Les égarés
Détail, modifié, de la couverture d'une édition ancienne des Lettres de mon moulin.
... sur quelque point obscur qui me perplexe l'âme. 1
Je détourne ici les mots du Verlaine
qui s’adresse à Rimbaud dans ses folles Élégies.
C’est du lieu que je cherche à parler,
du lieu, ce point obscur
qui me perplexe l’âme.
Mon propos est un peu rhétorique,
j'en conviens,
comme entrée en matière du PO-È-ME
Mais perplexed
je ne sais comment dire
on entre dans le lieu dont la porte bat,
bat en silence,
point donc comme celle du moulin
autour duquel lapins et autres
ont leur danceflour le soir,
le soir au clair de lune.
Faites vos jeux, lapins !
Je tente moi de battre
tant qu'il est chaud
le silence
des routes du jour et de la nuit.
Mes pas m'emportent,
la maison, la rue, la ville,
la berge des rivières,
les vertes prairies
les nuages,
m'emportent,
mes jours et mes nuits,
mes rêves m'emportent,
je cherche le seuil,
une porte qui s'ouvrirait
dans l'étendue
du côté du silence du lieu,
du côté de la paix de l'âme...
Mais foin des coups de pied
dans l'air,
rien d'autre ne s'ouvre
dans la veille ni dans le sommeil
que le puits où le Mégarique 2,
qui nie la possibilité du mouvement,
au sortir d'une longue marche de nuit,
juste avant d'arriver chez lui,
hop là ! trop tard !
tombe,
tombe au petit matin,
tombe dans un puits,
celui où toi aussi tu tombes,
celui où moi aussi je tombe.
Le lieu n'est nulle part,
ni dans la lumière du monde,
ni dans la nuit du corps,
sinon dans la nostalgie
qui te le fait chercher
en vain.
Faites vos jeux, lapins !
I’m just passing...
Paul Verlaine, Œuvres complètes, tome 3, Élégies, IX, 1893.↩︎
Pour les Mégariques, école philosophique grecque fondée par Euclide de Mégare entre le Ve et le IVe siècle avant J.-C., en dehors de l'être, il n'y a rien, ni mouvement, ni lieu, ni rien d'autre. Cf. Zénon d'Élée et son paradoxe de la flèche.↩︎
