Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 12. Une figure oubliée. En 1843
Nicolas Beatrizet (Lorraine, 1510 ou 1515-1565 ou 1577, Rome), graveur, Fragment d'une statue de style hellénistique datant du IIIe siècle, découverte à Rome en 1501, installée sur un piédestal par le cardinal Oliviero Carafa à l'angle de son palais, près de la place Navone. Le personnage représenté serait un certain Pasquillus. Renommée familièrement Pasquino, ou Pasquin, la statue a bientôt servi et sert encore à l'affichage de placards anonymes, donnant ainsi une voix au peuple de Rome, qui ne se prive pas d'en user sur le mode satirique pour dénoncer ceux qu'il prend pour têtes de turc. D'où son qualificatif de statue parlante. Du Bellay, qui a séjourné à Rome, a connu cette statue : « Je fuz jadis Hercule, or Pasquin je me nomme ». Le mot pasquinade dérive de ce nom Pasquin. Il désigne la satire grossière, et par extension les facéties du bouffon. Auguste de Labouisse use de ce mot à l'endroit du procès en malhonnêteté que lui fait Jean François de Maslatrie.
D'Auguste de Labouisse à Jean François de Maslatrie :
« Vous avez dans votre portefeuille une pasquinade indigne d’un honnête homme, qui pourrait tout au plus figurer dans les saturnales du carnaval ; cette publication va vous faire plus de tort que du bien ; attendez : il pourrait vous en cuire. »
À partir de janvier 1842, la querelle que Jean François de Maslatrie entretient avec Auguste de Labouisse, se trouve portée sur la place publique par voie de presse. M. de Maslatrie fait publier dans le treizième numéro de l'Anecdotique un ultimatum requérant de M. de Labouisse-Rochefort qu'il renonce expressément à la publication annoncée de sa Justification. Un livre de poche. Affectant de dédaigner cet ultimatum, Auguste de Labouisse n'y répond pas illico. La rédaction de sa Justification n'est pas tout à fait terminée. L'ouvrage ne paraîtra qu'en février 1843.
Faute de réponse à son ultimatum, comme annoncé, Jean François de Malastrie requiert de G.-P. Labadie, directeur de l'Anecdotique, la publication d'une diatribe injurieuse à l'endroit d'Auguste de Labouisse. Faute de place, dit-il, G.-P. Labadie n'en publie qu'une partie. Effrayé sans doute par la violence de la diatribe en question, Georges Pierre Labadie, refuse d'en publier la suite. Jean François de Maslatrie, qui s'estime alors lésé dans son droit d'auteur, porte l'affaire devant le tribunal civil de Castelnaudary. Solidaire de son ami Labadie, Auguste de Labouisse comparaît à ses côtés. M. de Maslatrie en profite pour signaler au juge que le même Auguste de Labouisse aurait dans ses propos publics porté atteinte à la vie privée de la famille Maslatrie. L'affaire se conclut en cassation par une amende pour l'éditeur et par une admonestation pour Auguste de Labouisse, admonestation que celui-ci dit politique parce qu'elle émane d'un juge ultra, qui viserait en sa personne un dangereux légitimiste !
Tribunal civil de Castelnaudary ca 1900.
Un peu plus tard, pour avoir reproduit dans l'Anecdotique un article de l'Abeille. Journal de sciences, littérature, industrie, annonces judiciaires et avis divers de l'arrondissement de Castelnaudary, hebdomadaire concurrent, imprimé chez Louis Groc, autre imprimeur-libraire chaurien ; et pour avoir publié ensuite, toujours dans l'Anecdotique, assortie de vers de son cru, une critique portant sur certains points de l'article en question, Auguste de Labouisse s'attire dans l'Abeille une réponse anonyme qu'il juge injurieuse.
