Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 10. Une figure oubliée. De 1830 à 1840 (suite 8)

Rédigé par Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Histoire, Poésie, Littérature Mots clés : aucun

valenciennes_ciceron_archimede.jpg

Pierre Henri de Valenciennes (Toulouse, 1750–1819, Paris), Cicéron découvrant le tombeau d'Archimède, 1787, Musée des Augustins, Toulouse.

Avant même de fréquenter à Toulouse les séances publiques du Lycée et se laisser embarquer dans l'affaire des Satires toulousaines, Auguste de Labouisse avait entendu parler de l'Académie des Arcades de Rome, ou Académie d'Arcadie, en italien Accademia dell’Arcadia, et vivement souhaité devenir membre de cette Académie. En 1795, il rapporte dans son Journal l'information suivante :

« C'était l'époque où M. le duc de Chartres [Louis-Philippe d'Orléans, père de Louis-Philippe Ier] venait de faire rebâtir le Palais-Royal ; et comme alors il alla en Italie : “ Certainement, disait-on, S. A., à son arrivée à Rome, sera reçue de suite de l'académie des Arcades. ” » 1

Ébloui par le prestige de cet exemple, Auguste de Labouisse, âgé alors de 17 ans alors, aspire aussitôt à être de l'académie des Arcades lui aussi. Et il en sera, comme Fontenelle, Voltaire, Buffon, Hubert Robert, Perronet, Soufflot, Subleyras, Mme de Staël, etc.. Ce sera d'ailleurs, en 1834, la première nommée de ses nombreuses appartenances académiques — prestige oblige —, telles qu'il les mentionne en novembre 1834 sur la couverture de ses Mélanges politiques et littéraires faisant suite au Voyage à Rennes-les-Bains2

arcadi.jpg

Emblême de l'Accademia dell’Arcadia.

Fondée le 5 octobre 1690 à Rome par des poètes qui avaient appartenu à l’entourage de la reine Christine de Suède, l'Académie des Arcades de Rome, ou Académie d'Arcadie, en italien Accademia dell’Arcadia, est une association dédiée aux Sciences, aux Lettres et aux Arts, et qui, dans le domaine des Lettres, en réaction aux complications métaphysiques et autres fioritures de la poésie baroque, s'est donné pour mission de reconduire la poésie moderne à la simplicité de la pastorale antique, celle des bergers d'Arcadie, dont Tibulle et Virgile fournissent le modèle canonique. Les poètes de l'Accademia dell’Arcadia se qualifient d'ailleurs eux-mêmes de « bergers », gardiens d'un idéal du Beau qui fut aussi celui d'un Âge d'Or

virgile_roman.jpg

Folio 01r du Vergilius Romanus, Ve siècle, Codex Vaticanus latinus 3867, Bibliothèque apostolique vaticane, Rome.

Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi,
Silvestrem tenui musam meditaris avena...

Toi, Tityre, allongé sous le vaste feuillage d'un hêtre,
tu modules un air champêtre sur ton léger chalumeau...
 3

L'Académie d'Arcadie accueille également des peintres, soucieux d'illustrer le même idéal. Et in Arcadia ego (1637-1638), le célèbre tableau de Nicolas Poussin, et encore le Cicéron découvrant le tombeau d'Archimède de Pierre Henri de Valenciennes, participent de la même poésie du retour en Arcadie. En 1818, Auguste de Labouisse fera du « Et ego in Arcadia de Nicolas Poussin l'exergue de ses Amours. À Éléonore

arcadia2.jpg

Bernard Picart, dit le Romain (1673-1733), Le souvenir de la mort au milieu des prosperitez de la vie, 1700, gravure sur cuivre d'après le tableau de Nicolas Poussin. Montpellier, Bibliothèque de la Faculté de médecine.

En 1795, lorsque Auguste de Labouisse mentionne le départ du duc de Chartres pour Rome et son probable accueil à l'Académie des Arcades, ladite Accademia dell’Arcadia jouit de la protection du pape Pie VII et elle se trouve libre de poursuivre comme par le passé ses glorieux travaux. En 1798 toutefois, l'envahisseur français s'empare de Rome et proclame, en même temps que la destitution du pape, l'avénement de la République romaine Celle-ci durera jusqu'en septembre 1799. L'Arcadia doit alors suspendre ses travaux. En janvier 1798, mandés à cet effet par la France, l'incontournable Pierre Daunou ainsi que le mathématicien Gaspard Monge viennent créer à Rome une réplique de l'Institut de France, tournée, comme à Paris, vers les Sciences plutôt que vers les Lettres et les Arts. Après le départ des Français, l'avénement des Habsbourg, et la restauration du pouvoir pntifical, l'Arcadia reprend ses travaux. Elle continue d'attirer un grand nombre d'écrivains, parmi lesquels Auguste de Labouisse. Mais son modèle pastoral souffrira bientôt du dédain que lui opposera la génération romantique, soucieuse de rompre avec la tradition et de promouvoir un souffle neuf dans le domaine des Lettres et des Arts.

En 1810, Auguste de Labouisse publie un volume d'Idylles imitées des cantates italiennes de Métastase (1698-1782), fruit d'un travail commencé en 1802, année de son mariage avec Éléonore, et continué avec Elle, pour leur plus grand bonheur à tous deux. C'est probablement la publication de ce travail qui permet à Auguste de Labouisse de devenir à cette date membre associé de l'Académie des Arcades de Rome, sachant que ni lui ni Éléonore ne se rendront jamais à Rome. Nerf de l'Arcadia, les échanges épistolaires entre écrivains italiens, français et autres, fournissent alors à Auguste de Labouisse l'occasion d'enrichir sa connaissance de l'actualité littéraire de son temps, y compris dans sa dimension européenne. Mais il n'aura goûté aux joies de l'Arcadia — signe des temps — qu'à l'époque des derniers feux de cette institution restée longtemps si vivace et si prestigieuse.

wright_virgile_tombeau.jpg

Joseph Wright of Derby (1734–1797), Le tombeau de Virgile. Trouée de soleil à travers un nuage, 1785, Ulster Museum, Belfast.

Par la suite toutefois, dans ses divers Voyages, l'évocation des bergères qui chantent en patois dans un paysage agreste et, en la personne d'Éléonore, la célébration de la Muse à l'antique, témoigneront maintes fois de la fidélité d'Auguste de Labouisse à cet idéal poétique Plus Ancien que l'Académie des Arcades de Rome, en 1690, s'était donné pour mission de restaurer.

labouisse_idylles.jpg

« Qu'il est doux d'entendre
L'onde murmurer,
Zéphir soupirer !
Et toujours plus tendre,
L'oiseau nuit et jour
Chanter son amour
Près de sa compagne !
Ou dans la campagne
De voir les agneaux
Bondir sur l'herbette ;
Et les pastoureaux,
Aux sons des pipeaux
Que l'écho répète,
Mener leurs troupeaux ! » 4

L'inscription d'Auguste de Labouisse auprès de diverses sociétés savantes françaises commence probablement à 1806. On lui connaît en effet à cette date une inscription comme associé national à l'Académie de Stanislas, Sciences, Lettres et Arts, de Nancy.

stanislas_academie.jpg

Blason de l'Académie de Stanislas.

Fondée par Stanislas Leszczynski, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, à Nancy le 28 décembre 1750 sous le nom de Société Royale des Sciences et Belles-Lettres de Nancy, ladite société entre en sommeil après la publication du décret du 14 août 1793 qui déclare la suppression de toutes les académies et autres sociétés savantes. Elle se réveille de son sommeil historique le 20 juillet 1802 sous le nouveau nom de Société libre des Sciences, Lettres et Arts de Nancy.

