Pigeons et corneilles
Pigeons et corneilles qui nous voyez passer
du haut de vos belvédères de hasard,
continuez à mûrir en vos lieux d’altitude
le secret d’indifférence
qui vous garde du bruit de nos folles passions.
Pendant ce temps,
au pied de la vieille cathédrale
le vent d’autan
soulève des vagues d’écume
blanches, oh ! si blanches,
voie lactée, ô sœur lumineuse,
dans les marronniers en fleurs.
Oh ! l'éclat de rire des verres et des carafes
qui tombent de la table des cafés !
comme jadis le regrat
de la table des riches !
Pigeons volent !
et les cendriers aussi.
Oh ! bizarre saison,
quand le maigre printemps ne sait
s'il espère l'été
ou regrette l'hiver !
Oh ! bizarre cité
qui n'a que des fontaines mortes,
oh ! bizarre cité
qui n'a point d'autres statues
que son monument aux morts
relégué sur ses lisières
et une pleureuse au cimetière
oh ! la triste Béatrice !
qui veille sur une tombe oubliée.
Tournez, manèges !
Entre Pâques et Toussaint,
les petits chevaux de bois
hop là ! nous vivons !
montent et descendent sur la place
comme des jets d'eau.
Aujourd'hui c'est le Premier Mai.
Brin de muguet.
Fin de l'Histoire ?
Ère nouvelle ?