Nous étions seuls au monde...
« ... son cabinet était au fond d'un très vaste appartement donnant sur une terrasse élégante ornée de fleurs ... »
À Grenoble, la treille de la terrasse du docteur Gagnon, grand-père de Stendhal. Aquarelle de P. Vignal. 1
C'était à Grenoble
au pied d'une fontaine
sous la terrasse du docteur Gagnon,
qui donne sur le Jardin de ville.
L'enfant joue
avec l'eau de la fontaine
et avec la terre
qu'il mêle
pour en faire de la bouillasse.
Elle lit,
assise sur un banc,
et se réjouit
de voir que l'enfant s'amuse.
L'enfant barbote dans la mare
qui s'est formée au pied de la fontaine
Il puise dans la bouillasse
et s'en peint le visage et les bras.
D'autres enfants viennent,
attirés par le jeu.
On rit, on crie
de joie,
comme les oiseaux.
Les mères rappellent les enfants
et observent à voix haute
que c'est mal,
c'est sale
de jouer ainsi
avec la terre et l'eau.
Elle demeure sourde,
elle lit sur un banc
et elle n'entend pas
se laisser donner
la leçon du il faut,
on doit.
Elle est triste
et gaie tout à la fois.
Mari envolé,
père envolé.
Ils étaient seuls au monde,
au pied de la fontaine,
sous la treille
du bon docteur Gagnon.
La vie continuait.
La vie brève,
aux heures lentes.
Stendhal, in La vie d'Henri Brulart.
La treille, aquarelle de P. Vignal, Patrimoine grenoblois en ligne.↩︎