En 1806, « les associés provinciaux ne sont pas très nombreux encore, treize seulement, et ils sont loin de se répartir d’une façon uniforme sur le territoire français. Leur choix s’est fait au hasard des relations personnelles qui avaient pu être établies, et parfois parce qu’ils avaient déjà vécu en Lorraine » 5. C'est probablement le Chevalier Stanislas Jean de Boufflers (1738-1815) 6, déjà membre de cette académie avant la Révolution, qui a favorisé l'inscription de son ami Auguste de Labouisse ainsi que celle d'Éléonore de Labouisse, son épouse. À l'Académie de Stanislas, Auguste de Labouisse a joui ainsi quelque temps du même statut d'associé national que l'abbé Roch Ambroise Cucurron Sicard (1742-1822), directeur de la première école des sourds-muets de Paris, qu'il avait rencontré pour la première fois, connu et admiré lors de son séjour parisien de 1797-1798. On ne sache pas toutefois qu'Auguste de Labouisse ait conservé son statut d'associé national au-delà de 1814.

Jean-Claude Bonnefont, historien de l'Académie de Stanislas, brade ainsi la biographie d'Auguste de Labouisse, resté un membre trop discret, ou fantôme comme son épouse, de l'académie en question :

« Jean Pierre Jacques Auguste de Labouïsse-Rochefort (1778-1852) est né à Saverdun le 4 juillet 1778 et mort à Castelnaudary le 21 février 1852. Il est ancien élève de l’école royale militaire de Sorèze. Considéré sous le Directoire comme royaliste, il a trouvé après 1810 un emploi dans l’administration des finances. Il rédige ses ouvrages en collaboration avec son épouse Éléonore (1787-1833) et le procès-verbal manuscrit du 8 mars 1806 dit qu’on leur a accordé à tous les deux la qualité de correspondant, sans examen particulier, parmi plusieurs personnes « distinguées et d’un mérite éclatant ». Mais en ce qui concerne la femme, cette décision symbolique n’a été suivie d’aucun effet : elle ne figure sur aucune des listes d’associés correspondants et quand Soyer-Willemet a recensé, en marge des procès-verbaux, les noms des nouveaux élus, il n’a retenu que le mari. Il est d’ailleurs possible que l’académie ait regretté son choix. Ses ouvrages cités, dont le principal est le Petit voyage sentimental de 1828, sont très postérieurs à son admission. [...].

Dans le réseau d’associés correspondants constitué sous le Consulat et l’Empire par la Société des sciences, lettres et arts de Nancy, il y a eu, si l’on peut s’exprimer ainsi, beaucoup, de « déchet ». Un grand nombre de ces associés correspondants n’ont pas eu de contacts ultérieurs avec l’académie ». Les plus âgés, souvent célèbres, sont morts. « Dans d’autres cas, ce sont les circonstances qui ont empêché ces associés de correspondre avec l’académie : les guerres ont pu couper les communications avec des associés étrangers, ou entraîner des changements d’affectation pour ceux qui avaient des fonctions militaires. Il en a été de même des mutations de fonctionnaires. Il faut y ajouter enfin le cas de tous ceux qui ne publiaient rien, par paresse, parce qu’ils exerçaient une profession trop absorbante, ou parce qu’ils travaillaient tranquillement sans chercher à faire connaître leurs ouvrages » 7. Auguste de Labouisse, qui a trouvé après 1810 un emploi dans l’administration des finances, qui peine à publier ses premiers ouvrages, et qui se heurte à de sévères critiques de la part de ses pairs, rentre probablement dans ces cas d'espèce.

fontaine_vaucluseXIX.jpg

Paul Huet (1803–1869), Fontaine de Vaucluse, ca 1839, Brooklyn Museum, New York.

Sans surprise, Auguste de Labouisse a voulu aussi dans les années 1810 être membre de l'Académie de Vaucluse, du nom du village aujourd'hui renommé Fontaine-de-Vaucluse, académie fondée en Avignon en 1801 sous le nom de Lycée d’agriculture, des sciences et des arts, puis d’Athénée de Vaucluse, et qui a pris en 1815 son nom définitf d'Académie de Vaucluse. Cette académie se trouvait dédiée, entre autres, au souvenir du poète italien François Pétrarque et de sa Bien-Aimée Laure de Noves.

Né en 1304 dans la ville toscane d'Arezzo, Italie, élevé à partir de 1312 dans le comtat venaissin où ses parents, partisans de Dante, ont dû émigrer afin d'échapper aux poursuites des guelfes noirs de Florence, Francesco Petrarca, après avoir mené des études de droit à Montpellier, puis à Bologne sous la protection de l'illustre famille Colonna, reçoit les ordres mineurs et s'installe en 1326 à la cour papale d'Avignon où il entre au service du cardinal Giovanni Colonna. Là, il se trouve déjà recherché pour sa virtuosité poétique, mais il n'apprécie guère l'agitation du milieu dans lequel il se trouve plongé. La lubricité du style de vie de certains cardinaux lui inspire en outre un vif dégoût, et il décoche contre eux les traits d'une satire mordante. À noter qu'il écrit en toscan ou en latin.

petrarque_laure_rencontre.jpg

Eleanor Fortescue-Brickdale (1872–1945), Pétraque rencontre Laure au sortir d'une église d'Avignon, in Golden book of famous women, Publisher London; New York : Hodder and Stoughton, 1919.

En 1327, son chemin croise dans Avignon celui de Laure de Noves. Fille d’Ermessande de Réal et du chevalier Audibert de Noves, mariée en 1326 à Hugues II de Sade, Laure de Noves tient alors en Avignon une cour d'amour et fait œuvre de poète elle-même. Le 6 avril 1327, Pétraque la voit au sortir d'une église, et touché par l'étincelle amoureuse, s'enflamme aussitôt pour Elle. Il la chantera désormais jusqu'à sa mort à elle, emportée par la peste en 1348 ; et même après 1353, date de son retour en Italie pour cause d'inimitié en Avignon avec le pape Innocent VI, jamais il n'oubliera Madonna Laura, jusqu'à sa propre mort, survenue à Arqua, Vénétie, en 1374.

En 1338, Pétrarque s'installe à Vaucluse. Il y fait transporter sa bibliothèque, riche d'une collection de codices des auteurs antiques, rapportés d'Italie par ses soins, et il mène là pendant quinze ans une vie consacrée à la solitude, à la composition de sonnets dans lesquels il célèbre les vertus de sa Bien-Aimée, et à la lecture des grands Anciens.

petrarque_vaucluse.jpg

Gabriel Symeoni, d'après nature, en 1558, cassetta del poeta Pétrarque à Vaucluse, non loin du château de son ami Philippe de Cabassole, évêque de Cavaillon. «  Le jour de Noël 1353, elle fut saccagée et incendiée par une bande de brigands. Cependant une voûte, en s'écroulant, éteignit le feu et préserva presque complètement la construction. De tout ce qui la garnissait, la bibliothèque seule fut sauvée, les serviteurs l'ayant mise quelques jours auparavant en sûreté dans le château de l'évèque, par crainte des voleurs dont les exploits terrifiaient alors le pays » . In M. le marquis de Monclar, « La maison de Pétrarque à Vaucluse », Bulletin Monumental, année 1895 60 pp. 398-411.

Pétrarque possédait une copie manuscrite des poèmes de Virgile. Œuvre du peintre Simone Martini, le frontispice de ce manuscrit s'accompagne de la légende suivante : Allegoria Virgiliana. Il représente Virgile, entouré de trois personnages qui symbolisent ses trois grands poèmes. Le berger figure les Bucoliques ; le paysan, les Géorgiques ; et le guerrier, l'Énéide.

simone_martini_virgile.jpg

Simone Martini,Allegoria virgiliana, frontispice du codes virgilien de Pétraque, 1340, Biblioteca Ambrosiana de Milan.

Dans ce beau codex virgilien, on peut lire aujourd'hui encore cette annotation qui est de la main de Pétrarque même :

« Laure, célèbre par sa vertu et longuement chantée par mes poèmes, apparut à mes regards pour la première fois au temps de ma jeunesse en fleurs, l’an du Seigneur 1327, le 6 avril, à l’église de Sainte-Claire d’Avignon, dans la matinée. »

Quinze ans plus tard, Pétrarque a la douleur d'écrire le sonnet qui suit :

canzoniere_m62.jpg

Pétraque, Canzoniere, M62. Biblioteca europea di informazione e cultura, M62, pp. 261-262.

