Du futur qu'on ne voit pas...
Miroir au mercure. Venise, fin XVIIe-XVIIIe. Marc Maison.
Futur,
figure invisible du passé
qui ne passe pas.
Il vient sans qu'on le voie
venir
dans l'eau du présent
et quand il est venu
sans que tu l'aies vu
jamais,
il continue à venir
du passé
sous le manteau du présent.
Futur,
tain de la profondeur
du temps.
N'espère pas en voir
ou si peu, et tant mieux,
l'argenture !
Autant jeter une pierre
dans un puits.
Détail d'un miroir au mercure.
Ne te retourne pas !
Quand le miroir scintille,
l'énigme du futur,
comme du Sphinx,
te questionne là.
D'aventure,
une fois peut-être,
tu y répondras.
Francis Bacon, Painting march 1985, collection privée.
Il est temps ici de relire ces mots de Walter Benjamin...
« La marque historique des images n'indique pas seulement qu'elles appartiennent à une époque déterminée, elle indique surtout qu'elles ne parviennent à la lisibilité qu'à une époque déterminée. Et le fait de parvenir à la lisibilité représente certes un point critique déterminé dans le mouvement qui les anime. Chaque présent est déterminé par les images qui sont synchrones avec lui ; chaque Maintenant est le Maintenant d'une connaissabilité déterminée. Avec lui, la vérité est chargée de temps jusqu'à exploser. [...]. Il ne faut pas dire que le passé éclaire le présent ou le présent éclaire le passé. Une image, au contraire, est ce en quoi l'Autrefois rencontre le Maintenant dans un éclair pour former une constellation. [...] L'image qui est lue - je veux dire l'image dans le Maintenant de la connaissabilité - porte au plus haut degré la marque du moment critique, périlleux, qui est au fond de toute lecture. »
Walter Benjamin (1892-1940), Das Passagen-Werk, Paris, capitale du XIXème siècle. Le Livre des Passages (posthume, 1982), Éditions Cerf, 2006.



