Hier, la longue foulée

Rédigé par Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

Hier,
la longue foulée des fougères, des mousses,
aujourd’hui,
les ruines, les statues, les pierres.
La frontière s’est épaissie
entre ce qui venait hier
à foison,
et ce qui vient aujourd'hui
à blason,
à blason des années
et des lunes anciennes.
Les statues,
qui ont perdu la mémoire
du pas soyeux de l'herbe
et du parfum des roses,
ne descendent plus
— oh ! la longue foulée des fougères, des mousses —
de leur piédestal.
Les ruines n'abritent plus
ni lavandières,
ni cabarets,
ni marchandes d'oublies.
Au bois, les hautes frondaisons
qui déferlaient jadis en folles vagues vertes
sont coupées.
On ne s'embarque plus,
— foin des féeries galantes ! —
aujourd'hui pour Cythère,
ni, tel Orphée,
pour le monde d'en-bas
où l'attend Eurydice.
Pauvre Eurydice,
qui, loin d'Orphée,
est devenue vieille et laide !
Qui s'en soucie du reste,
autrement que d'un tas,
d'un tas de vieilles pierres ?
On blasonne aujourd'hui,
on conserve, on restaure.
Ou encore l'on détruit.
Mais cependant, qui ne le voit ?
le désert croît.

Il y a longtemps

Rédigé par Belcikowski 2 commentaires
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

J’ai habité un temps
le bord des trains
et le creux de la montagne
J’aimais le bruit des trains
qui entrait la nuit
dans la maison.
J’aimais la porte du placard
qui donnait sur la roche
muette.
J’aimais la cour suspendue
entre trains et montagne.
J’aimais la treille dans la cour
et l’enfant qui riait
sous les feuilles.
J’aimais plus loin la rue
en pente raide
que l’orage changeait
illico en torrent.
J’aimais le torrent
qui jetait les voitures
à la mer.
Sur la place à midi
on dansait la sardane.
De la plage on voyait
le viaduc qui festonne la montagne.
L’enfant dormait
à l’ombre d’une barque.
Il y a longtemps…

Gabriel Mailhol lisait Pèire Godolin

Rédigé par Belcikowski 2 commentaires
Classé dans : Littérature Mots clés : aucun

godolin.jpg

En 1771, Gabriel Mailhol publie chez Dupleix et Laporte, à Toulouse, Lettres aux Gascons, texte suivi des Héroïdes d'Isabelle de Vergy et du comte de Fayel, poème inspiré de la tradition médièvale. Dans ses Lettres aux Gascons, Gabriel Mailhol insère deux chansons en occitan, choisies respectivement dans la prumièro et dans la tresièmo floureto du Ramelet moundi (1617-1648) de Pèire Godolin.

Lire la suite de Gabriel Mailhol lisait Pèire Godolin

Intailles et camées

Rédigé par Belcikowski 1 commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

Αληθῆ λέγει λέγων φύσει
Vrai ce qui se dit par nature.
Platon, Cratyle, 390d.

Intailles,
images en creux
invues des yeux
images enfouies
au fond de l’âme
belles endormies
qui chaque fois s'éveillent camées,
     chameleons,
quand la fleur me dit son nom,
quand l'eau, le feu,
l'air, la terre,
la pierre, le bois,
le nuage, le vent,
me disent leur nom
et que je le reconnais,
à l'image que j'en ai déjà,
creusée au fond de l'âme,
     à même le vif
de la matière-monde,
qui est la tienne et la mienne,
et celle de la fleur,
de l'eau, du feu,
de l'air, de la terre,
de la pierre, du bois,
du nuage, du vent,
et de mille autres choses encore.
Et quand la fleur me dit son nom
     qui vive !
elle m'apparaît,
comme dit le poète,
dans le simple appareil d'une beauté
qu'on arrache au sommeil
,
Vénus surgit ainsi de l'onde,
     chameleon,
je la vois,
et Silène s'enfle derrière elle,
parmi l'afflux d'enfants ailés,
et Chiron, le centaure,
berce sa mélancolie,
caché dans l'image
et j'entends la syrinx
et le cliquetis des crotales,
et le monde lève
     qui vive !
Intailles et camées,
de la matière-monde
     et des noms
qu'elle soulève.

Fil RSS des articles