Silène et Priape
Pierre Paul Rubens (1577–1640), Tête de Silène, Metropolitan Museum of Art.
Silène parlait un jour avec Priape,
le vilain petit dieu des jardins,
à bâtons rompus,
dont il faisait des moulinets dans l’air du matin
et dont il s'amusait à décapiter les violettes.
Silène
— Finalement tu ne baises pas ?
Priape
— Non, mais j'y pense.
C'est bien aussi.
Regarde les violettes,
elles poussent sans s'inquiéter de personne.
Silène
— Tu penses trop.
Les plantes...
je les cueille
et quand elles sont fanées,
je les jette.
Priape
— Moi, je n'y touche pas.
On ne cueille pas la couleur.
La couleur est chose mortelle.
Le parfum aussi.
le printemps aussi.
Silène
— Tu penses trop !
L'eau de ton arrosoir
ne vaut pas mon vin.
Tes violettes ne valent pas
les filles à gros seins gros culs,
du genre qu'on voit dans les films de Russ Meyer.
Faster, Pussycat! Kill! Kill!
Priape
— Tu baises trop.
Le printemps ne se baise pas.
L'heure des violettes est brève
et souvent il pleut.
Je regarde les violettes qui poussent,
j'y pense.
La pensée du jardin ne fatigue pas.
Elle respire.
Mieux vaut penser aux couleurs,
aux parfums, solubles dans l'air,
que d'être un trucideur de violettes !
Ainsi devisaient Silène et Priape
au jardin,
solubles eux aussi
dans l'air du matin.
P. S. De la mythologie comme aide à penser.