Revenant sur cette affaire dans sa Justification de février 1843, Auguste de Labouisse s'en explique alors ainsi :
« C'est avec regret, et un très grand regret, que je me suis vu obligé de combattre en champ clos pour la défense de mon honneur outragé ; mais ma surprise a été grande d'y trouver tout à coup un second adversaire que je ne m'attendais pas à rencontrer. Qui a pu me l'attirer ? Avait-il à se plaindre de moi ? Aurai-je, dans l'occasion, négligé à son égard, les devoirs de politesse, ou lui aurai-je, à mon insu fait quelque offense ?... Je ne saurais comment répondre à cette dernière question ; tant la conduite de l'anonyme m'a paru un problème qu'il m'était impossible de résoudre. Voici le fait ; il exige une explication :
« Deux journaux paraissent à Castelnaudary, l'Abeille et l'Anecdotique. Occupé à écrire le mémoire [qui paraîtra en février 1843], l'Abeille eut l'avantage de me devancer dans le compte-rendu des séances du conseil municipal, sur des sujets intéressants que j'avais eu l'intention de traiter. Je lus son article avec plaisir, je le trouvai bien fait, et à l'instant, je résolus de le citer en entier, au lieu de songer, par une jalousie indigne de moi, à le refaire. En le citant, je l'accompagnai franchement de tous les éloges qu'il m'avait paru mériter. Mais il arriva que, dans le n° suivant, je crus devoir désapprouver avec douceur et avec beaucoup de ménagement, l'insertion d'une discussion qui ne me paraissait pas devoir figurer dans un pareil ouvrage. Tout cela était bien innocent... quelque signification que l'on veuille donner à ce mot.
L'Abeille ne le trouva pas ainsi. Ce jour-là, elle se mit en fureur et publia un article plein de fiel, d'amertume et de rage, écrit avec le poison de son dard. Il est vrai qu'on a prétendu que ce ne fut pas l'Abeille habituelle, et que celle-ci arriva en poste de son village pour venir m'injurier et m'outrager, même dans mon honneur, qui aurait dû rester étranger à une querelle littéraire. Elle me jeta le gant ou son piquant aiguillon... je ne le ramassai point. L'heure n'était pas encore venue. Mon Mémoire [Ma Justification] n'était pas prêt, l'imprimeur le retardait, ce qui m'empêchait de répondre d'une manière précise à une interpellation aussi cruelle, aussi horrible, aussi perfide qu'infâme. Je me contentai d'un simple coup de raquette pour renvoyer le volant. Voici l'article que je fis paraître :
Dans le 8e n° de l'Anecdotique, nous avons loué l'Abeille avec franchise et sans arrière-pensée. Nos lecteurs le savent, la preuve est entre leurs mains. Sans rétracter, dans le n° suivant, nos éloges, puisque nous louons encore l'insertion d'un article, nous ne faisons que les modifier, en disant que certaine digression n'aurait pas dû être admise, parce que des sujets si graves ne sont jamais que très imparfaitement discutés dans de simples feuilles. Voilà notre tort ; il a paru si énorme à l'Abeille, qu'elle rejette notre pilule, et que le dégoût l'a empêchée d'y toucher. En conséquence, elle renvoie le cadeau ; sans que je sache de quel cadeau il s'agit, ni où se trouve la prétendue pilule.
En attendant que je le devine, l'Abeille pense que je ne fais que des compilations quasi-littéraires et des poésies érotiques de marguillier ; aussi je ne ressemble pas à l'Abeille, qui cherche pour former son miel, une nourriture plus substantielle, et plus délicate en même temps, que celle que pourraient lui offrir les fleurs étiolées de cette littérature impériale, dont l'Anecdotique est, parmi nous, le dernier représentant.
Aussi, me souhaite-t-elle amicalement, avec indulgence : “ Quelques étincelles de ce feu divin qu'on nomme la poésie, pour animer ces petits vers sans couleur et sans art ; insipide broderie qui se détache à peine du fond non moins terne d'une prose incorrecte, languissante et plus que négligée. ”
Piqué au vif, moins par son assignation au tribunal que par l'injure faite à son génie littéraire ainsi qu'au genre de littérature qu'il entend illustrer et défendre, Auguste de Labouisse entre ici dans une sainte colère :
« J'ignore ce que l'auteur [anonyme de l'article de l'Abeille] entend par la littérature impériale. Y a-t-il eu une littérature impériale ?
