Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 11. Une figure oubliée. De 1837 à 1843 (suite)
Duverneuil, Jacques de La Tynna, Sébastien Bottin, Almanach du commerce de Paris, des départements..., Paris, au bureau de l'Almanach du Commerce, 1er janvier 1827, pp. 380-381.
En 1827, à Castelnaudary, Auguste de Labouisse est entreposeur des tabacs et des poudres ; Jean François de Maslatrie, minotier.
Duverneuil, Jacques de La Tynna, Sébastien Bottin, Almanach du commerce de Paris, des départements..., Paris, au bureau de l'Almanach du Commerce, 1er janvier 1832, pp. 435.
En 1832, Auguste de Labouisse a démissionné de sa fonction d'entreposeur du tabac et des poudres ; Jean François de Maslatrie, dit « Mas , entre aîné », est à la fois banquier et minotier.
Duverneuil, Jacques de La Tynna, Sébastien Bottin, Almanach du commerce de Paris, des départements..., Paris, au bureau de l'Almanach du Commerce, 1er janvier 1832, pp. 458-359.
En 1837, ni Auguste de Labouisse ni Jean François de Malastrie ne figurent plus dans l'Almanach du Commerce...
***
Jean François de Maslatrie et Auguste de Labouisse entretiennent depuis 1822 dans diverses affaires une collaboration qui a progressivement mal tourné. À partir de 1837, alors criblé de dettes, Auguste de Labouisse tente vainement d'obtenir de Jean François de Maslatrie les sommes dont il assure que celui-ci les lui doit et dont il s'estime volé.
En 1841, dans un premier mémoire, Jean François de Maslatrie fait état de leur dissensus sur la place de Castelnaudary. Sachant qu'Auguste de Labouisse médite de publier Ma Justification, un brûlot tourné contre lui, il prend les devants, et publie le 15 novembre 1842 un deuxième mémoire, visant à défendre sa propre réputation et à ruiner celle d'Auguste de Labouisse. Les deux mémoires sont imprimés à Toulouse chez la Veuve Corne et diffusés à Castelnaudary par les soins de leur auteur.
Dès janvier 1842, coup de tonnerre ! Jean François de Maslatrie publie dans le 13e numéro de L'Anecdotique, le journal de Castelnaudary, créé par Auguste de Labouisse et maintenu alors par l'imprimeur Georges Pierre Labadie, l'ultimatum suivant :
« Si vous cédez à mes désirs de supprimer votre Justification, la lettre et l'avis imprimé que j'ai l'honneur de vous envoyer en communication, ne seront pas répandus en ville : AU CONTRAIRE avant midi, les 150 exemplaires qui sont déjà sous bande SERONT DISTRIBUÉS, et les 50 portant ausi leur adresse pour le dehors, seront remis à la poste. »
Trop occupé alors par le remboursement de ses dettes, Auguste de Labouisse ne peut empêcher en 1842 ni, en janvier, la publication de la lettre de Jean François de Maslatrie dans L'Anecdotique, ni en novembre celle du deuxième mémoire du même Jean François de Maslatrie. Mais en février 1843, il publie enfin à Toulouse, chez Bon et Privat, Ma Justification. Petit livre de poche, texte fleuve qu'il annonçait depuis plusieurs années déjà et dont il attend que celui-ci mette fin au feuilleton du grand débat dont furent faites grosses guerres entre Monsieur de Maslatrie et lui.
Dans Ma Justification, Auguste de Labouisse ne prétend pas, ou si peu, se justifier de la situation de faillite dans laquelle il est tombé lui-même en 1837. Il s'applique en revanche à dénoncer en la personne de Jean François de Maslatrie, non seulement le minotier-agent d'affaires qui serait, selon lui, le principal fauteur de la faillite en question, mais aussi un mauvais père, un mauvais mémorialiste, et un mauvais homme tout court.
***
Dans l'exposé des torts qu'il impute à M. de Maslatrie, on remarque en effet qu'Auguste de Labouisse mêle de façon très personnelle argent, morale et littérature.
En matière d'argent, Auguste de labouisse reproche à M. de Maslatrie de ne lui avoir jamais remboursé les sommes qu'il lui a régulièrement prêtées, et de lui avoir fait seulement, à titre de maigre dédommagement des sommes en question, l'aumone occasionnelle de quelques livres ou autographes de peu de valeur, rapportés de Paris par ses soins. Il lui reproche aussi de l'avoir associé à ses diverses affaires afin seulement de lui fournir l'occasion de se rembourser par lui-même des sommes qui lui restaient dues depuis 1822 ! Montées chaque fois sur le mode de la cavalerie 1, ces affaires se sont révélées chaque fois calamiteuses, partant, génératrices d'autres dettes encore pour Auguste de Labouisse.
C'est la sècheresse des années 1817-1827 qui a été à l'origine des premières difficultés financières de M. de Maslatrie, et par suite d'Auguste de Labouisse. « La situation s'aggravait d'année en année, en raison de la destruction successive des forêts, surtout depuis la Révolution. En 1822 la sècheresse fut telle que les blés ne levèrent pas » 2. Propriétaire d'une grosse minoterie, M. de Maslatrie doit cette année-là lever des fonds auprès de la notabilté chaurienne, parmi laquelle Auguste de Labouisse, afin de soutenir l'activité de son entreprise. C'est ensuite, dans la décennie 1830, la pluviosité excessive, cause d'inondations catastrophiques, qui entraîne la réduction de la production de blé à 1 tiers de ce qui était attendu 3. La minoterie de M. de Maslatrie se trouve menacée de faillite en 1822, puis en 1827. Elle fermera définitivement en 1834. Et Auguste de Labouisse, qui vivait essentiellement des blés de ses métairies de Saverdun et de Villefloure, qu'il vendait depuis 1822 à M. de Maslatrie, tombe alors bientôt en faillite lui aussi.
« Dès 1835, certaines maisons connurent des difficultés, la qualité de leur production laissant à désirer, notamment en ce qui concerne l'épuration des grains et le blutage des farines. De plus, la concurrence se faisait plus vive, car des établissements similaires se créèrent à proximité des centres de consommation. [...]. Les années suivantes la situation ne cessa de se dégrader, à tel point qu'en 1837 il ne restait plus que deux minoteries dont l'activité était encore interrompue par défaut de commandes et manque d'eau ; plusieurs minoteries de Castelnaudary avaient transporté le siège de leurs établissements au bord de l'Aude, entre Carcassonne et Narbonne. La concurrence des entreprises créées à Marseille où débarquaient les bois exotiques, porta un coup fatal aux derniers d'entre eux. » 4
En 1834, alors que les autres minotiers de Castelnaudary ont déjà transféré les sièges de leurs minoteries au bord de l'Aude, Jean François de Maslatrie, qui n'a pas les moyens d'en faire autant, quitte la place. Rompant avec sa famille à Castelnaudary, flanqué seulement de Louis (Jacques Marie Joseph), son fils préféré, dont il prétend se faire le « mentor », il monte chercher d'autres affaires à Paris. Là, il se laisse convaincre de créer à Castelnaudary une succursale de la Mutualité, société parisienne d'assurances sur la vie. Le concept est nouveau, l'entreprise risquée, « faute de l'adjonction préliminaire d'un capital, dont les intérêts doivent servir à combler les vides que présentent les premiers bilans annuels » 5. Jean François de Malastrie n'est en mesure d'adjoindre aucun capital à cette nouvelle entreprise. Nommé par M. de Malastrie directeur de ladite succursale de la Mutualité à Castelnaudary, Auguste de Labouisse démissionne rapidement d'une telle fonction, non sans se trouver toutefois obligé d'assumer en lieu et place de Jean François de Maslatrie les conséquences financières d'une telle rupture du contrat passé avec la Mutualité parisienne, et avec les quelques premiers souscripteurs de la Mutualité chaurienne.
