Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 9. Une figure oubliée. De 1830 à 1840

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En 1832, après Voyage à Montrouge (1804), Voyage à Saint-Maur, Promenade à Longchamp (1807), Voyage à Roudeilhe (1808), Voyage à Trianon (1809), Voyage à Saint-Léger, campagne de M. le chevalier de Boufflers, suivi du Voyage à Charenton (1827), Petit voyage sentimental (1828), Auguste de Labouisse publie Voyage à Rennes-les-Bains. Dans la première Préface de l'ouvrage, ou Avertissement de 1828, l'auteur dit avoir projeté de publier l'ouvrage en 1824 déjà, mais « quelques-uns des détails politiques que cette bagatelle renferme m'empêchèrent de la faire paraître dès que je l'eus écrite » 1. D'après la seconde Préface de l'ouvrage, datée de 1831, un autre drame se sa vie, la mort en 1828 de Sophie, sa fille dernière-née, puis de nouvelles turbulences politiques et professionnelles, révolution de 1830, démission de son poste de fonctionnaire des Contributions indirectes, ont fait que l'auteur a suspendu une fois de plus la publication de son Voyage à Rennes-les-Bains.

D'après l'Avertissement de 1828, la rédaction de Voyage à Rennes-les-Bains remonte à dix ans plus tôt, i.e. approximativement aux années 1819-1820 — l'auteur ne se montre jamais très précis sur les dates — années où Auguste de Labouisse, alors fonctionnaire des contributions indirectes, fait l'objet d'une mutation-sanction, de Narbonne à Castelnaudary. Quant aux voyages à Rennes-les-Bains, ils ont débuté en 1803, dixit Auguste de Labouisse, qui résidait alors à Saverdun, dans sa maison familiale et qui vivait provisoirement du revenu de ses terres, en simple gentilhomme fermier.

Dès l'Avertissement de 1828, Auguste de Labouisse dit ne pas regretter le report de la publication de son livre. « Cela m'a donné le temps d'y ajouter de nouvelles observations sur les richesses géologiques des environs de Rennes, et une analyse plus complète de ses eaux minérales. Cela rendra cet ouvrage plus intéressant pour le département de l'Aude. Heureux si ces faibles aperçus, peuvent engager quelques amis de la science, à venir visiter et décrire avec soin, ces curieuses montagnes des Corbières, qu'on n'a point assez explorées » 2. On reconnaît là, irrépréssibles chez Auguste de Labouisse, l'envie, le besoin, le goût d'ajouter à son ouvrage, une fois terminé, des « farcissures », comme dit Montaigne, qui désespèrent l'éditeur et qui entraînent immanquablement le report de la publication. Auguste de Labouisse se fait ainsi volens nolens l'auteur d'un texte qui demeure, au sens propre, infini, et dans lequel, au fil des différentes versions, on perd de vue la chronologie, et parfois on se perd tout court. Ce genre de perdition a toutefois son charme...

Auguste de Labouisse déclare avoir voulu faire dans son Voyage à Rennes-les-Bains « une statistique des lieux qu'il a parcourus ». Mais il s'agit là, telle qu'il l'a voulue, d'une statistique d'un genre nouveau, « la première écrite en prose et en vers, et peut-être aussi la première où l'on se soit plus occupé des événements que des comestibles, et des hommes plus que du nombre d'œufs et de poules », autrement dit d'une statistique enrichie d'une partie « historique », car « sans les souvenirs de l'histoire, sans les anecdotes qui concernent les grands établissements, la statistique d'un pays, n'offre qu'un malheureux squelette ». Il faut, pour bien faire, ajoute-t-il, que, comme dans les futures cartes postales animées, « le paysage se trouve animé par les différentes scènes de la vie ; il faut, à l'analyse du sol, mêler de temps en temps les actions de l'homme, puisque c'est pour l'homme que l'on écrit. » 3

Auguste de Labouisse fraie ainsi la voie d'un genre nouveau, propre à l'époque romantique — largement continué après lui par Gérard de Nerval, Alexandre Dumas, Victor Hugo, et autres —, celui de l'excursion littéraire, dans laquelle on peut intercaler aussi bien « quelques imitations de Martial, qui semblent anecdotiques », et de « petites fictions », nées du fil d'une plume à la Sterne, que des considérations politiques relatives chez lui à une Révolution, « qui semble vouloir renaître », ou, comme il dit, au « volcan qui mugit » à nouveau... 4

Feignant de s'en excuser, Auguste de Labouisse déclare aussi que, comme dans ses autres Voyages, il s'est plu dans son Voyage à Rennes-les-Bains à multiplier les citations. Parce que tel est son bon plaisir, — plaisir de grand lecteur, s'entend. Mais quel écrivain n'est pas grand lecteur ?

« J'avoue que je serais fâché, que cela parût une faute. J'aime les emprunts qui enrichissent, j'aime à faire connaître ces expressions vives et inimitables, qu'il serait imprudent de remplacer ou de parodier ; j'aime enfin à citer, parce que j'aime à me montrer reconnaissant du plaisir que me procurent des lectures qui m'amusent ou qui m'intruisent. Est-ce de ma part, bonté de cœur ou stérilité d'esprit ? Qu'on en décide : je ne me plaindrai pas. » 5

Entre autres citations, Auguste de Labouisse aime à faire entendre dans ses livres la voix de ses amis, poètes eux aussi. Il cite en conséquence dans son Avertissement de 1828 une Ode de son ami J.-A. Carbonell, qui perd la vue et qui a renoncé à poursuivre son activité poétique, mais qui se souvient de tant de voyages partagés avec son ami, et qui, sachant ingrate la condition des troubadours, a pourtant écrit cette Ode pour accompagner la publication du Voyage à Rennes-les-Bains, afin de témoigner de sa fraternelle solidarité à l'endroit de son ami Trouveur. « Comme jadis, avec toi je Voyage » ..., écrit ainsi J.-A. Carbonell. « Et je rajeunis avec toi / Dans ta pittoresque Odyssée... » 6

À l'Avertissement de 1828, succède dans l'édition de 1832 de Voyage à Rennes-les-Bains une Préface de 1831, « farcie » de notes et de plusieurs pages d'errata, elles-mêmes « farcies » de commentaires ajoutés en 1832, i.e. à la dernière minute, juste avant la publication de l'ouvrage. Le volume des notes et autres commentaires est souvent supérieur sur une page à celui du texte principal. Auguste de Labouisse s'inquiétait en 1828 du « volcan qui mugit » ; son inquiétude depuis lors a encore grandi ; elle lui inspire en 1831-1832 un texte éruptif, qui se déborde lui-même dans son bouillonnement politique, à la façon d'une lave.

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Anonyme, Incendie de la barrière de l'octroi des Bonshommes, actuel 64, avenue de New-York et 2, quai de Passy, les 12-13 juillet 1789, XVIe arrondissement, 1789, Imprimerie Prudhomme, Éditeur, Musée Carnavalet.

Réactivé par les événements de la révolution de 1830, le souvenir de la Révolution de 1789, et plus spécialement celui de la Terreur, période durant laquelle, alors âgé de quinze ans, il a été emprisonné à Pamiers, inspire à Auguste de Labouisse des pages qui révèlent la portée traumatique d'un tel souvenir et qui éclairent par suite la raison pour laquelle le poète des Amours, à Éléonore se mue ici en pamphlétaire volcanique. L'étonnant, le tragique aussi, c'est qu'à partir de 1830, en vertu de son royalisme de toujours, le pourfendeur de la Révolution de 1789 doive se muer en pourfendeur de la Seconde Restauration, alliée objective de la révolution de 1830 selon lui, et plus essentiellement en pourfendeur des autres pamphlétaires, sectateurs, eux, de l'idéologie du Progrès. Et il n'hésite pas à donner des noms.

« Cette admiration imitatrice pour les hommes et pour les œuvres de la Terreur n'est qu'un arrière-goût du sang versé et bu dans notre époque de honte, dit M. de Lamartine, que quelques insensés prennent encore pour de la soif, et qui n'est que le rêve du tigre. »

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27 Juillet 1830. Incendie Du Corps De garde Des gendarmes place de la Bourse, 10 heures du soir, lithographie de Engelmann, Cité Bergère n° 1, Recueil. Collection de Vinck. Un siècle d'histoire de France par l'estampe, 1770-1870. Vol. 87 (pièces 11024-11161), Monarchie de Juillet.