— Je sais seulement que la littérature était flétrie et déshonorée par les dévergondages sanguinaires de la Convention, puis par la licence et les orgies du Directoire, lorsqu'à dater du Consulat, on revint aux règles du goût, et l'on se hâta de reprendre les traces oubliées du siècle de Louis-le-Grand. »
Petrus Borel, dit le Lycanthrope (1809-1859), Champavert. Contes immoraux, frontispice à l'eau-forte par M. Adrien Aubry, Paris, Eugène Renduel, 1833.
« — Quelques auteurs se montrèrent dignes d'opérer cette grande réforme ; et l'on peut dire qu'ils ont rempli leur mission avec honneur et gloire... mais ils étaient loin de prévoir qu'une génération nouvelle, impatiente de secouer le joug des règles, de la décence, de la morale et du goût, se livrerait à toutes les fantasmagoriques inventions de la folie, de la débauche, de la fièvre et du délire ; impatronisant même les mœurs, l'esprit et l'argot des bagnes dans la société. Quelle société veulent-ils donc faire, et où veulent nous conduire ces écrivains sans croyance, sans foi, sans moralité ; riant, plaisantant de tout ; vantant le vice, se moquant de la vertu ; prenant le scandale pour de la légèreté, et la licence pour les grâces ?
— Voilà pourtant ce que justifie l'Abeille dans ces ironiques paroles : “ Quel mépris pour le public ignorant, qui persiste à entourer de ses sympathies, ces pauvres grands journaux parisiens si piteusement déconfits par la lance du chevalier décentralisateur. ” Je ne me vante pas de les avoir déconfits, mais je m'honore, d'accord avec tous les honnêtes gens, de mépriser une littérature si immorale, si pernicieuse et qui, dans la postérité, sera la honte de notre siècle. »
Grandville (1803–1847), Le Diable à Paris, frontispice, Paris, Hetzel 1845.
Merci, dame Abeille ; tout cela est si joli, si spirituel, si noble, si bienveillant, si délicat, si convenable, que je dois vous laisser dans la joie de votre triomphe et dans les douceurs de votre victoire, vous enivrer de vos succès. Je ne vous ferai pas d'autre réponse ; d'ailleurs il me serait difficile d'imiter un si beau style.
Mais le Mémoire [Ma Justification] est là aujourd'hui, on vient de le lire, et son existence me met plus à mon aise, pour répliquer aux violentes paroles que voici : »
” C'est un conseil de prudence qui ne messied pas à ceux, dont l'esprit planant au-dessus du Parnasse, (gentille ironie !) oublie trop facilement quelquefois les choses de la terre. Notre confrère, s'il veut nous en croire, devrait se montrer dorénavant plus empressé de répondre aux attaques publiques dont il est l'objet de la part d'un de ses concitoyens. ”
« Dans mon indignation je ne puis m'empêcher de répondre :
— Vil athlète, c'est avec un poignard et des paroles empoisonnées que vous vous présentez dans l'arène littéraire !....
— Et de quelle manière vous y présentez-vous ?....
Un écrit clandestin n'est pas d'un honnête homme
Quand j'accuse quelqu'un, je le dois et me nomme...
— Et quel droit avez-vous de m'ordonner de répondre ? Ma vie privée vous appartient-elle pour la juger dans votre journal ? Suis-je un fonctionnaire public ? Suis-je un concussionnaire ? Suis-je un misérable couvert de délits, de vices et de crimes ?...Avez-vous senti la force de Votre cruelle et barbare interpellation ? Ou bien, vous réjouissiez-vous déjà, dans votre haine, que je n'ai point provoquée, de l'espoir de me flétrir par ce satanique ricanement et cette indirecte accusation qui semblait renforcer les calomnies qu'un autre avait publiées ?...
Je l'avouerai avec franchise, dans le premier moment j'allais répondre à cette phrase si étrange et si déplacée :
— Parce qu'un insensé m'attaque sans cause ni prétexte, est-ce une raison pour me croire obligé de lui répondre ? Il est quelquefois des attaques qui viennent de si bas, qu'y prendre trop garde, ce serait se donner un tort et un ridicule. Je ne reconnais à personne le droit de me tracer la route que je dois suivre.
Je marche dans ma force et dans ma liberté.
Dans cette occasion, comme dans toutes, je fais ce qui me convient et non pas ce qu'on me commande.
