À propos de Blaise d'Auriol. Qui est-ce ?
À Castelnaudary, le Collège Blaise d'Auriol, 11 place Blaise d'Auriol.
Blaise d'Auriol... Qui est-ce ? Aujourd'hui largement oublié, c'est un prêtre, un professeur de droit canon, une figure clivante de l'Université de Toulouse, un écrivain, un poète. Fils de Jean d'Auriol, seigneur direct de Montagut (près de Thézan-des-Corbières, Aude), au diocèse d'Alet, coseigneur de Castelnaudary, Montesquieu, Gaja, Puylaurens, la Bastide d'Anjou, le Mas, Saintes-Puelles, Mireval, Laurac, Bossenac, Laurabuc, etc., Blaise d'Auriol portait comme les siens les armes suivantes : D'argent, au figuier de sinople, chargé d'un auriol (loriot) d'or et mouvant d'une terrasse du second, ledit arbre surmonté d'une croisette de gueules (cf. infra).
De la famille d'Auriol, nous connaissons seulement ce qui ressort de façon sûre des Volumes reliés du Cabinet des titres : recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Extrait des jugemens de déclaration de noblesse, rendus par M. de Bezons, intendant et commissaire pour la vérification des titres des nobles en Languedoc, (1668-1670). BnF, Archives et manuscrits, Français 32552.
Auriol de Miraval, recherches de noblesse, détail">, in Extrait des jugemens de déclaration de noblesse, rendus par M. de Bezons, p. 760.
François Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois (1699-1784) dans le volume 6 de son Dictionnaire de la noblesse 1 et Gustave Chaix d'Est-Ange (1863-1923) dans le tome II de son Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle 2 viennent ajouter aux preuves de noblesse recueillies par M. de Bezons une suite de renseignements généalogiques, plus ou moins fiables puisque divergents sur certains points. Plus ancien, d'où moins distant de l'époque considérée, le Dictionnaire d'Aubert de La Chesnaye-Desbois est peut-être plus recommandable en la matière. Cf. infra notes 1 et 2.
De Blaise d'Auriol, l'homme privé, fils de Jean d'Auriol le jeune, écuyer, seigneur direct de Montagut, coseigneur de Montesquieu, Castelnaudary, etc., nous ne savons quasi rien. Ce qui est fâcheux avec les ecclésiastiques, c'est qu'ils n'ont pas eu de descendance — en principe — et qu'il n'y a donc personne pour dire après eux quel genre de personne ils ont été dans leur privé, quand vivaient. Blaise d'Auriol est né à Castelnaudary circa 1475, il a vécu, il est mort à Toulouse en 1540. C'est un homme de la fin du XVe siècle et de la Renaissance commençante. Voilà tout.
De la carrière de Blaise d'Auriol, prêtre, juriste, écrivain, nous savons ce qu'en indique parfois la généalogie et ce qu'en a retenu la chronique du temps.
Deuxième fils du second lit de Jean d'Auriol, seigneur de Montagut et coseigneur direct de Castelnaudary, Montesquieu, Gaja, Puylaurens, la Bastide d'Anjou, le Mas, Saintes-Puelles, Mireval, Laurac, Bossenac, Laurabuc, etc., Blaise d'Auriol ne pouvait nourrir les mêmes espérances que ses trois frères aînés, Jean, né du premier lit, autre Jean, né du second lit, et Roger, né du second lit aussi. On dit au demeurant que Blaise était d'âme pieuse. Il a donc été formé à la carrière ecclésiastique par ses deux oncles paternels, Raymond d'Auriol, prêtre, docteur-régent en l'Université de Toulouse, et Louis d'Auriol, aussi prêtre, chanoine de Mirepoix, puis docteur-régent de la même Université. Louis d'Auriol avait en outre le goût de la poésie et fréquentait les Jeux floraux.
Dans l'édition des Mémoires de l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse datée de 1906, Louis de Santi signale qu'avant son neveu Blaise, Louis d'Auriol avait déjà le goût des Lettres. « Il fit le 3 mai 1505, le discours de la séance publique aux Jeux floraux et reçut pour son salaire la somme de 3 livres tournois, comme le prouve le compte suivant, cité par Lagane : « 1505. Honorable et Egregi homme Me Louis d'Auriol, doctor : 3 livres tournois. » 3
Charles de Lagane (1722 - 1789), homme de loi, procureur du roi, capitoul en 1753, grand contributeur au financement du Château d'eau de Toulouse, Discours contenant l'histoire des Jeux floraux et celle de… dame Clémence. Prononcé au Conseil de Toulouse, par M. Lagane, ... Imprimé par délibération du même conseil, pour servir à l'instance, que la ville a arrêté de former devant le roi, en rapport de l'édit du mois d'août 1773, portant statuts pour l'Académie des Jeux floraux, Toulouse, 1774. Texte très rare, numérisé d'après l'ex. Resp Pf XVIII-394ter de la Bibliothèque de l'Arsenal (SCD de Toulouse1), pp. 39-40. Tolosana.
« Il est donc probable », dit Louis de Santi, « que Blaise d’Auriol dut à la fréquentation de son oncle son goût pour la poésie. [...]. La Cour avait mis à la mode les jeux d'esprit à la manière d'Alain Chartier et de François Villon ; il était de bon ton d'y citer le Roman de la Rose et, avec Martin Le Franc, Guillaume Alexis, Jean Marot et vingt autres, toute une floraison de poèmes allégoriques sur l'Honneur féminin, de Blasons, de Contre-Blasons, de Folles et Faulces amours, etc., avait inondé la France. Ce déluge poétique souleva Blaise d'Auriol. »4
Manuscrit du Roman de la rose, extrait, XIIIe siècle, BnF, Ms 378 f1r.
Après avoir été ordonné prêtre, Blaise Auriol se trouve pourvu du statut de chanoine à la collégiale Saint Michel de Castelnaudary, du bénéfice d'un prieuré à Nissan (Hérault), d'un autre bénéfice à l'église de La Bega (Labège), et de la dignité de doyen de l'église de Pamiers 5. Dans le même temps, il poursuit des études de droit civil et de droit canon à l'Université de Toulouse, dont les cours se donnent alors dans divers bâtiments, civils ou religieux loués par les maîtres, autour de la basilique Saint-Sernin 6. Il obtient ses grades de bachelier dans les deux spécialités, puis devient professeur comme ses oncles, et exerce parallèlement une fonction, non précisée, au sein de l'archevêché toulousaine de Jean II d'Orléans, plus tard cardinal de Longueville. En 1522, Jean II d'Orléans (1492-1533), apparenté aux rois Louis XI et Louis XII, nommé en 1802, à l'âge de dix ans, archevêque de Toulouse, jamais venu encore dans son archevêché, se présente enfin à Toulouse. Après la célébration de son arrivée, il regagne rapidement la vie fastueuse qu'il mène ailleurs, et il ne repassera par Toulouse qu'en 1532. La bibliothèque de l'archevêché est très riche. C'est là probablement que Blaise d'Auriol a pu lire nombre d'œuvres littéraires qui faisaient alors florès à la Cour, parmi lesquelles les poèmes de Charles d'Orléans, qui l'inspireront par la suite.
Germain de La Faille (1616-1711), Annales de la ville de Toulouse depuis la réunion de la comté de Toulouse à la Couronne, avec un abrégé de l'ancienne histoire de cette ville et un recueil de divers titres et actes pour servir de preuves ou d'éclaircissement à ces Annales, volume 2, Toulouse, G.-L. Colomyez, 1687-1701, p. 30.
Blaise d'Auriol jouit alors d'une situation confortable. En 1504, il fait bâtir à son usage un hôtel particulier, nanti d'une tour escalier, dans l'ancienne « rue de Carmaing ou de Caraman près de l'église Nazareth ». Seules subsistent aujourd'hui du bâti initial deux fenêtres à meneau en pierre. Fortement remanié par le capitoul Pierre Alexandre Garia à la fin du XVIIIe siècle dans le style Louis XVI, l'hôtel est racheté en 1832 par l'avocat Philippe Féral, qui y fait construire un grand escalier à rampes droites dans le goût du Second Empire. Cet hôtel s'élève aujourd'hui encore au numéro 1 de la même rue, renommée rue Philippe Féral.
1 rue Philippe Féral à Toulouse, portail de l'ancien hôtel d'Auriol.
En 1509, Antoine Vérard d'abord, libraire juré de l'Université à Paris, fournisseur de Charles d'Orléans, le père de François Ier, à Cognac, et N... Lenoir ensuite, libraire imprimeur à Thoulouze, publient parallèlement un ouvrage intitulé La Chasse et le Départ d’amours, La Chasse d'amours faict et composé par révérend pére en Dieu messire Octavian de Saint-Gelaiz († 1502), evesque d’Angoulesme, et le Depart d'amours, ou La Departie d’amours, par personnaiges parlans de toutes facons de rimes que l’on pourroit trouver, là où il y a de toutes les sciences du monde et de leurs acteurs, faicte et composée par noble Blaise d’Auriol, bachelier en chascun droict, natif et chanoyne de Chastelnaudarin et prieur de Denisan, l’an de grace M.V centz et VIII. In-4° goth. à 2 col. »
Chasse et le Depart d'amours, composés par Octavien de Sainct-Gelaiz (1468-1502) et par Blaise d'Auriol (1470?-1540), imprimé à Paris, par la vuefve feu Jehan Treperel et Jehan Jehannot, Paris, 1512-1519.
L'ouvrage a du succès, puisqu'il connaitra d'autres éditions encore, dont celles de la Veuve Treperel, dont on voit la couverture ci-dessus, et celles de Jehan Jehannot en 1533. Nombre de copies manuscrites circulent par ailleurs. L'une d'elle se trouve répertoriée dans la bibliothèque du comte d'Urfé. L'impression de cet ouvrage témoigne par ailleurs de la révolution qui est en train de s'opérer en 1509 dans le domaine du livre. Là où Guillaume de Lorris et Jean de Meung, au XIIIe siècle, faisaient circuler leur Roman de la rose sous forme manuscrite, Blaise d'Auriol fait imprimer son Depart d'amours à partir de planches gravées sur bois. Gutenberg n'a pas encore inauguré son système de presse alphabétique à caractères métalliques mobiles. Les tirages de pages gravées sur bois devaient alors coûter fort cher. L'éditeur de La Chasse et le Départ d’amours semble avoir réuni le texte d'Octavien de Saint-Gelais, mort en 1502, et celui de Blaise d'Auriol dans une publication commune, parce que leurs deux « romans » forment ensemble une suite existentielle : primo la « chasse d'amours » ; secundo la « departie d'amours ». Vienne la nuit sonne l'heure, dira le poète moderne.