Tornami a la mente, anzi v'è dentro, quella...em>
Elle tourne dans ma pensée, ou plutôt elle l'habite toujours...
[...]
Sai che 'n mille trecento quarantotto,
il dí sesto d'aprile, in l'ora prima,
del corpo uscío quell'anima beata.

Mais tu sais qu'en mille trois cent quarante-huit,
Le sixième jour d'avril, à la première heure,
Cette belle âme est sortie de son corps. 8

Après la mort de Laure, Pétraque continue d'écrire des poèmes inspirés par le souvenir de sa Bien-Aimée Laure. Ces poèmes forment la substance d'une Vita di Madonna Laura, puis d'une Morte di Madonna Laura, qui seront recueillies, après la mort de l'auteur, sous le titre de Canzoniere. Ce Canzoniere va faire de Pétraque un poète lu et admiré pendant des siècles dans l'Europe entière.

On devine pourquoi Auguste de Labouisse a voulu être membre de l'Académie de Vaucluse. En la personne de son Éléonore, il célèbre déjà une figure revenante de la Laure de Pétraque  ; et dans le séjour de Pétraque à Vaucluse, il retrouve une sorte de survivance du vénérable idéal arcadien.

Il dit avoir bâclé en 1810 la rédaction d'un petit Voyage à Vaucluse 9. Mais l'a-t-il publié, ce Voyage ? On ne trouve trace de l'ouvrage nulle part. Et s'est-il effectivement rendu à Vaucluse ? On ne trouve là non plus aucune trace d'un tel voyage dans ses Mémoires. Dans l'hypothèse où l'ouvrage en question aurait vraiment été écrit, il aurait pu s'agir d'un compilation de témoignages émanant de voyageurs antérieurs. On ne peut en savoir davantage. La seule lecture du Canzoniere a dû suffire sans doute à inspirer la transe poétique des Amours. À Éléonore.

Alexandre Soumet en revanche, alors qu'en 1811 il faisait route vers l'Italie avec sa Bien-Aimée Mme Blondel, a pu s'arrêter à Vaucluse. Il n'en a rien dit toutefois, mais, dans un esprit moins chaste que celui de Pétraque, il parle d'un grand moment d'amour non loin de Vaucluse, et il se souvient « de leur songe enflammé, des bords de la Durance où nos mains se pressèrent, où nos cœurs brûlants s’enlacèrent… » 10. Quelque chose des paysages de Virgile et de Pétrarque se retrouve dans ces « bords de la Durance » chers à Alexandre Soumet.

labouisse_academies.jpg

Couverture des Mélanges politiques et littéraires faisant suite au Voyage à Rennes-les-Bains d'Auguste de Labouisse, novembre 1834.

En 1834, Auguste de Labouisse se réclame du statut de membre correspondant de 34 « Académies Scientifiques, Littéraires, Linnéennes, et Polymathiques », dont 14 situées en Languedoc ou en Provence, et les autres un peu partout en France.

Le linnéisme, au début du XIXe siècle est à la mode. À partir de 1790, sous l'influence du Jean Jacques Rousseau des Lettres élémentaires sur la botanique (1773) et des Rêveries du promeneur solitaire (1777-1778), « la dette envers Linné va prendre la forme d’un véritable culte en France, et ce, bien au-delà de la période révolutionnaire. D’une part, les sociétés linnéennes essaiment partout après la Révolution et l’Empire : Bordeaux en 1818, Paris en 1821, Lyon en 1822, Caen en 1823, etc. Toutes ces sociétés, ouvertes aux femmes, célèbrent un véritable culte de Linné, notamment lors de fêtes savantes champêtres, dites fêtes linnéennes, dont le rituel est soigneusement codifié. D’après la synthèse que fait Pascal Duris, à partir des divers comptes rendus faits à l’époque par ces sociétés, les fêtes ont lieu, généralement, soit le 24 mai, anniversaire de Linné, soit le premier jeudi suivant la Saint-Jean, comme à Bordeaux. La fête linnéenne est réservée aux membres des sociétés et à leurs proches. À Paris, ils portent un brin de Linnæa borealis en signe de reconnaissance. Des personnalités extérieures peuvent néanmoins être invitées... »  11.

linneae_borealis.jpg

Linneæ borealis, 1753, Inventaire National du Patrimoine Naturel.

De la littérature à la polymathie, ou savoir encyclopédique, en passant par le linnéisme, ou défense et illustration du savoir botanique comme fer de lance du développement de la pensée scientifique moderne via la promotion de la nomenclature (dénomination du genre, puis de l'espèce) et de la taxinomie (classement des genres et des espèces) 12, les académies des années 1810-1830 ouvrent à leurs membres, et plus particulièrement à Auguste de Labouisse qui nourrit des curiosités vagabondes, un vaste champ de partage des idées et des connaissances. En 1825, comme on peut s'y attendre, le même Auguste de Labouisse prend soin de présenter un dossier de candidature à une place de membre de la Société philotechnique, à Paris, et sa candidature est reçue 13. Au 1er mars 1840, « Auguste de Labouisse-Rochefort, littérateur à Castelnaudary » figure toujours dans la liste des « membres résidants, associés libres, honoraires et correspondants de la Société philotechnique ». Dans cette même liste, on trouve aussi « Pierre Baour-Lormian, membre de l'Institut, Académie française, rue Pigale, nº 8.14

philotechnique_1840.jpg

À Paris, 2 rue de la Banque, IIe arrondissement, site de l'ancien siège de la Société philotechnique. Le bâtiment ultérieurement réaménagé sur ce site est aujourd'hui propriété de la Banque de France.

Auguste de Labouisse nourrit au demeurant moins le goût des sciences pures que celui de l'archéologie, de l'histoire, de la littérature, des livres et des autographes en tant qu'objets de bibliophilie. On sait toutefois par son Voyage à Rennes-les-Bains que, familier des grandes marches dans les Corbières, il s'intéresse aux sciences de la terre, et plus particulièrement à la géologie et à la minéralogie. D'où l'attention qu'il porte lui aussi, à la lumière des travaux de Philippe Isidore Picot de Lapeyrouse, aux questions de nomenclature et de taxinomie, tandis qu'il regarde de plus loin la silhouette de son ami Felix Julia qui herborise sur les hauteurs 15 et dont il ne peut partager la passion botanique, trop idéologiquement marquée à ses yeux sans doute, car surdéterminée par l'exploitation révolutionnaire de l'œuvre de Jean Jacques Rousseau. Conforté par son amitié avec Alexandre du Mège, son intérêt pour l'archéologie, , s'affiche en revanche dans de nombreuses pages de son Voyage à Rennes-les-Bains.

À partir de 1810, date de sa nomination par le ministère des Finances à un poste de contrôleur receveur principal des droits réunis, le même Auguste de Labouisse doit renoncer au séjour de Saverdun et à la fréquentation des séances publiques de l'Académie des Jeux floraux, pourtant réactivées à partir de 1807, pour vivre successivement à Orthez, Narbonne, et Castelnaudary, ville dans laquelle, après la mort de Sophie, sa fille dernière-née, et siote à des péripéties politico-professionnelles, soldées en 1830 par sa démission du poste d'entreposeur des Tabacs et des Poudres, — autrement appelé garde-magasin —, auquel il se trouvait rétrogradé les derniers temps, il choisira malgré tout de s'ancrer.

l_anecdotique.jpg

Feuille d'annonces, affiches et avis divers de la ville de Castelnaudary. n° 1 (6 août 1821)-2e semestre, n° 3 (27 février 1822). Devenu : Journal anecdotique ; et Feuille d'affiches de la ville de Castelnaudary, 2e semestre, n° 4 (6 mars 1822)-3e année, 1er semestre, n° 26 (28 janvier 1824) ; 3e année, t. 6, n° 1 (4 février 1824)-n° 8 (24 mars 1824). Devenu : Feuille d'annonces, affiches et avis divers de la ville de Castelnaudary, [1830 ?-1835 ?]. Devenu : L'Anecdotique, suivi de la Feuille d'annonces de la ville de Castelnaudary. 1re année, n° 1 (5 novembre 1842)-2e année, n° 28 (11 mai 1844). Cf. BnF, Presse locale ancienne.