Mais les choses s'étaient trop envenimées par les cancans de M. de M. [Maslatrie] et par l'acrimonie de votre article, pour que la noble fierté de cette réponse pût être bien comprise. Je dus donc supporter le coup en silence, quoique la blessure fût profonde. Elle avait été élargie de main de maître, en fait de haine et de méchanceté. Mais, vous le voyez, par cette franche explication, pour avoir été forcé d'attendre, vous n'aurez rien perdu. En vain Abeille, guêpe ou frelon, vous m'avez menacé de votre dard, je viens de vous prouver que je ne saurais le craindre et que je le méprise. »
Usant là de la flèche du Parthe, en guise de conclusion à son article, Auguste de Labouisse décoche une pluie de critiques bien senties à l'endroit des incorrections grammaticales, impuretés stylistiques et formules gratuitement malveillantes dont fourmille l'article de son détracteur anonyme. De toute façon, observe Auguste de Labouisse, l'Abeille « sait qu'en voulant donner la mort aux autres elle se suicide. Elle ne pique pas impunément ; elle en meurt » Et de citer Virgile, son maître, l'admirable — qu'on ne saurait soupçonner de cultiver « les fleurs étiolées » de la moderne « littérature impériale » —, et encore Lebrun-Pindare, qui se flatte, lui, d'être de ceux qui continuent de marcher sur les traces oubliées du siècle de Louis-le-Grand : « Sifflets des sots sont fanfares de gloire. » 1
Profitant de ces circonstances accablantes, Jean François de Maslatrie, qui est probablement l'auteur ou le commanditaire de l'article paru anonymement dans l'Abeille, publie alors contre Auguste de Labouisse un troisième mémoire, des plus offensants. Plus encore que l'assignation au tribunal et l'amende qui en résulte pour G.-P. Labadie, c'est la publication de ce troisième mémoire que Jean François de Maslatrie vient à nouveau de faire insérer dans l'Anecdotique, qui suscite l'ire d'Auguste de Labouisse. On connaît à peu près la teneur de ce troidième mémoire de M. de Maslatrie par la réponse, des plus offensives, qu'Auguste de Labouisse lui oppose dans un opuscule de 23 pages, imprimé sans date à Castelnaudary chez son ami Labadie, et intitulé Commentaire, tout court.
Auguste de Labouisse-Rochefort, Commentaire, Castelnaudary, Imprimerie de G.-P. Labadie, s.d.
Amende oblige, Auguste de Labouisse, qui se montre là soucieux de ne plus engager la responsabilité directoriale de Labadie, renonce à poursuivre dans l'Anecdotique « la ridicule discussion qu'il a plu à M. de Mas Latrie d'entamer. L’Anecdotique est destiné à contenir des choses plus agréables, plus utiles et plus nobles », déclare Auguste de Labouisse. « Je vais donc continuer ce triste combat en dehors du Journal. »
Afin de confondre M. de Maslatrie dans « ses nouvelles prétentions, accusations et calomnies », Auguste de Labouisse dresse en guise d'incipit une liste des mensonges que ledit M. de Maslatrie vient de prodiguer à son endroit dans son troisième mémoire. « — Voici donc le relevé d'une partie de ses assertions mensongères : mensonges grands et petits, demi-mensonges, tiers de mensonge, quarts de mensonge, fragments de mensonges et même semblants de mensonges », numérotés de 1 à 30 » 2. Auguste de Labouisse détaille chacune de ces « assertions mensongères » et s'applique à les réfuter dans Ma Justification. Il les revisite plus rapidement dans le présent Commentaire, mais, négligeant ici la justification au profit de l'accusation, il n'hésite pas à révéler quelque chose dont M. de Maslatrie ne s'est nulle part vanté :
« 12. Vous me reprochez d'avoir perdu ma fortune en ayant la faiblesse de rendre trop de bons services à trop de personnes (du nombre desquelles vous êtes).
— C'est vrai ; mais du moins je ne l'ai pas perdue en jouant l'héritage de mes enfants, et en m’exposant à perdre dans une soirée, 8.000 fr. sur une carte !!! » 3
La Bouillotte, mode du jour, ou le poker du XIXe siècle, 1800, Gallica, Bnf.