Autre édition de La Chasse et le Depart d'amours, publiée cum privilegio en 1509 à Paris.
Entre le poème dit d'Octavien de Saint-Gelais (1468-1502) et celui de Blaise d'Auriol, la différence d'inspiration est grande. Pour évoquer la « chasse d'amours », le pseudo-Octavien de Saint-Gelais use volontiers d'un style cru, et, puisque depuis le Villon la Ballade de la grosse Margot, l'obscène est à la mode, ledit Monseigneur pousse souvent le trait dans ce sens. Qui l'eût cru d'un évêque ? Mais l'évêque en question n'est-il pas un alias de Blaise d'Auriol lui-même, quand était, jeune encore, piqué par la mouche d'Éros ? Monseigneur de Saint-Gelais en tout cas ne peut pas démentir la paternité du texte qu'on lui prête, puisqu'il est mort en 1502. L'objectif de la Chasse d'Amours semble être là toutefois de parodier l'amour courtois et de montrer ce qui résulte de l'inversion des valeurs. Blaise d'Auriol, quant à lui, explore dans un style noblement policé les sentiments auxquels l'amant se trouve en proie après la « departie » de sa bien-aimée, qui est morte. Il en tire argument pour dispenser une leçon de vieille sagesse ; « Rendez compte Vieillesse / Du temps mal despensu / Et sottement perdu / Es mains de dame Jeunesse. » Lui n'est pas vieux alors, il n'a environ que trente ans.
Blaise d'Auriol, La Departie d’amours, derniers rondels.
« Ce qui peut nous surprendre de la part d’un homme qui s’emploie par ailleurs à des tâches plus 'sérieuses, c’est ce goût pour la poésie amoureuse », observe ici Pascale Chiron dans un bel article intitulé 'Toulouse à la Renaissance : l’amour, le droit, la poésie. L’exemple de Blaise d’Auriol et de Guillaume de La Perrière', c’est ce goût pour la poésie amoureuse : quel regard porte-t-il sur elle ?
Deux constats s’imposent après lecture de sa poésie amoureuse : premièrement, lorsque Blaise d’Auriol se met à parler d’amour, il choisit ce moment de la 'départie' : le moment où l’amant va vouloir se départir, se séparer de l’amour. Lui, le juriste très catholique, pourra faire place alors à la célébration du seul véritable Dieu, qui n’est pas Cupidon, mais le Dieu chrétien. [...].
Prologue de l'édition de La Chasse et le Depart d'amours, publiée cum privilegio en 1509 à Paris.
« Le deuxième constat est le suivant : lorsque Blaise parle d’amour, il le fait de manière savante. Le titre parle de lui-même : 'La departie damours par personnaiges parlans en toutes les facons de rymes que lon pourroit trouver la ou il y a de toutes les sciences du monde et de leurs acteurs'. Le poète commentera les vers de l’amant en en faisant l’illustration d’un art poétique ; ce qu’on appelait à l’époque l’art de 'seconde rhétorique' (par opposition à la rhétorique première qui est la prose). Ainsi ce titre qui superpose à la parole de l’amant, celle du théoricien : 'Encore l’amy en lay unisonnant par equivocques simples et si peut entendre au droit et a l’envers'. [...]. La justification de la pratique de la poésie amoureuse semble en tout cas toute trouvée : pourquoi écrire sur l’amour et sa départie si ce n’est pour donner des exemples 'scientifiques' de rimes et de composition qui pourraient être utiles dans d’autres circonstances plus scolaires sans doute ? La poésie profane sert ici de réservoir à une poétique variée.
Ces deux intérêts – l’intérêt narratif, porté au moment de la départie d’amour, qui aboutit au passe-temps plein de la sagesse de l’amant, et l’intérêt poétique pour la forme – justifient-ils à eux seuls l’absence de culpabilité du chanoine quand il écrit au sujet de l’amour profane ? Soyons prudents : certes Blaise d’Auriol a de bonnes raisons de s’intéresser à l’amour profane, mais il n’en a peut-être pas besoin ; n’est-il pas simplement ici fidèle à la conception médiévale de la littérature, où le clerc et le poète font bon ménage, où l’opposition entre le sérieux et le joyeux, entre les menus propos et les choses savantes, ne conduit pas à une condamnation de la littérature profane ? » 7
Louis de Santi, quant à lui, fait à Blaise d'Auriol en 1906 le mauvais procès d'avoir plagié La retenue d'amour, poème écrit par Charles d'Orléans, le prince poète, pendant sa longue captivité anglaise (1415-1440) à la suite de la bataille d'Azincourt. Et il fait à Blaise d'Auriol le mauvais procès aussi d'être « le premier des poètes français de la langue d’Oc » ! Par « langue d'Oc », il faut entendre ici la patrie occitane.
Blaise d'Auriol a lu La retenue d'amour de Charles d'Orléans. Il en a probablement trouvé une copie manuscrite dans la bibliothèque de l'archevêché de Toulouse. Il s'est approprié la trame narrative de ce texte, et il en a repris les étapes principales. « Après avoir évoqué tous les grands amoureux de l'histoire ou de la fable pour les prendre à témoin de son malheur et leur demander des consolations, il a », dixit Louis de Santi, « l'étrange idée de soumettre son cas à un tribunal juridique pour savoir si, au point de vue du droit, le tourment auquel le condamne l'étourderie de la Mort — qui a emporté la Bien-Aimée —, est légitime. »
C'est bien là, observe Louis de Santi, « un scrupule de formaliste, mais on n'en demeure pas moins stupéfait du choix des personnages auxquels l'auteur a confié ce jugement de casuistique amoureuse. Ce ne sont autres, en effet, que les graves rédacteurs des Décrétales de Grégoire IX et de Boniface VIII, à savoir le pénitencier du pape et fondateur de l'inquisition espagnole, Raymond de Pennafort, l'évêque de Béziers Bérenger de Frédol, auteurs des deux traités de droit ecclésiastiques, l'archevêque d'Embrun, Guillaume de Mandagot, et un docteur du nom de Richard, qui revit le texte des Décrétales. Inutile de dire que cette consultation est d'une poésie et d'une langue déplorables ; jamais décrétiste ne fut plus mal inspiré. »
Et Louis de Santi de s'offusquer encore de ce que Blaise d'Auriol ait repris l'onomastique de l'épisode qui est celui de la fin du Tendre à la fin du poème de Charles d'Orléans : « Cependant le poète, après avoir visité le château de Plaisance où il est reçu par dame Amour et par son fils Cupido, comprend que rien dorénavant ne peut plus le consoler, et il se retire, avec son ami Passe-Temps, dans la retraite du château de Nonchalloir.
Or Louis de Santi ignore ou feint d'ignorer ici que l'imitation est tenue pour un genre à part entière depuis l'Antiquité et qu'elle plaît à un lectorat qui n'a point encore promu l'originalité des auteurs au rang de premier réquisit d'une œuvre littéraire digne de ce nom, et qui s'éjouit au contraire de reconnaitre dans une œuvre tout ou partie de ce qu'il a lu ailleurs déjà.
De façon révélatrice de la renaissance de l'occitan dans le cadre de l'escolo moundino depuis la fin du XIXe siècle, Louis de Santi reproche également à Blaise d'Auriol d'écrire en français, langue que d'après lui il maîtrise mal, plutôt que dans l'ancienne langue d'Oc, celle des troubadours, qui, ainsi en juge-t-il, lui eût sans doute mieux réussi. Les exemples qu'il cite, toutefois étonnent. Ce qui lui plaît parfois dans le français de Blaise d'Auriol, semble fade. Ce qui lui déplaît, a du charme : « En chasteaulx et cours, / Plus courant que ours, / Joues de tes tours / Les jours et les nuyts / Volant comme tourts (tourterelles). / Aux aymans tu nuis. / Et, sans rompre l'huys, / Es chambres tu luis. » Commentaire de Louis de Santi : « Cette extraordinaire élégie donne une idée suffisante du talent poétique et surtout de la langue de Blaise d'Auriol. Si elle ravit d'admiration les Toulousains de l'époque, elle nous paraît aujourd'hui la condamnation formelle du poète qui abandonnait le bel et sonore idiome de son pays pour une langue qui lui était inconnue », et dans laquelle il n'aurait donné le plus souvent que des « rhapsodies barbares, où le mauvais goût le dispute à l'ignorance du français et de la poésie. »
Louis de Santi ne laisse pas en outre de faire montre d'une certaine mauvaise foi, puisqu'il taxe le poète « d'archaïsme » quand celui-ci reprend en français des formules empruntées aux troubadours, au risque comme nombre d'autres poètes toulousains de se complaire dans des tours déjà « fort discrédités à la fin du quatorzième siècle ». 8
Quoi qu'il en soit, le poème de Blaise d'Auriol a été bien reçu, comme on le sait par le nombre d'éditions, et Blaise d'Auriol lui-même sera lauréat des Jeux floraux en 1510, reçu avant 1513 maître ès Jeux floraux, et nommé plus tard vice-chancelier des Jeux. 9
Depuis une date que l'on ignore, Blaise d'Auriol est en 1503 docteur-régent de l'Université de Toulouse. À ce titre, en vertu de l'arrêt du 13 septembre 1470 10, il doit le nombre de « lectures » et « répétitions » qui suit :
« La première répétition, désormais, sera faite par le plus jeune et dernier reçu maître régent en la Faculté de droit canon. La deuxième, par le plus jeune et dernier régent en la Faculté de droit civil, et ainsi de suite, selon l'ordre de leur réception, de manière à ce que chaque docteur régent en fit deux, depuis le jour de la Saint-Luc jusqu'à la Nativité de la Vierge en deux périodes de cours : pour la première, deux leçons de la Saint-Luc à Noël, deux leçons de Noël à Pâques, deux leçons de Pâques à la Saint-Jean-Baptiste ; pour la deuxième, les autres leçons dureront jusqu'à la fin de l'année scolaire, c'est-à-dire jusqu'au 8 septembre. Les lectures devront être faites par les régents 'continuement', à moins d'excuse légitime ; tout régent qui faillira une fois à sa mission de répétition perdra sa chaire et ses émoluments pour trois mois, et sera remplacé par un maître 'ydoine' ; la deuxième fois, il sera suspendu pour, un an de ses fonctions ; la troisième fois, il sera complètement démis de sa charge. Comme les maîtres se faisaient remplacer dans l'exercice de leurs répétitions, la Cour ordonna, en i486, aux docteurs régents de lire en personne et leur défendit de substituer un remplaçant, à moins d'empêchement légitime. Elle sévit, en outre, contre les récalcitrants, car elle considérait les régents 'comme responsables du sçavoir, proffit et dommaiges de l'Université et de ses suppôts'. » 11
L'Université de Toulouse dispose de trois chaires de droit civil et de trois chaires de droit canon. La nomination des docteurs régents et l'exercice de leur fonction obéissent depuis l'arret de 1470 aux règles suivantes :
« Les chaires, très convoitées dans l'intérieur de l'étude, donnaient lieu à une active surenchère de la part des bedeaux qui les vendaient au plus offrant, « à gens non ydoines et indignes, contre argent », ce qui « deshonorait l'Université ». Aussi la Cour ordonna que 'doresnavant, les régences vacantes ne seraient plus vendues, mais que les recteurs, docteurs et conseillers éliraient en assemblée générale, selon Dieu et leur conscience, les plus ydoines maîtres connus d'eux'.
