Au XVIe siècle, annonce du châtiment d'un étudiant de l'Université de Toulouse

Rédigé par Christine Belcikowski 3 commentaires
Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

reveilleurs.jpg

— Éveillez-vous, vous qui dormez, Priez Dieu pour les trépassés. In La Mosaïque du Midi, p. 127.

Une nuit de l'an 1518, flanqué de son ami Étienne Dolet, l'étudiant Arnoul Ferron dépuille un réveilleur de sa robe afin de paraître revêtu de cet habit au cabaret de la Belle-Perche, sis au Pré-Montardi, où l'attendent ses camarades de l'Université de Toulouse.

« Les réveilleurs n'avaient été créés, par les capitouls, que peu de temps avant l'époque à laquelle remonte cette histoire. Ces gardes de nuit, au nombre de quatre, portaient un costume fort lugubre ; ils étaient revêtus d'une longue robe noire, avec une tête de mort brodée devant et derrière ; ils parcouraient la ville pendant la nuit, sonnant une cloche, et chantant à haute voix ce lamentable refrain : — Éveillez-vous, vous qui dormez, Priez Dieu pour les trépassés. »

Un peu plus tard, au cabaret, où ses camarades lui font fête, Arnoul Ferron se trouve rejoint et arrêté par la milice du Capitole. Après avoir passé le reste de la nuit en prison, au matin, il se trouve confronté au réveilleur qu'il a détroussé la veille. Outre du vol de son habit, celui-ci l'accuse d'avoir proféré un blasphème. Arnoul Feron lui aurait dit « qu'il le laissait vivre au nom de Satanas, son seigneur et maître. »

Dans la journée, malgré ou à cause de la défense insolente plaidée par l'ami Étienne Dolet, déjà brillant avocat, le Président du Consistoire prononce la sentence qui « condamne Arnoul Ferron, toulousain, comme ribaud et blasphémateur, à subir, le soir du même jour, la peine de la cage de fer. Lui faisant remise de l'amende honorable devant l'église Saint-Étienne. Par le même jugement il est banni de Toulouse. »

« Bientôt les crieurs publics sortirent de la maison de ville, pour aller proclamer à son de trompe la sentence des Capitouls contre Ferron, sur toutes les places et carrefours de Toulouse. Toute la ville fut en émoi, et chacun se prépara a aller jouir de ce spectacle, qui consistait à voir le condamné placé dans une cage de fer, que l'on trempait dans la Garonne à plusieurs reprises selon la gravité de la faute, Ce châtiment avait été récemment inventé (en 1508) pour punir les blasphémateurs du nom de Dieu.

Quoiqu’il ne se passât guère de mois sans que quelque malheureux eût à subir le supplice de la cage de fer, une foule immense occupait, longtemps avant l'heure annoncée, les alentours de l'échafaud dressé sur la rive droite de la Garonne, au port Vidou (port Saint-Pierre). »

toulouse_hotel_dieu2.jpg

À Toulouse, vue de l'ancien Hôtel-Dieu et de l'arche du vieux pont de la Daurade, aujourd'hui.

« Bien différents de ce qu’ils sont aujourd'hui, les bords de la Garonne ne présentaient point cette double ligne de quais qui bornent de chaque côté le magnifique bassin qui s'étend du pont actuel jusques à la chaussée du Basacle. L’Hôtel-Dieu n’atteignait pas encore le vieux pont de la Daurade, dont une seule arche reste encore debout. En amont, et au-delà de l'hôpital de la Grave, se montrait une plage de gravier peu élevée, ce qui permettait aux eaux de la rivière, de faire de fréquentes irruptions dans le faubourg Saint-Cyprien.

Du côté de la ville apparaissait la Daurade avec son couvent des Bénédictins, avec son église antique, bâtie sur les ruines d'un temple païen, et son cimetière qui s'abaissait en pente au niveau des eaux du pré (aujourd'hui place de la Daurade) ; jusques au Basacle, une berge inclinée bornait le lit de la Garonne. C'était, ainsi que je l'ai dit, au Port Vidou qu’était dressé le théâtre sur lequel allaient paraître, comme acteurs, l'écolier et le bourreau... »

Extraits de « Un étudiant de l'Université de Toulouse en 1531 ». In La Mosaïque du Midi, mensuel, quatrième année, Toulouse, J.-B. Paya propriétaire-éditeur, Hôtel Castellane, 1840, pp. 127-130.

Cela se passait au temps où Blaise d'Auriol enseignait le droit canon à l'Université de Toulouse. Il n'était pour rien dans les jugements prononcés, comme ci-dessus, contre tel ou tel étudiant qui faisait peut-être partie de ceux qu'il avait en charge.

Le 3 août 1546, convaincu d'hérésie, Étienne Dolet, qui ne croyait pas en l'immortalité de l'âme, sera pendu, puis brûlé avec ses livres à Paris, place Maubert.

3 commentaires

#1  - Jacques Gironce a dit :

Horreur de l'horreur !
Nous n'avons pas changé; on plante bien un couteau dans la poitrine des professeurs, en plein cours... Et à l'âge de seize ans...

Répondre
#2  - Guerlédan a dit :

L'histoire ne dit pas si Arnoul Ferron, dont le patronyme le prédestinait à inaugurer la cage de fer, est sorti vivant de ces bains forcés. J'imagine qu'il était déjà baptisé et que ce nouveau baptême l'aura définitivement absout de ses péchés. Grâce à Dieu, Il a donc forcément gagné le ciel.
Cela dit il ne méritait pas une telle ordalie car ce sont bien les réveilleurs de nos nuits qui méritent l'opprobre.

Répondre
#3  - Christine Belcikowski a dit :

Bel hommage à cet intéressant jeune homme.

Répondre

Écrire un commentaire

Quelle est le deuxième caractère du mot 4tprlq3 ?

Fil RSS des commentaires de cet article