« Après cela », continue Auguste de Labouisse, « vient l’énumération des titres dont vous voulez me qualifier ; énumération que vous avez voulu rendre bien méchante, mais qui ne prouve que l'impuissance de votre méchanceté.
31. Vous m'appelez : Jeune houssard 4 Troubadour. Pourquoi ? Parce qu'à l'âge de 20 ans, on m'a vu avec un magnifique uniforme d’officier, enrichi de galons d'argent et de broderies. Mais où est mon crime ? Devais-je rien au marchand, au tailleur, au passementier, ni à la brodeuse ?
32. Moraliste amoureux. Est-ce encore un crime à vos yeux d’avoir su aimer sa femme ? La morale s'oppose-t-elle à ce qu'on la comble d’attentions, de procédés, de prévenances, de tendresses, et ne vaut-il pas mieux être amoureux de sa femme, que de se mal conduire avec elle, de manquer d'égards, de la maltraiter et de lui jeter des bouteilles à la tête... 5
33. Peintre Apollon. Quand vous n'aurez expliqué ce que cela signifie, je vous dirai ce que j'en pense.
34. Gentilhomme spéculateur.
— Vous vous battez les flancs pour injurier.
35. Paladin industriel.
— Industriel ! Je ne méprise pas l'industrie, ni les industriels qui le sont honorablement. Mais m'appeler industriel, le mensonge est patent. Auriez-vous pris pour une industrie la facilité avec laquelle ma bonne foi s’est laissée duper par plusieurs personnes ?...
36. Littérateur agronome.
— Est-ce parce que j'ai été propriétaire que vous m’appelez ainsi ? Cet entassement d’épithètes semble prouver que la rage et l'envie vous dévorent — Je pourrais vous appeler par réciprocité : Langue de vipère, mais je n’en ferai rien.
37. Chantre entreposeur.
— Chantre de quoi ? Est-ce chantre au lutrin ? Je n’ai jamais eu cet honneur.
38. Vous blâmez mes travestissements, je ne sais lesquels. Mais me suis-je travesti en palefrenier ? En supposant que vous ayez voulu vous en faire un simple travestissement ?
— Et vous partez de là, pour m’apprendre que vous occupez un rang plus élevé que moi dans la société.
— Ce n’est pas du moins en politesse.
— Toutefois quelque modeste que je sois, je ne puis pas accepter une pareille position. Qu’avez-vous été ?
— Vous me l'avez écrit vous-même, dans des lettres qui font partie de mon Mémoire [Ma Justification] : À Castelnaudary, minotier, à Paris, agent d'affaires et prolétaire.
— Certainement j'estime les prolétaires honnêtes et vertueux ; je les distingue fort de ceux qui se vantent de ce titre, mais je ne l'ai jamais été.
39. Houssard troubadour, moraliste amoureux, chantre entreposeur, etc.
— Pascal disait : Des moins ne sont pas des raisons. Je dis à mon tour : Des intentions d'injurier ne sont pas des raisons, et ces injures ne répondent à rien.
Houssard en 1791. In Le 5ème Régiment de Hussards. 1793-1815.
40. Cent titres pompeux.
— Mais je crois qu'il est au moins aussi honorable d'être d’une grande quantité d’académies, que de N'ÈTRE RIEN. »
43. Pourriez-vous m'expliquer ce que signifie : “ La brillante auréole de cent titres pompeux, vaillamment conquis sur notre frontière ” (quel galimatias) ! ” Il [Auguste de Labouisse] veut placer à jamais, d’une main ferme “, à ce qu'on lui fait dire, ” le centre unique des intelligences de l'Europe civilisée “. Quelle kyrielle de sottises et de non-sens. »
Tabarin sur ses tréteaux, frontispice de l'Inventaire universel des œuvres de Tabarin (1584 ?-1633). Contenant ses fantaisies, dialogues, paradoxes, gaillardises, rencontres, farces, & conceptions. Œuvre excellent, ou parmy les subtilitez tabariniques, on voit l'eloquente doctrine du sieur de Mondor. Le tout curieusement recherché et receuilly, et mis en bon ordre, Paris, P. Rocollet et A. Estoc, 1622.
