Donnant dormant

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« ... quelques lettres diaprées avaient dansé et joué dans mon âme, frôlant des cordes secrètes... »
Hermann Hesse, Le Loup des steppes, 1927.

                 Il y a
dans le silence
                 des mots,
quand on ne parle pas
quand on n’a rien
                 à dire
                 — crois-tu ?
des forces
                 en dormance
comme d’une mer
                 étale
ou d’une chambre
                 close.

Qu'ils surgissent
                 au matin
dans la pensée
                 vêtue de brumes encore,
ou impromptu
quand on vaque
                 au ménage,
                 à la lessive,
                 et autres tâches revenantes,
ou sur la page
                 du livre commencé
magie de l'instant !
                 un mot, soudain,
                 un mot de rien du tout,
                 trois mots
                 lourds comme des plombs
                 de sonde,
ont pouvoir d'éclipser
                 l'avant et l'après,
de suspendre
                 le pas de la pensée,
d'arrêter
                 le temps.
Pourquoi ? comment ?
tu n'en sais rien.
Ils perdraient de leur charme
                 à être expliqués,
si la chose
                 était possible
.

Il y a ainsi
                 dans l'ordinaire des jours
des champs de forces
                 en dormance
que tu peux éveiller,
                 sans prévision possible.
Ce qui arrive là,
                 c'est alors
que le volcan
                 s'est rouvert
...

Chimère à l'horizon

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Hachures crevés
trous dans l’eau
la vie fuit
la vie sombre
dans les plis de sa robe luisante
chimère, l'au-delà de l’horizon
l'ἐπέκεινα... l'epekeina...
disent les Grecs
chimère, le vol des anges
ascendentes descendentes
sur le fond de l'air bleu
chimère, la gloire des Jérusalems
qui paraissent parfois
dans le train des nuages
chimère, le souper d'Emmaüs
dans le halo des lampes
chimère, le retour
de ceux qu'on a aimés
à la table du soir
Χίμαιρα, ô Chĭmæra !
où la Désirade ?
inscrite au cœur, pourquoi ?
des égarés ?

À fleur de...

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... comme reflétés dans un miroir cosmique...
P. P. Pasolini, Saggi sulla letteratura e sull’arte, Tomo II, Meridiani Mondadori, Milano 1999. Traduction Lili Hinstin.

À fleur de langage
fleurit
la fleur inverse,
l’absente de tout bouquet,
l'âme du monde,
la tienne,
en sa clarté qui tremble,
le Beau, le Vrai,
comme au jardin,
quand il a beaucoup plu
et qu'une trouée s'ouvre,
un éclair,
sous les arbres qui ploient.

Fusée de l'instant, ô Fragonard,
qui mûrit en secret
sous l'ombrage...

fragonard_rambouillet.jpg

Jean Honoré Fragonard (1732–1806), L'île d'amour, détail, ca 1770, Museu Calouste Gulbenkian, Lisbonne.

Mystère du rayon, ô Caravage,
qui éclaire
en miroir
le regard des mortels.

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Le Caravage (1571-1610), L'appel de Matthieu, détail, 1599-1600, Chapelle Contarelli, Église de San Luigi dei Francesi, Rome.

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