« Nous sommes arrivés à une époque de haine, de rage, de prévention qui fait frémir pour l'espèce humaine. [...]. Qui peut prétendre avoir le droit de déchirer, par des révoltes, le contrat social ? Sans doute il y avait des réformes à demander, n'y en aura- t-il pas toujours à faire ? Les hommes sont-ils parfaits ? Rien d'achevé peut-il sortir de leurs mains ? Et au lieu de l'ordre, de la tranquillité, de la sécurité dont nous jouissions, qu'a-t-on mis en place ? Qu'est-ce que la Nation a gagné à ce grand bouleversement ?... Chacun se le demande et personne ne peut répondre, excepté quelques hommes qui se réjouissent entr'eux de toutes nos tribulations, parce qu'ils ont personnellement l'avantage d'être parvenus au pouvoir. Ils s'en réjouissent ! sans nous dire cependant, ce que ce pouvoir si envié, coûte chaque jour d'amertume, à leur sécurité, à leur repos et à leur conscience.

Mais que dis-je, leur conscience ! à ce mot antique et suranné, les oracles du jour vont me proclamer retardataire. C'est l'injure à la mode ; c'est le synonyme de sot. LE SIÈCLE MARCHE ; du moins quelques niais l'ont écrit. Mais n'en déplaise aux sectateurs de la marche du siècle, on n'est point retardataire, parce qu'on a des principes, on est seulement stationnaire. Stationnaire, attendu qu'il faut savoir s'arrêter dans son devoir, et que des principes ne peuvent point varier et changer au gré de nos caprices, de nos fantaisies, de nos intérêts et de nos passions. Avec des principes on a une vie exacte, réglée ; on est conséquent dans sa conduite et dans ses écrits. Au lieu que lorsqu'on est sans principes, on se fait des maximes pour toutes les circonstances ; de là toutes les contradictions qu'on rencontre par milliers dans les brochures et les pamphlets des BENJAMIN CONSTANT, des LAFAYETTE, des MAUGUIN, des DUPIN, des EUSÈBE SALVERTE, des TRACY-DESTUTT, des LABORDE, des FIÉVÉE, des ODILLON-BARROT, des MERILHOU, des BRIQUEVILLE, des LAFFITTE, etc., esprits bizarres et dangereux, à charge à eux-mêmes, et fléaux des nations, et des temps où ils vivent. » 7

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Gravure anonyme, d’après Nicolas Eustache Maurin (1799–1850), de gauche à droite : Jacques Laffitte (1767-1844, banquier, ministre), Casimir Périer (1777-1832, banquier, président du Conseil), le général Lafayette (Gilbert du Motier de La Fayette, 1757-1834, commandant de la Garde nationale en août-décembre 1830, puis chef de l'opposition au régime de Louis-Philippe), Étienne Maurice, comte Gérard (1773-1852, maréchal d'Empire, ministre de la Guerre), Bulla frères et Jouy, imprimeur-libraire, 1830, in Mémorables journées de 1830 / Faits historiques (27, 28 et 29 Juillet), Paris, 1830.

Auguste de Labouisse clame donc à l'intention de « ces esprits bizarres et dangereux » sa profession de foi politique :

« Pour moi, messieurs de l'égoïsme et de l'arbitraire, je l'avouerai hautement dans cette préface, qui contient ma profession de foi politique. J'ai aussi été libéral, mais à ma manière et non pas à la vôtre. J'ai été libéral, comme tous les royalistes l'étaient, comme le sont encore les Fitz-James, les Brézé, les Conny, les Berruyer, les Noailles, etc., etc. C'est-à-dire libéraux en ce sens, que nous avions des pensées libérales, grandes, généreuses, utiles ; nous voulions le bonheur et l'affranchissement du pays et non pas le triomphe des idées du Jacobinisme. Je ne suis, je ne fus, je ne serai jamais Jacobin ; et je n'ai jamais laissé les circonstances dominer la manifestation de mes sentiments. » 8

Dans son emportement à voir des néo-crypto-Jacobins partout, Auguste ne manque pas de leur imputer à crime de prendre l'épidémie de choléra qui éclate en 1832 à Paris, « pour auxiliaire contre des Français. »

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Grandville (1803-1847), Le ministère attaqué du Choléra morbus, Paris, chez Aubert, 1832, Collection de Vinck. Un siècle d'histoire de France par l'estampe, 1770-1870. Vol. 105 (pièces 13271-13414), Monarchie de Juillet.

Voici comment Gabriel Vauthier, qui ne se réclame certes pas de la même sensibilité politique qu'Auguste de Labouisse, raconte en 1928 l'affaire du choléra de 1832 :

« Un bruit ridicule circule dans la ville : le gouvernement fait empoisonner les aliments et les fontaines ! Cette fable odieuse trouve créance dans le peuple. Celui-ci voit partout des coupables, et il est prêt à sévir contre eux. Le 3 avril, des ouvriers en assez grand nombre se réunissent devant l'Hôtel-Dieu ; ils font entendre des paroles de vengeance contre l'autorité et les médecins. [...]. Ce qu'il y a de lamentable, c'est de constater que les passions politiques faisaient du choléra, si l'on peut parler ainsi, une machine de guerre contre le gouvernement, et l'on accusait de ces manœuvres : carlistes et républicains. La menace était sérieuse, puisque le préfet de police, Gisquet, envoya aux commissaires une circulaire » leur enjoignant de se méfier des agitateurs qui, une fois emprisonnés, faisaient courir le bruit que pour les réduire au silence, on les empoisonnaient en prison.

Le Journal des Débats, en quelques lignes, résume cette situation inquiétante : ‘‘ Il y a des gens qui nient l'existence du choléra. Ils y voient une ruse ingénieuse du gouvernement pour nous distraire des affaires générales. Les autres avouent les ravages du mal, mais, suivant eux, c'est le gouvernement qui le fait, non le choléra. Le gouvernement empoisonne les fontaines publiques. Il empoisonne les tonneaux des porteurs d'eau et les brocs des marchands de vin ; il empoisonne les malades dans les hôpitaux. Que des ignorants le croient, mais que de certains partis s'en fassent un instrument, qu'ils emploient le plus terrible des fléaux pour soulever les masses, qu'ils aillent propageant dans les faubourgs des bruits aussi ridicules, aussi dangereux pour l'ordre social lui-même, voilà vraiment ce qu'on ne saurait croire, voilà ce qui est cependant. ’’ » 9

Auguste de Labouisse ne croit certainement pas alors que le gouvernement fasse empoisonner les fontaines, mais il reproche audit gouvernement de profiter des circonstances pour tenter de retourner le peuple contre les carlistes et contre les républicains tout à la fois, en lui faisant croire que les carlistes et les républicains sont, eux, des empoisonneurs, et donc ses véritables ennemis politiques, ceux qu'il doit craindre. « Triste affaire en tout cas, bien peu reluisante pour la monarchie de Juillet à ses débuts, concluent, chacun de son côté, Auguste de Labouisse, puis Gabriel Vauthier. « Tous ces gens-là sont contents », dit Auguste de Labouisse des membres du gouvernement, « ils rient : les autres ne sont que des gueux, ils pleurent. » 10

Et Auguste de Labouisse de conclure sa Préface de 1831 ainsi, dans une veine qui annonce le Victor Hugo des Châtiments (1853) : « — Ce Choléra tant redouté des êtres égoïstes et timides serait-il arrivé, pour achever de nous prouver, ce que vous nous avez déjà appris plusieurs fois, par expérience, que tout chez vous est perfide et menteur ! tout, jusqu'à votre prétendue philantropie. » 11

Loin de sa veine accusatrice, Auguste de Labouisse place le début de son Voyage à Rennes-les-Bains sous le signe de « Madame Éléonore de Labouïsse-Rochefort », à qui il adresse une lettre en vers, datée de « Rennes [les-Bains], 14 septembre 1803 », soit quelques jours avant leur premier anniversaire de mariage, et signée, non sans un grain de malice érotique, « De ton heureux Alphée , ô toi ! chère Aréthuse, / Qu'un même amour grâce à l'hymen confond... » 12

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Luigi Garzi (1638-1721), Alphée et Aréthuse, 1705-1710, Galleria Giambianco de Torino.
Le tableau est inspiré des Métamorphoses d'Ovide. Alphée, le dieu-fleuve, aspire à rejoindre Aréthuse, qu'Artémis a transformée en fontaine loin de lui. À force de persévérance, il parvient à rejoindre Aréthuse et à mêler ses eaux avec les siennes.