En 1841, momentanément revenu à Castelnaudary, le même Jean François de Maslatrie engage Auguste de Labouisse à titre de mandataire dans le procès privé qui l'oppose au reste de sa famille concernant le partage de l'héritage laissé par Eugène de Maslatrie, l'un de ses fils, officier mort en Algérie, des suites d'un duel. Il se trouve qu'Eugène de Maslatrie a expressément légué ses biens, non point à son père, mais à Claire Justine de Claussade, sa mère. Or Jean François de Maslatrie profiter de tout ou partie de cet héritage pour rétablir sa situation financière.
Il porte l'affaire devant le Tribunal civil de Castelnaudary et compte sur Auguste de Labouisse pour documenter efficacement sa cause. Il le charge ainsi de lui fournir, afin d'en faire état auprès du Tribunal, copie de l'ordonnance royale du 30 octobre 1829, rendue exécutoire par jugement du Tribunal de Castelnaudary du 6 mai 1831, qui l'autorise à ajouter à son nom celui de Latrie — qu'il s'est attibué dans les années 1820 déjà —, et à se faire appeler « de Mas Latrie », ou « de Maslatrie », la particule ayant ici pour lui l'importance qu'on devine.
***
« Vous m'aviez chargé de faire quelques recherches à la mairie, au greffe et ailleurs, comme si j'étais un nouveau d'Hozier 6, pour vous découvrir des titres : « Vous aurez la bonté de vouloir bien prendre note de tous vos débours, à cet égard, afin que je uisse vous en faire compte à la première occasion. » 7
Généalogie simplifiée de la famille Mas avant 1803.
Auguste de Labouisse ne dit rien du résultat des recherches en question, parce que celles-ci n'ont pas fourni les preuves de noblesse espérées par M. de Maslatrie. La lecture du Grand Armorial de France de D'Hozier ainsi que celle du volume 131 de la collection Chérin 8, montrent en effet que la famille de Jean François de Maslatrie, qui descend d'un certain Jean Mas, marchand de Carcassonne, n'a jamais été anoblie, et que tous les ascendants du même Jean François de Maslatrie ont porté le nom de Mas, tout court, ou Demas (une fois). La lecture des registres paroissiaux, puis celle des actes d'état-civil, montrent en revanche que, depuis 1803, date de son mariage avec Claire Justine de Claussade, Jean François de Maslatrie a œuvré à petit bruit pour se doter par lui-même d'un nom à consonance noble, assorti de la particule, et pour faire valider l'usage d'un tel nom dans la société civile.
Il s'agit là toutefois d'une ambition déjà nourrie peut-être par André (Louis) Mas, aïeul de Jean François de Maslatrie. Inspecteur des ponts et chaussées du diocèse de Saint-Papoul, André (Louis) Mas, de façon qu'on remarque, laisse le curé inscrire, ou bien l'incite à inscrire le nom de « Demas » sur l'acte de baptême de François Louis Toussaint, son fils, futur père de Jean François Mas, alias De Maslatrie, posant ainsi une pierre d'attente de l'usage que fera plus tard de la particule Jean François Mas, son petit-fils.
15 juin 1782. Baptême de Jean François Mas. AD11. Castelnaudary. Baptêmes, mariages, sépultures. 1782. Document 100NUM/5E76/60. Vue 20.
Texte du premier addendum : « lequel Jean François Mas désigné par cet acte de naissance a été autorisé par jugement du tribunal civil de cette ville du 6 mai 1831, d'après l'ordonnance royale du 30 décembre 1829, à additionner à son nom, ou celui de son enfance, le nom Latrie et de s'appeler désormais Maslatrie. En foi de quoi...
Texte du second addendum : « Par jugement rendu par le tribunal civil de Castelnaudary le 6septembre 1844, il a été reconnu que c'est par erreur que le mot De avait été omis avant et que le dénommé au présent acte s'appelait Demas... »
17 brumaire an XII (9 novembre 1803). Mariage de Jean François Mas et de Claire Justine Clausade. AD11. Castelnaudary. Mariages. 1802-1803. Document 100NUM/5E76/104. Vue 54.
En 1803, Jean François Mas épouse Claire Justine de Claussade du Fort, dotée d'un nom qui ne figure lui non plus ni dans les collections de D'Hozier ni dans celles de Chérin, mais qu'il juge sans doute plus flatteur que le sien. De 1804 à 1821, quoi qu'il en soit, huit des dix enfants du couple se trouvent enregistrés à l'état-civil, lors de leur naissance, sous le nom de Mas, tout court.
Enfants de Jean François Mas et de Claire Justine de Claussade.
En 1804, le couple donne à son premier enfant, née le 16 fructidor an XII, le seul prénom d'Augustine, qui convient à la sobriété résiduelle de la période révolutionnaire finissante. Mais en 1829, lors de son mariage, celle-ci portera de façon plus riche, les prénoms de Louise Marie Marguerite Augustine. Après la Révolution, les autres enfants de Jean François Mas se trouvent dotés chacun de 3 ou 4 prénoms, dont certains alors plus rares ou plus relevés, comme Achille, Ives, Casimir, ou Lydie.
En 1814, Jeanne Marie Sophie Mas, sœur de Jean François Mas, dite « Sophie Marie Mas Latrie » sur son acte de mariage ! épouse Jacques Marie Joseph, marquis d'Hébrail de Canast. Elle devient à cette occasion marquise d'Hébrail. C'est à partir de cette date que Jean François Mas entreprend de manœuvrer à petit bruit, changement de régime politique aidant, afin de atteindre un jour à la possibilité de faire modifier son nom. La Restauration s'accompagne en effet du retour en grâce des noms nobles ou approchants, de telle sorte que ceux-ci ne manquent pas de fleurir à nouveau.
Dès 1815 donc — année de l'avénement du roi Louis XVIII —, lors du baptême de son huitième enfant, Jean François Mas se déclare à l'état-civil sous le nom de Jean François Maslatrie ; et il déclare conséquemment son fils sous le nom de Jacques Marie Joseph Maslatrie. Celui-ci deviendra un célèbre historien sous le nom de Louis de Maslatrie ; et en 1875, il sera fait comte romain à titre héréditaire par le pape Pie IX !/p>
9 avril 1815. Naissance de Jacques Marie Joseph (Louis) Maslatrie. AD11. Castelnaudary. Naissances. 1815. Document 100NUM/AC76/1E138. Vue 82. Grand historien, Louis de Maslatrie est l'auteur de l'opus magnum intitulé Histoire de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan et le fondateur de l'Oœuvre d'Orient./p>
En 1819, à la naissance de son neuvième enfant, Jean François Mas tente encore de se déclarer à l'état-civil sous le nom de Jean François Maslatrie, et il déclare son fils nouveau-né sous le nom de Jean Pierre Auguste Maslatrie. Mais l'officier d'état-civil, probablement troublé par ce nom qu'il ignore, inscrit « Jean François Latrille » pour le père, et « Jean Pierre Auguste Latrille » pour le fils ! L'effet aristocratique, ici, est manqué.
Telle tentative de modification d'un patronyme bien connu suscite probablement à Castelnaudary des critiques, car Jean François Mas revient à son patronyme originel dans l'acte de naissance de son dixième enfant, lequel se trouve enregistré en 1821 sous le nom de François Constant Ernest Mas.
Il faut attendre l'ordonnance royale du 30 décembre 1829, rendue exécutoire par jugement du tribunal de Castelnaudary du 6 mai 1832 pour la reconnaissance officielle du nom de Maslatrie que Jean François Mas s'est choisi. Il faut attendre encore la rectification du 6 septembre 1844 pour la reconnaissance officielle du nom de Demas-Latrie, ou Demaslatrie — l'orthographe restant incertaine — le rédacteur de l'ordonnance royale du 30 décembre 1829 ayant omis de considérer que François Louis Toussaint Demas, père de Jean François Mas, s'appelait ou se faisait appeler Demas. Ainsi advient pour Jean François Demas Latrie l'opportunité d'officialiser en quelque façon l'usage de la particule qu'il pratique officieusement depuis les années 1820 déjà, et qu'il prise tant.
Bulletin des lois, 8e série, règne de Charles X, du 1er janvier au 28 juillet 1830, numéros 336 à 375, 1er janvier 1830, numéro 337, pp. 30-31.
