqs volans, cerfz limonniers et aultres telles pinctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire (quel fut Silène, maistre du bon Bacchus) ; mais au dedans l’on réservoit les fines drogues comme baulme, ambre gris, amomon, musc, zivette, pierreries et aultres choses précieuses...

photos déchirées, d’une amour ancienne,
qu’on ne veut plus voir,
même au fond d’une armoire très sombre,
fermée depuis des lustres
à trois fois triple tour

restes d'un chat
qui dort sous la terre
là-bas, au pied d'un arum,
rien que des os,
je l'aimais
la porte ne s'ouvre pas

krysia_chat.jpg

débris, éclats, brisures,
mousses qui tombent des toits par grand vent,
restes des choses,
miettes de vie,
déchirures à senestre,
meurtrissures de l'âme,
et cependant matière,
matière à vivre,
matière invisible de l'âme

débris au fond...
compost de l'âme,
je dirai leurs vertus sibyllines
et la vérité des augures
que jour après jour
ils mûrissent

Ni le cycliste

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Les années passent elles sont passées
le furet ne repassera pas par là
ni le cycliste
il venait de l’autre bout de la terre
il est arrivé un jour
dans notre jardin
vers midi
il est tombé hier
dans son jardin
vers le soir
c’était l’aîné de la bande des six
et c’était aussi mon beau-frère
il n’y a plus de bateau
ni de vélo
ni de jardin
le désert croît

Donnant dormant

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« ... quelques lettres diaprées avaient dansé et joué dans mon âme, frôlant des cordes secrètes... »
Hermann Hesse, Le Loup des steppes, 1927.

                 Il y a
dans le silence
                 des mots,
quand on ne parle pas
quand on n’a rien
                 à dire
                 — crois-tu ?
des forces
                 en dormance
comme d’une mer
                 étale
ou d’une chambre
                 close.

Qu'ils surgissent
                 au matin
dans la pensée
                 vêtue de brumes encore,
ou impromptu
quand on vaque
                 au ménage,
                 à la lessive,
                 et autres tâches revenantes,
ou sur la page
                 du livre commencé
magie de l'instant !
                 un mot, soudain,
                 un mot de rien du tout,
                 trois mots
                 lourds comme des plombs
                 de sonde,
ont pouvoir d'éclipser
                 l'avant et l'après,
de suspendre
                 le pas de la pensée,
d'arrêter
                 le temps.
Pourquoi ? comment ?
tu n'en sais rien.
Ils perdraient de leur charme
                 à être expliqués,
si la chose
                 était possible
.

Il y a ainsi
                 dans l'ordinaire des jours
des champs de forces
                 en dormance
que tu peux éveiller,
                 sans prévision possible.
Ce qui arrive là,
                 c'est alors
que le volcan
                 s'est rouvert
...

Chimère à l'horizon

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Hachures crevés
trous dans l’eau
la vie fuit
la vie sombre
dans les plis de sa robe luisante
chimère, l'au-delà de l’horizon
l'ἐπέκεινα... l'epekeina...
disent les Grecs
chimère, le vol des anges
ascendentes descendentes
sur le fond de l'air bleu
chimère, la gloire des Jérusalems
qui paraissent parfois
dans le train des nuages
chimère, le souper d'Emmaüs
dans le halo des lampes
chimère, le retour
de ceux qu'on a aimés
à la table du soir
Χίμαιρα, ô Chĭmæra !
où la Désirade ?
inscrite au cœur, pourquoi ?
des égarés ?

À fleur de...

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... comme reflétés dans un miroir cosmique...
P. P. Pasolini, Saggi sulla letteratura e sull’arte, Tomo II, Meridiani Mondadori, Milano 1999. Traduction Lili Hinstin.

À fleur de langage
fleurit
la fleur inverse,
l’absente de tout bouquet,
l'âme du monde,
la tienne,
en sa clarté qui tremble,
le Beau, le Vrai,
comme au jardin,
quand il a beaucoup plu
et qu'une trouée s'ouvre,
un éclair,
sous les arbres qui ploient.

Fusée de l'instant, ô Fragonard,
qui mûrit en secret
sous l'ombrage...

fragonard_rambouillet.jpg

Jean Honoré Fragonard (1732–1806), L'île d'amour, détail, ca 1770, Museu Calouste Gulbenkian, Lisbonne.

Mystère du rayon, ô Caravage,
qui éclaire
en miroir
le regard des mortels.