Si un docteur-régent voulait céder sa chaire à un parent, un ami 'ydoine, habile et suffisant à gouverner la dicte chayre', il ne le pouvait faire qu'avec le consentement du recteur, des docteurs régents et des écoliers assemblés en congrégation, et sans espoir de bénéfice. Pour bien assurer l'exécution de ces clauses, docteurs et conseillers devaient prêter devant le recteur le serment solennel 'de bien et loyamment, selon Dieu et leur conscience, procéder à la nomination et l'élection du maître, de la promotion duquel on traitait pour la chayre" » 12. Louis d'Auriol, docteur-régent de l'Université de Toulouse, a très certainement cédé ainsi sa chaire à Blaise d'Auriol, son neveu préféré.
En 1520, Blaise d'Auriol, docteur-régent très respecté, est titulaire de la chaire de droit canon, et il enseigne aussi le droit civil et la rhétorique. Il publie à cette époque ses leçons sur la rhétorique, mais l'ouvrage correspondant a malheureusement été perdu. Nous aurions pu nous y instruire, par exemple, de l'art de cette « Contrefaçon d'un refloureton a double unisonance au millieu par equivocques redoublez » de la Departie d'Amours :
Non sans voix voys crier a Dieu mercy,
Car en croix croys, qui chasse maint soucy ;
J'ai tousjours jours ou prendz de mort morseure,
Soubz ce boys boyz et bien vueil estre ainsi,
Ou ainçoys soys tout oultré et transi.
A recours cours a elle en la mort seure.
En 1520 toujours, Blaise d'Auriol revient à la poésie, et il opte cette fois pour la poésie religieuse, puisqu'il publie cette année-là Les Joies et Douleurs de Nostre-Dame avec une oraison à Nostre-Dame par equivocques en latin et françois. Autre à Saincte-Anne. De mesme Confessionnal pour scavoir tes péchés et leurs circonstances, par lettres et par vers. Vers par signifiances de lettres doubles, Epitre de ta beauté de Jésus, Autre de la beauté et estat de la Sacrée Vierge Marie, le tout imprimé à Tholose par Jehan Faure, 1520, in-4°. Là encore, l'ouvrage a été perdu.
« Il est vraiment dommage que cette œuvre de poésie mystique et de théologie soit perdue ; elle nous eût probablement éclairé sur le caractère de son auteur que les brumes de quatre siècles rendent pour nous probablement confus » 13, observe Louis de Santi en 1906. Le titre de l'ouvrage suffit toutefois à indiquer que Blaise d'Auriol entre désormais dans l'âge de la piété, de façon choisie, ferme et résolue.
En 1524, la considération croissante dont bénéficie Blaise d'Auriol va toutefois se trouver compromise de façon absurde, en tout cas improbable, par l'annonce de la fin du monde...
Atelier de Bernard Picart, Portrait de Pierre d'Ailly, reproduit en 1727 dans l'ouvrage de Jacques Lenfant, Histoire du Concile de Constance>, Paris, Pierre Humbert, aujourd'hui conservé au Rijks Museum d'Amsterdam.
Blaise d'Auriol était lecteur des nombreux ouvrages du cardinal Pierre d'Ailly ou Pierre d'Arliac (1341-1420), en latin Petrus de Alliaco ou Petrus Aliacensis, philosophe, théologien, cosmographe, astronome et astrologue, dont l'ouvrage géographique et encyclopédique intitulé Ymago mundia inspiré à Christophe Colomb l'idée de sa quête des Indes, et dont le De concordia astronomice veritatis et narrationis historice et autres traités visaient à démontrer qu'il y concordance des mouvements des astres avec le déroulement de l’Histoire.
Pierre d'Arliac s'est particulièrement intéressé à la conjonction de Saturne, Jupiter et Mars qui s'est produite en 1346 et qui a précédé de peu une épidémie de peste dont on sait qu'elle a tué en Occident un tiers de la population. Il a tiré du calcul des prochaines conjonctions de ces trois astres la possibilité d'annoncer d'autres dates, dont celle de 1489, susceptibles de correspondre à de nouvelles catastrophes. Certains esprits le créditent d'avoir prévu par ses calculs astronomiques l'avénement antéchristique de la Réforme luthérienne et, tout aussi antéchristique, celui de la Révolution française 14. Blaise d'Auriol n'a pas ignoré cette date de 1489 augurée par Pierre d'Arliac.
Il se trouve de surcroit qu'en raison de l'épidémie de peste noire, des pluies torrentielles, du froid, des méfaits des routiers et des écorcheurs, des menées belliqueuses des grands féodaux, qui ont sévi durant la seconde moitié du XIVe siècle, dit saeculum horribilis, l'angoisse de la fin du monde, comprise comme le châtiment des péchés des hommes, planait sur la France, et sur les pays voisins aussi, à la veille du XVIe siècle. Dès le début du XVIe siècle, divers prédicateurs, philosophes et astrologues, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, et en France, prédisent pour diverses dates la proximité de ce châtiment et suscitent dans les populations la crainte de ne pouvoir bénéficier du Salut des âmes. En Allemagne, et en France surtout, Martin Luther, qui condamne la pratique des indulgences et qui rompt avec l'Église catholique en 1521, est vu par les catholiques comme l'Antéchrist, d'où l'annonciateur du règne de Satan.
Ulrich Morhart, Portrait de Johannes Stöffler, 1534, Collection Deutsche Fotothek, Sächsische Landesbibliothek - Staats- und Universitätsbibliothek Dresden (SLUB).
En 1499, Johannes Stöffler (1452-1531), prêtre, mathématicien, astronome et astrologue, ingénieux fabricant d'astrolabes et d'une horloge astronomique qui fonctionne encore sur la cathédrale de Constance, titulaire d'une chaire à l’université de Tübingen (Bade-Wurtemberg), auteur en 1518 du Calendarium Romanum magnum, avait fait savoir à l'intention des Princes et des esprits savants que, d'après des calculs relatifs à la conjonction prochaine de Saturne, de Jupiter, de Mars et des Poissons, la terre entière serait noyée le 24 février 1524 par un second Déluge.
En 1523, l'astrologue et météorologue Leonard Reynmann publie à Nüremberg Practica vber die grossen vnd manigfeltigen Coniunction der Planeten, die i[m]m jar M.D.XXiiij. erscheinen ... werden, ouvrage dans lequel il annonce que la « Grande conjonction » de 1524, marquée par l’alignement des planètes Saturne et Jupiter et par la conjonction de toutes les planètes dans la constellation des Poissons, va causer un nouveau Déluge et que celui-ci sera le commencement de l'Apocalypse. L'information s'en répand.
Première page du Practica vber die grossen vnd manigfeltigen Coniunction der Planeten, die i[m]m jar M.D.XXiiij. erscheinen ... werden de Leonhard Reynmann, München, Bayerische Staatsbibliothek. Rar. 4096#Beibd.10.
À l'orée de l'an 1524, dans toute l'Europe, dans tous les milieux, nombre de personnes se trouvent saisies d'une sorte de panique astrologique. Un peu partout, des prédicateurs pressent les fidèles de se repentir. Des almanachs circulent, assortis d'instructions pour survivre au cataclysme. En Alsace, le comte d'Eguisheim fait construire une arche de bois à trois étages. Et à Toulouse, à son tour, le très grand chrétien Blaise d'Auriol fait construire une arche dans les jardins de l'Université afin de pouvoir s'y réfugier ainsi que les siens et autres...
Il a beaucoup plu ce jour-là, et c'est tout. Mais Johannes Stöffler entre temps a annoncé d'autres dates possibles pour le second Déluge...
Hartmann Schedel, auteur, Michael Wolgemut (1434–1519) et Wilhelm Pleydenwurff (1460–1494),graveurs sur bois, illustration tirée de Die Schedelsche Weltchronik, folio 11r, Nüremberg, Anton Koberger, 1493.
Louis de Santi évoque cet épisode sans plaindre le sel de l'ironie. Il se garantit pour cela de l'autorité de Jean Bodin (1529-1596), jurisconsulte, économiste, partisan de la tolérance en matière de religion mais engagé dans la répression des sorcières, précurseur du doute scientifique qui pointe en 1576 dans ses Six Livres de la République l'erreur de Jérome Cardan, de Pierre d'Arliac et d'autres astrologues, relativement à l'affaire du Déluge annoncé pour le 24 février 1524. Jean Bodin a toutefois beau jeu de dénoncer de telles erreurs, puisqu'il est né et a vécu après l'affaire du Déluge en question.
François Stuerhelt (–1652), Jean Bodin, portrait gravé destiné à illustrer les Illustres d'Anjou de Claude Ménard, avant 1620, Archives de la ville d'Angers.