Du Pont-Neuf au Palais-Royal en passant par Castelnaudary, plus fort encore que le Tabarin du XVIIe siècle et que M. de Maslatrie dans les années 1840, le Tabarin nouveau, Léon Fusier (1851-1901), qui se produit au Palais-Royal, Paris, 1er arr., dans les années 1870 !
Quant au Pasquin, alias Tabarin, de Castelnaudary... Auguste de Labouisse n'a cure de ses rodomontades désormais...
« D'abord c’est vous que j’ai fait descendre de vos tréteaux, pour vous placer d’une main ferme, dans le cercle de Popilius 6. Ainsi ces mots, à ce qu'on lui fait dire, sont un mensonge. »
Louis Jean François Lagrenée dit l'aîné (1725–1805), Popilius, envoyé en ambassade auprès d'Antiochus Épiphane pour arrêter le cours de ses ravages en Égypte, 1779, Palais des Beaux-Arts de Lille.
En 168 av. J.-C., tandis qu'en Égypte Ptolémée VI et son frère se disputent le pouvoir, le roi séleucide Antiochus IV, dit Antiochus Épiphane, projette de s'emparer d'Alexandrie. Rome lui envoie en ambassade l'ancien consul Popilius Lænas qui, muni à cet effet d'un senatus-consulte, a pour mission d'empêcher qu'Antiochus IV entre en guerre contre Ptolémée VI.
« Antiochus IV descendait à petites journées vers Alexandrie. Il venait de passer le fleuve près d'Éleusis, bourg situé à quatre milles d'Alexandrie, lorsque Popilius et les siens vinrent à sa rencontre. Antiochus les salua et tendit la main à Popilius ; mais ce dernier lui présenta les tablettes sur lesquelles était écrit le sénatus-consulte, et l'invita à en prendre connaissance sur-le-champ. Après l'avoir lu, Antiochus répondit qu'il délibérerait avec son conseil sur le parti qu'il devait prendre ; mais Popilius, fidèle à son caractère, traça un cercle autour du roi avec la baguette qu'il tenait à la main : — Avant de sortir de ce cercle, lui dit-il, il faut me donner la réponse que je dois rapporter au sénat.
Étourdi de la violence d'un tel ordre, Antiochus hésita un instant, puis il répondit : — Je ferai ce qu'exige le sénat. Alors seulement Popilius tendit la main au roi comme à un allié et à un ami. »
Tite-Live, Histoire romaine, Livre XLV : Les événements des années 168 et 167, Deuxième partie : [45,10-16].
« — Ensuite », continue Auguste de Labouisse, « vous placez aux frontières un centre unique, c’est une absurdité ; une frontière qui est au centre... Enfin, vouloir rendre ridicule un acte de patriotisme... 7. Je ne sais comment appeler cela. »
À M. de Maslatrie qui lui impute à vantardise ridicule sa fierté d'appartenir à cent académies, cent académies certes, mais « sur notre frontière », dixit M. de Maslatrie, donc cent académies de province, aucune au-delà du Languedoc, aucune à Paris ! et qui se gausse en Parisien qu'il a été et sera encore, du rôle de « chevalier décentralisateur » dans lequel M. de Labouisse-Rochefort mène croisade depuis la publication de son Manifeste sur la Décentralisation intellectuelle ; pour émanciper les provinces de la tyrannique tutelle de Paris en 1837 8 ; à ce M. de Maslatrie qui souffle en « pasquin » sur ses « tréteaux » le grand air de la médisance et de la calomnie, Auguste de Labouisse ne peut qu'opposer le geste de Popilius : tracer d'une plume orgueilleuse un cercle autour du pseudo-roi...
On le vérifie là une fois encore : ce qu'Auguste de Labouisse ne saurait pardonner à Jean François de Maslatrie, c'est moins de l'avoir entraîné dans sa faillite, que d'avoir prétendu lui en remontrer en matière de naissance, et, pis encore, de s'en être pris à sa réputation d'écrivain ainsi qu'à son « patriotisme » littéraire. D'où, piqué tout à la fois dans son honneur de gentilhomme et dans sa fierté d'écrivain languedocien, la hauteur du ton sur lequel M. de Labouisse-Rochefort répond à M. de Maslatrie :
10. Vous dites [...] que sous le rapport de la naissance et du rang, vous me valez tout au moins.
— Est-ce que j'avais mentionné nulle part votre naissance ? Et qui y songeait, à votre naissance ? Aussi n’ai-je rien compris à ce beau paragraphe où vous parlez si comiquement de votre illustre naissance. [...].