.jpg

Le Caravage (1571-1610), L'appel de Matthieu, détail, 1599-1600, Chapelle Contarelli, Église de San Luigi dei Francesi, Rome.

Pigeons et corneilles

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Pigeons et corneilles qui nous voyez passer
du haut de vos belvédères de hasard,
continuez à mûrir en vos lieux d’altitude
le secret d’indifférence
qui vous garde du bruit de nos folles passions.

Pendant ce temps,
au pied de la vieille cathédrale
le vent d’autan
soulève des vagues d’écume
blanches, oh ! si blanches,
voie lactée, ô sœur lumineuse,
dans les marronniers en fleurs.
Oh ! l'éclat de rire des verres et des carafes
qui tombent de la table des cafés !
comme jadis le regrat
de la table des riches !
Pigeons volent !
et les cendriers aussi.

Oh ! bizarre saison,
quand le maigre printemps ne sait
s'il espère l'été
ou regrette l'hiver !

Oh ! bizarre cité
qui n'a que des fontaines mortes,
oh ! bizarre cité
qui n'a point d'autres statues
que son monument aux morts
relégué sur ses lisières
et une pleureuse au cimetière
oh ! la triste Béatrice !
qui veille sur une tombe oubliée.

Tournez, manèges !
Entre Pâques et Toussaint,
les petits chevaux de bois
hop là ! nous vivons !
montent et descendent sur la place
comme des jets d'eau.

Aujourd'hui c'est le Premier Mai.
Brin de muguet.
Fin de l'Histoire ?
Ère nouvelle ?

À la fin nous irons...

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À la fin nous irons au bois
et nous nous aimerons
sans plus de façons
car nous n’aurons plus de corps
ni de folles illusions,
mais des âmes diaphanes
qui partageront en silence
et les mêmes jours
et les mêmes nuits.
Ah ! que le temps vienne
d’aller nous aimer au bois.

L'instant roule

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S’aimer dans une prairie en pente
rouler embrassés jusqu’au ruisseau…
— Oui, mais dans l’herbe verte
il y a des épines.
— L’eau fraîche te guérira.
— Guérir ?
Si l’on guérit de vivre…

Ii y a des aigles qui planent
au-dessus du torrent,
il y a des buses qui tournent
au-dessus de la rivière,
pour voir si la baigneuse par hasard
ne serait pas comestible,
une espèce voisine de la souris ?

L’instant roule ainsi
dans le jeu partagé de la pensée terrestre.

Bonheur ou malheur ?

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D’une amour ancienne
la première,
celle qui destine les autres,
bonheur ou malheur ?
il me reste un oiseau,
un oiseau en tôle peinte,
celui qu’il m’a donné quand nous nous sommes retrouvés,
bien des années plus tard,
nous étions vieux,
nous avons mangé des seiches sous les platanes du cours,
puis il est mort ailleurs,
et l’oiseau m’est resté.
Nous chevauchions dans les dunes
jusqu’à l’embouchure du fleuve
sous le ciel des oiseaux,
la mer était belle,
les dunes désertes,
le vent salé.
Je n’ai jamais revu l’embouchure du fleuve,
ni ce même ciel de sable blanc.
Bonheur ou malheur ?
Sur le rebord de la fenêtre
L’oiseau n’en dit rien.
Au soleil du soir,
il se pare d’une poudre d’or.

11 avril 2025

Au seul souci de la lumière...

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Au seul souci de la lumière
absente de ces jours chagrins,
la simple vue du mot lumière
inscrit sur la page du livre commencé,
le simple prononcé des lettres qui vibrent
... l … u … m … i … è … r … e ...
m’éclairent
fiat lux
à la façon d’un phare
allumé dans la nuit.

Quoi qu'en dise Socrate,
je suis du parti de Cratyle,
ce rêveur des choses cachées
depuis le premier jour du monde,
qui refuse de croire à l'arbitraire du signe
et à l'empire seul de la froide raison,
fourrière de l'Idée qui se réserve au Ciel.
C'est loin !

Κρατύλος φησὶν ὅδε, ὦ Σώκρατες, ὀνόματος ὀρθότητα εἶναι ἑκάστῳ τῶν ὄντων φύσει πεφυκυῖαν, καὶ οὐ τοῦτο εἶναι ὄνομα ὃ ἄν τινες συνθέμενοι καλεῖν καλῶσι, τῆς αὑτῶν φωνῆς μόριον ἐπιφθεγγόμενοι, ἀλλὰ ὀρθότητά τινα τῶν ὀνομάτων πεφυκέναι καὶ Ἕλλησι καὶ βαρβάροις τὴν αὐτὴν ἅπασιν. 1

Cratyle, que voici, prétend, ô Socrate, qu'il y a pour chaque chose un nom qui lui est propre et qui lui appartient par nature ; selon lui, ce n'est pas un nom que la désignation d'un objet par tel ou tel son d'après une convention arbitraire ; il veut qu'il y ait dans les noms une certaine propriété naturelle qui se retrouve la même et chez les Grecs et chez les Barbares.