Pourquoi Auguste de Labouisse chemine-t-il en septembre 1803 en direction de Rennes-les-Bains, loin de son Éléonore ? Il en donne la raison un peu plus loin dans l'ouvrage :

« Mais quand je suis en proie à l'affreux rhumatisme,
Fruit impur de ces noirs cachots
Qu'à mon crime innocent ouvrit le terrorisme ;
Pourrai-je, avec cet atticisme,
Avec ce sel piquant charme de tes bons mots
Qui dérident le pédantisme,
Raconter mon voyage en dépit de mes maux ? » 13

La cause est entendue : Auguste de Labouisse souffre du rhumatisme qu'il a contracté, dit-il, à Pamiers, dans la prison où il s'est trouvé enfermé, pendant la Terreur.

Le « bras en écharpe », monté sur son cheval Favori et flanqué de son « fidèle domestique, ce brave Saint-Jean qui berça et amusa mon enfance » 14, il s'est rendu auparavant à Toulouse afin de consulter « la toute-puissante Faculté » 15, et celle-ci lui a prescrit une cure thermale pour soigner le rhumatisme en question. Charlotte Eléonore Adélaïde Félicité de Bonaffos de la Tour (1755-1812), sa tante, « devant aller pour une cause pareille à Rennes-les-Bains », l'a engagé à s'y rendre en même temps qu'elle. À noter qu'à la différence de son neveu, celle-ci ne va pas à cheval, mais dans une voiture tirée par des bêtes. « La prière d'une tante aussi chérie est comme un ordre ». Auguste de Labouisse se rend donc à Rennes-les-Bains, en compagnie de sa tante, et en chemin, il se plaint régulièrement de se trouver séparé de son épouse, sa bien-aimée Éléonore.

« Pourquoi n'as-tu pu m'accompagner dans ma course ? ... » Pourquoi ? Parce qu'Éléonore est enceinte et qu'elle accouchera le 7 février 1804 de leur fils Adolphe. Avant de retourner à Saverdun, elle est donc restée un temps dans « la Capitale des Tectosages », où résident alors ses parents. Avant de quitter Toulouse, Auguste de Labouisse a revu ses amis de l'ancien Lycée, petite Académie qui a servi de transition au rétablissement des Jeux Floraux. Il leur a présenté Éléonore, et ils ont promis d'aller la distraire pendant son absence. Mme de Labouisse Mère a promis, elle, d'aller dans quelque temps prendre Éléonore avec la voiture afin qu'à son retour il la trouve rendue dans leur conjugale retraite. Quant à Lui, malgré le regret d'avoir dû quitter son Aréthuse, il compte bien faire de sa cure à Rennes-les-Bains l'occasion de « raconter son voyage en dépit de ses maux » et donc, dès 1803, d'en tirer un récit de voyage, dont on sait qu'il sera le premier de toute une série

La fantaisie dont Auguste de Labouisse fait montre dans les vers qu'il dédie à Éléonore trahit au passage quelque chose du jeu de rôles sous l'auspice duquel s'entretient la complicité intellectuelle du couple : à Elle, dans le rôle de la Rieuse, « l'atticisme, le sel piquant des bons mots » ; à Lui, dans le rôle de l'homme sérieux, le « pédantisme » de l'érudit, dont Elle peut-être a dû se moquer gentiment.

Rennes-les-Bains se trouve à environ 117 km de Toulouse et à 86 km de Saverdun, siège de la maison familiale d'Auguste de Labouisse. Celui-ci s'est rendu à Rennes-les-Bains à cheval, toujours flanqué de son fidèle Saint-Jean. On ne pouvait au demeurant se rendre à Rennes-les-Bains en 1803 autrement qu'à pied, à dos de mulet ou à cheval, puisque la liaison routière entre Toulouse ou Saverdun et Rennes-les-Bains ne sera établie qu'en 1831. Avant 1831, on ne parlait d'ailleurs guère encore de Rennes-les-Bains, toponyme créé par effet d'attraction de Rennes-le-Château, mais plutôt des Bains de Montferrand, par effet de survivance du toponyme plus ancien.

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Les Bains de Montferran, alias Rennes-les-Bains, carte de l'état-major 1820-1866, Geoportail.

Auguste de Labouisse dit avoir fait le voyage de Rennes-les-Bains, plusieurs fois au fil des années, en compagnie de M. de Soulages, « un amateur distingué, qui depuis plus de 20 ans, visite et parcourt régulièrement, à la dernière saison des eaux, ces montagnes des Corbières, qu'il connaît parfaitement. Cet ami possède à son château de La Nogarède, près du Villasavary, un cabinet d'histoire naturelle, orné et distribué avec goût, qui charme ses loisirs ». Au contact de M. de Soulages, Auguste de Labouisse n'a pas manqué de contracter alors la passion des « hippurites et radiolites ou orthocères de nos montagnes des Corbières. » 16

Lors des mêmes voyages à Rennes-les-Bains, Auguste de Labouisse dit s'être arrêté plusieurs fois aussi à Mirepoix (Ariège) afin d'y glaner les « doctes renseignements fournis par M. A.-B. Vigarozy, poète qui se fera un nom illustre, par la publication de ses Poèmes, de ses Odes, de ses Élégies et de ses Fables, dont plusieurs, insérées déjà dans divers recueils, se sont fait remarquer parmi les plus jolis morceaux. » 17

Au passage des premiers coteaux dont la rivière dessine toutes les sinuosités, le Voyageur Pédant se souvient du petit village ruiné qui fut jadis Vieille-Toulouse, et il vérifie ce mot de Lucien, que les villes meurent comme les hommes. Au passage du bac qui permet de traverser la Garonne au village de Pinsaguel et qui, dans l'occasion, transporte à force de rames à la fois voiture, chevaux et passagers, le Poète Voyageur s'enchante de la « douce mignonnette », qui s'est jointe à la traversée et qui chante « à voix de fauvette » une romance « occitanienne » dont la mélancolie ravissante le détache un moment de ses propres pensées 18. Arrivé à Auterive, le Voyageur Fidèle à ses amis dédie une pensée à son ami Ju5 juin 1804les de Paulo, que son Éléonore « a vu plusieurs fois dans leur paisible foyer. Il ne peut pas savoir que Jules de Paulo mourra des suites d'une chute de cheval le 5 juin 1804.

« C'est dans ces fertiles campagnes, qu'il y a quatre ans, (j'ai presque dit quatre siècles), fut vaincue, après s'être défendue avec un courage vraiment héroïque, une petite armée royaliste, commandée par l'excellent et intrépide brigadier du roi, mon ami le Comte Jules de Paulo 19 [...]. Une nuée de révolutionnaires — à cette nuée de révolutionnaires, furent bientôt après, forcés de se joindre une foule d'honnêtes gens, requis de prendre les armes et d'abandonner leurs paisibles foyers, pour aller combattre leurs parents, leurs amis, leurs compatriotes —, affamée de pillages et de crimes, après avoir incendié le château de Terraqueuse, grande et belle propriété du Comte de Paulo, vint fondre sur cette petite armée royaliste si dévouée, la combattre de nouveau, et achever de la dissiper, après qu'elle eut franchi Carbonne, La Terrasse et Montréjeau, où malgré l'extrême infériorité du nombre, on se battit encore plusieurs fois, avec une rare intrépidité. » 20

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20 août 1799. Scène de la bataille de Montréjeau. Source : Le Salon belge. Comité du souvenir des victimes de la Révolution en Midi toulousain. Commémoration du massacre de Montréjeau. 1799.