De la publication de l'ordonnance royale du 30 décembre 1829 et de l'exécution des jugements prononcés le 6 mai 1832 et le 6 septembre 1844 par le tribunal de Castelnaudary résulte pour l'impétrant la nécessité de signaler sur tous les actes d'état-civil concernés la modification patronymique autorisée à l'ex-Jean François Mas et aux siens. La lecture desdits registres d'état-civil montre que le signalement de ladite modification patronymique n'a pas été fait sur tous les actes. On le trouve seulement sur l'acte de naissance de Jean François (Mas) Maslatrie, ainsi que sur les actes de naissance d'Ives Rose Marie (Anselme) (Mas) Maslatrie, et de Jacques Marie Joseph (Louis) Maslatrie. Jean François (Mas) de Maslatrie n'a pas fait appliquer cette même modification sur son acte de mariage — son épouse, qu'il appelle désormais « cette dame » ou « Mme M. L. », a demandé et obtenu en 1834 une séparation de biens —, non plus que sur les actes de naissance de ses filles. Une telle modification ne se trouve évidemment pas signalée sur l'acte de décès de Jean François de Maslatrie, mort « rentier » à Paris, 24 rue de Seine, dans le Xe arrondissement.
4 février 1858. Acte de décès reconstitué de Jean François de Maslatrie. Paris. Jean François de Maslatrie a été inhumé ensuite, le 23 février 1858, au cimetière de Montmartre (XVIIIe arr.).
***
On ignore la raison pour laquelle Jean François de Maslatrie a voulu adjoindre à son patronyme initial le complément de « latrie ». Il ne s'en explique nulle part, mais il en illustre la raison par sa conduite même.
Le mot latrie est d'usage rare. Il désigne dans la religion catholique l'adoration ou le culte qui n'est dû qu'à Dieu seul, par effet de différence avec la dulie qui désigne l'ensemble des dévotions dédiées aux saints et à la Vierge Marie. Le concept de latrie a été créé par saint Thomas d'Aquin, puis développé par saint François de Sales (1567-1622) dans L'Étendard de la Foi et dans l'Introduction à la vie dévote.
Jean Francois de Maslatrie, dont deux de ses fils, Achille et Eugène, ont été meneurs ou complices d'une tentative de coup d'état contre-révolutionnaire en 1831 9, est un royaliste ultra, partisan de l'ancien principe « Un Dieu, une Loi, un Roi », et il se doit, à tel titre, de faire montre d'un catholicisme intransigeant. Il a donc le mot religion ostensiblement à la bouche. Il tient au demeurant que la Religion aide à l'homme qui a besoin de se défendre de ce dont on l'accuse. C'est là tout justement son propre cas.
Encore quelques mots pour une bien légitime défense... Que la religion (je le répète) me permet, je crois..., signé au faux-titre : de Mas Latrie, père. Toulouse, Imprimerie de Madame Veuve Corne, 1842. BnF, ID/Cote : 8-LN27-13686.
Se posant dans ce deuxième mémoire en délégataire de la légitimité divine, Jean François de Maslatrie se réclame de cette délégation pour requérir à son propre endroit, de la part de sa famille, de son épouse, de ses enfants, de ses amis et ses connaissances, la même latrie que le croyant doit à Dieu. La lecture du mémoire en question est à cet égard édifiante.
Jean François de Maslatrie décline tranquillement dans ce mémoire les deux faillites successives de sa minoterie, la liste interminable des emprunts qu'il n'a jamais remboursés, d'où la liste subséquente des sommes qu'il doit au petit monde du Tout-Castelnaudary — à sa soeur la marquise d'Hébrail, à son beau-frère le marquis d'Hébrail, à sa propre épouse, à tous ses fils, et plus particulièrement à Anselme (Ives Rose Marie), notaire, ainsi qu'à une bonne partie de la notabilité chaurienne. Il évoque sa fuite à Paris où il se trouve menacé d'arrestation et d'incarcération au Châtelet pour cause d'insolvabilité... 10 Il dénonce la trahison de son épouse, qui, « lorsqu'il l'a prise en mariage le 17 brumaire an XII, ne POSSÉDAIT RIEN » 11 et qui a obtenu depuis lors une séparation de biens. Il dénonce aussi l'ingratitude de ses enfants qui ne veulent désormais plus rien lui prêter, et il se flatte de leur avoir intenté un procès devant le tribunal de Castelnaudary afin d'obtenir tout ou partie des biens qu'Eugène, son fils mort à Alger, a légués à sa mère et, à travers elle, à ses frères et sœurs, en l'excluant lui de toute participation à cet héritage. Il se campe là dans le rôle du vieux père qui s'est sacrifié pour entretenir sa famille et que celle-ci, à l'heure de sa vieillesse, a odieusement abandonné ! Il devra finalement à un geste d'apaisement consenti par Anselme, son fils notaire, l'obtention d'une sorte de pension de vieillesse, assurée jusqu'à la fin de ses jours par ses enfants. Il avait réclamé d'abord une pension de 6.000 francs ; il condescend ensuite à une pension de 2.000 francs.
« Pension annuelle de deux mille francs que je demande à mes trois fils et à ma fille aînée Mme la marquise d’Heb...
Serait-ce trop, messieurs, pour vivre honorablement en cette ville ; suivant mon rang social et celui qui y occupe ma famille, d’une pension de 2.000 fr., alors que mon âge, mes infirmités et mon extrême mauvaise vue réclament si hautement les soins et l’assistance d’un domestique ? »
Et d'ajouter au bas de la note en question, cette précision judicieuse : « Dans ce dernier article des dépenses, je comprends les réparations locatives, la contribution personnelle et mobilière, les frais d'église, les frais de correspondance et de bureau, le bris et casse dans le ménage, et enfin les DÉPENSES IMPRÉVUES proprement dites. ».
Encore quelques mots pour une bien légitime défense... Que la religion (je le répète) me permet, je crois..., signé au faux-titre : de Mas Latrie, père. Toulouse, Imprimerie de Madame Veuve Corne, 1842, p. 45. BnF, ID/Cote : 8-LN27-13686.
« Sans être théologien, pas plus que je ne suis jurisconsulte et littérateur », observe cauteleusement M. de Maslatrie, « je CROIS QUE CELUI QUI SONDE LES COEURS ET LES REINS ne voudra pas condamner l’homme qui, par nécessité, est forcé de médire en se justifiant. Du reste, je saurai toujours m'incliner, à cet égard, avec soumission, aux sages décisions et aux censures de l'église, notre mêre commune. » 12
On comprend mieux ici ce que Jean François de Maslatrie entend par latrie : c'est l'egolatrie d'un tartuffe qui, cependant qu'il frise le filou et l'escroc, se prend et veut se faire passer pour l'incarnation de Dieu le Père, — Auquel on doit adoration.
S'adressant in fine à son fils Anselme, notaire, qui a « convoqué un conseil de famille pour le faire INTERDIRE », il le défie du haut de sa latrie :
« SILENCE DONC, MONSIEUR LE NOTAIRE ! Silence pour le présent comme pour l’avenir ! Car vous avez été vaincu sur tous les points et en tous lieux. Ce que vous avez de mieux à faire aujourd'hui, c’est d'abandonner votre ténébreux système pour entrer dans une voie meilleure.
J'en ai vaincu, à Paris, de bien plus forts que vous en subtilités, monsieur le notaire. Le sieur Ch....App...., fils d'un ancien procureur au Châtelet, triple personnification vivante de l'astuce, de l'ambiquïté et de l’équivoque, m'a rendu les armes sur le champ de bataille (en décembre 1840 dans son cabinet, rue des Martyrs, 53). » 13
À noter que Jean François de Maslatrie prend soin de préciser ici l'adresse du cabinet de l'ancien procureur du Châtelet chez qui il s'est trouvé convoqué, parce qu'il s'agit de la rue des Martyrs, qui conduit à Montmartre où saint Denis, premier évêque de Paris, et ses compagnons auraient été martyrisés au IIIe siècle ; et lui, qui se trouve en passe de l'être à tour comme il le laisse finement entendre ci-dessus, se targue d'avoir su triompher du sort auquel a succombé saint Denis lui-même ! Preuve éclatantes de la latrie dont il prétend être le dédicataire !