Jean Bodin, Les Six Livres de la République, Livre IV, LXXXV, Paris, Chez Iacques Dupuys, Libraire Iuré, 1577, avec privilege du Roy, p. 434 sqq. :
« Leupolde, Alcabice, & Ptolemée, ont aussi attribué les mouuemens des peuples, les guerres, pestes, famines, deluges, changemens d’estats, & de Republiques aux grandes conionctions des hautes planettes : comme à la verité elles n’aduiennent iamais, que les effects ne se cognoissent au doigt, & à l’œil, auec vn estonnement des plus sages : ores que cela ne tire apres soy aucune necessité : mais quelque chose que ce soit il ne faut pas suiure le Cardinal d’Arliac, qui prend la racine des grandes conionctions au temps de la creation du monde, supposant à son compte qu’il y a sept mil cent cinquante & huit ans... il ne rend aucune raison. Il suffira pour cette heure, d’auoir reiecté ces erreurs si grossiers, qu’on y voioit le iour au trauers. Et d’autant que ce seroit chose infinie, d’esplucher tous les autres par le menu : ie toucheray seulement, ceux qui ont esté en reputation d’auoir mieux entendu les iugemens du ciel, pour les changemens des republiques : entre lesquels a esté pierre d’Arliac Chancelier de Paris, & depuis Cardinal l’an M.CCCC.XVI. qui a rapporté les naissances, changemens, & ruines des Republiques, & des religions, aux conionctions des hautes planettes : & duquel Iean Pic Prince de la Mirande, prend les hypotheses pour certaines, sans autrement s’enquerir plus auant de la verité : combien que de trente & six grandes conionctions que le Cardinal a remarquez depuis cent & quinze ans apres la creation du monde iusques à l’an de Iesus Christ, mil trois cens cinquznte et huit ans [...].
Si nous prenons que l'an M.D.XXIIII., l'annee de la creation fust CCCCXCVI., qui eft celuy que Philon Hebrieu [Philon d'Alexandrie], en tirat neuf cens LIII. ans de XCI. iours quatre fois, on trouuera que seize cens LXXXII. ans & trois mois se fist la conionction grande de Saturne, Iuppiter, Mars, au signe des Poissons lors que le deluge du monde aduint, & telle qu'elle fut l'an MDXXIIII alors que tous les Astrologues d'Asie, d'Afrique et d'Europe predisoient aussi le deluge vniuersel : et se trouva plusieurs mecreans...
... qui firent faire des arches pour se sauuer, & mesmes à Touloze le President Auriol, quoy qu’on leur preschast la promesse de Dieu, & son serment de ne faire perir les hommes par deluge. Il est bien vray que l’annee apporta de grands orages, & inondations d’eaux en plusieurs pays. & toutesfois pas vn Astrologue n’a pris garde à la conionction que i’ay dit estre aduenuë l’annee du deluge : qu’ils pensoient estre aduenuë deux mil deux cens XLII. ans apres la creation, & supposoient que cela aduint apres la troisiesme conionction grande, chose impossible : car les ans du monde iusques au deluge sont bien iustifiez par le texte de la Bible, c’est à sçauoir XVI. cens LVI. Mais l’erreur, & obscurité des ans, est depuis le deluge iusques à la premiere Olympiade. Si donc nous adioustons au nombre de Philon XXXVI. ans d’auantage, la grande conionction se trouuera l’annee du deluge. Ioseph met deux cens ans plus que Philon : les autres Hebrieux cent LX. ans moins. Si les Arabes, & Alfons, eussent pris le vray calcul des ans du monde & en cette façon remarqué les grandes conionctions en retrogradant, & rapporté l’vn & l’autre à la verité des histoires, peut estre qu’on eust plus exactement verifié les ans du monde, & la science eust esté plus certaine des changemens, & ruines des Republiques par les mouuemens célestes. » 15
Fort de l'autorité de Jean Bodin, comme dit plus haut, Louis de Santi accable en effet les astrologues du temps de Blaise d'Auriol, et Blaise d'Auriol lui-même. Voici comment, pillant Jean Bodin, il résume l'affaire du 24 février 1624.
« Vers 1521, dit Jean Bodin, tous les astrologues d'Asie, d'Afrique et d'Europe prédirent un déluge universel. L'origine de cette sinistre prophétie était un calcul astrologique du chancelier de France et futur cardinal Pierre d'Arliac, auquel Pic de la Mirandole avait décerné une quasi infaillibilité dans l'interprétation des signes célestes.
« Pierre d'Arliac se vantait, en effet, d'avoir étudié, depuis l'an 115 de notre ère jusqu'en 1385, trente-six grandes conjonctions planétaires et d'avoir tiré de cette étude les lois qui régissent les cataclysmes terrestres. Pour 1524, il annonçait 'la conjonction grande de Saturne, Jupiter et Mars au signe des Poissons', et cet événement sidéral devait être le signal d'une catastrophe inouïe, d'un déluge comme celui auquel Noé et sa famille n'avaient échappé que par le moyen de l'arche.
Le malheur, dit Bodin, dont l'astrologie provoquait la cruelle ironie, est que Pierre d'Arliac avait basé ses calculs sur la date de la création du monde et que rien n'est moins certain que cette date. De plus, sur les trente-six conjonctions qu'il croyait avoir relevées, il n'y en avait que six exactes.
Ce fut néanmoins à cette annonce une panique générale par toute la France et l'Italie, et il 'se trouva plusieurs mescréans qui firent des arches pour se sauver, et mesmes à Thoulouze le président Auriol, quoyqu'on leur preschat la promesse de Dieu et son serment de ne plus faire périr les hommes par le Déluge'. Blaise d'Auriol avait, en effet, commandé un solide bateau, approvisionné de tout ce qui lui était nécessaire pour renouveller les exploits de Noé, et il avait attendu avec confiance le déluge. On juge quelles moqueries lui attira cette précaution. » 16. Louis de Santi note à ce propos, que Blaise d'Auriol n'était à cette date « président » de rien du tout. Jean Bodin aurait cru que Blaise d'Auriol l'était, parce que déjà conseiller-clerc au Parlement, celui-ci « avait dû, sur la fin de sa carrière, arriver à une présidence. »
Moqueries ou pas, Blaise d'Auriol publie derechef à Toulouse en 1524, sans éditeur cette fois, un Blasii Aurioli additiones et apostillae ad lecturam Guillermi de Montedelauduno [Guillaume de Montlezun], in sextum Decretalium, d'après Nicolas Bertrandi dans ses Gesta Tholosana : Temporibus Benedicti papae XII (qui fuit Tholosanus) legitur quod Tholosæ floruit Guillermus de Montelauduno, abbas monasterii novi Pictavensis et decretorum doctor elegantissimus, qui super Clementinas pomposam ac utilem edidit lecturam. Malheureusement aujourd'hui, mais il s'agit là d'une perte dont on peut éventuellement se remettre, cet ouvrage de Blaise d'Auriol ne se retrouve pas.
Le 25 novembre 1964, l'Académie des Jeux floraux qui honore alors du Prix Capus Jean Mistler (Sorèze, 1897-1988, Thiais), bientôt élu académicien français (1966), descendant de la famille d'Auriol en droit lignage maternel — sa mère était née Berthe d'Auriol —, se montre plus unanimement flatteuse à l'endroit du « petit-fils » qu'à celui de Blaise d'Auriol, son « aïeul » célèbre, quoique aujourd'hui quelque peu oublié :
« Jean Mistler vient à nous, du reste, aujourd'hui sous un parrainage auquel quatre siècles ne confèrent que plus d'autorité, celui de son aïeul en droit lignage maternel, Blaise d'Auriol, qui fut en son temps mainteneur et vice-chancelier des Jeux Floraux. Nous ne saurions dissimuler que le lointain rejeton ne tire qu'assez médiocre gloire de sa filiation, le poète de la Départie d'amours s'étant révélé à lui comme un piètre rimeur. Blaise d'Auriol [...] n'en joua pas moins chez nous un rôle de premier plan dont notre Université tira grand profit. Les curieux du vieux Toulouse vont encore voir la tour qu'il éleva dans son hôtel de la rue Nazareth. On ne saurait lui reprocher que son goût abusif pour les prophéties et d'avoir voulu devenir l'émule de Noé. Ayant cru lire dans le ciel, du fait de la conjonction de Saturne et de Mars au signe des Poissons, l'imminence d'un déluge universel, il s'était construit une arche pour parer à toute éventualité. L'arche d'Auriol ne quitta jamais les rives de Garonne et l'occasion lui manqua d'aborder sur le mont Ararat. Le petit-fils, pour sa part, ne nourrit d'autre ambition que de se faire prophète du passé, d'un cher passé. Puisse son arche voguer longtemps encore et le conduire jusqu'au bout de ce monde de l'illusion et du rêve dont il a su si bien dire les invincibles enchantements ! » 17
Louis de Santi, quant à lui, lorsqu'il laisse entendre en 1906 que l'initiative de Blaise d'Auriol aurait suscité en 1524 l'hilarité générale, sous-estime peut-être les effets du climat d'angoisse dans lequel la population des années 1520 a vécu à Toulouse comme ailleurs. A-t-on unaniment ri alors de l'initiative de Blaise d'Auriol, ou a-t-on envié celui qui était suffisamment riche pour acheter sa survie au prix de la construction d'une arche ? Telle sous-estimation des effets de la crise de 1524 sur l'âme d'un très grand chrétien, vient sans doute chez Louis de Santi du fait qu'il connait par avance la vie et la carrière ultérieures de Blaise d'Auriol, et qu'il juge la panique de l'éminent juriste à la lumière rétroactive du grand événement dont celui-ci sera le héraut en 1533.
Dans le même esprit de dénigrement un peu mesquin, Louis de Santi rapporte aussi la déconvenue infligée à Blaise d'Auriol lorsque, le 17 mars 1526, celui-ci se voit ériger en doyen de la chapelle de Notre Dame de Nazareth, alors convertie en collégiale sur décision du président Jean Georges d'Olmières 18, dont il est ami ; puis que, le 30 décembre 1529, suite à un arrêt du Grand Conseil, il se voit défait de son décanat.
Louis de Santi se plaît à commenter ainsi cette affaire, fâcheuse autant que coûteuse :
« Le président Jean Georges d'Olmières, le même qui fut, un peu plus tard, dégradé et emprisonné pour malversations, avait voulu ériger en collégiale la chapelle de Notre Dame de Nazareth, près la porte Mongaillard, et avait obtenu pour cela une bulle du pape Clément VII (29 mars 1525). La bulle fut fulminée par Jean de Pins, lui-même conseiller au Parlement, et six chanoines aussitôt installés dans la Collégiale, dont Blaise d'Auriol, compatriote et allié du président d'Olmières, fut érigé doyen (17 mars 1526).
À Toulouse, la chapelle Notre Dame de Nazareth, rue Philippe Féral.
