Au seul souci de la lumière...

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Au seul souci de la lumière
absente de ces jours chagrins,
la simple vue du mot lumière
inscrit sur la page du livre commencé,
le simple prononcé des lettres qui vibrent
... l … u … m … i … è … r … e ...
m’éclairent
fiat lux
à la façon d’un phare
allumé dans la nuit.

Quoi qu'en dise Socrate,
je suis du parti de Cratyle,
ce rêveur des choses cachées
depuis le premier jour du monde,
qui refuse de croire à l'arbitraire du signe
et à l'empire seul de la froide raison,
fourrière de l'Idée qui se réserve au Ciel.
C'est loin !

Κρατύλος φησὶν ὅδε, ὦ Σώκρατες, ὀνόματος ὀρθότητα εἶναι ἑκάστῳ τῶν ὄντων φύσει πεφυκυῖαν, καὶ οὐ τοῦτο εἶναι ὄνομα ὃ ἄν τινες συνθέμενοι καλεῖν καλῶσι, τῆς αὑτῶν φωνῆς μόριον ἐπιφθεγγόμενοι, ἀλλὰ ὀρθότητά τινα τῶν ὀνομάτων πεφυκέναι καὶ Ἕλλησι καὶ βαρβάροις τὴν αὐτὴν ἅπασιν. 1

Cratyle, que voici, prétend, ô Socrate, qu'il y a pour chaque chose un nom qui lui est propre et qui lui appartient par nature ; selon lui, ce n'est pas un nom que la désignation d'un objet par tel ou tel son d'après une convention arbitraire ; il veut qu'il y ait dans les noms une certaine propriété naturelle qui se retrouve la même et chez les Grecs et chez les Barbares.

Barbares étant ici, têtes de maïs,
légion,
ceux qui ne sont pas Grecs.

Divers, changeants, sont ainsi les visages
à la fois mêmes et autres,
tels les nôtres
😃 🥹 😞 😣 😮 😌 😨 😎 🫥
que l'âme secrète des choses
tourne continuellement vers nous.

Divers, changeants, sont ainsi les visages
de la chose
l … u … m … i … è … r … e ...
तेजस्, φῶς, lux,
אוֹר, ضوء
llum, luz, leggero,
light, Licht, lys, ljus, ljós,
golau, éadrom, argia, dawl,
gaismas, valoa,
šviesos, svetlo, światło,
свет, світло, святло, светлина,
ışık,
լույս, আলো,
光, ひかり, ライト, ánh sáng, teeb,
rapan,
lampu, marama,
kganya, iftiin, mwanga, ukukhanya,
lig, fahazavana, ringan,
et cœtera, et cœtera...

Divers, changeants, sont ainsi les visages
de la chose
l … u … m … i … è … r … e ...
ô Schéhérazade !
qui se montre aux mille et une fenêtres
de la tour de Babel
des gratte-ciels, des HLM,
des châteaux de Bohême et d'Espagne,
et des pavillons de banlieue,
et jusque aux fenêtres décaties
des vieilles maisons de Mirepoix
ou d'Arvigna, là-bas,
dans la vallée du Douctouyre.
Toutes les fenêtres sont de Rome.

Divers, changeants, sont ainsi les visages
de la chose
l … u … m … i … è … r … e ...
qui se montre à moi seule,
ni tout à fait la même
ni tout à fait une autre,
dans la vue et dans l'oreille secrète
de mes jours studieux
et de mes nuits peuplées de rêves,
l'amour sorcier et la vie brève,
ô l'Atlantide !
et qui m'éclaire et bruit,
d'un bruit venu d'ailleurs,
sur la page du livre commencé
comme dans ma fenêtre sous le toit,
où le soleil a rendez-vous avec la lune,
parmi les arbres et les oiseaux.
Moqueurs, les merles !

Une clarté, un bruit
venus de quel ailleurs ?
fondus dans le diaphane de l'air
et dans l'eau des couleurs
et dans le nu frisson
qui court de lettre en lettre sur le blanc de la page,
venu de quel ailleurs ?

Et jamais la magie de la fée Électricité
ne vaudra le simple miracle
ni de cet air, ni de cette eau,
ni de ce frisson nu !


  1. Platon, Cratyle, 383a-384a.↩︎

Le souci du bois...

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Le souci du bois :
à rentrer pour passer l’hiver.
Le souci de soi :
à brûler dans la cheminée.

Le souci de l’eau :
à boire comme le vin des noces.
Le souci du pain :
à faire lever dans le désert qui croît.

Le souci d’autrui :
à livrer au premier visage rencontré.
Le souci du rien :
à quitter aux bords
où tu fus laissé.e.

Printemps froid

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Le vent d’autan brusque d’aouta
le midy de la place.
Oh ! les serviettes rouges
rouges !
qui s’envolent !

Cers demeure coi
derrière ses arcades obscures.
Saint Antoine se tient là
tranquille, sur son banc.
Il n’a pas besoin d’abriter son cochon
à la charcuterie.
Mais s’attend-il,
par tel vent,
au passage des chanoines ?

Aquilon, oublié du soleil,
rêve aux tropiques
et aux petites pépés.
En attendant,
il y a du rugby
sur l’écran de la TV.

Printemps froid.
Les arbres vont quand même
en habit rose
et chef d'azur.

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