Martyre de Saint Denis, fresque conservée dans l'église de la Sainte Trinité, Paris, IXe arr.
Du haut de sa latrie, après avoir intimé silence à son fils, Jean François de Malastrie lui adresse l'exhortation de « son vieux Père », qu'il tourne dans le style évangélique :
« Ô mon fils ! écoute cette voix amie que personne ne pouvait te faire entendre que moi, et qui t’apporte des conseils et des remèdes pour ta position présente : ne les dédaigne pas. Fais une halte sur le chemin de la vie pour réfléchir à ton avenir, et pour ne pas t’y égarer, pratique mieux ta religion : ELLE SEULE T'ÉCLAIRERA et te fera comprendre, tout-à-la-fois, ce que tu dois à Dieu, avant tout, ce que tu dois à ton vieux Père et ce que tu dois aussi à la famille et à la société. 14
Et pour faire bonne mesure, toujours à l'intention de son fils, le « vieux père » ajoute encore ces deux citations :
« Je n’entends pas que l’on puisse être vertueux sans religion ; j’eus longtemps cette opinion trompeuse, dont je suis bien désabusé. ROUSSEAU »
« Puisque la société ne peut ni s’établir ni subsister sans religion, ceux qui par leurs paroles, leurs écrits et leurs mauvais exemples, attaquent la religion, doivent donc être regardés comme les ennemis de la société. FÉNELON » 15. Ce sont là, datées de 1842, les dernières lignes du deuxième mémoire de Jean François de Maslatrie.
***
Outre qu'il se flatte d'entretenir des relations hautement morales avec une famille qu'il vilipende, Jean François de Maslatrie se fait fort dans son mémoire de river son clou à « M. de L. R. » (Auguste de Labouisse) qui l'accuse de ne lui avoir jamais remboursé les sommes qu'il lui a prêtées et de ne l'avoir jamais payé ni pour les travaux effectués à sa demande, ni pour les services qu'il lui a rendus.
« NOTE relative à l'emprunt des 3000 fr. — 6.000 fr d'après Auguste de Labouisse — fait à M. de L. R.
M. de L. R. exigea dans l'acte que les intérêts lui seraient payés d'avance, et il eut bien soin de les retenir, pour la première année, sur les fonds qu’il avait à verser chez M. M., notaire, qui avait rédigé ledit acte. Induit en erreur, faut-il bien le dire, je fis à M. L. R. une déclaration, datée de Paris, le 11 mars 1841, sur ses instances réitérées, déclaration que je rétracte aujourd'hui, car elle n'est pas conforme à la verité que je ne connaissais pas alors, et que je connais bien aujourd’hui, avec les preuves en main.
Mais comment se fait-il que ce monsieur qui m’a accusé d’être affamé d argent, le soit autant ; LUI ? car, indépendamment qu’il a exigé que les intérêts lui fussent payés d'avance dans cette affaire, il a bien voulu exiger aussi, antérieurement à la rédaction de cet acte (25 mai 1835), des intérêts élevés (pourquoi me force-t-il à le dire ?) pour un solde que je restais lui devoir sur une partie de blé qu'il m’ayait consignée en 1824, alors que je faisais fabriquer des farines de minot ? Comment se fait-il encore que ce monsieur qui prétend que je suis si affamé d'argent, ne veuille pas me payer mes honoraires en ma qualité d'agent d'affaires, dont j’exercais la profession à Paris, pour les démarches que j’ai faites pour lui pendant les huit années que j’y ai demeuré ; pas même me rembourser mes frais ?..... Y a-t-il là, messieurs, de la loyauté, de la générosité, de la justice, je vous le demande ?
Vous ne saviez peut-être pas, messieurs, que M. de L. R. est un croqueur ? Ce fier décentralisateur 16 de notre frontière s’est vanté en cette ville qa’il voulait me croquer comme une alouette rôtie. Je vous raconterai ça dans une autre circonstance, si je me décide à publier un troisième mémoire ou quelques-unes de ses méchantes lettres. En attendant qu’il puisse me mettre sous sa dent, il veut CROQUER mes honoraires et mes petits frais faits pour lui. Que vous en semble, messieurs, de la loyauté et de la justice de notre concitoyen ?
M. de L. R., à qui je disais dans une de mes lettres que je croyais avoir fait, pour lui être utile et agréable, cinq cents lieues sur le pavé de Paris, dans les huit années que j'y ai résidé (et certes je ne crois pas avoir exagéré), me répondit dans une lettre de vingt-deux pages, sous les dates du 18 et 19 décembre, que Lui en avait fait pour moi, en cette ville, plus de huit cents ? Est-ce possible, messieurs, pour avoir remis, tout au plus, neuf à dix lettres à deux ou trois personnes avec lesquelles je correspondais ordinairement par la poste.
Comment, monsieur le littérateur, c’est ainsi que vous voulez payer mes courses, mes soins et mes écritures ? c’est ainsi que vous écrivez l’histoire ? Vous auriez tort, à l'avenir, de compter sur les souscriptions 17 de vos concitoyens pour vos nouvelles publications historiques ; car, avant tout, je n’en doute pas, ils aiment l’exactitude dans les faits rapportés. » 18
***
On voit ici comment dans un enchaînement rapide, visant cette fois en la personne d'Auguste de Labouisse, l'écrivain, et plus particulièrement l'auteur du Voyage à Rennes-les-Bains, Jean François de Maslatrie passe de la défense de sa propre cause à l'attaque ad hominem, via l'avertissement et la menace ainsi que le sous-entendu calomnieux. Après avoir porté une première atteinte à l'honneur d'Auguste de Labouisse en le traitant de « croqueur » en affaires, autrement dit de rapace malhonnête, Jean François de Malastrie porte une seconde atteinte à l'honneur d'Auguste de Labouisse en le traitant d'auteur qui manque à l'exactitude dans les faits rapportés, autrement dit d'écrivain malhonnête. C'est là plus que n'en peut souffrir Auguste de Labouisse, soucieux comme on sait de maintenir les valeurs de la tradition aristocratique, et plus particulièrement celles des famille Labouisse et La Tour, dont il se réclame. D'où la sévérité des critiques qu'il formule à son tour, un an plus tard, dans Ma Justification, contre Jean François de Maslatrie.
***
En matière de morale, plus encore que l'opacité, l'imprudence, le désordre ou la malhonnêté dont M. de Malastrie fait montre dans ses — mauvaises — affaires financières, Auguste de Labouisse dénonce la ténacité procédurière avec laquelle, mauvais mari et mauvais père, M. de Maslatrie monopolise ou tente de monopoliser, pour les dilapider ensuite, les ressources de sa famille tout entière.
Alors qu'en 1839, son fils Anselme se trouve en situation de pouvoir acheter sa charge de notaire et de se marier, Jean François de Maslatrie l'oblige à retarder ou suspendre tout à la fois l'achat de cette charge et ce mariage — ce qui manque alors de tout faire échouer —, parce qu'il entend réserver l'argent de la famille à d'autres projets, plus urgents à ses yeux, dont, outre des affaires, vouées à l'échec, comme on le devine, célébré le 19 juin 1841, le mariage de (Jacques Marie Joseph) Louis, son jeune fils préféré, mariage qu'il a encouragé et qui le ravit.
On se souvient qu'Eugène de Maslatrie, mort en Algérie en 1840, lègue ses biens à Claire Justine de Claussade, sa mère, qui entreprend de partager ce legs avec ses enfants. Jean François de Maslatrie leur fait à tous un procès, pour la préparation duquel il requiert l'assistance et le conseil d'Auguste de Labouisse. Anselme de Maslatrie, qui entre temps s'est marié quand même, se charge de défendre sa mère et ses frères et sœurs.