« Tu sais, écrit encore Auguste de Labouisse à l'intention d'Éléonore, qu'après cette époque, qui te fit craindre tout pour les jours de ton père, l'un des malheureux commandants de cette glorieuse et funeste entreprise ; persécuté et surveillé sans relâche comme mes camarades, je fus longtemps sans recevoir des nouvelles de mon tendre et généreux ami. J'ignorais dans quelleretraite , Jules était allé cacher son infortune et ses chagrins. Je craignais que l'Espagne, où il avait été forcé de se retirer, complice de nos sanguinaires discordes, n'eût eu la coupable faiblesse de le livrer aux agents du Directoire, comme elle eut la lâche complaisance de leur adandonner dix autres victimes ! ... Heureusement il n'avait fait que traverser l'inhospitalier territoire ! .... Le Comte de Paulo parvint à se réfugier en Angleterre, (asile trop souvent dangereux et perfide, ainsi que l'éprouvèrent à Quiberon quelques-uns de nos braves officiers de marine), d'où il revint bientôt après que Buonaparte fut de retour d'Égypte. Tu sais que depuis lors tout a changé de face, que les choses ont été moins mal en France, que les proscriptions et les confiscations ont cessé, et mon ami, rayé enfin de la fatale liste des émigrés et des proscrits, a pu reparaître parmi nous et rentrer dans ceux de ses biens qui étaient restés invendus, grâce aux soins courageux et aux démarches réitérées de sa tendre mère » 21. Jules de Paulo mourra à Toulouse le 5 juin 1804, d'une chute de cheval.

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Le château du Secourieu aujourd'hui.

Après Auterive, au passage du Secourieu, Auguste de Labouisse se souvient qu'avant la Révolution, « M. de Resseguier, d'une famille où l'esprit semble être héréditaire, (à qui cette terre appartenait) se plaisait à [y] rassembler et à [y] fêter les membres les plus distingués de l'académie floréale qui n'existe plus — elle sera rétablie en 1806 — et les étrangers les plus illustres, parmi lesquels le cardinal de Bernis, « dont la conversation était encore plus aimable que les vers. » 22 

« Laissant ensuite de côté « le joli bourg de Cintegabelle, qui fut le quartier-général de notre petite armée, trop peu disciplinée, mais très dévouée et très brave », et voulant fuir les fâcheuses pensées, qu'avaient réveillées la vue de ces lieux, théâtre de nos désastres, je me mis à galoper, et c'est en galopant que nous atteignîmes le sentier où je devais quitter la grande route... On le nomme le chemin du sel, parce qu'il servait de passage aux fraudeurs, qui marchaient par là tranquillement, sans craindre aucune attaque, ni aucune surprise ; ils se trouvaient sur le sol de la LIBERTÉ. »

Auguste de Labouisse parle ici de liberté du sel, et par suite de liberté tout court, parce que, comme indiqué par l'historien Patrice Poujade dans Les produits du commerce transfrontalier dans le Pays de Foix à travers les actes notariés (vers 1550-vers 1700), le comte de Foix Gaston Ier s'étant réservé en 1307 le monopole du sel catalan de Cardona et ayant établi des salins seigneuriaux à Ax, Tarascon et Foix, le pays de Foix était dans la monarchie française un pays rédimé dans lequel le prix du sel était environ trois fois inférieur à celui du Languedoc voisin. Il en allait de même pour le pays de Sault. À ce titre, leurs habitants pouvaient être considérés comme non assujettis à la gabelle. Certains d'entre eux profitaient de cet avantage pour aller revendre tranquillement leur sel au prix fort dans les pays circonvoisins, soumis eux à la gabelle.

Au mot « LIBERTÉ », quoi qu'il en soit des fraudeurs, on sait ce qui fait pour Auguste de Labouisse, le besoin et le charme du voyage.

« Liberté ! Liberté ! que tout Français appelle !
Accepte le salut de mon cœur transporté.
      Mais non pas toi perfide Liberté,
      Qui toujours marâtre et cruelle,
Prétends nous retenir sous ta noire tutelle,
      Martyrs de ta perversité.

« Tu sais de quelle Liberté je parle et quelle Liberté j'invoque toujours ! » écrit Auguste de Labouisse à l'intention d'Éléonore. Ce n'est certainement pas celle, que les philosophes et leurs adeptes, ont tant corrompue et déshonorée. J'aime la Liberté autant et plus que qui que ce soit ; mais je hais la licence et j'abhorre les crimes. [...]. Je voudrais plus de réalité et plus de justice. Je voudrais une Liberté plus douce, plus vraie, plus humaine ; je voudrais cette Liberté, cette noble indépendance dont jouissaient nos aïeux dans ces contrées car je foule une terre de franchise. Je suis dans le Comté de Foix dont il me tardait d'avoir à te parler. »  23

Et le Voyageur Pédant, en route sur le sentier du sel, de raconter l'histoire du comté de Foix à l'intention de sa Rieuse au « sel piquant ». Et le pédant voyageur de se jouer ici, à la façon toute magistrale du juge Dandin de Racine dans Les Plaideurs et non sans auto-dérision, de la patience de sa Rieuse et de ses lecteurs confondus :

« Mais à quelle époque ferai-je remonter son histoire ? :
— Avant la naissance du monde... ?
— Ah ! passons donc au déluge. »  24

S'en suit un long historique, farci ça et là de détails croustillants.

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Les Tectosages, poussés par les Romains à quitter leur pays et à émigrer en Languedoc. Dessin de Raymond Lafage (1656-1684), mis en gravure par Franz Ertinger (1640-1710), dans Histoire de Toulouse de Germain Lafaille, ouvrage commandé en 1683 par les capitouls de Toulouse.

« Les Tectosages, qui régnèrent à Toulouse et dans les villes voisines, étaient des peuplades Celtes, transplantées par l'émigration et le désir des conquêtes, dans le pays que je parcours. Comme les Celtes, nos aïeux, peignaient leurs corps de figures de toutes sortes d'animaux ; c'était une sorte de distinction, une marque de noblesse ; aussi dit Hérodien, ne mettaient-ils pas d'habits, afin de ne pas cacher ces figures emblématiques. Cependant quelques-uns se couvraient à demi de peaux de bêtes et ce n'était que dans quelques fêtes, que les deux sexes se présentaient tous nus dans les rassemblements. Cet usage immodeste se perdit, quand on commença à porter d'abord des sayes (sagum), ensuite des brayes (bracco), puis des tuniques et des pourpoints. Une chose à laquelle ils tenaient fortement, était d'avoir de longues chevelures, qu'ils teignaient en rouge, ce que Saint Jérôme, appellait prendre les livrées de l'enfer. »

Auguste de Labouisse assigne manifestement aux Tectosages le statut de sombres barbares ; et en digne défenseur de la civilisation des mœurs — les bonnes mœurs s'entend, celles dont la romanité fournit chez lui le premier exemple — il réserve à leurs mœurs à eux sa réprobation. « Ils abandonnaient les travaux de l'agriculture aux femmes. L'idée d'une fleur délicate livrée aux intempéries des saisons me déplaît. - Pour eux personnellement, ils s'y refusaient, parce qu'ils n'y voyaient qu'une servitude indigne de leurs penchants guerriers. Ils ne voulaient pas même qu'on apprît les sciences, laissant toutes les connaissances aux Druides, parce que l'étude leur paraissait une occupation servile, opposée à la valeur, et ils trouvaient qu'un Prince, par exemple, un Prince qui irait à l'école et craindrait la férule et le fouet, n'apprendrait jamais à ne pas craindre l'épée et la hallebarde. » 25

Le Voyageur Pédant en vient ensuite à l'origine de Foix, à laquelle il dit vouloir s'arrêter davantage, car « elle est due en quelque sorte à la Mythologie, et en qualité d'ami des Muses, j'ai beaucoup d'égards pour ces antiques fictions mythologiques, qui plaisent à l'esprit, charment l'imagination et réjouissent les cœurs. » 26

« Silius Italicus, en son septième livre, prétend qu'Hercule, après avoir vaincu Anthée, Busiris et Gérion, fameux géants, qui exerçaient de cruelles tyrannies, traversa un grand nombre de pays, combattant toujours, défendant les opprimés, terrassant les oppresseurs, nettoyant les étables et remportant victoire sur victoire. Il arriva inopinément sur les hautes montagnes qui nous entourent, dont on ne savait pas le nom à cette époque, ou dont l'ancien nom a été oublié depuis. [...]. Il trouva dans ces contrées, un roi géant, (il y avait alors des géants partout) nommé Bébryx, qui commandait ces peuples sauvages, au milieu de ces bois et de ces déserts affreux, n'ayant pour son palais, que l'Antre de Tarascon [la grotte de Lombrives, visitée par Henri III de Navarre en 1578-1579 27], qui ne valait certainement pas l'habitation du Louvre. »

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Vue de la grotte de Lombrives circa 1900.