— Persuadez-vous que tous les hommes sont au-dessous de vous ; que vous êtes duc, prince, roi ; tout ce qu'il vous plaira ; que m'importe. Je ne vous répondrai que ces mots : c'est en vain que vous désirez vous placer sur la même ligne que moi ; une grande distance, c'est-à-dire un immense abîme nous sépare, et quel que soit l'orgueil qui vous flatte, il ne vous est point donné de pouvoir le franchir ni le combler. Stultitiam [folie] ! » 9
Fort de « l'abîme » de différence dont il se réclame vis-à-vis de M. de Maslatrie, Auguste de Labouisse s'amuse à retourner contre ce pasquin, ce fanfaron, les mots de la dernière lettre qu'il a reçue de ce dernier. Puisque caricaturé en « châtelain » dans ladite lettre par le fanfaron, il se plaît à renvoyer audit fanfaron, comme en riant, ses tirs de « mortier » ou ses « bombes », qui, observe-t-il, ne mettent pas son « donjon en cendres », et « ne tombent pas dans ses fossés. »
Mortier de fonte moderne, créé vers 1613, attribué à Jean Théodore de Bry (1561-1623). © Musée de l’Armée, Paris.
« Le P. S. de votre dernière lettre, sur un châtelain, dont votre mortier (que vous pointez mieux que le mien), a mis le donjon en cendres, n’est qu'une plate et sotte fanfaronnade. — Je ne sais pas si vous avez éteint son feu, mais je sais qu’on n’éteint pas le mien si aisément. — Quant à vos bombes qui ne tombent pas dans les fossés..... Bouffonne vanterie ; je laisse au public le soin de la juger. » 10
Auguste de Labouisse se veut et reste, dit-il en janvier 1843, maître d'un « feu » dont Jean François de Maslatrie ne peut comprendre ni mesurer la nature irrépressible, surpuissante, celle qui a nourri chez le « houssard troubadour » la passion avant tout d'écrire, de s'y vouer au point de rédiger coûte que coûte tant de pages, et qui lui a donné la force de souffrir sur la place littéraire tant d'avanies et tant d'échecs.
Avant de prendre définitivement congé de M. de Maslatrie, Auguste de Labouisse lui décoche une ultime flèche encore...
Louis Daguerre (1787–1851), Atelier d'artiste, nature morte avec Jupiter tonnant, 1839, château de Kynžvart, République tchèque.
« M. de M... nous écrit une nouvelle lettre, pour nous menacer de son courroux et des huissiers, si l'on imprime, sans attendre ses nouveaux ordres, son article qui est déjà imprimé d'après ses ordres souverains. — En vérité, cet homme-là voudrait pouvoir opprimer et terroriser l'univers entier par ses violences. — Il me rappelle qu'à Charenton, il y avait un malade qui prétendait être Jupiter tonnant ; aspire-t-il à la survivance de cette place ? Il sera Jupiter, et les huissiers ses tonnerres. — De cette manière, son éloquence sera toujours foudroyante. — Aussi, il ne manque pas de nous avertir qu'il garde copie de sa foudre. — J'en TREMBLE ENCORE ! » 11Auguste de Labouisse renvoie malicieusement ici au récit qu'il fait dans Voyage à Saint-Léger, campagne de M. le chevalier de Boufflers, suivi de Voyage à Charenton, pp. 154-156. de sa visite au marquis de Sade ! en 1805, à Charenton. 12
Charenton-Saint-Maurice. Ancienne maison des fous. Carte postale ancienne, s. d. (vers fin XIXᵉ-début XXᵉ siècle), Saint-Maurice (Val-de-Marne), collection Archives départementales du Val-de-Marne.
