Ficaria verna, vinca major, et Priape, le vilain petit dieu des jardins

Rédigé par Christine Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

ficaire_pervenche.jpg

Ficaria verna, ficaire printanière, vinca major, grande pervenche.

Fantaisie botanique et d'esprit priapique

By by crocus, flocons fantômes !
Mais où sont passées les neiges d'antan ?
Ficaire et pervenche déjà se haussent du col,
orfroi des pétales dans l'herbette,
magie du regard bleu.

Vinca morbos pervinca.
Pervenche vainc les maladies.
Vinca pervinca.
Pervenche victorieuse.

Au jardin des mots, la magie s'enracine
                            ici
dans les fibres tubéreuses de la ficaire
qui ressemblent à des hémorroïdes,
                            oui, oui,
ou à des verrues, ficus, fici, fic,
et les soigne ;
ou encore dans les feuilles de la pervenche
dont la décoction rafraîchit la mémoire
et berce la mélancolie de l'âge qui vient.

Mais où, Priape, dans cette histoire ?
Jadis il faisait honte à sa mère.
Il ne se montre pas,
sinon sous la forme d'un vilain morceau de bois,
fiché dans la terre,
ce sceptre qui a été taillé dans une branche,
quod quidam cupiunt tenere reges 1
et que les rois voudraient tellement posséder.
Car aussi longtemps que le membre de Priape s'érige
dum Priapi membrum eriget,
la nature se nature,
natura nascitur,
et avec elle, la magie de la vie,
et sa pharmacie aussi.

farnesina.jpg

Détail d'une guirlande de Giovanni da Udine (1487-1564) dans la loggia d'Amour et Psyché de la Farnesina, ancienne villa d'Agostino Chigi (1466-1520), banquier du pape Jules III, à Rome.

La gnose, au grand dam
des Saints Pères de l'Église
faisait du vilain petit dieu des jardins
                           Priape
horresco referens !
le pourvoyeur de la force de calcul
                           du Dieu
qui cependant qu'il calcule et cogite
dum Deus calculat et cogitationem exercet
fait le monde,
fit mundus.

J'emprunte aux Carmina Priapea ma coda :
Horto carmina digna, non libello,
scripsi non nimium laboriose,
nec musas tamen, ut solent poetae... 2

Ces vers jardiniers,
peu dignes d'un livre sage,
je les ai écrits sans travail qui fatigue,
et sans me réclamer des Muses,
comme font d'ordinaire les POÈTES
gourmés ...

enfants_jardiniers_printemps.jpg

Charles Le Brun (1619-690), Les Enfants Jardiniers, Grand printemps, partie droite, 1717-1730, manufacture des Gobelins, Mobilier national.


  1. Cf. John R Porter, Carmina Priapea. A Grammatical Commentary for Students, carmen XXV, v. 1 et 4, Academia, 2021, p. 171.↩︎

  2. Ibidem, II, v. 2-4, p. 166 .↩︎

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