« Hercule fut bien accueilli ; il avait une massue qui le rendait respectable. Mais il en usa mal, suivant la chronique, puisque pour prix de la généreuse hospitalité qu'il reçut, n'écoutant que ses brûlants désirs, au lieu d'épouser Pyrène, fille de son hôte, dont l'extrême beauté le rendit amoureux, il la surprit et en abusa. Je ne sais pas trop jusqu'à quel point ses brusques procédés plurent à la princesse. Une romance, que je vais te dire, prouve qu'elle fut d'abord sensiblement touchée de ses soins. Mais, Hercule, d'un caractère un peu volage, aimait à multiplier ses exploits en tout genre, si l'on en croit l'histoire de ses douze travaux ; de sorte que ce mauvais garnement, (je suis forcé d'en parler ainsi, tant je suis scandalisé de sa conduite scélérate) sans se gêner d'aucune manière, en faveur de l'aimable princesse qu'il avait séduite, pourchassa sous ces bois à haute futaie, une autre belle. Pyrène s'aperçut à la fois de deux choses fâcheuses, qu'elle allait devenir mère et qu'elle avait une rivale ! [...]. Il faut noter que le père Bébryx, ne savait rien de cette affligeante aventure. [...]. Cette belle princesse désespérée de la perte de son honneur, erra vagabonde à travers ces monts escarpés où des bêtes farouches la déchirèrent. C'est en mémoire de ce funeste événement, que les montagnes qui séparent la France de l'Espagne, prirent le nom de Pyrénées. » 28

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La légende de Pyrène et Hercule, IA Chat GPT, in L'Indépendant, 19/11/2023.

Après avoir cité M. Andoque [Pierre Andoque « l'historien» (1595-entre 1654 et 1664), conseiller au sénéchal de Béziers en 1648, auteur d'une Histoire du Languedoc, peu exacte d'après lui, le Voyageur Pédant menace à nouveau sa Rieuse — et par le même occasion, son lecteur — d'une leçon de son cru : « Comme en ta qualité de descendante des Gaulois, quoique tu sois née à l'Île-de-France, tu t'intéresses assez à la Gaule, pour être bien aise d'en connaître l'histoire ; je vais t'en faire un abrégé, d'après d'autres auteurs, encore plus exacts que M. Andoque, lesquels m'aideront à redresser quelques légères erreurs de notre naïf historiographe. » 29

« L'abrégé » s'annonce fluvial : « J'avais un pressentiment que je serais obligé de reprendre ma narration depuis l'époque du déluge ; car enfin la chose en vaut la peine ; il s'agit d'un grand royaume et non pas d'un maigre chapon.

On croit communément que Mercure fut le premier législateur des Gaulois ; d'autres attribuent cet honneur à Samothés, fondateur de la monarchie, environ 140 ans après le déluge. Au sortir de l'arche, le chef de la famille sauvée, ayant partagé toutes les terres à ses enfants, la Gaule échut à Gomer, fils de Japhet et petit fils de Noé, ... etc. » Il faut au Voyageur Pédant poursuivre cette généalogie sur six pages avant d'en arriver aux Gaulois. Heureusement il revient à Hercule, qui « honteux, affligé et confus, de la tragique catastrophe de Pyrène, se repentant aussitôt de sa cruelle inconstance et de sa terrible faute, ne put rester dans des lieux qui étaient devenus pour lui si tristes et si chers. Il les quitta, laissant pour gouverner ce peuple, son neveu Fuxée, d'où vient le nom de Fuxiens, Foixiens, donné d'abord au pays de Foix ». Auguste de Labouisse, alias le Voyageur Pédant, prend soin toutefois de rappeler ici qu'il n'est pas dupe des belles histoires qu'il raconte :

« Eh ! que m'importe que la Fable
Soit la peinture véritable
De la rêveuse antiquité ?
Moi, qui tendre ami du mystère,
N'ai jamais connu que Cythère,
Où l'on plaça la volupté. » 30

« Je m'arrête, pour ne pas pousser plus loin [...] ce vain radotage, et je reviens à nos moutons, c'est-à-dire dans ce pays de Foix, qui dans l'espace de six siècles fut gouverné par vingt-et-un Comtes, dont presque tous illustrèrent leur courage, leur bonté et leur esprit. » 31

Sans surprise, Auguste de Labouisse retient de ces comtes trois d'entre eux qui « se firent distinguer comme poètes », même si on prête à Henri IV aussi quelques jolies chansons, et même si ce qui lui appartient incontestablement, ce sont ses saillies, sa protection des lettres, son amour de la vérité, ses générosités qui rencontrèrent tant d'ingrats, son humanité, sa gaîté, ses spirituelles réponses » 32. Et oubliant de citer les noms des trois comtes poètes, Auguste de Labouisse s'attarde à un grand éloge de celui qui, après Louis XVI, reste son roi préféré, — éloge qu'il conclut ainsi :

« Ce Diable-à-Quatre, (car ce fut ainsi qu'on le surnomma gaiement) fut notre dernier Comte, ayant par un édit du mois de juillet 1607, réuni pour toujours ses propres domaines, à cette antique couronne de France, que la Révolution a brisée brutalement, sans profit, sans bonheur, j'allais presque dire sans gloire, si je n'avais pas craint qu'on n'appliquât à nos valeureuses armées, une expression qui ne doit atteindre que les criminelles entreprises de nos révolutionnaires. » 33

Après cet d'éloge d'Henri IV et de la LIBERTÉ, Auguste de Labouisse entreprend de célébrer la géographie physique et humaine du pays qu'il traverse. Comme ce qu'il appelle la « statistique » l'ennuie un peu, il signale qu'il emprunte ici aux belles pages du volume XXXIII du Voyageur françois, ou La connoissance de l'ancien et du nouveau monde.

 

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Le Voyageur françois, ou La connoissance de l'ancien et du nouveau monde, volume XXXIII, 1790.

« Oh le charmant pays que le Languedoc ! c'est presque partout un lieu de délices ; c'est un enchantement presque continuel pour le voyageur. Je ne crois pas que la nature se montre dans une autre province de France, plus riante, plus libérale et plus féconde. Un beau ciel, un air pur et salubre, un climat doux et bénigne, d'agréables paysages, des sites pittoresques, la mer Méditerrannée, deux fleuve, un canal, chef-d'oeuvre du génie et de l'art ; plusieurs rivières considérables ; une étonnante variété dans les productions de la terre ; mille curiosités naturelles dans tous les genres, des grains et des vins excellents ; des pâturages et de très bons fruits ; des forêts d'oliviers et une quantité prodigieuse de mûriers ; un sol fertile qui comble les espérances de l'infatiguable cultivateur ; de grandes et belles routes ; des villes très peuplées et bien bâties ; des habitants aimables dans la société, amateurs des arts et des sciences qu'ils cultivent et du commerce qu'ils font fleurir ; en un mot tout ce qui peut procurer une existence tranquille et délicieuse, je l'ai trouvé dans le Languedoc.