Toute cette affaire s'était faite entre collègues au Parlement et on peut supposer, quand on connaît la moralité du président d'Olmières, que celui-ci y avait quelque intérêt. Toujours est-il que le Chapitre de Saint Étienne n'accepta pas cette création rivale et fit opposition à l'exécution de la bulle. Un arrêt du Grand Conseil, rendu à la sollicitation de Jean d'Orléans (16 juillet 1527), déclara l'opposition recevable ; un second arrêt du 30 décembre 1529 cassa la fulmination comme abusive, et Biaise d'Auriol, ainsi que les nouveaux chanoines, furent condamnés à restituer au Chapitre les fruits et émoluments qu'ils avaient perçus depuis le mois de mars 1526 jusqu'au mois de décembre 1529. Ils durent s'exécuter et le décanat du malheureux professeur s'évanouit en fumée. » 19
En 1532, remis de sa déconvenue de 1526, Blaise d'Auriol publie à Toulouse, chez Jacques Colomiès cette fois, un Blasii Aurioli generosi ac emine[n]tissimi florentissime… academie Tholosane doctoris rege[n]tis. In c. ea[m] te. de rescrip. in antiq. que ad hec usq[ue] t[em]p[or]a inter latebras juris jacuerat subtilis et verissima interpretatio. : De Blaise d'Auriol, docteur régent de la généreuse et éminentissime et florentissime académie de Toulouse, interprètation subtile et vérissime des rescrits antiques qui sont restés dans les ténèbres du droit depuis ce temps-là jusqu'à aujourd'hui. Les rescrits sont chez les Romains des réponses de l'empereur à un gouverneur de province, à un juge ou à un particulier qui le consultaient sur un point de droit. Auguste de Labouisse Rochefort a possédé cet ouvrage dans sa très riche bibliothèque. L'ouvrage a ensuite été légué à la ville de Castelnaudary. La bibliothèque Tolosana en possède un exemplaire aussi. Louis de Santi le décrit ainsi :
Blaise d'Auriol, premier feuillet du In c. ea[m] te. de rescrip. in antiq. que ad hec usq[ue] t[em]p[or]a inter latebras juris jacuerat subtilis et verissima interpretatio, Toulouse, Jacques Colomiès, 1532.
« C'est un volume în-8° en caractères gothiques de deux couleurs, hérissé d'abréviations qui en rendent la lecture presque impossible, à entêtes rouges et noirs, folioté en caractères romains », note Louis de Santi. « Le premier feuillet porte en frontispice le Triton et la Sirène des libraires, qui sont 'Nicolas et Pierre Mestre, à Toulouse, au bourg de la porte du bélier (la Porterie)', mais l'imprimeur Jacques Colomiès est également désigné à la fin par sa marque emblématique, une image de saint Jacques à droite et deux colombiers à gauche » 20. Aujourd'hui, dans l'exemplaire de l'ouvrage conservé à Toulouse, cette image manque...
Blaise d'Auriol, autre feuillet du In c. ea[m] te. de rescrip. in antiq. que ad hec usq[ue] t[em]p[or]a inter latebras juris jacuerat subtilis et verissima interpretatio, Toulouse, Jacques Colomiès, 1532.
Détail touchant, dans les débuts de son ouvrage, Blaise d'Auriol rend hommage à Raymond et à Louis d'Auriol, ses deux oncles paternels, qui ont accompagné sa formation intellectuelle et morale et qui l'ont précédé dans sa carrière de juriste.
Blaise d'Auriol, autre feuillet du In c. ea[m] te. de rescrip. in antiq. que ad hec usq[ue] t[em]p[or]a inter latebras juris jacuerat subtilis et verissima interpretatio, Toulouse, Jacques Colomiès, 1532.
En 1533, Blaise d'Auriol continue de professer avec succès dans le style docte et savant de l'enseignement traditionnel. Fondé sur le commentaire des juristes antiques et médiévaux, cet enseignement demeure respecté. Mais dans la nouvelle génération d'étudiants, certains jugent ce type d'enseignement dépassé, et aspirant à un renouveau intellectuel, commencent à petit bruit de s'impatienter.
Quoi qu'il en soit, observe Louis de Santi, les ouvrages mentionnés ci-dessus « avaient porté à un haut degré dans la société toulousaine la réputation de Blaise d'Auriol et lui avaient valu les titres de chancelier de l'Université et de référendaire de l'Université auprès du Parlement, quand le roi François Ier fit son entrée à Toulouse le 1er août 1533. » 21
Joos van Cleve (ca 1485-1540/1541), Portrait de François Ier en 1532-1533, Philadelphia Museum of Art, USA.
François Ier s'arrête à Toulouse dans le cadre du grand tour de France qu'il a entrepris depuis le début de l'an 1531 et qu'il poursuivra jusqu'en 1534, afin de présenter à ses sujets le dauphin François et la reine Éléonore de Habsbourg, sa nouvelle épouse, sœur de Charles Quint.
Les Toulousains et l'Université font à François Ier pour l'occasion une fête grandiose. Charles de Bourgueville (1504-1593), courtisan qui marche dans la suite du roi, dit ici son admiration :
« Mais entre les plus belles entrees que l'οn fist à ce grand Roy, ce fut celle de Toulouze : laquelle ville à mon aduis doit estre vne des principales villes de ce Royaume, qui sont Paris, Rouen, Toulouze, Lyon, & Orleans. I'y vey en ladite entree de Toulouze, le sieur Recteur, & douze docteurs, ayans Chappes de satin cramoisy, fourreesd'Hermines, suyuis d'vne multitude d'Escoliers, & vn grand nombre d'Enfans d'honneur, accoustrez de velours bleu & blanc, comme aussi messïeurs de Parlement, auecques leurs mortiers d'or, & leur Chapperons fourrez d'Hermines. Le Roy y tint son lict de Iustice au Palais, & deuant luy furent plaidees aucunes causes par de doctes hommes. » 22
Antoine Rivalz (Toulouse, 1667-1735, Toulouse), Entrée de François Ier à Toulouse en 1533, projet d'illustration pour le tome II des Annales de Toulouse par Germain de Lafaille (1702), Musées d'Occitanie.
Dans le groupe du « sieur Recteur, & douze docteurs, ayans Chappes de satin cramoisy, fourrees d'Hermines », qui se porte au devant du Roy, il y a Blaise d'Auriol, chancelier de l'Université et référendaire de l'Université auprès du Parlement. À cette occasion, celui-ci fait l'objet d'une promotion extraordinaire. Louis de Santi rapporte cet épisode, à sa manière, un brin partiale :
« L'Université était alors désemparée. Les maîtres éminents dont la parole agitait la jeunesse étaient considérés comme suspects ; leurs élèves étaient proscrits ; Boysson venait d'être condamné ; Bunel, du Pac et Mopha Gribaldi étaient en fuite 23 ; ce fut à Blaise d'Auriol qu'échut la tâche de recevoir et de complimenter le roi.
À la vérité, la tâche était aisée. Le roi avait besoin, pour ses projets, de gagner la sympathie des Toulousains, et il était décidé à y employer le grand pouvoir de séduction dont il était doué. Mais il était à craindre qu'avec son esprit très informé et passablement sceptique, il n'appréciât point l'orthodoxie du vieil enseignement.
Un usage ancien et que les jurisconsultes disaient avoir été institué par les empereurs romains consistait à conférer aux professeurs de droit, quand ils avaient occupé leur chaire pendant plus de vingt ans, certaines dignités, telles que les titres de comte ou de chevalier ès lois. Mais ces dignités étaient purement honorifiques ; elles ne comportaient aucun privilège, n'exemptaient point de la taille et ne donnaient lieu à aucune cérémonie publique. L'Université résolut de demander au roi d'en faire des titres officiels de noblesse. En conséquence, quand François Ier reçut de l'Université la réception particulière qu'elle avait exigée comme corps indépendant, il dut, après la harangue du docteur régent et capitoul Dominique Filhol, subir la requête de Blaise d'Auriol.
Celui-ci porta la parole au nom de l'Académie et de l'Université, et il avoua que ce ne fut pas sans une orgueilleuse émotion qu'il prononça son discours. Il représenta que l'usage dés empereurs romains ne pouvait être répudié par un prince qui avait restauré l'étude des lettres latines et il réclama pour l'Université la reconnaissance, comme titres nobiliaires, des dignités qu'elie conférait à ses professeurs, ainsi que le droit par les dignitaires d'élire des chevaliers.
Le roi ne désirait que de l'argent 24. Il accéda facilement à cette prière, et comme Blaise se trouvait dans les conditions prescrites pour être chevalier, c'est-à-dire comme il comptait vingt ans de professorat, ce fut lui qui benéficia le premier de ia faveur royale. La cérémonie eut lieu le 1er septembre suivant sous la présidence de Pierre Daffis, déjà comte ès lois.
Germain de Lafaille (1616-1711) reproduit dans ses Annales de la ville de Toulouse le document qui comprend les discours de Blaise d'Auriol et de Pierre Daffis, en latin, qui atteste, en latin encore, de la promotion de Blaise d'Auriol au rang de chevalier (miles) ès lois, et qui souligne que l'adoubement dudit Blaise d'Auriol s'est fait conformément au statut de la chevalerie médiévale. Ce statut requiert du nouveau chevalier que celui-ci se présente à cheval et qu'il lui soient conférés l’épée, ensuite le ceinturon, puis les éperons dorés, enfin le torque d’or et l’anneau de la chevalerie.
Germain de Lafaille, Annales de la ville de Toulouse depuis la réünion de la comté de Toulouse à la Couronne, avec un abrégé de l'ancienne histoire de cette ville et un recueil de divers titres et actes pour servir de preuves ou d'éclaircissement à ces Annales, avec un abrégé de l'ancienne histoire de cette ville et un recueil de divers titres et actes pour servir de preuves ou d'éclaircissement à ces Annales, tome 2, Toulouse, G.-L. Colomyez, 1687-1701 Preuves, p. 14 (584).
Or Bernard de Laroche Flavin (1552-1627), qui rapporte avant Germain de Lafaille l'honneur fait à Blaise d'Auriol en 1533, indique que celui-ci a bénéficié en la circonstance de « toutes les solennités observées pour la création des chevaliers. »
« « L’an du Seigneur 1533, le lundi, premier jour du mois de septembre, le noble et éminent homme, messire Blaise Auriol, docteur en l’un et l’autre droit (civil et canonique), et régent en la faculté de droit canon, fut fait chevalier en vertu du privilège accordé à l’Université de Toulouse le premier jour d’août de ladite année, sous le Révérend Père messire Pierre Daffis, docteur en l’un et l’autre droit, régent en la faculté de droit civil et comte ès lois, les solennités prescrites dans les statuts de chevalerie ayant été observées. »
Arrests notables du Parlement de Toulouse ... recueillis des mémoires et observations forenses de messire Bernard de La Roche-Flavin, Toulouse, N. Caranove, 1745, p. 365.
