De la poésie comme expérience
J’étais seule,
un bruit,
il y avait un inconnu,
un chat roux,
point des rues,
porteur d’un collier,
dans la maison,
à l'étage.
À ma vue
il a voulu fuir,
par la fenêtre,
lumineuse sous les palmes,
FERMÉE.
Il a dévalé
l'escalier,
franchi la porte
grande ouverte
du jardin,
et disparu
dans un autre jardin.
Autres jardins,
tant de jardins
où les chats vivent,
LIBRES d'âme,
de mots,
pèlerins des lisières
et des obscures espérances.
J'ai pensé à ma petite morte
au pelage noir
si doux
qui dort QUELQUE PART,
même s'il n'en reste plus rien
sur terre.
Je suis allée voir
le geko
qui habite sous le rideau
de la fenêtre de la salle d'eau.
Il partage le garde-manger
de l'araignée
qui tisse sa toile
entre la vitre et le rideau.
À la bonne auberge,
c'est à l'OUEST,
dans l'angle
où l'ombre est propice,
où le rai de soleil
reste tard-venu.
De temps en temps le geko
s'absente,
attention au merle,
ROI,
de notre jardin !
Je laisse en revanche
mûrir sans la déranger
l'exquise discrétion
du crapaud
qui se tient caché
sous les feuilles du néflier
dans un coin humide
au fond du jardin.
Je sais qu'il est là,
le savoir me plaît,
et le savoir suffit
à ma pente
d'AIMER.
Le fond est un lieu
riche de pensée,
je veux dire riche de pensée
sans concept,
riche du pressentiment
de ce qu'IL Y A,
sous-jacent au fond.
De la poésie
comme expérience...