Les Languedociens sont en général affables, polis, prévenants, et pétillent de gaîté. Leur caractère est très vif, par conséquent incapable de dissimulation. Francs, extrêmement sensibles, bien souvent trop sincères et trop courageux , peut-être, à dire hautement la vérité quelque dure quelle puisse être ; ils sont également empressés à témoigner leur estime et leur amitié, leur haine et leur mépris, aux personnes qui les méritent. Mais ils savent plus aimer que hair ; en amour et en amitié ils ont un cœur de flamme. L'humanité, la bienfaisance, la générosité, l'empressement à rendre tous les services possibles, sont des vertus très communes chez eux ..... Leur bravoure et leur goût pour l'état militaire, sont généralement connus. Les Languedociens sont d'ailleurs pleins d'esprit, d'activité, d'industrie et amateurs passionnés des plaisirs ; ardents à suivre leurs projets de fortune, et rigides observateurs des lois de la probité ........ Nulle province ne renferme autant d'Académies, ni n'a produit autant de poètes et de chansonniers agréables ..... En un mot, en parcourant le Languedoc, en observant ses habitans avec attention, j'y ai vu des hommes pour la plupart, vraiment bons, officieux, spirituels et d'agréable société ; des cultivateurs actifs et intelligents ; des négocians éclairés et judicieux ; des militaires pleins de zèle et de talent ; des magistrats vigilants et d'une sagesse consommée ; des littérateurs et des savants très estimables en tous les genres.

« Je ferais une injustice aux Languedociens, (poursuit M. D***) si je n'ajoutais pas ici, qu'ils peuvent bien être comptés au nombre des sujets les plus fidèles et les plus recommandables par leur amour pour leur roi et par leur zèle pour la gloire de leur nation. Les preuves qu'ils en ont données dans tous les temps, ne peuvent point être révoquées en doute. Après la bataille de Poitiers, ils ne se bornèrent pas à prendre le deuil, à lever des gendarmes, et à imposer des subsides pour la défense du royaume. Ils envoyèrent au roi Jean, prisonnier à Londres, des Députés, avec ordre de lui offrir les corps, les biens et les familles de tous les habitants de la Province, pour sa délivrance. Ces offres furent réalisées ; le Languedoc seul, paya près de la moitié de la rançon de ce Monarque. A la première nouvelle de la prison de François Ier, ils prirent aussi le deuil et firent les plus grands efforts en faveur de ce Prince et de l'État. Sous les règnes suivants et principalement sous celui de Louis le Grand, ils contribuèrent, en mille manières, à la défense, à la gloire et à la prospérité du Royaume. » 34

Après avoir sacrifié au pensum « statistique », moyennant l'emprunt fait ci-dessus aux pages du Voyageur français, Auguste de Labouisse, alias le Voyageur Pédant, se lance dans une longue chronique qui le passionne davantage, celle de l'occupation romaine, puis des invasions barbares, puis de la naissance de la Septimanie, puis du partage des Gaules en trois États, Français, Bourguignon et Visigoths, puis de l'avénement de Clovis, qui « entra dans Toulouse », puis de l'avénement des Princes Goths, qui « régnèrent particulièrement au-delà des Pyrénées », jusqu'à ce que « Eudes, duc de Toulouse, descendant par Boggis du sang royal de France », vienne conquérir et fonder autour de lui un nouveau royaume, qui, « après diverses traverses, resta libre du vasselage féodal ». Et le Voyageur Pédant mais Languedocien, de faire cette remarque frappée au coin du bon sens :

« Mais tout cela ne regarde que très faiblement notre Comté de Foix. Les anciens habitants de ces montagneuses retraites, ne s'occupaient de ces événements que par droit de voisinage, et seulement pour se tenir en garde par leur courage, contre ces inhumains ravageurs, qu'on glorifie du nom de conquérants. Un pays composé d'une succession de collines, de montagnes et de vallées, faciles à défendre, surtout à cette époque, où la plaine de Saverdun, qui les précède, était toute plantée en forêt, presqu'impénétrable par sa sombre épaisseur, ne tentait guères leur âpreté guerrière. Quelle armée aurait pu les traverser ou les tourner, pour aller s'exposer à périr dans ces gorges sauvages ? Ainsi, la pauvreté de ces terres, peu cultivées alors, et la difficulté d'y pénétrer n'engageaient nullement ces ambitieux de pouvoir et de fortune, à venir y perdre le fruit de leurs prouesses aventureuses. Et tant mieux pour nos braves ancêtres ! car malheur au peuple qui voit s'élever beaucoup de colonnes triomphales ; il perd en bonheur au-delà de ce qu'il peut gagner en gloire. — Si cette idée là ne les retint point, du moins ik pensèrent qu'ils n'auraient rien à obtenir d'un peuple, qui, comme les Troglodytes, n'avaient ni villes, ni villages, [mais habitait des cavernes] afin de conserver sa fière et noble indépendance » 35. Mais le Voyageur Pédant prend soin de signaler aussi que, maglgré son isolement, le peuple du comté de Foix a su au cours du temps se prêter à l'influence greco-romaine, qui lui est venue de Marseille.

Et là, rompant soudain avec la leçon d'Histoire qu'il administre à son Éléonore, le Voyageur Pédant redevient l'homme Auguste de Labouisse qui, toujours monté sur son cheval Favori, chemine en direction de Rennes-les-Bains, et au passage de Canté, village situé à 4 km avant Saverdun, se propose de faire halte au château de Roudeilhe [aujourd'hui Roudeille].

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Roudeil [aujourd'hui Roudeille] sur la carte de Cassini.

En traversant Canté, Auguste de Labouisse remarque une « baraque » dans laquelle « peut-être naquit Jacques Fournier, moine de Citeaux, qui fut nommé Pape le 20 décembre 1334, sous le nom de Benoît XII ». Cédant aussitôt à sa pente pédantesque, il consacre une leçon à l'histoire du pape en question 36.

Du château de Roudeilhe, où il se trouve reçu par des amis, Auguste de Labouisse dit qu'il s'agit d'une « habitation très agréable, quoiqu'il n'y ait ni parc, ni aucun de ces jardins chinois, qu'on a l'injuste complaisance d'appeler jardins anglais, je ne sais pourquoi. »

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L'ancien château de Roudeille, aujourd'hui renommé Domaine de Roudeille, transformé en gîte.

Dans ce château qui n'offre rien d'antique,
On ne voit point de demeure gothique,
Ni pont-levis, ni ces larges crénaux
Toujours armés d'inhumains fauconnaux,
Ni parapets, ni fossés, ni tourrelles ;
Mais pour charmer le goût des amateurs,
Force gazons et frais tapis de fleurs
Où vont jouer de tendres tourterelles.

« Et à l'entour quel magnifique paysage ! comme du haut de ce vaste domaine l'œil se perd avec délices ! ... D'un côté l'on aperçoit l'imposante chaîne de ces immenses Pyrénées, qui nous séparent de l'Espagne ; de l'autre est cette vaste plaine qui s'étend vers Toulouse...... Toulouse ! que j'apercevais au loin ! .... Toulouse ! .... » 37.

« Un peu sur la droite », ajoute Auguste de Labouisse, « en détournant le regard de Toulouse, [où Éléonore, comme on sait, réside alors], est une élévation prolongée de terroir, qui nous cache cet admirable, ce généreux, ce superbe canal du Languedoc, véritable création du génie de Riquet, homme immortel, si digne d'être à jamais célèbre ».

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Vue d'ensemble du grand bassin de Saint-Féréol, construit en 1673 par Pierre Pol Riquet.

Et c'est pour le Voyageur Pédantesque derechef l'occasion de fourbir une leçon sur l'histoire du canal et du bassin de Saint-Ferréol, bassin que, d'où il se trouve, il ne voit pas, mais qu'il a bien connu quand il était élève de l'Abbaye-École de Sorèze, et au bord duquel il promet à Éléonore de l'emmener plus tard. 38.

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Mur de l'église détruite de l'ancienne abbaye de Boulbonne.

Et voici que du même côté se distinguent « les ruines blanchâtres du riche couvent de Boulbonne, récrépies depuis peu, et les noirs débris de l'ancien château de Terraqueuse, où, se souvient Auguste de Labouisse, nous sommes allés ensemble jouir du plus doux accueil, dans cette modeste chartreuse que Mme la Comtesse de Paulo y a fait construire avec les matériaux qui échappèrent à l'incendie révolutionnaire. » 39.

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À Mazères, le Pont Vieux et le Château circa 1900.