« On voit par cette brève chronique », observe Louis de Santi, « que ce n'est point Biaise d'Auriol personnelIement que le roi entendit honorer ou récompenser par cette faveur, mais uniquement l'Université représentée en la circonstance par son mandataire pro ea orante [parlant pour celle-ci].
On observa pour cette réception le cérémonial ordinaire de la réception des chevaliers d'armes. À cet effet, Pierre Daffis, ayant reçu commission spéciale du roi, servit de parrain au récipiendaire, lui ceignit le baudrier, la ceinture et l'épée, lui fit jurer de 'n'employer ces armes que pour la conservation des droits de l'Église, pour la foi chrétienne et pour la milice littéraire', lui passa au cou la chaîne d'or et enfin lui mit au doigt l'anneau équestre, sur lequel étaient gravées les armes de la maison d'Auriol. A cette occasion, les écoliers eurent vacance ce jour-là. »
Louis de Santi dit encore à propos desdites « solennités » qu'on en a fait en 1533 des gorges chaudes. Il se fonde pour cela sur la correspondance qu'entretiennent alors Jean de Boysson, collègue et néanmoins adversaire et rival de Blaise d'Auriol à l'Université de Toulouse, et le chanoine Arnaud du Ferrier 25, alors collègue lui aussi de Blaise d'Auriol à l'Université de Toulouse et conseiller au Parlement de Toulouse.
« Quand, en 1533, Jean de Boysson écrivit à du Ferrier, alors à Rome, pour lui conter la visite du roi et la flatteuse distinction dont leur collègue d'Auriol venait d'être l'objet, il reçut du spirituel conseiller la réponse suivante : 'Vous me mandez la grande, je dirai même la très grande largesse que le roi vous a faite en vous octroyant le droit de nommer chevaliers des gens qui n'ont jamais appris à monter à cheval, non plus qu'à en descendre. En vérité, il faut que je vous félicite ; vous avez, dans votre sollicitude, ouvert toute grande une fenêtre par laquelle les écus ne manqueront pas de pleuvoir sur vous. Car je suis certain qu'alors même que vous vendriez fort cher cet honneur (le titre de chevalier), nos gens, dont la modestie n'est pas la qualité dominante et qui sont ou ignorants, ou incapables tant de l'un que de l'autre, seront tout de suite pris d'une envîe démesurée de se faire passer pour aussi habiles en art militaire qu'en jurisprudence. Vereor ut Robinus iste [Respect à ce robin-là]...
Mais je crains fort que notre robin ne fasse assez piètre figure à cette royale libéralité, car il sera le seul à Toulouse qui jusqu'à ce jour ait emballé des chevaux par son talent de canoniste. Aujourd'hui Auriol, demain les autres ejusdem farinæ ! Mais, vraiment, pour Auriol, c'est réussi ; car à ce pauvre homme depuis longtemps expert en tactique navale, il sera aisé de s'assimiler rapidement les principes de la guerre terrestre. Si, en effet, vous aviez quelque doute sur ses services maritimes, rappelez-vous que c'est lui qui, lorsque courut le bruit d'un déluge, incrédule en la bonté divine, se fit construire un bateau parfaitement installé et solidement gréé contre la tempête. Je m'en souviens certes, moi qui l'ai pu contempler quelquefois dans les jardins de l'Université. Et qu'eût-ce donc été s'il lui avait alors fallu livrer bataille ? » 26
Louis de Santi cite encore une partie du discours prononcé par Blaise d'Auriol à l'occasion de son adoubement, et même s'il s'en gausse, on ne peut qu'être sensible aujourd'hui à l'éclairage, très humain, projeté par ce discours sur la personnalité de l'homme nouvellement fait chevalier. Homme de foi et de fidélité au passé avant tout, Blaise d'Auriol nourrit non seulement la piété des enseignements de l'Église catholique, mais aussi la piété de ses ancêtres, plus spécialement celle de ses deux oncles paternels, auxquels il a toujours voulu ressembler et à qui il ne manque pas de rendre hommage ici, une fois encore. Il s'émeut d'y parvenir ce jour, au moins en partie, puisque Raymond et Louis d'Auriol l'ont surpassé dans la carrière en devenant comtes ès loi. Louis de Santi, quant à lui, semble être resté insensible à ce épisode crucial, quoique vaguement donquichottesque, de l'existence de Blaise d'Auriol.
Blaise d'Auriol dixit en latin, dans la traduction fournie par Louis de Santi :
« La gloire des ancêtres, fait dire Salluste à Marius, est en quelque sorte le flambeau de la postérité ; elle éclaire nos mauvaises comme nos bonnes actions. C'est en méditant longuement cette phrase, Messieurs, que j'ai compris qu'il n'y avait rien de plus honteux, pour quiconque eut des parents illustres, que de laisser dégrader dans l'ignorance et la paresse le bon renom de sa famille, tandis qu'au contraire il n'est rien de plus louable que d'ajouter à l'éclat des ancêtres celui de notre mérite et de notre savoir personnels... Je me suis donc efforcé de ne point porter une ombre aux belles actions qui, dans les affaires, dans la paix et particulièrement dans la guerre, ont illustré ma famille, et j'ai mis tous mes soins à imiter mes ancêtres, convaincu que je ne pouvais avoir de meilleurs modèles et que l'éclat de leur gloire pouvait encore me fournir des rayons. Or, si plusieurs de mes ancêtres, et notamment mes oncles paternels, Ramon et Louis, ont déjà été honorés de cette même dignité de comte ès lois que vous, mon parrain [Pierre Daffis]... 27 [la suite du texte de Louis de Santi manque dans le numéro des Mémoires de l'Académie des Sciences de Toulouse concerné].
Voici maintenant une traduction plus proche de l'original en latin :
Car autant il est plus glorieux de s’élever par la noblesse de ses aïeux si l’on imite leur vertu et leurs actions remarquables, que de s’en créer une nouvelle par son propre mérite, dit Salluste à Marius, autant il est assurément plus honteux, pour un homme issu d’une ancienne lignée, d’obscurcir par la négligence et autres fautes de ce genre la gloire reçue de ses ancêtres.
C’est pourquoi, animé, comme du moins je le crois, du sentiment de ne pas avoir laissé se perdre dans l’ombre l’éclat de ma famille, qui s'est illustrée par des actions remarquables en temps de paix comme en temps de guerre, j’ai estimé devoir m’efforcer, autant qu’il dépendait de moi, d’imiter en tout la vertu des miens, afin, en l’atteignant, de pouvoir rivaliser avec eux.
Je suis bien loin de penser qu’il suffise de briller par les seuls rayons de sa naissance ; bien au contraire, voyant que plusieurs de mes ancêtres, tels Raymond et Louis, mes oncles paternels, ont été honorés dans leur toge de cette distinction équestre de comtes ès loi — dignité dont toi, mon très honorable père, tu es pourvu —, et sachant que la distinction équestre demeure en droit réservée à ceux qui ont dépassé vingt ans d'exercice, je me présente pour être le premier à recevoir les insignes équestres qui, lors de la récente et heureuse entrée dans cette ville de notre très chrétien Prince, ont été accordés par privilège aux professeurs membres de cette Académie et Université de Toulouse. [...]. C'est pourquoi je te prie, excellent Parrain, de m'autoriser à porter désormais l'épée, le ceinturon, et les éperons dorés, ainsi que l’anneau, qui sont les insignes de la chevalerie, afin de me prévaloir de ces marques ; non pas pour des occupations profanes, mais pour le service de l’Église et pour la sauvegarde de la foi chrétienne et des Lettres, moi qui ai été choisi depuis longtemps déjà pour m'y employer à bon droit. J’ai dit (Dixi). » 28 L'homme est heureux, le jurisconsulte, fier d'avoir là en quelque façon le dernier mot. D'où le style, subtilement césarien : Veni vidi... dixi.
Le jour de l'arrivée de François Ier à Toulouse, Blaise d'Auriol profère encore un discours lors des oraisons qui accompagnent le cortège du roi. Il y célèbre la vertu de Prudence, « qui est la première vertu appropriée à l’âge viril ainsi que hardiesse et prouesse, qui est propre au gouverneur de Languedoc, qui donne au pays 'paix et felicité en joye et prosperité', et qui doit être associée à doctrine dans le gouvernement d’un royaume L'existence de ce discours se trouve signalée par Géraldine Cazals, de l'Université de Toulouse, dans Une civile société. La République selon Guillaume de la Perrière (1499-1554)29.
Après ces heures glorieuses, on ne sait pas exactement ce qu'il advient de Blaise d'Auriol. Il continue bien sûr d'enseigner le droit à l'Université de Toulouse, mais il n'y figure plus au vrai qu'une sorte de vieux mandarin, face à la génération montante de plus jeunes collègues, investis dans la révolution « humaniste ». Il semble, sans certitude, qu'il ait par ailleurs bénéficié d'un canonicat supplémentaire à la chapelle Notre Dame de Nazareth, voisine de son Hôtel, et qu'il ait pu passer du statut de conseiller à celui de président au Parlement de Toulouse. Il résigne sa chaire à l'Université le 5 mars 1539, au bénéfice de Jean Boyer, dont la chronique du temps ne dit rien, sinon que « Mons' le docteur régent Boyé est inscrit sur le rôle des taillables du capitoulat de Saint-Barthélemy établi le 23 novembre 1539 pour une somme de cinq livres qu'il fit régler le 17 février suivant » 30. Dans une lettre de Jean de Boyssoné datée du 1er janvier 1540, on apprend toutefois que Blaise d'Auriol fait partie du groupe de professeurs de l'Université qui, ayant probablement omis de règler la contribution des universitaires à la réparation des murailles de la cité, ont été contraints d'abandonner leurs régences en raison des atteintes portées par la ville de Toulouse à leurs privilèges fiscaux 31.
Après une vie essentiellement vouée à l'enseignement de l'histoire du Droit et à l'illustration de la mémoire de ses ancêtres, Blaise d'Auriol meurt, peut-être du chagrin d'avoir perdu sa chaire, au début de l'année 1541 32. Son successeur à l'Académie des Jeux floraux est élu le 1er avril 1541. « Bien oubliés, les restes de Blaise d'Auriol reposent dans la chapelle Notre Dame de Pitié du Musée des Augustins, fréquenté de nos jours par des visiteurs étrangers à la ville et les amoureux du vieux Toulouse. » 33
Antoine Marie Roucole (1848–1918), Ancienne chapelle de Notre Dame de la la Pitié ou salle capitulaire de l'ancien couvent des Augustins, aujourd'hui Musée des Augustins, 1894, Musée des Augustins (réserve).