Barbares étant ici, têtes de maïs,
légion,
ceux qui ne sont pas Grecs.

Divers, changeants, sont ainsi les visages
à la fois mêmes et autres,
tels les nôtres
😃 🥹 😞 😣 😮 😌 😨 😎 🫥
que l'âme secrète des choses
tourne continuellement vers nous.

Divers, changeants, sont ainsi les visages
de la chose
l … u … m … i … è … r … e ...
तेजस्, φῶς, lux,
אוֹר, ضوء
llum, luz, leggero,
light, Licht, lys, ljus, ljós,
golau, éadrom, argia, dawl,
gaismas, valoa,
šviesos, svetlo, światło,
свет, світло, святло, светлина,
ışık,
լույս, আলো,
光, ひかり, ライト, ánh sáng, teeb,
rapan,
lampu, marama,
kganya, iftiin, mwanga, ukukhanya,
lig, fahazavana, ringan,
et cœtera, et cœtera...

Divers, changeants, sont ainsi les visages
de la chose
l … u … m … i … è … r … e ...
ô Schéhérazade !
qui se montre aux mille et une fenêtres
de la tour de Babel
des gratte-ciels, des HLM,
des châteaux de Bohême et d'Espagne,
et des pavillons de banlieue,
et jusque aux fenêtres décaties
des vieilles maisons de Mirepoix
ou d'Arvigna, là-bas,
dans la vallée du Douctouyre.
Toutes les fenêtres sont de Rome.

Divers, changeants, sont ainsi les visages
de la chose
l … u … m … i … è … r … e ...
qui se montre à moi seule,
ni tout à fait la même
ni tout à fait une autre,
dans la vue et dans l'oreille secrète
de mes jours studieux
et de mes nuits peuplées de rêves,
l'amour sorcier et la vie brève,
ô l'Atlantide !
et qui m'éclaire et bruit,
d'un bruit venu d'ailleurs,
sur la page du livre commencé
comme dans ma fenêtre sous le toit,
où le soleil a rendez-vous avec la lune,
parmi les arbres et les oiseaux.
Moqueurs, les merles !

Une clarté, un bruit
venus de quel ailleurs ?
fondus dans le diaphane de l'air
et dans l'eau des couleurs
et dans le nu frisson
qui court de lettre en lettre sur le blanc de la page,
venu de quel ailleurs ?

Et jamais la magie de la fée Électricité
ne vaudra le simple miracle
ni de cet air, ni de cette eau,
ni de ce frisson nu !


  1. Platon, Cratyle, 383a-384a.↩︎

Le souci du bois...

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Le souci du bois :
à rentrer pour passer l’hiver.
Le souci de soi :
à brûler dans la cheminée.

Le souci de l’eau :
à boire comme le vin des noces.
Le souci du pain :
à faire lever dans le désert qui croît.

Le souci d’autrui :
à livrer au premier visage rencontré.
Le souci du rien :
à quitter aux bords
où tu fus laissé.e.

Printemps froid

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Le vent d’autan brusque d’aouta
le midy de la place.
Oh ! les serviettes rouges
rouges !
qui s’envolent !

Cers demeure coi
derrière ses arcades obscures.
Saint Antoine se tient là
tranquille, sur son banc.
Il n’a pas besoin d’abriter son cochon
à la charcuterie.
Mais s’attend-il,
par tel vent,
au passage des chanoines ?

Aquilon, oublié du soleil,
rêve aux tropiques
et aux petites pépés.
En attendant,
il y a du rugby
sur l’écran de la TV.

Printemps froid.
Les arbres vont quand même
en habit rose
et chef d'azur.

Le jour tarde

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Dans la maison noire,
J’attends le jour,
il tarde.

Le temps ralentit.
Car le jour est insupportable pour les mortels,
dit Pierre Corneille.
C’était en 1635.

Le temps ralentit.
Car les mortels ostinato
basso ostinato
se rendent insupportables au jour.