29 septembre 1840. Mariage d'Yves Rose Marie, dit Anselme, de Maslatrie, et de Caroline Justine Joséphine d'Arailh ou d'Araille. AD31. 2 E IM 2275. Auriac-sur-Vendinelle. 1 E 18 registre d'état civil : naissances, mariages, décès (collection communale). 1833-1842. Vues 413-414.
Caroline Justine Joséphine d'Arailh ou d'Araille est née le 4 novembre 1815 à Auriac-sur-Vendinelle. Dit « propriétaire », Joseph Théophile Darailh, son père, est alors maire de La commune. Cf. AD31. 4 E 64. Auriac-sur-Vendinelle. Naissances (collection du greffe). 1793-1822. Vue 519.
À la fin de l'année 1841, Jean Français de Maslatrie fait à propos de ce mariage le commentaire suivant : « Eh bien! les chagrins de cet enfant, messieurs, ont cessé depuis longtemps déjà, car j'ai lu une de ses lettres, écrite à son jeune frère après son mariage et la naissance de son premier enfant, dans laquelle il disait que SON BONHEUR ÉTAIT COMPLET... Et mes chagrins, messieurs, dont il est l'UNIQUE AUTEUR, durent encore, Que la volonté de Dieu soit faite en toutes choses !... Encore quelques mots pour une bien légitime défense... Que la religion (je le répète) me permet, je crois..., signé au faux-titre : de Mas Latrie, père. Toulouse, Imprimerie de Madame Veuve Corne, 1842, p. 46.
Auguste de Labouisse, qu'on sait très à cheval sur la morale et qui se veut chantre des grands principes de la paternité, ne tarde pas à en dispenser à Jean François de Maslatrie la leçon. Cette leçon lui vaut en 1841 d'être accusé par M. de Maslatrie de complicité avec son fils Anselme, et remplacé par un autre conseiller, moins regardant sur lesdits principes. Nouvellement nanti de sa charge de notaire, Anselme de Maslatrie s'est chargé, comme on sait, de défendre sa mère et ses frères et sœurs. Son père le maudit. C'est Anselme finalement qui a le cœur et la sagesse de proposer un arrangement susceptible de mettre fin à l'indignité de ce procès.
***
En 1843, dans Ma Justification, Auguste de Labouisse rapporte le propos qu'il a tenu dans la noble leçon de morale paternelle dispensée en 1841 à M. de Maslatrie :
« À présent que je me suis délivré, ou pour mieux dire, que vous m'avez rendu le service de me délivrer de ce pénible mandat, je suis libre de répéter ce que je vous disais confidentiellement : que le public trouvait étrange, que vous fussiez ligué seul, contre toute votre famille ; quand on est seul contre tous, un préjugé légitime nous porte à croire, que celui qui est seul ne peut guère avoir raison. Vous me direz : L'intérêt les unit ; voilà pourquoi je suis seul. Non, monsieur, ce n'est pas l'intérêt ; et comme je connais cette affaire qui m'a pris un temps précieux, un temps énorme, un temps irréparable et pour lequel vous me devriez des INDEMNITÉS CONSIDÉRABLES si j'étais un homme mercantile, j'ai le droit d'avoir un avis.
Votre famille n'est point liguée par l'intérêt ; elle ne repousse point la pension alimentaire que vous réclamez ; elle est fâchée d'avoir à en faire juger la quotité par la justice et elle n'est liguée que contre vos menaces, vos exigences et vos injures. »
Edgar Degas, La Famille Bellelli (1858-1869), Musée d'Orsay.
« Monsieur, il y a plus d'un an que je vous écrivais : — Vous vous plaignez de n'être pas aimé, et vous ne songez qu'à vous faire craindre ; vous voulez qu'on coure avec empressement au devant de vous quand vous arriverez, et vous projetez d'arriver avec la verge haute prête à frapper... Votre famille n'a jamais couru au devant de vous parce que vous n'étiez pour elle ni doux, ni tendre, ni bien intentionné ni ami, ni protecteur, ainsi que c'était votre devoir de père. Ah ! Monsieur, vous êtes bon, sensible et juste, laissez-vous toucher, prenez une autre marche, montrez-vous père, sachez bénir et pardonner ; alors, je vous en suis garant, rien ne vous sera disputé ; on vous fera encore toutes les réparations que vous exigez si impérieusement, et l'on tâchera de rendre votre vieillesse aussi heureuse, aussi tranquille qu'il sera possible de le faire. »
Jacques Joseph Tissot, dit James Tissot (1836-1902), L'enfant prodigue : Le départ, 1880, Musée d'Arts, Nantes.
« Je vous disais encore sur votre fils, M. Anselme : — Père imprudent ! comment ne songez-vous pas, d'abord, que vous exagérez les torts et les fautes ; que le bon père dont parle l'Écriture, avait tout pardonné à l'Enfant prodigue et qu'il avait fait tuer le veau gras pour fêter son retour ; que Dieu fit du repentir la vertu des mortels (Voltaire) comme il a fait du pardon la vertu des pères. Ensuite, quand même il serait vrai que votre fils fût jaloux, méchant, hypocrite, rusé, (en ajoutant mille imprécations) ; est-ce à un père à publier de pareilles ignominies ? Dans votre colère, vous semblez désirer que votre fils soit chargé de tous les crimes pour qu'on puisse le faire mettre aux galères... Grand Dieu ! Est-ce là le voeu d'un père ? le voulez-vous ? Non certainement, vous ne le voulez pas, puisque vous m'avez écrit, qu'il répare ses torts, et à l'instant je vais le réhabiliter dans l'opinion publique. Mais est-ce qu'une pareille révolution sera en votre pouvoir ? L'opinion publique ne change pas ainsi à notre gré ; la confiance ne se commande pas : quand vous aurez flétri, déshonoré votre fils, il ne sera plus en votre pouvoir de le réhabiliter ; vous aurez éloigné sa clientèle, vous lui aurez fait perdre son état, il sera honni et ruiné, et que deviendra alors cette pension alimentaire que vous voulez qu'on vous fasse, et qu'on vous fera dès que vos propositions seront justes, modérées, raisonnables, en rapport enfin, avec vos besoins et l'état respectif de vos enfants ? » 19
M. de Maslatrie parlait d'abord de réclamer, outre le paiement de ses dettes, une pension de 2.400 fr. « Mais pourquoi pas mille écus ? la somme serait plus ronde » 20, ironise ici Auguste de Labouisse, qui semble juger qu'en matière de conscience morale le cas de M. de Maslatrie demeure désespéré. Ce cas rest en tout cas étrange, puisque Jean François de Maslatrie a su se faire aimer de Louis, ce jeune fils préféré qu'il emmenait avec lui à Paris en 1834, lequel lui restera fidèle toute sa vie durant, et une fois installé dans sa carrière d'historien, le libèrera de toutes ses dettes.
Comte Louis de Mas Latrie, 1883, Reymann et Cie, photographie, Paris.
M. de Maslatrie, qui ne goûte pas les sermons dispensés à son intention, rompt avec Auguste de Labouisse à la fin de l'année 1841. Celui-ci se félicite d'abord d'être enfin remplacé dans son ingrate fonction de mandataire du plaignant auprès du tribunal. Mais alors qu'il croyait pouvoir réclamer à M. de Malastrie quelque dédommagement pour services rendus, c'est M. de Maslatrie qui lui réclame la somme de 2.400 fr. en guise de dédommagement pour service non rendu. Les « débours » relatifs aux recherches portant sur la validité des prétentions nobiliaires de M. de Maslatrie ont été entre temps oubliés. Auguste de Labouisse refuse en conséquence haut et fort de payer les 2.400 fr. réclamés par M. de Maslatrie : « — Si en 1841, vous deviez me rembourser mes débours, DONC je ne vous devais pas les 2.400 fr, dont vous avez rêvé que j'étais devenu votre débiteur » 21. Il croit, dit-il, en avoir fini ainsi avec M. de Maslatrie. Il se trompe...
