Umbra

Rédigé par Christine Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

embleme.jpg

Les emblèmes du seigneur Jehan Sambucus, Anvers, de l'imprimerie de Christophle Plantin, 1567, emblème XIIII [sic]. Emblèmes traduits de Latin en François.Théodore de Bèze, in Vrais Pourtraits des hommes illustres en piété et doctrine, Genève, Jean de Laon, 1581, emblème XIIII [sic], p. 254.

Sectantes velut umbra fugit, fugientibus instat,
Addita corporibus scilicet umbra comes
.

Légende de l'emblème XIIII, composée en latin par Jehan Sambucus. Texte original.

« Devant le poursuivant l’ombre se met en fuite,
Et court (du corps compagne) apres cil qui la fuit. »

Traduction par Théodore de Bèze.

Ceux qui la suivent, l’ombre les fuit, ceux qui la fuient, elle les poursuit,
Adjointe aux corps, elle est leur compagne.

Traduction contemporaine.

*****

Drôle de joc, jokari ! paume longue !
qui se joue d’amont ou d’aval
quand la lumière est paume,
et toi, éteuf ou balle,
et que ton ombre court
derrière ou devant toi
et qu’elle te suit d'ahan
sans se lasser
     jamais,
ou que tu la poursuis d'ahan
sans l'atteindre
     jamais,
si longue, longue est ta jaça
ou, mieux disant, ta jettature.

Drôle de joc, jokari, paume longue !
L'ombre qui emporte ton corps,
et le poids de ton corps,
est courte,
comme l'heure est brève ;
ou encore l'ombre est longue,
longue, longue,
au point qu'elle se perd
quelque part
du côté des montagnes bleues,
et ton corps avec elle.
Et ton corps en reviendra-t-il
     demain,
comme le jour,
et le soleil peut-être ?

Drôle de joc, jokari, paume longue !
Loin du miroir, loin de l'autoportrait,
photographique ou peint,
où tu te vois, crois-tu,
mais inversé,
ou de dextre à senestre
ou de senestre à dextre,
ce n'est pas Toi, c'est l'Autre,
c'est l'Autre que tu vois,
c'est l'Autre qui te fixe
de son œil aiguisé.
Méfie-toi du regard de Méduse !

Loin du miroir, loin de l'autoportrait,
la seule ombre
qui d'amont te poursuive
sans d'aval ni te fuir ni s'enfuir,
ni aujourd'hui, ni demain,
sinon jamais,
     — Quoi l'Éternité ? ... —
la seule ombre
qui d'amont
te poursuive
sans d'aval
ni te fuir ni s'enfuir,
c'est celle de ta main
     qui écrit.
Et ses mots restent
     sur la page,
et avec eux, en eux,
l'ombre demeure,
l'ombre de ton corps
     sans la matière,
l'ombre de ton âme vive.

Écrire un commentaire

Quelle est le quatrième caractère du mot qyxihugm ?

Fil RSS des commentaires de cet article