Précurseur de l'isson,
le jour tarde.
Et quand il vient,
il a perdu son bleu
celui du manteau de la Vierge,
de ses plis où repose
le désir d’être heureux.

Où le bleu de l’enfance,
des longs jours toujours beaux ?

 

 

 

Le grondement

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Entends le grondement des images qui déferlent
sur les brisants,
sac et ressac,
soupe de confettis
que la vague disperse.

Entends la rumeur des mots qui enfle
au septentrion,
légions d’ours,
que l'homme a vus passer,
lourds canons
qui roulent même
jusqu'à l'oreille des sourds.

Entends le bruit des os qui remontent
d’ahan sous la terre,
craquements, cliquetis,
on danse ce soir
Sous la lune.

Écoute le silence
de l’herbe qui pousse  
le murmure des peupliers,
le pas de l'eau,
la fuite du serpent,
de l'araignée,
de la souris verte,
et en toi
la musique des sphères.

τούτω δὲ ἐν ᾧ τῶν ὄντων ἐγγίγνεσθον, ἄν ποτέ τις αὐτὸ ἄλλο πλὴν ψυχὴν εἴπῃ, πᾶν μᾶλλον ἢ τἀληθὲς ἐρεῖ.
Quant à savoir où ces choses se passent, quiconque dira que c'est ailleurs que dans l'âme, celui-là dira toute autre chose que la vérité.
Platon, Timée, 37c.

Se perdre

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Se perdre
sous le regard des nuages,
des grands arbres,
se perdre
dans le silence des pierres,
la clandestinité des bêtes des bois.
se perdre,
se laisser soi-même derrière soi,
ne jamais revenir,
se perdre dans l’irréversible,
car ce lieu a quelque chose de divin
Τῷ ὄντι γὰρ θεῖος ἔοικεν ὁ τόπος εἶναι. 1


  1. Platon, Phèdre 238d.↩︎

Le lit de la maison

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Au pas de la mort
la pièce de bois qui est au fond de l’eau
sous la porte de l'écluse
s’est rompue.
Le lit de la maison s’est vidé
de son eau de hasard.
Rien ne reste du flux
qui avait porté vers nous
cette enfant de la rue,
rien ne reste du sillage
qu'elle ouvrait devant nous
et qui nous découvrait
au sein de la vieille maison
la carte d'un espace inconnu,
qui était sien,
et dont nous n'avons jamais partagé tout à fait
les secrets.

Rien ne reste plus désormais de ce flux,
ni de cet espace sans retour,
sinon la mémoire inutile de sa carte.
Le flux a emporté ceux que nous étions
naguère encore,
en même temps qu'il se retirait
avec celle qu'elle était
naguère encore.
Rien ne bouge plus
dans la vieille maison
délaissée par l'afflux de cette vie
elle aussi, sans retour.
Reste le vide de l'étendue,
dans lequel nous allons et venons,
ou plutôt nous errons,
car il n'est pour ce vide ordinaire
aucune carte.

Je pense à la petite morte.
Je l'aimais.

Quatre murs

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Et selon la croisée à l’Ouest vacante
En l'obscurcissement de la glace, décor
De l'absence, sinon que sur la glace encor
De scintillations le septuor se fixe.

La nuit parfois,
dans ma chambre
dont la fenêtre n’a pas de volets
comme les rosiers et les vêtements de la femme mennonite
n’ont pas de boutons
,
je vois depuis mon lit
s’ouvrir là, au plafond,
effet de la réflexion de la fenêtre
dans le miroir de l’armoire,
le gouffre de la nuit
parmi les arbres du jardin,
mais sans scintillations,
tout noir,
ou plutôt tout nuit,
nuit de ce bleu d’abysse
qu’on ne saurait dire autrement
avec les mots d’ici.

Rien de plus.
Le dehors est dedans,
le dedans est dehors.
Quatre murs suffisent
au monde
pour faire monde.
L’espace,
non plus que le sommeil,
ni les rêves,
n’a point de mesure.

En silence

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Il est doux de se tenir en silence,
vers le soir,
grand-mère et petite-fille,
au salon noir,
et de scruter par la fenêtre
un reste de clarté
qui s’attarde dans les branches.
Le Jour commence à regagner du Temps
sur la Nuit.
Il y aura donc encore un Printemps !

