Se rendre au bord de la rivière
afin de contempler l'eau fine et grise,
et goûter là, sans plus penser, la paix des rives.
Prendre le café dans les feuilles mortes,
de celles qui tombent des robiniers comme des pièces d’or,
ou de celles des prunus qui font sur le sol des taches de sang noir.
Contempler en passant le port d’un pin parasol
dont la cime découpe dans le bleu du ciel une aile d’avion.
Pousser un marron d'un pied léger,
et le reconduire ainsi jusqu'à la maison,
ou le ramasser d'une main amie,
le mettre illico dans sa poche,
et en faire le talisman qu'on caresse
invisiblement jusqu'à la saison prochaine.
Gestes de l'automne, prières de la vie.
L'automne vient avec un bruit de râpe
et de nuit qui se fend,
et de la fente fuse un flot de bêtes invisibles
qui affluent dans les maisons éteintes
et dont le chat peine à veiller,
seul dans le noir, les pas fantômes.
L'automne vient, et la maison nourrit
désormais des pensées de clôture,
de portes et de volets,
de serrures et de clés,
qui veulent que n'entrent pas ici,
crois-tu ?
l'essaim des mauvais rêves,
ni le vent, ni l'hiver, ni la mort
et ses bêtes fabuleuses.
Ailleurs aussi les moaï de l'été
sont tombés,
et jamais plus ils n'ont rouvert
les mêmes yeux
de corail et de mer.