« Je voulais contribuer à vous assurer un sort tranquille, et à rendre votre vieillesse heureuse », déclare-t-il. « Votre famille et surtout votre fils Anselme (je leur dois cette justice), étaient disposés à faire tout ce que j'aurais voulu ; TOUT, oui TOUT : réparations, supplications, génuflexions, prières, sacrifices, argent... Seul vous avez tout arrêté par une inflexible volonté ; vous n'avez pas voulu permettre que je misse pour contre-poids dans la balance ma conciliante douceur, mon indulgence pour les faiblesses de l'humanité et mon honnêteté. Ce qui me fit vous répliquer : que je n'étais pas un homme qu'on peut employer au gré de son caprice et de sa brutalité. Celle réplique ne manquait pas de franchise, ni de droiture ; que vous en semble ?... Voilà la vérité sur ma conduite et sur la vôtre. Vous n'aviez pas assez compris la dignité de ma position ; je ne la laisserai jamais outrager ni flétrir par personne et il ne pouvait pas me convenir de vous abandonner le droit de me l'enlever. Je pouvais être votre mandataire, parce que je suis obligeant ; votre conciliateur, mais je ne pouvais l'être que d'après mes habitudes, mes principes et mon caractère. Rien ne pouvait me faire fléchir sur ce point, aussi je n'ai pas fléchi : cela a excité votre courroux ; vous avez voulu m'en punir en m'imposant une taxe fantastique de cent écus par an faisant suivant vous un total de 2,400 fr. ; lequel total, refusé, comme de raison, il en est résulté que vous avez rompu tout commerce avec moi... Oh ! tant mieux, mille fois tant mieux !... J'en bénissais la Providence... et peut-être n'étais-je que trop satisfait d'être délivré de vous. J'en ai été puni par vos indignes attaques. » 22
***
Outre son art de l'esquive en affaires, son despotisme, son parasitisme familial, — qu'il conteste toutefois vigoureusement —, sa pente casuistique en matière de morale, ce qui révulse Auguste de Labouisse chez Jean François de Maslatrie, c'est la mauvaise foi dont celui-ci fait montre dans sa critique des publications signées Labouisse-Rochefort. M. de Maslatrie s'applique en effet à partir de 1841, dans ses lettres et dans ses différents mémoires, à villipender M. de L. R. journaliste et écrivain, arguant qu'il n'a jamais cru pouvoir trouver quoi que ce soit de bon dans ses écrits et touchant ainsi à ce qui, chez l'homme Labouisse, fait évidemment le plus mal...
Dans Ma Justification, Auguste cite nombre des jugements perfides dont François de Maslatrie l'accable, et il se donne la peine, sans doute inutile, de les réfuter.
« Il me prend fantaisie d'opposer à votre dénigrement un suffrage qui peut bien me consoler de n'avoir pas obtenu le vôtre. Si je publie cette lettre particulière, c'est parce qu'elle est, en quelque sorte officielle et ministérielle. »
Pierre Louis Delaval (1790-1881), Portrait de Jacques Joseph Guillaume François Pierre, comte de Corbière (1766-1853), doyen de la faculté de droit de Rennes, député d'Ille-et-Vilaine, ministre d'État, anobli et créé comte en 1822, puis pair de France en 1828, membre de la Société des bibliophiles français ; collection particulère.
« Quand l'Anecdotique parut pour la première fois, j'envoyai le prospectus aux princes et aux ministres, qui, presque tous, souscrivirent. J'avais écrit en même temps à M. de Corbière, ministre de l'Intérieur, pour lui proposer quelques projets de loi ; et, entr'autres lettres flatteuses que je reçus à cette époque, la suivante ne fut pas celle qui me causa le moins de plaisir et de satisfaction. Elle est signée d'un homme qui a été le plus grand ministre des finances que nous ayons eu :
Paris, 23 février 1822.
« J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 8 du courant, pour me demander
de souscrire au journal de Castelnaudary, Il me suffit de connaître que vous travaillez à cette feuille pour y consentir. Je vous prie donc de me regarder comme abonné en mon nom personnel.Je saisirai toujours avec empressement
l'occasion d'encourager les entreprises utiles, et dictées par des intentions droites et pures, et telle est l'idée que je me forme du journal que vous annoncez. La lettre que vous avez écrite à M. de Corbière a été mise sous les yeux du conseil, qui en a été très satisfait. Je suis charmé de pouvoir vous l'annoncer.
» Agréez, Monsieur, l'assurance, etc.
Le Ministre des finances,
Jh. DE VILLÈLE. »
Jean Sébastien Rouillard (1787–1852), Portrait de Jean Baptiste Joseph Marie Anne Séraphin, comte de Villèle (1773-1854), s.d., collection particulière.
« Qu'en dites-vous, M. de M...? Il y a apparence qu'une lettre qui avait mérité l'honneur d'être lue dans le conseil des ministres, et quels illustres ministres ! ne devait pas être si triviale, ni si insignifiante,qu'il vous a plu, un jour, de prétendre que l'était ma manière d'écrire habituelle, après avoir vous-même exprimé tout un autre sentiment ! » 23
Auguste de Labouisse dénonce ensuite la versatilité opportuniste du jugement que Jean François de Maslatrie porte sur ses qualités d'homme de lettres. En mars 1839 encore, M. de Maslatrie trouve à Auguste de Labouisse, dans sa correspondance, une plume « gracieuse ». On notera toutefois ci-dessous qu'après ce compliment, Jean François de Maslatrie soumet à la critique sagace de M. de Labouisse-Rochefort un ouvrage de son propre cru... — car il écrit et publie, lui aussi. Puis de façon plutôt condescendante, il l'engage à concourir pour un prix, qui sera décerné à un ouvrage écrit « pour l'instruction de la jeunesse. »
« Le 6 mai 1839, au lieu de trouver mauvais et médiocre ce que je faisais, vous m'engagiez à disputer la palme dans un concours académique, en ces termes : — J'ai reçu fort exactement, par l'entremise de M..., votre obligeante et bien gracieuse lettre, portant la date du 30 mars dernier. Je ne veux pas manquer l'occasion qui se présente, sans me donner le plaisir de vous adresser avec mes remerciements bien sincères de toute votre obligeance, le volume que j'ai retiré pour vous. Je vous serai bien obligé de me faire vos observations sur ce petit travail, qui, à ce qui me paraît, a une assez grande portée. Je vous envoie aussi un programme relatif à la rédaction d'un ouvrage pour l'instruction de la jeunesse, et pour lequel une personne de Paris a déposé une somme de 4.000 fr. Vous ferez bien, tout en vous distraisant [sic] de vos chagrins et de vos tribulations, de concourir. » 24
De quel ouvrage de son cru, retiré en 1839 par ses soins à l'intention d'Auguste de Labouisse, Jean François de Maslatrie parle-t-il ici ? Il n'a publié jusqu'alors que deux opuscules seulement : Quelques mots d'éclaircissement adressés à ses concitoyens et aux habitants de cet arrondissement 25 en 1827, et Réflexions et souvenirs déchirants d'un homme d'honneur 26 en 1838. Il s'agit donc du second de ces deux écrits, consacré aux problèmes familiaux qui ont résulté des incartades militaires et politiques d'Achille et d'Eugène, les deux fils aînés de Jean François de Maslatrie, puis de son propre déménagement de 1834 à Paris avec son jeune fils Louis (Jacques Marie Joseph).
Sous-titré « D'un homme d'honneur, mari, et père tout à la fois, abreuvé depuis plus de trente années, d'amertumes et de tribulations de toute nature ; récemment méconnu et outragé par sa femme et plusieurs de ses enfants, après quatre ans d'absence, en rentrant au sein de sa famille. Sic victoria victis » (Telle est la victoire qui va aux vaincus) 27, le texte de M. de Maslatrie finit ainsi :
« Nous terminons cet écrit par cette pensée, qui doit s'être présentée naturellement, à l'esprit de toute personne sensée et réfléchie. — S'il pouvait être vrai que la femme et les enfants qui ont méconnu et outragé leur mari et leur père, jouissent encore, dans le lieu même où le scandale a été commis, de la considération publique, il faudrait en induire par une conséquence toute naturelle, que ce mari et ce père, en une seule personne, est un être bien vil et bien méprisable.