Je n'ai rien pu lui dire

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La petite morte, en robe surannée,
me revenait en rêve
mais jeune, vive,
hardie, comme elle était jadis.
Elle s’avançait vers moi,
elle ne m’avait pas oubliée
Mais l’espace était comme une vitre
qui me séparait d’elle.
J’aurais voulu la prendre dans mes bras,
mais je demeurais là,
les bras vides,
et elle me regardait,
la petite,
sans savoir qu’elle était morte,
et moi qui le savais,
le cœur battant,
    je n’ai rien pu lui dire.

3 janvier 20025

Bonne Année 2025 !

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janus.jpg

Janus. Dessus-de-porte aux figures mythologiques, XVIIe siècle. In Recueil factice de gravures de l'école de Fontainebleau composé par Hippolyte Destailleur, et donné au Cabinet des Estampes par Félix Herbet. BnF, département Estampes et photographie, RESERVE ED-8 (B, 2)-FOL.

Regardez bien le couple mythologique : Avant / Après... C'était déjà dans l'air au XVIIe siècle ... 😈

Meilleurs vœux de Bonne Année 2025 à tous 🌿 Meilleurs vœux de Bonne Année 2025 à tous 🌿

La petite morte

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Un jour, elle est entrée
par la fenêtre
et elle est restée.

Elle était famélique
nous l'avons nourrie.

C'était une petite chatte
noire
elle n'a jamais grandi

Nous l'avons aimée
c'était une personne

Elle a eu le soleil
le jardin
les fauteuils
et nous autres à aimer

Dix-huit ans ont passé
un jour elle n'a plus mangé
la mort est venue
lentement

La petite attendait
pour mourir
les vacances
et le retour
de celle
qu'elle avait connue
parmi nous
bébé

Mais son cœur a lâché
quelques heures avant
le retour
l'arrivée

Elle est morte
dans mon lit
à côté de moi

Je pense à la petite morte
et je pleure

Wesołych Świąt !

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creche_cracovie.jpg

Crèche de Noël de Cracovie.

Joyeux Noël et bonnes fêtes à tous !
Amitiés de Christine Belcikowski

Du seuil, et du silex

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S’il y a quelque chose plutôt
que rien
alors
il y a un seuil
entre rien et quelque chose
un en deçà ? et un en delà ?
un avant ? et un après ?
où ? quand ? comment ? pourquoi ?
qu’importe !
tu es le seuil,
tu es un seuil
tu es ton seuil
tu es seuil
mobile, provisoire,
d'une révélation,
tout aussi mobile, provisoire
tu es seuil
du jour bleu,
de la nuit étoilée,
de la neige,
de la pluie et du vent,
des saisons,
du visage d'autrui,
et des générations des feuilles
comme des générations des hommes,
seuil
de tout et de rien
— tiens, le revoilà !
il court, il court
le rien,
ni tout à fait le même
ni tout à fait un autre
— garde-toi du manichéisme du Même —
et cela même n'est pas rien
que rien ne se perde
et que rien ne se crée...
de telle sorte qu'il y a toujours quelque chose
plutôt que rien,
puisque il y a seuil
et puisque que tu es seuil,
à preuve le barré du rien,
qui s'écrit ainsi en html,
que tu écris ainsi en html
<strike>...</strike>
et quand tu barres ainsi le mot rien,
c'est comme si tu produisais une étincelle
en frottant un silex,
ou l'indifférente matérialité de n'importe quoi d'autre,
autant dire à partir de rien.

Aux bords que j'habitais...

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D’abord
les pas des dinosaures sont devenus rouges
c’est plus gai quand ils dansent,
ensuite
ils ont pourri,
fini le bal du vent,
aujourd'hui
ils vont au compost.
Il pleut,
Dieu a cessé de retenir l’eau
dans son grand manteau,
il pleut, il pleut,
mais sans les bergères ni les blancs moutons.
Il pleut sur les sapins électriques,
entends la rumeur des aiguilles,
le soir, quand ils ripolinent les façades de la place !
Le dimanche, on ne voit pas des nains,
mais des motards en goguette
et des Pères Noël partout.
Fantasia, ô Mickey, ô Daisy i
abraxas du solstice
d'hiver...
Ô saisons, ô fortunes des âmes !

À la terrasse de l'hiver

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À la terrasse de l’hiver
le goût du café s’aiguise,
le matin,
au point qu’on croirait voir passer
express le lapin blanc,
chargé de réveiller en chemin
les assis,
qui font sous le couvert figure
d’oiseaux endormis.

Ah ! que s'entrechoquent
en silence
les mots du vif
et ceux du ralenti !