Depuis 1821, à côté de ses activités professionnelles, Auguste de Labouisse s'applique à publier un journal politique nommé L'Anecdotique, puis la Feuille d'affiches de la ville de Castelnaudary, dont il est l'unique rédacteur. Mais concernant son œuvre plus personnelle, il n'a fait, dit-il, « pas grand chose », « presque rien », sinon apporté des corrections, des ajouts, et des améliorations, espère-t-il, à ses écrits antérieurs 16. La correspondance académique a dû lui servir là, pour le moins, de dérivatif à l'ennui de ses tâches professionnelles et d'exutoire à un besoin de sociabilité et d'échanges culturels qui l'habite depuis toujours.

On remarque que, de façon bien naturelle, Auguste de Labouisse, qui se dit timide, et qui l'est à sa façon face au groupe quand celui-ci est nombreux, nourrit une correspondance plus fréquente avec les Académies dans lesquelles il peut s'adresser à un poète, un pair, dont il a déjà fait son ami après l'avoir rencontré et côtoyé, par exemple lors d'un séjour à Paris, ou à la sortie des séances publiques de l'Athénée toulousain, ou à la faveur sa mutation à Narbonne, ou encore lors d'un voyage à Rennes-les Bains.

C'est ainsi qu'il entretient des échanges fréquents avec Nicolas le Deist de Kérivalant (1750-1815), rencontré à Paris, fondateur de l'Académie des Sciences et des Arts de Rennes en 1796 17 ; ou encore avec Antoine Jacques Carbonell (1775-1834), rencontré à Narbonne, membre de la Société philomathique de Perpignan, fondée en 1800, puis convertie après sa mort en Société des Pyrénées-Orientales, sciences, belles-lettres, arts industriels et agricoles 18.

Auguste de Labouisse, qui conservait encore avant 1830 un reste de son ancienne fortune familiale, a beaucoup fait, au nom de l'amitié, pour la publicité des œuvres de certains des membres des académies avec lesquelles il correspondait, dont Nicolas le Deist de Kérivalant et Antoine Jacques Carbonell. C'est ainsi qu'il a publié dans ses propres ouvrages diverses pièces poétiques de Nicolas Le Deist de Kéravalant et de Jacques Antoine Carbonell. C'est ainsi qu'il a recueilli et publié après la mort de son ami Kérivalant l'ensemble des épigrammes que celui-ci avait traduites du poète anglais Jean Owen et soigneusement mises en vers. Et c'est ainsi encore qu'il a recueilli et publié après la mort de son ami Carbonell l'ensemble des poésies laissées par ce dernier. Auprès des académies avec lesquelles il correspondait, Auguste de Labouisse a goûté au bonheur d'entretenir des amitiés littéraires et bien sûr personnelles.

kerivalant_carbonell.jpg

Épigrammes choisies d'Owen, traduites en vers français par feu M. de Kérivalant, publiées par Auguste de Labouisse après la mort de son ami ; Recueil de poésies roussillonnaises de Jacques Antoine Carbonell, publié par Auguste de Labouisse après la mort de son ami.

carbonell_labouisse.jpg

12 novembre 1825. De jacques Antoine Carbonell à Auguste de Labouisse. Quand deux amis, membres tous deux de la même société philomathique correspondent, de quoi parlent-ils en novembre ...
« M. de Labouisse
Vous êtes tout entier sans doute à vos opérations agricoles, et je ne veux pas vous en détourner ; aussi ne vous écrirai-je que deux mots.
Monsieur Selva qui n'est point celui chez qui a pris son bled [sic] la personne dont vous parlez (car nous avons à Perpignan deux maisons Selva), vous fait comme vous le verrez en tournant la page, un rabais de 25 centimes par mesure. Vous pouvez si vous le voulez, faire adresser le montant comme l'année dernière par M. Barre à M. Carou qui ne se mêle plus des diligences, mais qui tient maison de roulage et fait la commission ; ou bien faire compter par uelque négociant d'ici qui soit en relation avec ceux de Castelnaudary.
Lorsque je présumerai que vous êtes un peu plus libre, je vous écrirai plus longuement et nous parlerons autographes (et autre chose). Je vous salue, ménagez-vous ; mes respects, je vous prie, à votre chère famille.
A. J. Carbonell »19

Au tournant des années 1830, Auguste de Labouisse entretient des échanges particulièrement nourris avec un autre de ses amis, le marquis Louis Pierre François de Chesnel de la Charbonelais (1791-1862), Adolphe de Chesnel de son nom de plume, journaliste et écrivain qu'il a rencontré pour la première fois à Paris en 1810, avec qui il a souvent correspondu dans le cadre de la Société libre des Sciences et Belles-Lettres de Montpellier 20, et avec lequel, suite à la disparition de ladite Société en 1830, il continue de correspondre personnellement, ou encore publiquement via ses Feuille d'annonces, affiches et avis divers de la ville de Castelnaudary et autres publications.

chesnel_livres.jpg

Adolphe de Chesnel, Histoire de la rose, chez les peuples de l'antiquité et chez les modernes Description des espèces cultivées, culture des rosiers, propriété des roses, et leurs diverses préparations alimentaire, cosmétiques, etc., 1820 ; Voyage dans les Cévennes et la Lozère, 1828.

On ne sache pas que dans le même temps, Auguste de Labouisse ait entretenu des liens épistolaires avec l'Académie des Jeux floraux — il y comptait toujours nombre d'ennemis, venus de l'ancien Athénée —, même s'il lisait et commentait dans ses Mémoires le rapport annuel de ladite Académie. On ne sache pas non plus qu'il ait présenté le moindre travail auprès de cette Académie ni qu'il ait obtenu de celle-ci le moindre prix. On se souviendra ici que le 29 juillet 1808, jour de la mort de sa petite Isaure, sa deuxième fille, il déclarait : « Et je renonce au luth des Troubadours... / J'abandonne les vers » 21. Et il n'écrira plus ensuite que des vers de circonstance, mais point de Poésie, la vraie, la belle, la pure, du moins telle qu'il l'entend, de celle qu'en d'autres circonstances, il eût sans doute été fier de présenter au concours de l'Académie des Jeux floraux.

À partir de 1830, alors qu'avec le soutien de l'Institut, le concept d'éducation mutuelle commence de faire florès dans les sociétés philotechniques, Auguste de Labouisse entreprend de mener une réflexion sur la validité d'un tel concept.

enseignement_mutuel.jpg

Bas-relief d'Aimé Millet (1819–1891) installé en 1850 sur l'ancien bâtiment de l'École mutuelle des parents, 85 rue de Vaugirard, Paris, VIe arrondissement. Inscription : « Aimez-vous les uns les autres... »

Dès la Restauration, la Société pour l'Instruction Élémentaire, qui se réclame des projets inaboutis de la Révolution française, se propose de mettre fin au monopole exercé par l'Église en matière d'enseignement, et de développer à cet effet un enseignement public de type laïc. Faute toutefois de disposer d'un nombre suffisant de maîtres, la S.I.E. opte pour la pratique de « l'enseignement mutuel », pratique déjà expérimentée en Angleterre, qui repose sur le principe du ruissellement du savoir, lequel ruissellement va du maître aux élèves, via des élèves moniteurs qui assurent la transmission aux autres élèves, et via ensuite la totalité des élèves qui assurent eux-mêmes le partage du savoir entre eux tous. C'est au fond mutatis mutandis le principe même du ruissellement attendu, certes à une échelle notoirement élitaire, au sein des salons et des sociétés savantes de l'Ancien Régime, et celui dont on attend qu'il s'opère à une échelle plus démocratique dans les sociétés philomathiques, philotechniques, et autres, du XIXe siècle.

lemonnier_salon.jpg

Anicet Charles Gabriel Lemonnier (1743–1824), Salon de Madame Geoffrin en 1775, 1812, Château de Malmaison.

enseignement_mutuel2.jpg

École d'Enseignement mutuel, Dembour, dessinateur, et Gangel, graveur, Musée Carnavalet. Cf. Karel Vereycken, Enseignement mutuel : curiosité historique ou piste d’avenir ? Site : Solidarité et Progrès.