Aubert de La Chesnaye-Desbois (1699-1784) in Dictionnaire de la noblesse, volume 6, Paris, Schlesinger frères, 1863, p. 767 sqq. :
DAURIOL, ou AURIOL (d'), en Languedoc, ancienne noblesse, dont il subsiste deux rameaux : l'un à Salelles, Diocèse de Saint-Papoul, et l'autre à Lauraguel, près Limoux, au Diocèse de Narbonne. Selon quelques anciens Mémoires de famille, elle est originaire d'Espagne, d'où elle passa dans le Bas-Languedoc, au commencement du XIVe siècle, et s'établit en Lauraguais, où elle acquit plusieurs fiefs ; mais nous n'en commencerons la généalogie qu'à
I. Jean d'Auriol, Ier du nom, qui possédait plusieurs fiefs au commencement du XVe siècle. Il laissa de sa femme, dont on ignore le nom :
1. Étienne, qui suit ;
2. et 3. Paul et Guillaume, qui donnèrent, en 1484,1e dénombrement des fiefs qui leur étaient échus par le partage des biens de leur père, et moururent sans alliance.
II. Étienne d'Auriol, écuyer, seigneur de Montagut et autres lieux, eut de sa femme, dont le nom est inconnu :
1. Jean, qui suit ;
2. Raymond, prêtre, docteur-régent en l'Université de Toulouse, qui fut donataire d'une partie des biens de l'ancienne Maison de Calvairac-lès-Gaja, et fit fon testament le 27 septembre 1475, devant Béranger Firmini, notaire à Toulouse ;
3. Louis, aussi prêtre et docteur-régent en la même Université, chanoine de Mirepoix, qui testa le 31 octobre 1513, et fit un codicille le 10 novembre suivant, le tout devant Raymond Astorgi, notaire à Toulouse ;
4. Autre Jean, dit le Jeune, marié à Catherine de Mongrillon, fille de Jourdain, et de Jeanne de Garos, avec laquelle il s'établit à Montauban, pays de son épouse. On ignore s'il eut postérité ;
5. Et Jeanne, mariée à Raymond Dejean, dont elle eut entr'autres enfants : Bertrande Dejean, mariée à Jean de Boria ; et Marguerite Dejean, mariée à Pierre de Sigoin.
III. Jean d'Auriol, IIe du nom, écuyer, seigneur de Montagut, et coseigneur direct de Castelnaudary, Montesquieu, Gaja, Puylaurens, la Bastide d'Anjou, le Mas, Saintes-Puelles, Mireval, Laurac, Bossenac, Laurabuc, etc., rendit hommage desdites terres, et en donna le dénombrement en 1487, 1492, et 1503. Il testa le 8 Octobre 1506, et les enfants procédèrent au partage de ses biens par acte passé devant Astorgi, notaire à Toulouse, le 19 mai 1S09. Il épousa 1° Thomasse de Mongrillon, fille de Jourdain, et de Jeanne de Garos ; et 2° Antoinette de Bourrassier, fille de Pierre, Baron de Gaure, seigneur de Préserville, Peirens, la Graulet, etc., fille d'une très ancienne Maison, alliée directement à celles de Goyrans, du Puy-Roquetaillade, de la Tour-Reines, Gironde, Cardaillac-Saint-Cir, Cassagnard-du-haut-Castel, etc. Il eut du premier lit :
1. Jean, qui suit ;
2. Raymond, mort jeune ;
3. Guillerme, mariée à Géraud de Franc ;
4. Et Antoinette, mariée à Pierre de Brun.
Et du second lit naquirent :
5. Autre Jean, dit le Jeune, dont la postérité sera rapportée ci-après ;
6. Roger, auteur de la branche des seigneurs de Miraval, qui viendra en son rang ;
7. Blaise, né à Castelnaudary, célèbre juris-consulte, poète français, doyen de Pamiers, référendaire en la Chancellerie du Parlement, bachelier-ès-droits, et professeur-régent en l'Université de Toulouse. [...].
8. Robert, qui périt ci la guerre d'Italie, où il avait suivi le Prince de Navarre ;
9. Un troisième Jean, dit le plus Jeune, tué à la même affaire ;
10. Louis, auteur de la branche des seigneurs de Laurion, rapportée en son lieu ;
11. Louise, ou Lisette, ou Helyps, mariée par contrat passé devant Brossati, notaire à Castelnaudary en 1510, à Antoine de Najac. seigneur de Padiés et Pechsserri, fils de Martial, et de Magné de Vernioles ;
12. Et Gabrielle, religieuse aux Gaffes.
IV. Jean d'Auriol, IIIe du nom, écuyer, seigneur d'Esplas, épousa, par contrat passé devant Alieti, notaire à Castelnaudary, le 12 février 1486, Marguerite de Roquefort, fille de Jean, seigneur des Vignes, dont :
1. Louis, qui suit ;
2. Antoinette, dont on ignore la destinée ;
3. Anne, mariée à Julien Bernard, fils de Bertrand Raymond, et de Bernarde, dont on ignore la postérité ;
4. Thomasse, rappelée dans le testament de son père
; 5. Et Catherine, religieuee à Sales.
V. Louis d'Auriol, écuyer, seigneur d'Esplas, et autres lieux, épousa, par contrat passé devant Antoine Fournesi, notaire de Viviers-las-Montagnes, le 16 Mai 1518, Catherine de Hautpoul, qui testa le 28 février 1550, devant Malbouisson, notaire de Castelnaudary. Elle était fille de François, seigneur de Sainte-Affrique, et d'Antoinette de Villeneuve, Maisons des plus anciennes et des mieux alliées. Ils eurent :
1. Julien, qui suit ;
2. Et Jeanne, mariée à Arnaud Delpech, seigneur de Montpeiroux.
VI. Julien d'Auriol, écuyer, seigneur d'Esplas, Salelles, etc., donna en 1543, le dénombrement de ses fiefs, dont il rendit hommage la même année, fut chef des troupes du Diocèse, et commandant à Saint-Papoul. Il épousa, par contrat passé devant B. Laubartie, notaire de Saint-Félix, le 6 février 1552, Rose de la Bailie, fille de Pierre, seigneur et baron de Roumens, Mongey, les Gasses, et sœur d'Arnaud de la Bailie, chevalier des Ordres du Roi, dont les biens passèrent à Julien d'Auriol, en vertu de la substitution apposée au testament dudit feu Sieur son beau-père, reçu le 5 janvier 1551, par Sablairiolis, notaire à Carcassonne. De ce mariage vinrent :
1. René, qui suit ;
2. Paul, mort fans postérité. Il avait épousé, par acte passé devant Barthélémy Malhebiau, notaire de Montréal, le 5 octobre 1590, Anne de Hautpoul, fille de Jean, seigneur de Villeneuve-lès-Montréal, et de Marguerite d'Ax ;
3. Claire, qui testa le 20 septembre 160S, devant Castillon, notaire de Saint-Julia, et mourut sans alliance ;
4. Paule, mariée, par contrat passé devant Lami, notaire royal à Castelnaudary, le 7 juillet 1614, à Arnaud d'Escornebeuf, seigneur de Lanoux, fils de Jean, et de Françoise de Claret ;
5. Philippette, mariée, par contrat passé devant J. Thuriès, notaire de Saint-Julia-Gras-Capou, le 7 janvier 1592, à Claude de Chauffenous, Seigneur de Villeslisses, fils de Jean ;
G. Et Catherine, religieuse à Prouille.
Etc.↩︎Gustave Chaix d'Est-Ange (1863-1923), Dictionnaire de la noblesse, tome II, 1904, Évreux, p. 84 sqq. :
La famille d'Auriol appartient à la noblesse du Languedoc. D'après une tradition, elle serait venue d'Espagne au cours du XIVe siècle se fixer en Lauragais et y aurait acquis des propriétés.
La Chesnaye des Bois qui en a donné une généalogie détaillée en fait remonter la filiation à l'année 1484, date à laquelle Étienne, Paul et Guillaume d'Auriol donnèrent le dénombrement des fiefs qui leur étaient échus par le partage des biens de leur père Jean. Le premier de ces trois frères, Étienne d'Auriol, seigneur de Montagut, aurait laissé d'une alliance inconnue plusieurs fils, entre autres Jean d'Auriol, écuyer, seigneur de Montagut, auquel seulement le jugement de maintenue de noblesse de 1669 fait remonter la filiation suivie en se contentant, du reste, de le mentionner.
D'après la Chesnaye des Bois, ce personnage aurait été seigneur direct de Monlagut, coseigneur de Montesquieu, de Castelnaudary, etc., aurait rendu hommage de ses terres en 1487, 1492 et 1503, aurait fait son testament le 8 octobre 1506, aurait épousé Thomasse de Mongrillon, puis Antoinette de Bourrassier et aurait laissé de ces deux unions un grand nombre d'enfants qui partagèrent sa succession par acte passé le 19 mai 1509 devant Astorgi, notaire à Toulouse.
Un de ses fils, Blaise d'Auriol, jurisconsulte éminent, professeur régent en l'Université deToulouse, [...] mourut sans postérité. D'après la Chesnaye des Bois, Jean d'Auriol aurait eu quatre autres fils : Jean d'Auriol, l'aîné, seigneur d'Esplas, marié à Marguerite de Roquefort par contrat passé à Castelnaudary le 12 février 1486 ; Jean d'Auriol, le jeune, seigneur de Gaja, marié Catherine de Vidal de Belvéze ; Roger d'Auriol, seigneur de Miraval, marié à Marguerite des Guillots ; et Louis d'Auriol, seigneur de Laurion, marié en 1514 à Catherine de Caprîol ; qui furent les auteurs de quatre branches.
La seconde de ces branches, dite des seigneurs de Gaja, et la quatrième, dite des seigneurs de Laurion, s'éteignirent au XVIIe siècle. Les deux autres branches de la famille d'Auriol se sont seules perpétuées jusqu'à nos jours ; d'après le jugement de maintenue de noblesse de 1669, rapporté par le marquis d'Aubaïs, elles auraient eu pour auteur commun non pas, comme le dit la Chesnaye des Bois, Jean d'Auriol qui lit son testament le 8 octobre 1506, mais son fils aîné, autre Jean d'Auriol, seigneur d'Esplas, qui épousa le 12 février 1486 Marguerite de Roquefort. Celui-ci aurait eu pour fils aîné Roger d'Auriol, marié à Marguerite des Guillots, dont la Chesnayes des Bois fait son frère cadet, et pour fils cadet Louis d'Auriol, seigneur d'Esplas, marié le 16 mai 1518 à Catherine d'Hautpoul, dont la Chesnaye des Bois fait son fils unique. La branche issue de Roger d'Auriol et de Marguerite des Guillots est donc la branche aînée d'après le jugement de maintenue de 1669 et seulement la branche cadette d'après la généalogie de la Chesnaye des Bois.
