Comme en Paradis
En mai, quand on va
à la rivière, on marche
comme en Paradis
sur la ouate tombée des peupliers.
Le blanc feutré du pas
me fait souvenir des amants
qui se rendaient jadis
sous les saules
à l'ancienne cambra d'amors
— ainsi nommée dans le compromis de juin 1307
à propos du communal de Mirepoix. 1
Les amours sont ici
celles des grenouilles
dont le rossignol moque
turlututu !
la voix verte et rauque.
Sorti de nulle part
un serpent
mince et noir,
lente festinans
se faufile sur la plage
et rejoint l'eau vive,
qu'il traverse, tête haute,
avant de disparaître,
d'un trait de plume,
sur l'autre rive.
Il y a toujours un serpent
au paradis.
Les grands arbres,
témoins des heures brèves
ou lentes,
sont des anges gardiens,
tombés là
sans s'être révoltés.
Ils écoutent,
ils commentent dans leurs feuilles.
Entends leurs voix bienveillantes.
Cf. Christine Belcikowski, En juin 1307, nouveau compromis entre les consuls et le seigneur de Mirepoix à propos de l'usage du communal de la rive gauche de l'Hers, 16, 18.↩︎