Membre lui-même de nombreuses sociétés polymathiques, Auguste de Labouisse ne manque pas de s'intéresser aux préconisations de la S.I.E. Mais jugeant que la question de l'accès au savoir n'est pas posée de façon assez originaire, il s'interroge sur la nécessité, l'utilité et les bienfaits présumés de l'enseignement pour tous.

Il présente cette réflexion comme le fruit d'un échange épistolaire avec Adolphe de Chesnel, qui lui a communiqué, dit-il, « de piquants Souvenirs », intitulés : Loisirs d'un Observateur. Dans Mélanges politiques et littéraires faisant suite au Voyage à Rennes-les-Bains, il rapporte l'essentiel du propos d'Adolphe de Chesnel — propos empreint d'un pessimisme anthropologique et d'un pragmatisme politique que le lecteur d'aujourd'hui est en droit de trouver cynique — et il profite de l'occasion pour formuler son propre avis sur les lumières de l'Enseignement mutuel.

Adolphe de Chesnel, ex-lieutenant-colonel d'infanterie, dixit :

« On a réclamé pour et contre l'Enseignement mutuel, cette institution destinée à propager les lumières parmi le peuple. Malheureusement dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, la passion l'a souvent emporté sur le raisonnement ; et l'on a plutôt discuté pour aigrir l'esprit de parti, que pour s'assurer des avantages qui peuvent résulter d'une plus grande portion de connaissances départies à la classe inférieure de la société. Fixant aussi mon attention sur cet objet, je crus d'abord envisager un bien réel pour l'humanité, dans le systême dont il est ici question : mais je ne tardai pas à me désabuser.

On est convenu d'appeler vertu chez les hommes, le sentiment qui les porte, non seulement à ne pas nuire à leurs semblables, mais encore à les secourir dans leurs besoins. Ce sentiment est-il dans la nature ?

Je ne le pense pas : l'homme ainsi que les animaux, semble naître avec une égale disposition à faire le bien et le mal, selon que son intérêt personnel éveille l'un ou l'autre de ces sentiments ; et s'il réprime celui que la civilisation condamne, c'est aux préjugés de cette civilisation, à l'éducation enfin, qu'il faut attribuer le sacrifice qu'il s'impose. Je dis sacrifice, car il n'est pas un homme qui ne convienne, s'il veut être franc, que plusieurs fois, dans sa vie, il a éprouvé des désirs de vengeance, que son seul respect pour les mœurs reçues, a pu empêcher de se manifester extérieurement. Je prends des preuves dans cette nature même que j'invoque.

L'homme sauvage, ainsi que les animaux, dont il ne se distingue que par un instinct plus parfait, attaque et détruit sans pitié les siens, lorsqu'il croit trouver dans cette conduite un intérêt quelconque. Chez les hommes civilisés, il existe aussi une classe mixte qui se rapproche de la nature : elle tient de l'homme civilisé par quelques commodités de la vie qu'elle partage avec lui, et de l'homme sauvage par la rudesse et l'esprit sanguinaire. Je veux parler du peuple en général, tant de l'habitant des Cités, que de celui des Campagnes.

Observez en effet l'homme grossier, qui travaille, soit à la ville, soit aux champs, et vous ne trouverez en lui, sauf quelques exceptions fort rares, que des dispositions à la cruauté. Ne travaillant que pour pourvoir à son existence, il est toujours prêt à faire le mal, si ce mal peut lui épargner des fatigues. Il paraît humble, doux, et posé, dans sa situation ordinaire ; mais il devient insolent, cruel et impétueux, dès qu'il peut rompre le frein opposé à son penchant naturel pour la destruction. Plus hideux encore, sous un aspect, que les animaux les plus féroces, vous ne le voyez guère s'attacher à ses enfants, qu'autant que ceux-ci lui sont utiles ; et dans le cas contraire, il les traite souvent avec la dernière barbarie. Enfin les crimes commis dans les diverses révolutions, ceux dont nous sommes témoins chaque jour, appartiennent au moins pour les dix-neuf vingtièmes, à la classe du peuple. »

« D'où proviennent des dispositions si contraires chez les hommes d'une même race ? on ne peut je crois attribuer la différence qu'à celle qui résulte de l'éducation ; et si cette cause est la véritable, on est alors disposé, au premier aperçu, à approuver une propagation de lumières, qui semble obvier à la brutalité qu'on déplore. Mais lorsqu'un mûr examen succède à cette impression favorable, on est bientôt forcé de convenir qu'un mal plus grand, que celui qu'on voudrait extirper, serait évidemment le fruit d'une éducation plus séparée chez le peuple. »

ne_pour_la_peine.jpg

Nicolas Guérard (1648?-1719), Né pour la peine. L'homme de village, version colorisée au XIXe siècle.

« Personne ne révoque en doute, même les partisans de la propagation des lumières, que l'instruction de la classe inférieure doit être bornée, parce que sans cela nous n'aurions ni artisans, ni cultivateurs. Eh bien ! Telle est cette instruction, que dans tous les cas, son effet est à redouter. Si elle est trop étendue, elle vous prive des hommes nécessaires à l'entretien des terres et aux travaux industriels de toute espèce, parce que le premier emploi qui sera fait de l'instruction, sera de sortir de la sphère dans laquelle on aura d'abord vécu ; si cette instruction est bornée, les mêmes travaux seront encore négligés, à cause des mécontents qu'elle aura enfantés. »

chaudronnier.jpg

Chaudronnier, dessiné d'après nature par M. Poisson, in Henri Joseph Godin (1747-1834), graveur, Cris de Paris, 1774-1775.

« Le rustre, dès qu'il sait lire, et que de certains livres tombent dans ses mains, apprend que la première connaissance, qu'il a acquise, est la clef de beaucoup d'autres qui peuvent le conduire à l'élévation. Dès lors le dégoût de ce qu'il est s'empare de lui ; il n'aspire qu'à changer d'état ; il est malheureux, parce que ses talents et sa fortune ne lui permettent pas d'atteindre au but ; et cependant il est encouragé dans ses illusions, par l'exemple de gros Jean, qu'il voit couvert de dignités, quoique parti jadis avec la livrée ou le sac sur le dos ; et parce qu'il entend répéter mille fois, dans les cabarets de son village, où parviennent les journaux constitutionnels, que sous le régime actuel tous les hommes sont égaux et susceptibles d'arriver aux mêmes emplois. »

paysans_1789.jpg

Scène de la révolte paysanne de 1789. Brûlement des plans terriers. Source inconnue.

« J'ai vu dans nos régiments, l'inconvénient de cette instruction qu'on veut répandre : dès que l'enseignement mutuel y fut introduit, on eut bientôt un grand nombre de sujets propres au grade de Caporal. Qu'en est-il résulté ? avant cet enseignement on était souvent, il est vrai, en disette d'hommes, qui sussent lire et écrire ; mais aussi le soldat ignorant s'occupait peu d'un avancement qu'il savait ne pas mériter, et les promotions se faisaient sans exciter de murmares. Aujourd'hui que presque tous les hommes d'une compagnie sont aptes à remplir l'emploi vacant, vous en mécontentez 29 sur trente, toutes les fois qu'une nomination a lieu.