Depuis le château de Roudeille, Auguste de Labouisse se rend à Mazères, à l'invitation de la famille Labaumelle, qu'il a reçue lui-même à Saverdun maintes fois déjà. Aglaé Angliviel de La Beaumelle (1768-1853), à la ville Mme Gleizes, et le général Moïse Victor Angliviel de La Beaumelle (1772-1831), son frère, lui ont communiqué leur admiration pour l'œuvre de leur père, Laurent Angliviel de La Beaumelle (1726-1773, écrivain et polémiste rendu célèbre par ses démêlés avec Voltaire dont il a dénoncé les erreurs et autres légèretés dans son Siècle de Louis XIV, et qui sera embastillé par deux fois à la suite des mêmes démêlés. « Il ne lui manqua pour être mis au rang de nos écrivains les plus distingués et les plus célèbres », dit Auguste de Labouisse, « que d'avoir pu traverser la vie sans de fatales et pénibles querelles, en se livrant paisiblement à ces Belles-lettres, à ces lettres, qu'on a appelées humaines, parce qu'en général elles rendent plus humains, plus sensibles et meilleurs ceux qui les cultivent ; à ces lettres délicieuses, qui nous enchantent ou nous consolent et qu'il aimait, à ces lettres qui firent toute l'occupation de sa trop courte existence » 40. Ne dirait-on pas qu'ici Auguste de Labouisse fait aussi son propre portrait ?

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Jean Étienne Liotard, Portrait de Laurent Angliviel de La Beaumelle, 1771, collection privée.

Bien sûr, le Voyageur Pédant profite de l'occasion pour consacrer à l'histoire très riche de Mazères 15 pages bien tassées 41 de son Voyage à Rennes-les-Bains, pages qui se trouvent garanties par la lecture comparée de Pierre Olhragaray 42, historien des comtes de Foix, et de Dom Vaissette 43, auteur de l'Histoire de Languedoc, « qui n'est pas bien d'accord pour les dates avec Olhagaray ». Et, tout comme il observait plus haut à propos de Vieille-Toulouse que « les villes meurent comme les hommes », il observe ici que « Mazères aujourd'hui, comme toutes nos villes, est bien déchue. Elle a perdu ses tours ses murailles, son palais, et peut-être même jusqu'au souvenir du rôle qu'elle a autrefois joué dans l'histoire. » 44

De retour à Roudeille, Auguste de Labouisse passe l'après-midi au jardin, en compagnie d'une petite société d'amis, dont Mme de Casals 45, qui l'entretient du « vif désir qu'elle a de connaître » son épouse, puis lui dit :

« — M. de Chalvet 46 m'a appris que vous aviez retracé les beautés du paysage que nous découvrons, dans un morceau poétique que vous avez lu naguère au Lycée de Toulouse.
— Poétique, non ; mais il est vrai, Madame, que j'ai composé une petite bagatelle dans le genre descriptif, si à la mode à présent. C'est à la fois une plaisanterie contre ce genre et une peinture des tendres sentiments qu'Éléonore m'inspire.
— Eh! bien , reprit-elle, nous ne saurions être mieux placés pour en entendre la lecture ; le ciel est serein, l'air est calme, voilà des sièges, le tableau original est sous nos yeux, faites-nous en connaître la copie.
— Je le veux bien, répondis-je, puisque votre flatteuse bienveillance me l'ordonne ; mais auparavant il faut que je vous en fasse l'histoire.

On discutait en ma présence sur le mérite de certains auteurs modernes », — les Jeunes Romantiques, alors souvent adeptes du style frénétique —, « qui voudraient bannir le rythme poétique de leurs faciles compositions, et s'emparer plus aisément des honneurs dus aux grands poètes » ; qui écrivent des « riens cadencés et vides de sens » ; qui sont autrement dit des « faiseurs de poésie en prose ». « On louait les grâces de leurs descriptions et la pompe de leur style. Pendant que chacun montrait tant de complaisance, pour des écrivains dont l'exemple ne sert qu'à corrompre le goût, je crus avoir trouvé un bon moyen de les combattre », — en les imitant. Et « en songeant à cet ancien couvent de Boulbonne à moitié démoli, dont les ruines sont presque sous nos yeux et qui offre une position si pittoresque, je résolus d'en esquisser le croquis en m'emparant de ce coloris fantastique, recherché, précieux et bizarre, qui était précisément devenu l'objet des louanges.
— ―Je reçus un défi je pris aussitôt la plume, et le lendemain je lus ce frivole opuscule, que votre bonté réclame, et sur lequel j'appelle toute votre indulgence. »

Ce « frivole opuscule », qu'Auguste de Labouisse lit à l'intention de ses amis de Roudeilhe, s'intitule Promenade du matin. Il commence, comme attendu, par une célébration de la vertu, grâce ou beauté d'Éléonore, figure radieuse du beau mois de Mai. « Jamais femme plus parfaite ne vint habiter cette demeure terrestre ». Le narrateur s'avance dans la campagne, « un Tibulle à la main ». Livré à d'agréables rêveries, il s'égare dans la plaine. « Tout à coup un entassement de décombres arrête mes pas et m'arrache aux méditations qui charmaient mon âme agitée. Je vois les ruines d'un ancien édifice ... »

Le narrateur s'enfonce sous les voûtes. « Là, sous les dalles du sanctuaire, existaient sans doute les vieux tombeaux de nos Princes chéris, de cette antique maison de Foix ». Ses yeux tombent, burinées à même le marbre, sur des plaisanteries, épigrammes, et autres « épitaphes cavalières ». « Je détournai les yeux de surprise et d'indignation. — Suis-je donc, (m'écriai-je), dans quelque temple du paganisme ? » Un inconnu sort alors de l'ombre : « — Ces vaines et malignes épitaphes, qui ont justement causé votre colère, n'ont rien d'historique. Elles furent gravées là, par badinage ou par désœuvrement, après que cette paisible demeure eut été adandonnée, lors de nos tempêtes civiles. Quittez, quittez promptement ces pierres menteuses ; et puisque vous cherchez à recueillir des souvenirs véritables, venez, je vais vous en indiquer qui feront tressaillir d'admiration, de respect et de reconnaissance votre cœur Ariégeois. Je suivis aussitôt ce guide mystérieux, qui m'entraînait », tel le Virgile de Dante.

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Illustration de Gustave Doré pour la Divine Comédie de Dante, Inferno, détail.

L'inconnu présente au narrateur, une à une, chacune des tombes des comtes de Foix. Arrivé à celle de Jean Ier de Foix-Grailly 47, « qualifié dans les actes de son temps de très haut et très magnifique Prince, décédé dans son château de Mazères, dans la nuit du 3 au 4 mai 1436 », il l'invite à méditer sur la vanité des choses de ce monde : « Voilà tout ce qui en reste, et même le temps a effacé les inscriptions dont on avait décoré leurs tombes, ou peut-être quelque Vandale s'est-il plû à en détruire jusqu'à la moindre trace.... »

Il achevait ce discours, lorsque je ne sais comment, je me vis séparé de cet obligeant Cicérone, et je me trouvai dans une vaste cour, entourée d'arcades à demi brisées. Chacun des quatre angles d'un grand bassin complètement desséché, était orné d'un lugubre cyprès, dont le vent du matin agitait le sombre feuillage. Ils figuraient à mes yeux l'hymne de la mort ! La mort ! elle était dans toute cette solitude. »

Épouvanté, le narrateur s'enfuit dans « cette prairie superbe où les vaches du village paissent l'herbe tendre et douce. Comme elle se prolonge dans l'étendue ! ». Et poussant plus avant sa fuite, il en arrive au bord de l'eau. « C'est ici l'hymen de deux fleuves ! ... »

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Site de la confluence de l'Hers et de l'Ariège. Carte de Cassini, fin du XVIIIe siècle.