Mais si au contraire, ce mari et ce père qui aurait été méconnu et outragé par sa femme et ses enfants, était un homme d'honneur, il est impossible que cette femme et ces enfans méritent l'estime des gens de bien.
Nous soumettrons ces réflexions à l'opinion publique, s'il est nécessaire, qui saura bien les apprécier, et nous n'appréhendons nullement la publieité de son jugement.
Paris, le 15 juin 1838 jour très mémorable pour la famille dont il s'agit. » 28
Auguste de Labouisse aura sûrement apprécié à sa façon la portée de ces « réflexions et souvenirs », mais il ne dit rien des « observations » qu'il a pu faire alors à propos de cet écrit dans lequel, quoique non nommé, il se trouve visé déjà, à plusieurs reprises, en tant que mauvais « conseiller » de l"épouse et des enfants de M. de Maslatrie. Il profitera toutefois de la lecture du texte en question pour multiplier à son tour, dans sa propre Justification de 1843 les attaques ad hominem contre Jean François de Maslatrie.
C'est à partir de 1841 que Jean François de Maslatrie, qui a écrit d'abord nombre de factums relatifs à la plainte déposée au tribunal concernant la liquidation de l'héritage de son fils Eugène, vient ajouter à ses premiers écrits les mémoires destinés, entre autres, à ruiner la réputation d'Auguste de Labouisse, son ex-mandataire, et à lui faire faire ainsi « le plongeon ».
Comme il ne peut pas attaquer Auguste de Labouisse sur sa vie privée, alors plutôt triste et vide, sachant son extrême sensibilité aux critiques portant sur son œuvre de journaliste et d'écrivain, il lui reproche de manquer de franchise politique dans ses articles, et il se gausse de ses livres que personne ne lit, puisque, observe-t-il cruellement, ils ne se vendent pas.
Auguste de Labouisse se défend. « À ma franchise ! moi ! qui, dans ma jeunesse en montrait une si extrême, si outrée qu'elle allait presque jusqu'à l'impolitesse ; au point qu'on m'avait surnommé M. de Lafranchise, un original, un philosophe.... Mais je dois dire pour mon excuse, que nous vivions alors dans un temps de licence et d'anarchie. L'âge, l'expérience et la réflexion me firent bientôt sentir que je devais modifier cette exagération de mon caractère, et la contenir dans les règles de la bienséance. Il me resta encore assez de cette franche franchise (comme Figaro disait de sa vérité la plus vraie), pour correspondre avec les personnages les plus considérables de l'État, et leur adresser les vérités les plus fortes, les plus énergiques, les plus incisives, ainsi qu'on en verra de singuliers exemples dans mes Souvenirs. Cet homme que vous accusez de n'avoir pas de franchise, avait écrit et publié en 1819, quoiqu'il eut une place qui aurait dû le rendre souple et rampant comme tant d'autres :
Si l'on me nomme, j'irai
En français généreux, en député fidèle,
Siéger à ce côté, de l'honneur vrai modèle,
Où, bravant les rigueurs du sort et du pouvoir
Malgré le ministère on remplit son devoir.
Était-ce manquer d'audace d'énergie et de franchise ? » 29
En 1819, Auguste de Labouisse a effectivement mené à Narbonne, dans dans les rangs des légitimistes, campagne pour la députation. Mais pour diverses raisons circonstancielles, dont plus particulèrement son manque de base dans cette ville, il ne s'est finalement pas présenté aux élections.
« Avant 1830, j'écrivais aux ministres avec lesquels j'étais en relation : — La France est étonnée, consternée ; une conspiration patente à tous les yeux s'organise et s'étend sans qu'on prenne aucune mesure pour arrêter ses sinistres progrès ; sans qu'on prépare des lois salutaires pour répondre aux besoins de l'époque. On fait si bien et si bon, qu'un de ces jours, on dira à Charles X : allez-vous-en, et qu'il s'en ira... Telle fut ma funeste prédiction. Mais je dois l'avouer, en la faisant, je ne la croyais pas si vraie, ni son accomplissement si proche. » 30
Là, Auguste de Labouisse a payé en effet de la perte de son emploi sa franchise à l'endroit des événements qu'il augurait - journées révolutionnaires de juillet 1830, abdication de Charles X, avénement de Louis-Philippe —, puisqu'il a préféré démissionner de son poste d'entreposeur des Tabacs et des Poudres avant les événements, et s'est donc trouvé réduit à vivre désormais de ses seules ressources personnelles— déclinantes — et de sa plume — peu rémunératrice. Il tranche en cela sur le comportement de M. de Maslatrie qui a usé de ses sympathies avec les ultras du barreau d'Angers, et payé fort cher — ce dont il se flatte dans ses Réflexions et souvenirs... 31 — pour obtenir, contre toute attente, la relaxe d'Achille et d'Eugène, ses deux fils aînés, tous deux officiers, alors compromis dans le complot contre-révolutionnaire découvert en 1831 à l'École royale et militaire de Sorèze. 32
Après avoir attaqué Auguste de Labouisse sur sa franchise politique, Jean François de Maslatrie lui signifie le mépris dans lequel il tient ses lettres, ses livres, sa prose et ses poésies, sachant qu'il tient lesdites poésies pour plagiées du Chevalier de Boufflers et d'Évariste de Parny 33 :
« À propos de vos livres vendus (la seule rentrée peut-être faite de vos ouvrages, car vous les donnez, et même on n'en veut pas), je me suis servi du mot mauvais, pour dire gâtés, et cela a paru vous choquer. Je ne sais pas Monsieur, quant à leur contenu, ce qu'ils sont ; malgré que je les aie depuis 15 à 20 ans, je n'en ai pas lu une seule ligne » 34.
Auguste de Labouisse répond à cette attaque sur un ton de hauteur qui est ici celui de l'homme froissé dans son honneur d'écrivain et de gentilhomme, et qui se doit de relever le gant avec une ironie élégante.
« Il y a vingt ans que vuus ne lisez pas mes ouvrages, que vous n'en lisez pas même une seule ligne, ainsi que vous l'affirmez. C'est un parti pris, c'est même un très bon système, dont je ne vous blâme pas. Mais alors d'où vient que vous vous êtes abonné, à l'Anecdotique que je rédige en entier ? N'avez-vous eu la bonté de souscrire, qu'afin de de n'en pas lire une seule ligne ! Ou serait-ce par hasard une occasion de plus, dans laquelle, pour ma justification, vous avez eu la charitable humilité de vous mettre en complète contradiction avec vous-même ? 35
Je ne m'en fâche pas du tout, Monsieur, et même je vous en félicite. Je ne veux que faire observer, que juger ces mêmes ouvrages, que les déprimer, que prétendre qu'ils renferment que je me suis vanté d'être le rival des Boufflers et des Parny, c'est mentir, c'est manquer de bonne foi, de loyauté, de sincérité, de franchise et de justice. Puisque vous n'avez pas lu, vous ne pouvez pas juger. Cela est clair et net, et je crois que je ne divague pas, que je ne bavarde pas, que je ne m'égare pas, que je ne passe pas à côté de la question, ainsi que vous m'en accusez encore dans vos lettres ; tandis qu'on pourrait rétorquer tout cela contre les vôtres ; témoin ce congé, que vous aviez minuté, médité et limé, pour qu'il me fit un grand effet, pour qu'il me foudroyât et qu'il m'écrasât. Vous m'y intimez de ne plus vous écrire, que vous ne recevrez plus mes lettres, que si je vous en écris vous me les renverrez sans les décacheter, par la poste, etc., et de cette manière vous êtes tout réjoui en songeant que vous resterez victorieux. — Empochez cette victoire, elle vous fera grand honneur. » 36
Auguste de Labouisse défie en revanche M. de Maslatrie d'arriver à le faire plier par la publication de ses mémoires, dont le troisième vient de sortir, et le quatrième s'annonce.
