Du théâtre, au fond des bois
François Boucher, d'après Antoine Watteau, Une allée bordée d'arbres, fermée par un pavillon, 1726, BnF, Réserve FOL-DB-15 (D, 2).
« Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois. »
Il se disait, un temps,
dans le pays,
qu'on jouait des pièces de Molière
l'été
au fond des bois,
et qu'il fallait y aller voir.
Aujourd'hui la fête
est finie,
mais j'y pense
quand je retourne à l'endroit
où s'entrouvre
la petite route des bois.
On jouait
au bout de la petite route
des pièces de Molière,
ou plutôt du Molière,
des moments
de l'homme Molière,
dans un lieu qui leur allait bien.
Car Molière avait une servante
fidèle
dénommée La Forêt
dont Grimarest raconte
que « Monsieur de Molière lui lisait ses pièces
pour voir si elle en serait touchée. » 1
Et Mondor se souvient
dans La Métromanie
ou le Poète,
que « Molière, avec raison, consultait sa servante. » 2
Grimarest, La vie de Monsieur de Molière, p. 36.
La Forêt en son temps
parlait d'or
car elle parlait peuple,
d'où elle venait,
et donc parlait forêt,
d'où le peuple vient
depuis la nuit des temps.
Quand Don Juan, grand seigneur
méchant homme,
se souvient d'avoir eu quelque amour
du pauvre peuple,
c'est dans la forêt,
où l'a conduit La Ramée,
le bien nommé,
— le Destin ?
Charles Weed, Forest Interior, Evening., 2014-2021.
Parmi les arbres,
Don Juan rencontre
le Pauvre
— le Destin ? —
Don Juan demande au Pauvre
le chemin qui mène
à la ville,
et il lui donne un louis d'or,
« pour l'amour de l'humanité. »
Aubrey Beardsley (1872-1898), Don Juan, Sganarelle, et le Pauvre, d'après le Don Juan de Molière, 1896, Harvard Art Museums/Fogg Museum, Cambridge, USA.
« LE PAUVRE
— Vous n'avez qu'à suivre cette route, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forêt. Mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes... » 3
Où, le bout de la forêt ?
Quoi, le bout du théâtre ?
C'est fou, ce qu'il y a
de même
entre le théâtre et la forêt !
Tous les chemins mènent,
remènent ou ramènent
à la forêt.
Christian Bérard (1902-1949), Maquette de l'acte III du Don Juan mis en scène par Louis Jouvet en 1947, BnF.
Où, le bout de la forêt ?
Quoi, le bout du théâtre ?
« DON JUAN
— Mais quel est le superbe édifice que je vois entre ces arbres ?
SGANARELLE
— Vous ne le savez pas ?
DON JUAN
— Non, vraiment.
SGANARELLE
— Bon ! C'est le tombeau que le Commandeur faisait faire lorsque vous le tuâtes... » 4
J. David, Le tombeau du Commandeur, 1828, in Molière : biographie, documents iconographiques, 1659-1950, BnF.
On connait la suite.
La suite et la fin.
Il fait nuit.
On sort de la forêt,
on rentre chez soi,
croit-on,
car la nuit vous suit,
et la forêt aussi.
La forêt des contes
— car le théâtre est conte —
n'est pas où l'on croit.
Nel mezzo del cammin di nostra vita
mi ritrovai per una selva oscura...
Jean Léonor Le Gallois, sieur de Grimarest (1659-1713), La Vie de Monsieur de Molière, Lyon, Jacques Lyons, 1692, p. 36 ↩︎
Alexis Piron (1689-1773), La Métromanie ou le Poète, acte II, sc. 8.↩︎
Ibidem, acte III, scène V.↩︎





