Donnant dormant
« ... quelques lettres diaprées avaient dansé et joué dans mon âme, frôlant des cordes secrètes... »
Hermann Hesse, Le Loup des steppes, 1927.
Il y a
dans le silence
des mots,
quand on ne parle pas
quand on n’a rien
à dire
— crois-tu ?
des forces
en dormance
comme d’une mer
étale
ou d’une chambre
close.
Qu'ils surgissent
au matin
dans la pensée
vêtue de brumes encore,
ou impromptu
quand on vaque
au ménage,
à la lessive,
et autres tâches revenantes,
ou sur la page
du livre commencé
magie de l'instant !
un mot, soudain,
un mot de rien du tout,
trois mots
lourds comme des plombs
de sonde,
ont pouvoir d'éclipser
l'avant et l'après,
de suspendre
le pas de la pensée,
d'arrêter
le temps.
Pourquoi ? comment ?
tu n'en sais rien.
Ils perdraient de leur charme
à être expliqués,
si la chose
était possible.
Il y a ainsi
dans l'ordinaire des jours
des champs de forces
en dormance
que tu peux éveiller,
sans prévision possible.
Ce qui arrive là,
c'est alors
que le volcan
s'est rouvert...

