Le sommeil bat les mots

Rédigé par Christine Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

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Encelade écrasé sous les rochers et soumis au processus de transformation qui fera de lui l'Etna. Plomb doré de Gaspard Marsy (1624-1681), bassin d'Encelade dans le parc de Versailles.
Fils de Gaïa, la Terre, et d'Ouranos, le Ciel, révolté contre Zeus comme les Géants, ses frères, Ἐγκέλαδος, Egkélados ou Encelade, se trouve terrassé par la lance d'Athéna, puis enterré sous la Sicile, où il respire encore sur le mode du volcan.

Le sommeil bat les mots
et les distribue tour à tour
à l'insu du dormeur.

Au réveil, ce jour-là,
c'est le mot Encelade
qui me reste
de la distribution nocturne,
nimbé d'une aura vaguement
saturnienne...
celle, au sortir d'un rêve,
de ce cavalier des ballades d'Allemagne,
qu'un étalon entraîne
Sans bride, ni mors, ni rêne,
ni hop ! ni cravache,
toujours ! toujours !

Or le vague saturnien de l'aura,
ne vient finalement ici,
au regard tout au moins
de la raison diurne,
que du souvenir de la planète
Saturne...
dont Encelade...
est le satellite
... et le frère,
puisque né d'Ouranos et de Gaïa
comme lui.

saturne.jpg

Statue de Saturne ou de l'Hiver, plomb doré, 1677, François Girardon (1628-1715), bassin de Saturne dans le parc de Versailles.

Saturne, fauve planète,
chère aux nécromanciens
,
c'est l'Hiver,
qui augure la fin du Temps.
Il a quitté son voile déjà,
qu'il tient d'une vieille main.
Et Encelade,
frère de l'Hiver,
qui est-ce ?
dont je cherchais
en vain, au réveil,
pourquoi je lui trouvais
un air de parophone
avec quelque autre mot,
mais lequel ?

Brocéliande me venait
insistait,
mais il n'est point
d'Encelade
au royaume arthurien.
Et Encelade, dont je cherchais
ailleurs l'écho sonore,
m'a découvert soudain
sa parophonie d'étincelle !

Ainsi je l'entendais,
encelé sous la terre
et tout étincelant
du feu qu'il entretient
sous le couvert
de la neige bleue
dont sa prison se pare
dans la nuit éternelle,
et dont il point parfois,
pailleté d'or,
quand il respire fort.

Et j'ai goûté ici
quelque joie insolite
à ressentir,
à l'oreille seulement,
qu'Encelade n'a point tout à fait
la mélancolie de Saturne,
qui doit mourir
— en admettant que nous soyons mortels,
dit le poète —
mais la rage
et la longue patience,
d'étinceler encore
quoi qu'il lui en cuise,
sous la neige des ans.

Ô Encelade !
le bruyant du volcan !
le brillant de la lyre !
dixit l'étymologie grecque.

Ô somptueux oxymores du trouble !

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