Non, le peuple n'a pas besoin d'être éclairé ! Non, il n'est pas nécessaire que chaque cultivateur sache lire ! Il ne doit, ni connaître les écrits philosophiques, ni apprendre par cœur les discours des membres de l'opposition ; ni se tourmenter pour l'élection de tel ou tel Député. Son instruction, pour tout ce qui est étranger à ses travaux, doit se borner à la connaissance de ses devoirs religieux ; et son attention, en matière de politique, doit se porter sur la santé du roi, la naissance des princes du sang et les victoires de nos armées. Pour cela il lui suffit de retenir les prières que lui ont appris ses père et mère ; d'assister régulièrement le Dimanche au prône de son Curé ; et d'écouter, quand il n'a rien de mieux à faire, les nouvelles que le Maire de son village reçoit du Sous-préfet, ou du Brigadier de Gendarmerie. L'opinion que je viens d'émettre peut recevoir de plus grands développements ; mais ce que j'ai dit doit cependant suffire pour convaincre qu'on ne saurait perdre à conserver beaucoup de choses telles qu'elles existaient chez nos pères. » 22

Après avoir rapporté encore quelques pensées coruscantes, glanées dans divers ouvrages d'Alphonse de Chesnel, Auguste en cite une dernière qui a l'avantage, dit-il, de « résumer en deux lignes, l'intéressante question qui nous occupe » : « — Une trop grande propagation de lumières, doit causer tôt ou tard un incendie moral. » 23

« Ceci me paraît incontestable et l'expérience le justifie », observe là Auguste de Labouisse. « Si tant de Journalistes, fils d'artisans ou d'éclusiers, ne s'étaient pas trouvés investis des lumières du siècle, comme dirait l'un d'entr'eux, il ne se serait pas fait Journaliste, il ne se serait point révolté et ne serait devenu ni Préfet, ni Ambassadeur. — Tel auteur médiocre n'a dû qu'à une sympathie de M. Thiers ou de M. Guizot, de se trouver transporté dans une Préfecture ou de se voir investi de quelque haute mission, qui l'embarrasse autant qu'elle nous étonne —. Mais il fallait tout bouleverser pour arriver à ce résultat. Triste fruit de l'enseignement mutuel, qui doit, assure-t-on, propager indéfiniment les lumières et la perfectibilité ! ... » 24

On remarquera ici que, tandis qu'il se montre venimeux à l'endroit de cet auteur médiocre qui a bénéficié de « sympathies » pour obtenir « une Préfecture ou une haute mission », Auguste de Labouisse oublie qu'en 1810, il a tenté de bénéficier de « sympathies » lui aussi : celle de l'Archi-Chancelier Jean Jacques Régis de Cambacérès, qu'il n'a même pas pu rencontrer ; puis celle du comte Jean Pierre Fabre de l'Aude, qui l'a trouvé « trop vieux » pour un poste d'auditeur au Conseil d'État ; puis celle du comte Antoine Français de Nantes, qui lui a parlé, évasivement, d'un poste de Receveur principal ; puis celle de Charles François Lebrun, duc de Plaisance, prince architrésorier de l'Empire, qui l'a félicité d'être poète, mais qui lui a déclaré que « la poésie ne mène à rien » ... Auguste de Labouisse voulait un poste d'auditeur au Conseil d'État ; ce fut un poste de régisseur général qu'il obtint ; et ce fut un poste de régisseur du tabac qu'il exerça... 25. D'où l'aigreur qu'il manifeste, humaine, trop humaine, à l'endroit de « l'auteur médiocre », dont il tait le nom.

Auguste de Labouisse, que l'on sait royaliste, fait-il montre en revanche de quelque solidarité politique à l'endroit du députe royaliste Charles Nicolas Cornet d'Incourt ?

cornet_d_incourt.jpg

Anonyme, Portrait de Charles Nicolas Cornet d'Incourt (1773-1852), royaliste, député de la Somme de 1815 à 1827, puis conseiller d’État et directeur général des Contributions directes. In Biographie pittoresque des députés : portraits, moeurs et costumes, Paris, chez Delaunay, Pélicier et Ponthieu, 1820, p. 68.

« M. Cornet-d'Incourt prévoyait sans doute cet effroyable résultat, quand il disait à la Tribune, dans la séance du 12 janvier 1821 : “ Je suis bien éloigné de rejeter absolument le mode d'enseignement mutuel ; mais il est évident que l'esprit révolutionnaire s'en est emparé. Le gouvernement averti par là, doit donc s'arrêter ; et si le mode est utile et bon, il prévaudra sans protection spéciale. ” »26

de Labouisse laisse entendre ici par effet d'ironie objective qu'il ne partage aucunement l'attentisme, autant dire la réserve opportuniste de M. Cornet-d'Incourt.

“ Je suis bien éloigné de rejeter absolument le mode d'enseignement mutuel... mais il est évident que l'esprit révolutionnaire s'en est emparé ... et si le mode est utile et bon... ”, déclare benoîtement M. de Cornet. À propos de la phraséologie dudit M. de Cornet, l'auteur anonyme [Henri de Latouche] de la Biographie pittoresque des députés: portraits, moeurs et costumes raille de façon explicite ce qu'Auguste de Labouisse se borne à laisser entendre :

« Ce député semble s'être fait une tâche d'orner les plus tristes matières. Tout ce qu'il touche produit des fleurs. [...]. Sa figure favorite est l'antithèse ; elle lui sert à relever l'aigre-douceur de son ironie. [...]. Mais ce n'est rien de le lire, il faut l'entendre. Il faut voir ces joues qui s'épanouissent quand il prononce d'une voix flûtée des phrases harmonieuses et symétriques, et ce sourire fin et ce geste arrondi dont il orne son débit, et cette complaisance à attendre l'effet d'un trait avant d'en lancer un autre, et cette grâce avec laquelle il reçoit les félicitations de ses honorables amis, et cette irrésistible gaîté qui, après s'être communiquée à l'assemblée, réagit quelquefois sur l'orateur, au point de le faire pouffer de rire. Il est superflu de dire que M. Cornet d'Incourt n'improvise pas ; il écrit tout et fait tout imprimer : c'est ce qui faisait dire à un directeur général : Je l'ai tout entier, / Roulé dans mon office en cornets de papier. » 27

Concernant toujours la question de l'enseignement mutuel, Auguste de Labouisse invoque last but not least la parole magistrale de Voltaire, — « un écrivain que les philosophes n'ont pas le droit de récuser, un de leurs apôtres » —, ainsi que d'autres voix, plus célèbres et plus autorisées que celle du marquis de Chesnel :

Voltaire dixit en 1764 dans son Dictionnaire philosophique (article Fertilisation) :

voltaire_paysans_ferney.jpg

Jean Huber, Voltaire conversant avec les paysans de son domaine de Ferney, ca 1770, Musée des Beaux-Arts de Nantes.

« La prétendue égalité des hommes, que quelques sophistes mettent à la mode, est UNE CHIMÈRE PERNICIEUSE. S'il n'y avait pas trente manœuvres pour un maître, la terre ne serait pas cultivée. Quiconque possède une charrue, a besoin de deux valets et de plusieurs hommes de journée. Plus il y aura d'hommes qui n'auront que leurs bras pour toute fortune, plus les terres seront en valeur. [...]. Plusieurs personnes ont établi des écoles dans leurs Terres ; j'en ai établi moi même [à Ferney], mais je les crains. Je crois convenable que quelques enfants apprennent à lire, à écrire, à chiffrer : mais que le grand nombre, surtout les enfants des manœuvres, ne sachent que cultiver, parce qu'on n'a besoin que d'une plume pour deux ou trois cents bras. La culture de la terre ne demande qu’une intelligence très commune ; la nature a rendu faciles tous les travaux auxquels elle a destiné l’homme : il faut donc employer le plus d’hommes qu’on peut à ces travaux faciles, et les leur rendre nécessaires. » 28

Auguste de Labouisse formule à la suite du propos de Voltaire un commentaire dans lequel, imprimant à la question de l'enseignement mutuel un tour politique plus marqué, il augure des effets pervers que ne peut manquer d'induire la pratique de l'enseignement mutuel dans la société française de 1834, à savoir le déploiement anarchique des « ambitions individuelles, excitées par un gouvernement d'argent et d'agiotage, par un régime de fiscalité et de corruption » :

« Ce passage prouve incontestablement que Voltaire n'aurait point aimé un enseignement mutuel, qui ne fait qu'accroître la tourbe égoïste des ambitieux, en multipliant le nombre de ces oisifs, sans état, qui rougissent de l'état de leurs pères, et qui des échoppes modestes où ils naquirent, veulent tous passer sans hésitation et sans apprentissage, dans les somptueux hôtels de nos Préfets, ou dans les magnifiques palais de nos Ministres. La plume financière de tant de scribes parvenus leur convient davantage, que la bienfaisante charrue de leurs simples aïeux.