Roger d'Auriol laissa lui-même deux fils de son mariage avec Marguerite des Guillots. Le plus jeune, Tristan, seigneur de Peirens, marié à Charlotte de Pradines, fut l'auteur d'un rameau qui s'éteignit dans la première moitié du XVIIIe siècle ; l'aîné, Antoine d'Auriol, seigneur de Miraval, marié le 24 juin 1549 à Françoise de Saint-Lary, continua la descendance de cette branche et fut père de Raymond d'Auriol, seigneur de Miraval, qui épousa le 11 novembre 1558 Jeanne de Monclar, héritière de la seigneurie de Lauraguel. Celui-ci laissa à son tour deux fils, Antoine d'Auriol, seigneur de Miraval, marié à Louise de Cyran, dont le fils Jacques, maintenu dans sa noblesse le 18 juillet 1669 par jugement de M. de Bezons, ne laissa que trois fils morts sans postérité, et Jacques d'Auriol, seigneur de Lauraguel, substitué par le testament de sa mère aux noms et armes de la famille de Monclar de Lauraguel, qui épousa Lucrèce de Ferrier et dont les enfants, maintenus dans leur noblesse le 18 juillet 1669 en même temps que leur cousin germain, continuèrent la lignée. Jacques d'Auriol-Monclar, seigneur de Lauraguel, petit-fils de Jacques et chef de cette branche, fut admis en 1693 parmi les pages de la petite écurie du Roi ; il épousa dans la suite, en 1703, Marie Boyer et fut le grand-père de M. d'Auriol de Lauraguel qui prit part en 1789 aux assemblées de la noblesse tenues à Limoux. Cette branche s'est perpétuée à Caraman jusqu'à nos jours.
Louis d'Auriol, seigneur d'Esplas, auteur de l'autre branche, laissa de Catherine d'HaupouI un fils, Julien d'Auriol, seigneur d'Esplas et de Salesses, qui épousa à Saint-Félix par contrat du 6 février 1S82 Rose de la Bailie. Celui-ci fut père de René d'Auriol, seigneur de Roumens, d'Esplas, de Salesses, qui épousa Anne d'Assalit par contrat passé à Carcassonne le 11 juin 1597, et grand-père d'Arnaud d'Auriol, de Roumens, de Toutens, d'Esplas, de Salesses, etc., qui épousa Charlotte de Ferrier par contrat passé à Toulouse le 26 février 1618. Les trois fils de celui-ci, François d'Auriol, seigneur d'Esplas, de Salesses, etc. ; Jean d'Auriol, seigneur de Toutens, marié le 19 avril 1654 à Jeanne de Noguès ; et François le jeune d'Auriol, seigneur de Roubignol, furent maintenus dans leur noblesse le 18 juillet 1669 en même temps que les représentants de la branche de Lauraguel par jugement de M. de Bezons, intendant du Languedoc.
Le second de ces trois frères fut père de Pierre d'Auriol, seigneur de Toutens, qui épousa Marie de Hoci, et grand-père de Jean d'Auriol, seigneur de Toutens, qui épousa le 17 mai 1702 Marie Lami, veuve de M. de la Passe. Les descendants de celui-ci, Jean Bernard et Jean Pierre Dauriol, ont été autorisés le 19 mai 1845 par jugement du tribunal de première instance de Toulouse à substituer à leur nom celui de d'Auriol porté par leurs ascendants avant la Révolution.↩︎Charles de Lagane, Discours des Jeux floraux, 1774, p. 40, note.↩︎
Louis de Santi, Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, dixième série, tome VI, Toulouse, Douladoure-Privat, 1906, La réaction universitaire, II, p. 50-51.↩︎
Richard (1711-1794) et Géraud, dominicains, Bibliothèque sacrée, ou Dictionnaire universel historique, dogmatique, canonique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques ..., tome III, Paris, Chez Mequignon Fils Aîné, 1822, p. 334.↩︎
Et Toulouse pour apprendre. Sept siècles d’histoire de l’université de Toulouse, 1229-1969, L'université dans la ville, Les bâtiments, Du Moyen Âge au XIXe siècle : le quartier latin de Toulouse, sous la direction de Marielle Mouranche, Toulouse, Presses Universitaires du Midi, 2010, pp. 127-144.↩︎
Pascale Chiron, « Toulouse à la Renaissance : l’amour, le droit, la poésie. L’exemple de Blaise d’Auriol et de Guillaume de La Perrière », in Suau, Bernadette, et al., éditeurs, Toulouse, une métropole méridionale, Presses universitaires du Midi, 2009, pp. 719-731.↩︎
Louis de Santi, « Louis de Santi, « La réaction universitaire à Toulouse », in Mémoires de l'Académie des sciences inscriptions et belles-lettres de Toulouse, Toulouse, 1906, pp. 52-57 passim.↩︎
Alexandre du Mège, « Mémoire contenant des recherches sur les poètes qui obtinrent des prix pendant le XVIe siècle aux Jeux floraux », in Mémoires de l'Académie des Sciences et des Lettres de Toulouse, 2e série, tome 2, p. 263.↩︎
Arrêt du 33 septembre 1470, série В 3, f° З01 sqq., Archives de la Haute-Garonne.↩︎
Juliette Puget, « L'Université de Toulouse au XIVe et au XVe siècles », in Annales du Midi, année 1930 n° 42-167-168, pp. 345-381.↩︎
Ibidem.↩︎
Louis de Santi, « Louis de Santi, « La réaction universitaire à Toulouse », in Mémoires de l'Académie des sciences inscriptions et belles-lettres de Toulouse, Toulouse, 1906, p. 58.↩︎
Cf. à propos du prophètisme de Pierre d'Ailly, l'étonnant article de Jacques Halbronn, Le prophétisme antéchristique.↩︎
Les Six Livres de la République, Livre IV, LXXXV, Paris, Chez Iacques Dupuys, Libraire Iuré, 1577, avec privilege du Roy, p. 434 sqq.↩︎
Louis de Santi, « Louis de Santi, « La réaction universitaire à Toulouse », in Mémoires de l'Académie des sciences inscriptions et belles-lettres de Toulouse, Toulouse, 1906, pp. 58-59.↩︎
Recueil de l'Académie des Jeux floraux, 1965, Rapport sur la première attribution des prix de la fondation Capus par M. Marcel Sendrail, secrétaire perpétuel de l'Académie, Toulouse, Hôtel d'Assézat et de Clémence Isaure, 1965, éd. non paginée.↩︎
Jean Georges d'Olmières, baron de Saint-Sernin, juge de Comminges en 1497, conseiller au Parlement de Toulouse en 1505, président en 1521. Bâtisseur de l'Hôtel d'Olmières, 3 rue Pétrolières, à Toulouse.↩︎
Louis de Santi, « Louis de Santi, « La réaction universitaire à Toulouse », in Mémoires de l'Académie des sciences inscriptions et belles-lettres de Toulouse, Toulouse, 1906, p. 61.↩︎
Ibidem, pp. 62-63.↩︎
Ibidem, p. 63.↩︎
Les Recherches et antiquitez de la province de Neustrie, à present duché de Normandie, comme des villes remarquables d'icelle : mais plus speciallement de la ville & université de Caen, par Charles de Bourgueville, sieur du lieu de Bras, & de Brucourt ; Caen, impr. de V. Le Fèvre et de J. Le Fèvre, 1588, p. 122.↩︎
Jean de Boysson, ou Jehan de Boyssoné (1505-1559), ami de Rabelais, titulaire d'une chaire de droit civil et de droit canon héritée de son oncle à l'Université de Toulouse en 1826, réprouve l'enseignement traditionnel fondé sur le commentaire des juristes médiévaux. Provisoirement réfugié en Ialie près avoir été accusé « d'humanisme », i.e. d'hérésie, en même temps que 32 autres prévenus, dont Pierre Bunel, Mathieu du Pac et Mathieu Gribaldi Moffa, le 31 mars 1532, il revient à Toulouse en 1533, reprend son enseignement et assiste le 1er septembre à l'arrivée de François Ier. Mais Jean de Caturce, autre de ses élèves, a été brûlé en 1532 place du Salin.↩︎
Allusion à l'affaire de la très belle pierre précieuse qui se trouvait conservée en 1533 dans le trésor de l'abbaye de saint Sernin et dont François Ier, en octobre de la même année, réclame qu'on la lui donne afin qu'il puisse « la montrer au pape ». Devant le refus que lui oppose alors le Chapître de saint Sernin, François Ier demande et obtient du pape Clément VII la bulle qu'on lui réclamait. Cf. Germain de Lafaille, Annales de Toulouse..., p. 88 sqq.↩︎
Arnaud de Ferrier (Toulouse, ca 1508-1585), chanoine, docteur en droit de l'Université de Padoue, titulaire d'une chaire de droit à l'Université de Toulouse, conseiller au Parlement de Toulouse, puis président à la Chambre des enquêtes à Paris, puis député en 1545 au concile de Trente, puis ambassadeur de France à Venise de 1564 à 1567 et de 1570 à 1582, puis appelé à la Cour du roi de Navarre, où il devient calviniste... Auteur de trois volumes de Mémoires et Ambassades.↩︎
Louis de Santi, « La réaction universitaire à Toulouse », in Mémoires de l'Académie des sciences inscriptions et belles-lettres de Toulouse, Toulouse, 1906, p. 61.↩︎
In Annales de la ville de Toulouse depuis la réünion de la comté de Toulouse à la Couronne... / Germain de Lafaille, Preuves, p. 14.↩︎
Géraldine Cazals, Une civile société. La République selon Guillaume de la Perrière (1499-1554), chapitre V : « La prudence du magistrat », Toulouse, Presses de l’Université Toulouse Capitole, 2008, pp. p. 267-306.↩︎
Archives municipales de Toulouse, CC 586, folio 37 v0.↩︎
Cf. Henri Gilles, professeur à l'Université de Toulouse I, La faculté de Droit de Toulouse au temps de Jean Bodin, note. p. 28 et notes correspondantes.↩︎
Ibidem, note p. 30.↩︎
L'Auta : que bufo un cop cado més, organe de la société des Toulousains de Toulouse et amis du vieux Toulouse, 1er décembre 2005, p. 334.↩︎