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Lupus in fabula

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armoire_devinette.jpg

Exercice de langage : 1. Que voit-on dans l'armoire ? 2. Combien voyez-vous de rayons ? 3. Combien l'armoire a-t-elle de portes ? 4. Par quoi est-elle fermée ? In Mathieu Fournier (1868-1963), Le Vocabulaire des Petits, « 12e Tableau : L'armoire », détail, Paris, Gédalge, 1912.

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Le vent qui vient d'Urartu

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Rues, rivières, rêves,
figures riveraines du précipité
de la pensée,
il est temps,
il est lieu,
je suis là,
la vie va,
et rien n’a changé dans l’image
sauvage de la rive
balayée par le vent
qui vient d’Urartu
où le bateau s’échoua.

 

 

urartian_fresco03.jpg

Urartian fresco, peinture murale de la forteresse d'Erebouni, Erevan, Arménie. Photographie : Evgeny Genkin.

Paix des rives

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« Le calme et les ombres président au charme secret du sentiment de la vie. »
Maurice de Guérin, Le Centaure, 1840.

Rives sauvages
ou prairies vertes,
au bord des eaux vives,
lieux où s'entretient
loin des yeux,
loin des mots
de la vie violente,
la mélancolie du centaure
et la sérénité des heures lentes.

Là s'opère,
par quelle magie de l'espace
et du temps qui passe
et ne passe pas ?
le précipité de la pensée
sans pensée,
le retour de l'âme au silence
sans fond.

Paix des rides,
au bord du monde ...
Paix des os.

Encore ouverte...

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C’est en octobre, encore ouverte
sur un jardin clos,
une porte par où tombe
un dernier rayon.
Et dans ce rayon
le chat se faufile,
ami du soir
et des prémices de la nuit d'automne,
quand d’autres bêtes bougent
que l’on ne voit pas.
Lui voit l'invisible
et hante ses lisières.
Et quand il en revient,
il rapporte dans la maison
quelque senteur d'invu,
qui ajoute une ombre aveugle
à la clarté des lampes.
Et c'est ainsi que la maison se peuple,
à l'heure où elle se referme,
si proche, d'une aile d'ailleurs.

Éclaircie

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Se rendre au bord de la rivière
afin de contempler l'eau fine et grise,
et goûter là, sans plus penser, la paix des rives.
Prendre le café dans les feuilles mortes,
de celles qui tombent des robiniers comme des pièces d’or,
ou de celles des prunus qui font sur le sol des taches de sang noir.
Contempler en passant le port d’un pin parasol
dont la cime découpe dans le bleu du ciel une aile d’avion.
Pousser un marron d'un pied léger,
et le reconduire ainsi jusqu'à la maison,
ou le ramasser d'une main amie,
le mettre illico dans sa poche,
et en faire le talisman qu'on caresse
invisiblement jusqu'à la saison prochaine.
Gestes de l'automne, prières de la vie.

Avec un bruit de râpe et de nuit qui se fend

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L'automne vient avec un bruit de râpe
et de nuit qui se fend,
et de la fente fuse un flot de bêtes invisibles
qui affluent dans les maisons éteintes
et dont le chat peine à veiller,
seul dans le noir, les pas fantômes.

L'automne vient, et la maison nourrit
désormais des pensées de clôture,
de portes et de volets,
de serrures et de clés,
qui veulent que n'entrent pas ici,
crois-tu ?
l'essaim des mauvais rêves,
ni le vent, ni l'hiver, ni la mort
et ses bêtes fabuleuses.

Ailleurs aussi les moaï de l'été
sont tombés,
et jamais plus ils n'ont rouvert
les mêmes yeux
de corail et de mer.

Umbra

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embleme.jpg

Les emblèmes du seigneur Jehan Sambucus, Anvers, de l'imprimerie de Christophle Plantin, 1567, emblème XIIII [sic]. Emblèmes traduits de Latin en François.Théodore de Bèze, in Vrais Pourtraits des hommes illustres en piété et doctrine, Genève, Jean de Laon, 1581, emblème XIIII [sic], p. 254.

Sectantes velut umbra fugit, fugientibus instat,
Addita corporibus scilicet umbra comes
.

Légende de l'emblème XIIII, composée en latin par Jehan Sambucus. Texte original.

« Devant le poursuivant l’ombre se met en fuite,
Et court (du corps compagne) apres cil qui la fuit. »

Traduction par Théodore de Bèze.

Ceux qui la suivent, l’ombre les fuit, ceux qui la fuient, elle les poursuit,
Adjointe aux corps, elle est leur compagne.

Traduction contemporaine.

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