Je n'ignore pas, Monsieur, que, semblable aux branches de l'arbre dont la feuille nourrit cet animal industrieux qui nous file la soie, vous n'êtes pas pliant ; il est plus facile de vous casser ou de vous briser, que de vous faire plier. C'est bien, et je ne vous blâme pas. Mais malheureusement pour vous, il se trouve que j'ai la même énergie dans le caractère, et l'on ne me fait pas plier aisément. La crainte ni même la force ne me firent jamais reculer. Achille n'était vulnérable que par le talon ; c'était là une singulière particularité pour un Achille. Quand à moi on ne peut me vaincre que par le sentiment. Dans une autre rencontre j'aurais ajouté : et par la raison : j'aime trop la vérité, la justice et la logique pour ne pas me soumettre à l'empire de la raison et des raisons. Dans ce cas-là, ce n'est plus fléchir, puisque c'est se rendre avec les honneurs de la guerre. Mais qu'aurait à faire en ce moment la raison entre nous deux, quand, de votre côté, il n'y en a plus le moindre vestige ? » 37
Grand seigneur, après avoir signalé M. de Maslatrie qu'il aurait de quoi le traduire pour calomnies devant le tribunal de police correctionnelle, Auguste de Labouisse lui annonce que non seulement il se fera une joie de ne plus lui écrire, mais encore que, même si celui-ci vient de publier un troisième mémoire et en annonce un quatrième, aujourd'hui non plus que par le passé, « ne se laissant effrayer ni par les accusations, ni par les injures, ni par les outrages, ni par les calomnies » — « de mauvaises pasquinades dont on rit, comme on rit des pantalonnades d'un arlequin ou des jactances d'un charlatan » —, il se fera un honneur de ne plus les relever : « J'ai pour leur répondre, déclare-t-il, TOUTES MES ACTIONS » 38. Il compte bien au demeurant qu'à Castelnaudary, les « honnêtes gens » le comprendront. Et d'ailleurs « est-il bien chrétien et bien probe le combat que vous m'avez forcé à soutenir ? Je vous aurai nui peut-être, contre mon gré et mon intention... » 39
Maurice Sand (1823-1889), Masques et bouffons (Commedia dell'Arte), tome 2, Docteur Pantalon, gravure par Manceau, Paris, A. Lévy Fils, 1862.
***
Auguste de Labouisse met donc unilatéralement fin à l'échange d'écrits polémiques dans lesquels M. de Maslatrie et lui s'entretenaient depuis 1841. Il est âgé alors de 65 ans. Il ne parle plus toutefois de ses rhumatismes.
« Je suis fatigué, rebuté, accablé, même humilié d'avoir été obligé de m'arrêter si longtemps à réfuter de viles impostures : je combats sur un terrain que je n'avais guère eu l'occasion de connaître et qui déplaît à la générosité de mon caractère. Il m'est pénible et dur, d'avoir eu à m'occuper de tant d'injures, répétées si souvent, et sous tant de formes. Je n'avais jamais jeté ma vie dans un si fétide cloaque, il me tarde d'en sortir. » 40
Auguste de Labouisse a pour répondre aux « accusations, injures, outrages, et calomnies » qu'il a subies pendant deux ans, « TOUTES SES ACTIONS », dit-il. Il envisage donc en février 1843 une nouvelle action. Il s'agit de l'achat de l'imprimerie de Jean Baptiste Paya, sise à Toulouse, rue Croix-Baragnon, à l'hôtel de Castellane...
À suivre...
On ne parle plus aujourd'hui de cavalerie, mais de pyramide de Ponzi.↩︎
Paul Tirand, Castelnaudary et le Lauragais audois, Toulouse, Eéché, Éditions universitaires du Sud, 1988, p. 206.↩︎
Ibidem.↩︎
Ibid., p. 230.↩︎
Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 11. Une figure oubliée. De 1837 à 1843 ; V. Senès, Les questions d'Assurances de 1878 à 1881, Paris, A. Lahure, 1881.↩︎
Auguste de Labouisse désigne ici par commodité sous le nom de D'Hozier l'Armorial général de France, ou ou Registres de la noblesse de France,, recueil d'armoiries dont la création est ordonnée par Louis XIV en 1696. Le roi confie la réalisation de ce recueil à Charles René d'Hozier (1640-1732), qui publie 35 volumes en 1696. L'entreprise se poursuivra jusqu'en 1710.↩︎
Auguste de Labouisse, Ma Justification. Petit livre de poche, Toulouse, Bon et Privat, 1843, p. 151.↩︎
Cf. BnF, Département des Manuscrits, Collections généalogiques, Cabinet des titres, Chérin 1-214 (Français 31563-31776). Français 31693 (Chérin 131) (cote). Marmier-Mas. Bernard Chérin (1718-1785), généalogiste et historiographe des ordres du roi, laisse à sa mort 214 volumes manuscrits de généalogie, dits collection Chérin.↩︎
Cf. Christine Belcikowski, http://belcikowski.org/publications6/index.php?article326/auguste-labouisse-rochefort-et-la-societe-philotechnique-de-castelnaudary-11-une-figure-oubliee-de-1837-a-1843.↩︎
Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 11. Une figure oubliée. De 1837 à 1843, « Vous avez vaincu le nouveau Porus. »↩︎
Encore quelques mots pour une bien légitime défense... Que la religion (je le répète) me permet, je crois..., signé au faux-titre : de Mas Latrie, père. Toulouse, Imprimerie de Madame Veuve Corne, 1842, p. 52. BnF, ID/Cote : 8-LN27-13686.↩︎
Ibidem, p. 8.↩︎
Ibid., p. 53.↩︎
Ibid., p. 57.↩︎
Ibid.↩︎
Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 10. Une figure oubliée. De 1830 à 1840 (suite 10).↩︎
Cf. Auguste de Labouisse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Liste des souscripteurs, Arriège [sic], Foix, Pamiers, Saint-Girons ; Aude, Carcassonne, Castelnaudary, Limoux, Narbonne ; France, pp. 665-672.↩︎
Encore quelques mots pour une bien légitime défense... Que la religion (je le répète) me permet, je crois..., signé au faux-titre : de Mas Latrie, père. Toulouse, Imprimerie de Madame Veuve Corne, 1842, p. 44.↩︎
Auguste de Labouisse-Rochefort, Ma Justification, pp. 34-37.↩︎
Ibidem, p. 64.↩︎
Ibid/, p. 151.↩︎
Ibid., pp. 135-136.↩︎
Ibid., p. 138.↩︎
Ibid., p. 139.↩︎
Catalogue général de la BnF, Quelques mots d'éclaircissement adressés à ses concitoyens et aux habitants de cet arrondissement, par M. Mas-Latrie, Castelnaudary, impr. de G. P. Labadie 1827, 20 pages.↩︎
Réflexions et souvenirs déchirants d'un homme d'honneur..., signé : de M........, 5 juin 1838), Lagny : impr. de A. Le Boyer, 16 pages.↩︎
Ibidem, p. 2.↩︎
Derniers mots des Réflexions et souvenirs déchirants d'un homme d'honneur..., p. 16.↩︎
Auguste de Labouisse-Rochefort, Ma Justification, pp. 140-142.↩︎
Ibidem, pp. 141-142.↩︎
Jean François de Maslatrie, Derniers mots des Réflexions et souvenirs déchirants d'un homme d'honneur..., pp. 26-27.↩︎
Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 11. Une figure oubliée. De 1837 à 1843.↩︎
Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 5. Une figure oubliée. De 1802 à 1805 ; Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 6. Une figure oubliée. De 1805 à 1808.↩︎
Tiré de la correspondance de Jean François de Maslatrie par Auguste de Labouisse, Ma Justification,, pp. 141-142.↩︎
Auguste de Labouisse-Rochefort, Ma Justification, p. 142.↩︎
Ibidem, pp. 143-144.↩︎
Ibid., pp. 143-144.↩︎
Ibid. p. 148.↩︎
Ibid., p. 148.↩︎
Ibid.↩︎


