Cependant pour s'abuser dans de rêveuses utopies, on se fait de niaises maximes, telles que les suivantes : plus le peuple sera éclairé plus il sera libre, disent les uns ; plus il sera libre, plus il sera éclairé, repondent les autres, cercle vicieux et absurde complètement. En effet, la seconde proposition est une ineptie, la première une bêtise. En vain le peuple sera éclairé, par tous les flambeaux de l'enseignement mutuel, il n'en deviendra que plus ambitieux, sans devenir plus libre.

Au contraire, ces ambitions individuelles, excitées par un gouvernement d'argent et d'agiotage, par un régime de fiscalité et de corruption ; les mécontentements multipliés des positions respectives, ces méconnaissances de leurs modestes familles, dans un siècle de basses intrigues, ne tendent qu'à lier, qu'à enchaîner, qu'à river, qu'à consolider l'asservissement du malheureux peuple, toujours opprimé et victime dans les grands bouleversements ; et d'esclave des lois qu'il était, il tombera nécessairement esclave de la Doctrine et des Doctrinaires ; c'est-à-dire qu'il sera forcé de courber la tête sous la plus cruelle et la plus systématique des tyrannies. »

À l'appui de son pronostic, Auguste de Labouisse cite encore ces fortes paroles, formulées en 1820 par Charles Nodier, « avec l'esprit fin et railleur qui le caractérise », dans ses Mélanges de littérature et de critique. L'autorité de M. Nodier, observe-t-il, « vaudra mieux que la mienne. » 29

nodier_melanges.jpg

« Ce n'est pas aux partis que j'adresse ces observations un peu tardives et toujours inutiles ; c'est aux honnêtes gens qui font passer l'intérêt de leurs enfants et des générations futures, avant celui d'une coterie de spéculateurs. [...].
Je demande pardon de la rudesse un peu tranchante de mes opinions à l'académie spéciale qui protége l'enseignement mutuel, et qui le regarde comme une des acquisitions de l'esprit humain perfectionné par les sciences philosophiques. Je suis philanthrope aussi, quoique je n'en fasse pas mon état ; mais la sensibilité ne m'aveugle pas, et je ne saurais voir autre chose, dans cette méthode si pompeusement annoncée, qu'une des mille espèces de charlatanisme avec lesquelles on fait depuis trente ans des révolutions et des dupes, c'est-à-dire le nom sacramentel d'une sottise. » In Mélanges de littérature et de critique, p. 44-45.

Charles Nodier dixit :

nodier_buste.jpg

Anonyme, Buste de Charles Nodier (1780-1844), Bibliothèque interuniversitaire de Santé.

« En admettant l'avantage incontestable d'une bonne méthode d'enseignement pour le peuple, je persiste à croire que l'instruction utile a de certaines bornes ; qu'elle doit être proportionnée aux états, aux besoins, à la position sociale des individus ; et qu'il n'est pas indispensable au bonheur d'une nation, que tous les écoliers auxquels elle procure le bienfait des études primaires, deviennent autant d'hommes capables de l'éclairer à tour de rôle dans la tribune des académies ou dans celle des conseils. Si j'en juge par les philanthropes que j'ai eu l'avantage de rencontrer, ces messieurs ne se passent pas des choses essentielles à la vie ; et dans le cas où nous amènerions un peuple entier à ne s'occuper que de philantropie spéculative, nous aurions bien l'âge d'or de la civilisation, mais nous n'aurions pas de souliers. » 30

jolly_carreleur_souliers.jpg

Adrien Jean Baptiste Muffat, dit Jolly (1776-1839), dessinateur, Le Carreleur [raccommodeur] de souliers, in Cris de Paris, n° 16, Musée Carnavalet.

Charles Nodier dixit encore :

La vogue funeste des déplorables méthodes de l'Enseignement mutuel tend à réduire toute la partie inférieure de la société à une éducation superficielle et grossière, et à substituer un mécanisme ridicule au génie de l'enseignement Ces méthodes peuvent faire du moins des Boxeurs de dialectique et des Moniteurs de taverne ; mais elles ne produiront jamais un homme distingué. Sous notre ancien systême d'enseignement, si hautement méprisé, le fils d'un Boucher de Melun, devenait précepteur des rois [Jacques Amyot (1513-1593), précepteur de deux fils d'Henri II, grand helléniste et grand latiniste] ; le fils d'un marchand de vin d'Amiens, faisait les délices de la Cour [Jean Baptiste Gresset (1709–1777), célèbre auteur du poème Vert-Vert, élu à l'Académie en 1748] ; l'Université se recrutait plus tard chez les couteliers de Langres [Denis Diderot (1713–1784)] ; l'Académie, chez les Chaudronniers de l'Auvergne [Jacques Delille (1738–1813), élu à l'Académie en 1774] et les Chapeliers de Lyon [Jean François Ducis (1733–1816), élu à l'Académie en 1778]. Polymnie confiait sa lyre à un Cordonnier qui aurait été appellé à toutes les distinctions sociales, s'il avait été un honnête homme [Jean Baptiste Rousseau (1670-1741)]. Les grands Seigneurs se disputaient l'avantage d'héberger un ouvrier de Genève [Jean Jacques Rousseau], fort ennemi de tous les pouvoirs, mais éloquent et sensible. Etc. » 31

amyot_gresset.jpg

De gauche à droite : Jacques Amyot (1513-1593) ; Jean Baptiste Gresset (1709–1777).

diderot_delille.jpg

De gauche à droite : Denis Diderot ; Jacques Delille (1738–1813).

rousseau_jb_ducis.jpg

De gauche à droite : Jean Baptiste Rousseau (1670-1741) ; Jean François Ducis (1733–1816).

rousseau_jj.jpg

Portrait de Jean Jacques Rousseau par Maurice Quentin de La Tour (1704–1788), Musée Lécuyer, Saint-Quentin, Aisne.

Et Charles Nodier de laisser entendre ici dans son style elliptique 1° qu'en vertu de ses opinions politiques il ne saurait aucunement faire l'éloge de Denis Diderot ni celui de Jean Jacques Rousseau en tant que philosophes des Lumières, par là inspirateurs et, en quelque façon, fauteurs du désastre de la Révolution française ; 2° qu'indépendamment de ses opinions politiques, il se doit en conscience de faire observer que Diderot et Rousseau sont tous deux en tant qu'écrivains de génie la preuve vivante de l'extraordinaire bénéfice que les enfants du peuple pouvaient tirer de l'accès à la culture sous l'Ancien Régime, i.e. alors sous l'autorité de leurs maîtres ou de leurs grands protecteurs.

« — J'atteste sur ma conscience, que cette opinion n'est déterminée en rien par mes opinions politiques. Les honnêtes gens de tous les partis seront d'accord sur l'indécence et l'absurdité de l'Enseignemen mutuel, quand l'enseignement mutuel ne sera plus une affaire de parti. Ch. NODIER. » 32

Auguste de Labouisse ne peut ici que souscrire à l'attestation de Charles Nodier. L'accès à la culture ne doit pas, et ne peut pas se faire, selon lui, à l'aune d'une conception partisane des contenus et du mode d'enseignement de ladite culture. Le mode d'enseignement préconisé par les partisans de l'Enseignement mutuel ne ménage qu'une « éducation superficielle et grossière » 33. D'où, à condition qu'il soit bien compris, l'intérêt des académies, sociétés polymathiques et autres, comme alternative à l'impéritie de l'Enseignement mutuel. Auguste de Labouisse fonde en tout cas sur la multiplication desdites académies et sociétés diverses, ouvertes à tous, l'espoir d'un retour à la grande culture, i. e. pour lui, à la culture savante. Et, au premier rang de cette grande culture, il place, comme on sait, non point la culture mathématique dont Napoléon Bonaparte, puis les Idéologues prônent le développement tout en la réservant à une élite regroupée dans les Grandes Écoles ; mais la culture littéraire.

C'est cette culture-là qu'Auguste de Labouisse veut promouvoir ou redynamiser, à partir de 1816 d'abord, à Narbonne, mais sans parvenir à susciter l'émulation espérée ; et à partir de 1819 ensuite, à Castelnaudary, où il devient bientôt le principal animateur de la Société philotechnique de la ville.

À suivre...