Après avoir fait publier son Commentaire en janvier 1843 à Castelnaudary, chez G.-P. Labadie, Auguste de Lapbouisse fait publier sa Justification. Petit Livre de poche en février 1843 chez Bon et privat, à Toulouse cette fois. Il dépayse donc la publication de ses écrits. Il met ainsi fin au feuilleton de la querelle que lui faisait M. de Maslatrie depuis trop longtemps déjà. Et le combat cessa faute de combattants... Et il met ainsi fin aussi à sa propre contribution à l'Anecdotique, dont il était jusqu'alors le seul et unique rédacteur.
Lassé de l'Anecdotique, qui n'a plus de rédacteur désormais et qui lui a valu trop d'ennuis, Georges Pierre Labadie en arrête la publication. En 1844, il lui substitue celle de L'Écho : journal scientifique, littéraire, industriel et agricole de la ville et de l'arrondissement de Castelnaudary, suivi de la Feuille d'annonces habituelle. Georges Pierre Labadie, qui est âgé alors de 56 ans et qui a commencé à travailler dans l'imprimerie à l'âge de 12 ans, songe désormais à confier son imprimerie à son fils. Il démissionnera de son brevet d'imprimeur en lettres et de libraire en 1852 au profit de ce fils.
Auguste de Labouisse quant à lui, qui a entrepris depuis 1837 de rembourser peu à peu ses dettes, nourrit maintenant le projet de publier le journal qu'il a tenu quasi quotidennement de 1795 — année de ses 17 ans — à 1826 — année de ses 48 ans. Toute une époque ! Il ne songe plus toutefois à confier cette lourde tâche à son ami Labadie. Quel autre éditeur voudra d'un journal qui comprend 7 volumes ? C'est alors qu'ayant trouvé à faire éditer sa Justification. Un livre de poche (26 pages) à Toulouse, chez Bon et Privat, imprimeurs-libraires qui vendent leurs livres 4 rue Sainte-Ursule, mais les impriment à l'hôtel de Castellane chez Jean Baptiste Paya, il apprend que ledit Paya entend démissionner de sa fonction d'imprimeur-libraire et vendre son imprimerie. Il voit là une opportunité formidable : il publiera lui-même les 7 volumes de son journal, et pour ce faire, il achète l'imprimerie Paya !
À suivre...
Auguste de Labouisse-Rochefort, Ma Justification. Petit Livre de poche, Toulouse, chez Bon et Privat, février 1843, p. 175-186.↩︎
Auguste de Labouisse-Rochefort, Commentaire, Castelnaudary, imprimerie de G.-P. Labadie, s.d., pp. 1-2. BnF, ID/Cote :8-LN27-13686 (3).↩︎
Ibidem, p. 6.↩︎
D'après le Dictionnaire de l'Académie française, 5e édition (1798), le mot « houssard » désigne initialement un cavalier hongrois. Il dénomme ensuite les soldats d’une sorte de milice à cheval, qui a une manière particulière de combattre, et dont on se sert ordinairement pour envoyer en parti [renfort] et à la découverte. Les houssards se trouvent compris dans les troupes légères.
Auguste de Labouisse a effectivement été « houssard » dans les troupes de son ami Jules de Paulo, l'un des chefs de l'insurrection contre-révolutionnaire de 1799. Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 3. Une figure oubliée. De 1796 à 1802.↩︎Auguste de Labouisse-Rochefort, Commentaire, Castelnaudary, imprimerie de G.-P. Labadie, s.d., pp. 11-12. Dans Ma Justification. Petit Livre de poche, Auguste de Labouisse signale également que M. de Maslatrie se conduisait mal avec son épouse. Celle-ci a demandé et obtenu en 1841 leur séparation.↩︎
Ibidem, pp. 13.↩︎
Ibid., p. 13-14.↩︎
Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 10. Une figure oubliée. De 1830 à 1840 (suite 10).↩︎
Auguste de Labouisse-Rochefort, Commentaire, Castelnaudary, imprimerie de G.-P. Labadie, s.d., p. 5.↩︎
Ibidem, p. 10.↩︎
Ibid., p. 22-23. Cf. Voyage à Saint-Léger, campagne de M. le chevalier de Boufflers, suivi de Voyage à Charenton par M. de Labouïsse, Paris, J. Trouvé, 1827, pp. 154-156.↩︎
Cf. aussi Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 5. Une figure oubliée. De 1802 à 1805.↩︎