  1. Auguste de Labouisse-Rochefort, Trente ans dema vie, ou Mémoires politiques et littéraires. De 1795 à 1826, tome premier, Toulouse, Librairie d'Auguste de Labouisse-Rochefort, 1844, p. 122.↩︎

  2. Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 10. Une figure oubliée. De 1830 à 1840 (suite 7).↩︎

  3. Virgile, Bucoliques, Églogue 1, v. 1-2.↩︎

  4. , Auguste de Labouisse, Idylles imitées des cantates italiennes de Métastase, suivies du Premier Livre des Amours à Éléonore, La solitude, Paris, Delaunay, 1810, p. 84. L'ouvrage comprend plusieurs poèmes signés par Éléonore.↩︎

  5. Jean-Claude Bonnefont, Académie de Stanislas, À l’époque du Consulat et de l’Empire : un réseau académique étendu et diversifié.↩︎

  6. Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 5. Une figure oubliée. De 1802 à 1805 ; Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 6. Une figure oubliée. De 1805 à 1808 ; Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 7. Une figure oubliée. De 1808 à 1810.↩︎

  7. Jean-Claude Bonnefont, Académie de Stanislas, À l’époque du Consulat et de l’Empire : un réseau académique étendu et diversifié.↩︎

  8. Pétraque, Morte di Madonna Laura, sonnet 62. Traduction (modifiée) de Francisque Reynard (1883). En 1847, Mme S. Emma Mahul [Stéphanie Emma Élisabeth Dejean, comtesse Dejean (Paris, 1815-1878, Livourne)] publiait une première traduction des poèmes de Pétrarque. En 1869, elle publie chez Didot, sous le titre modeste de Choix de sonnets de Pétrarque, sa traduction de l'essentiel du Canzoniere. Dans l'Averissement qui précède sa traduction, elle formule ces observations touchantes : « À l'époque où M. Mahul [Jacques Alphonse Mahul (Carcassonne, 1795-1871, Villardonnel, Aude), député de l'Aude, préfet de la Haute-Loire, du Vaucluse, de la Haute-Garonne, auteur en 1857 des Cartulaires et archives des communes de l'ancien diocèse de l'arrondissement administratif de Carcassonne (1857)] était préfet d'Avignon, la jeune préfette, enthousiaste de Pétrarque, et qui savait se faire une provision de souvenirs, était trop jeune pour oser traduire en vers même une passion classique, trop jeune pour aborder de telles difficultés grammaticales, quoique initiée dès l'enfance à la langue italienne par circonstances de famille. Nous prierons humblement le lecteur d'être indulgent pour les inadvertances qui pourraient se rencontrer dans notre travail, notre maladie de la vue nous privant habituellement de recourir aux commentaires et aux bibliothèques, et nous réduisant au seul secours des notions que le parcours des lieux, les renseignements verbaux ou la mémoire peuvent fournir. S. EMMA MAHUL, NÉE DEJEAN, Livourne, 1868. » In Sonnets traduits de Pétrarque par Mme S. Emma Mahul, des comtes Dejean, membre honoraire de diverses académies de Sicile, Paris, Firmin-Didot, 1870.
    Il est intéressant d'observer comment Mme S. Emma Mahul traduit Pétrarque dans les années 1850, souvent de façon très libre, quitte à modifier peu ou prou le sens du texte par souci de ménager la rime... Le résultat est joli, un peu mièvre par rapport à l'original pétrarquien. C'est ce genre de traduction de Pétrarque qu'Auguste de Labouisse a lu, et c'est ainsi aussi que lui et Éléonore ont traduit Métastase.↩︎

  9. M. de Labouisse-Rochefort, Mélanges politiques et littéraires faisant suite au Voyage à Rennes-les-Bains, Postface, Paris, Dentu, novembre 1834, pp. XXIII-XXIV.↩︎

  10. Alexandre Soumet, L’Italie, in Recueil des Jeux floraux, 1813, p. II. Cf. aussi Christine Belcikowski, « Alexandre Soumet (Castelnaudary 1786-1845 Paris), poète et dramaturge. I. De sa naissance à son élection à l’Académie française en 1824 ». In Pages lauragaises 12, Centre Lauragais d'Études Scientifiques, 2022.↩︎

  11. Cf. Anna Svenbro, « Linné et la France : entre botanique et politique », in La Revue de la BNU, 8 | 2013, 26-37 ; Jean-Antoine Rioux, À propos du tricentenaire de la naissance de Linné. Influence de son œuvre sur l’Ecole de Montpellier.↩︎

  12. Anna Svenbro, « Linné et la France : entre botanique et politique ».↩︎

  13. Manuscrits de la bibliothèque d'Étude et du Patrimoine de Toulouse, Deuxième Supplément, MS. 1301, folio 18, Rapport de Claude Antoine Guyot-Desherbiers sur la candidature de Labouisse à une place de membre de la Société philotechnique de Paris (1825, 2 septembre).↩︎

  14. Annuaire de la Société philotechnique, tome I, année 1840, Paris, Challamel et Comp. 1840, Auguste de Labouisse, p. 210, Pierre Baour-Lormian, p. 204.↩︎

  15. Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 10. Une figure oubliée. De 1830 à 1840 (suite 5).↩︎

  16. Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 10. Une figure oubliée. De 1830 à 1840 (suite 6).↩︎

  17. Sociétés littéraires de la France, par provinces et par départements, in Annuaire historique pour l'année ..., vol. 5 (1841), pp. 141-142, éditions de Boccard pour le compte de la Société de l'Histoire de France.↩︎

  18. Ibidem, p. 182.↩︎

  19. Collection privée.↩︎

  20. Sociétés littéraires de la France, par provinces et par départements, in Annuaire historique pour l'année ..., vol. 5 (1841), pp. 141-142, éditions de Boccard pour le compte de la Société de l'Histoire de France., pp. 181-182.↩︎

  21. Les Amours, À Éléonore, recueil d'élégies, par M. Labouïsse, « À Éléonore. Réponse à une épître de J. A. Carbonell », Paris, Didot l'Aîné, 1817, p. 239.↩︎

  22. M. de Labouisse-Rochefort, Mélanges politiques et littéraires faisant suite au Voyage à Rennes-les-Bains, Lettre XXIII, Paris, chez Dentu, 1834, pp. 177.↩︎

  23. Ibidem, p. 182.↩︎

  24. Ibid.↩︎

  25. Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 7. Une figure oubliée. De 1808 à 1810 ; Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 8. Une figure oubliée. De 1810 à 1830.↩︎

  26. M. de Labouisse-Rochefort, Mélanges politiques et littéraires faisant suite au Voyage à Rennes-les-Bains, Lettre XXIII, Paris, chez Dentu, 1834, p. 182.↩︎

  27. Anonyme [Henri de Latouche], Biographie pittoresque des députés: portraits, moeurs et costumes, Paris, Delaunay, Pélicier et Ponthieu, 1820, « Cornet d'Incourt », pp. 68-70.↩︎

  28. Voltaire, Dictionnaire philosophique, tome XIX, article Fertilisation, 6° et 16°, 1764. M. de Labouisse-Rochefort, Mélanges politiques et littéraires faisant suite au Voyage à Rennes-les-Bains, Lettre XXIII, Paris, chez Dentu, 1834, p. 170.↩︎

  29. M. de Labouisse-Rochefort, Mélanges politiques et littéraires faisant suite au Voyage à Rennes-les-Bains, Lettre XXIII, Paris, chez Dentu, 1834, p. 171.↩︎

  30. Ibidem, p. 170.↩︎

  31. Charles Nodier, Mélanges de littérature et de critique, volume 1, Paris, chez Raymond, 1820, p. 172.↩︎

  32. Cité par Auguste de Labouisse in Mélanges politiques et littéraires faisant suite au Voyage à Rennes-les-Bains, Lettre XXIII, Paris, chez Dentu, 1834, ibidem.↩︎

  33. Charles Nodier, Mélanges de littérature et de critique, volume 1, Paris, chez Raymond, 1820, p. 172.↩︎

Écrire un commentaire

Quelle est le septième caractère du mot 95ypdu4j ?

Fil RSS des commentaires de cet article