« Je te salue superbe Ariège, honneur de ma patrie ! toi dont les ondes tumultueuses se marient à celles de cette douce et tranquille rivière de l'Hers, qui serpente mollement dans la plaine. Tu frémis de plaisir en recevant cette compagne chérie dans ton sein. Que cette union est majestueuse ! que de pensées profondes, que de touchantes rêveries, ne fait-elle pas naître dans un cœur sensible ! quelles perspectives brillantes ! quelle riante nature ! quelle suprême manifestation de la puissance du Créateur ! ... et que je serais enivré de joie et de bonheur, si ma chaumière modeste se trouvait placée sur tes bords pittoresques..... » Pour finir, le narrateur invoque tendrement son Éléonore, ses enfants à venir, et sa mère. « Par nos attentions multipliées, nous consolerions sa douce vieillesse, et il ne manquerait rien , absolument rien à mon cœur. » 48

Quoi qu'il en soit de la frivolité qu'Auguste de Labouisse prête à cet « l'opuscule » parcouru ci-dessus, le texte en est beau, la matière prenante, et, dixit l'auteur, sa lecture en fut « gracieusement accueillie ». Sur ce, arrivent en voisins M. et Mme d'Ounous, les Dlles de Juge et leur frère le Chevalier, avec Maurice de Marveille 49, et le général Sarrut 50, « venus inopinément faire une visite de voisinage ». Un valet vient servir « Un thé pur, où se mêle un nuage de lait ». On discute « autour de la vaste Teyère ».

On parle de littérature, on discute des mérites comparés de Corneille, Boileau, Racine et Voltaire. Corneille, Boileau, Racine, d'après les amis, sonnent vieux : « — Vous lisez Racine ? Oui vraiment, il fait mes délices. — Que je vous plains ! vous admirez peut-être aussi Boileau ? — N'en doutez pas et je le relis toujours avec un extrême plaisir. — Quelle pitié ! n'en parlons plus, vous êtes un homme perdu. »

On s'entretient ensuite de la sauvage Atala, « dont M. de Châteaubriand vient de publier les funestes amours, dans un style si neuf, si riche, si pittoresque, si original et peut-être même si dangereux » — en tout cas dangereusement proche de la poésie en prose, d'où susceptible de « corrompre le goût ». Au passage, on se hâte de critiquer le Génie du Christianisme, « pour se venger d'avoir été obligée un moment d'admirer ». « Oui, observe Auguste de Labouisse, tel est constamment le partage des grands écrivains, cette infernale envie les harcèle sans relâche pour leur faire longuement expier la renommée qu'ils obtiennent ». Auguste de Labouisse s'en attriste, mais comme le sort des auteurs est de ne pouvoir se soustraire aux atteintes de l'envie, mieux vaut, dit-il, qu'ils s'en tiennent à la sage patience du poète Martial :

Pour parvenir au Temple de mémoire
Et n'être plus chicané sur sa gloire,
On dit qu'il faut qu'un poète soit mort.
S'il est ainsi, de l'oraison funèbre,
Mes chers amis je me passerai fort.....
Je ne suis pas pressé d'être célèbre. »

Auguste de Labouisse quant à lui, usant ici de l'antiphrase, concède que, semblablement à Martial, il n'est « pas non plus infiniment pressé d'être célèbre, si jamais il le peut devenir ! » Il profite de cette concession pour célébrer le bonheur qu'il doit à sa Bien-Aimée : « Je suis pressé et très pressé, de jouir de mon bonheur, et de goûter tous les charmes d'une existence que tu rends si douce et si heureuse. Je suis pressé, de m'enquérir des certitudes du présent, sans m'embarrasser des jugements incertains de l'avenir, qui n'entendra vraisemblablement jamais parler de moi ». Et, soulevé par son propre enthousiasme, il compose le soir même, alors qu'il s'attarde jour après jour loin de son foyer, un long poème qu'il intitule LES CHARMES DE L'HYMEN, puis un flot d'autres vers encore. 51

« Il me fallait poursuivre mon voyage », conclut le poète au terme de sa nuit d'ivresse poétique. « Je remontai donc à cheval, suivi de Saint-Jean, et j'allai m'arrêter quelques instants [à Saverdun] auprès de la meilleure des mères, « mère chérie », « seconde providence pour les malheureux, les souffrants et les infortunés », bénie par toute la contrée.52

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À Saverdun, pont sur l'Ariège.

Jacques de Labouisse se souvient alors, impromptu, d'un épisode datant à Saverdun de cette époque de notre grande liberté, où il n'était pas permis de faire un pas sans avoir un passeport dans sa poche. « Un quidam, venant de Toulouse et allant à Pamiers pour affaires, fut arrêté à Saverdun par la sentinelle. Il n'avait pas un seul papier ». — Il était pressé, Mathurin lui avait prêté un cheval, il n'avait pas pensé à prendre son passeport, dit le quidam au caporal. — Mathurin, le marchand de vin, s'écrie le caporal enchanté, celui qui vend de si bon vin ? Le caporal, ayant reconnu la paisible monture de Mathurin, dit gravement à la sentinelle : — Vous pouvez laisser passer cet homme, je connais le cheval.53

Dans le même temps, toujours à Saverdun, Auguste de Labouisse apprend de la rumeur qui court dans les rues, que le Préfet, Pierre François Brun, arrive... « Que vient-il faire ? / Voir ses amis, il n'a pas d'autre affaire. / Voir ses amis ! il aura bientôt fait. » 54

Après « cette innocente raillerie », Auguste de Labouisse évoque, comme de bien entendu, l'histoire de sa ville natale. Il dénonce au passage l'œuvre du « terrible Simon de Monfort, dont les armes ambitieuses, sous un masque pieux, inondèrent de sang nos malheureuses contrées » ; il dénonce pareillement le « zèle sanguinaire » de l'Inquisition, qui croit honorer Dieu, en donnant la mort à celui qui l'offense » ; et il déplore enfin les troubles qui ont suivi l'interdiction du culte catholique par Jeanne d'Albret. Mais il s'attarde surtout sur la période faste qui a suivi la paix faite en France en 1578 entre les catholiques et les protestants ; la période de Catherine de Médicis et celle de Marguerite de Navarre, dont « les deux cours s'arrêtèrent et firent un assez long séjour, celle de la Reine Mère à Saverdun, et celle de Marguerite de Navarre, sa fille, à Mazères. »

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De gauche à droite : Portrait de Catherine de Médicis (1519-1589), attribué à François Clouet (1510–1572), Victoria and Albert Museum, London ; Portrait de Marguerite, reine de Navarre et de France ((1553-1615), attribué à François Clouet, BnF, Département des estampes et de la photographie. Numéro d’inventaire : RESERVE BOITE FOL-NA-22 (16).

« Catherine fit une entrée solennelle à Mazères, où la ville lui fit un fort beau présent. Ensuite on se réunit à Saverdun, pour célébrer des jeux et des fêtes. Parmi tant de personnes jeunes, aimables et spirituelles, qui en faisaient l'ornement, on distinguait les deux Reines, Marguerite et Catherine sa mère, qui montait supérieurement à cheval, ayant été la première qui avait mis la jambe sur l'arçon, et qu'on voyait de Mazères à Saverdun, accompagnée d'un grand nombre de Dames ou Damoiselles, montées sur de belles haquenées harnachées, elle, se tenant à cheval d'aussi bonne grâce, que les hommes ne s'y paraissaient pas mieux. Leurs chapeaux tant bien garnis de plumes, volantes en l'air, représentaient à demander amour ou guerre (dit Brantome). Virgile qui s'est voulu mêler d'écrire le haut appareil de la reine Didon, quand elle allait et était à la chasse, n'a rien approché, ne lui déplaise, auprès de celui de notre Reine et de ses Dames. » 55

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Jean Bernard Restout (1732-1797), Le Départ de Didon et Énée pour la chasse, 1772-1774, The Ciechanowiecki Collection, Los Angeles (CA), Los Angeles County Museum (LACMA), USA.

Auguste de Labouisse rapporte ici à propos du futur Henri IV, « le meilleur des Rois, mais le plus volage des hommes », ces deux mots de l'homme, qui lui plaisent bien : « À l'aspect de ces deux Cours si éclatantes de Beautés, Henri adressa dans une autre occasion au Nonce du Pape : — Monsieur je n'ai jamais vu de plus bel escadron, ni de plus périlleux que celui-là. [...]. Un jour que son précepteur, Chrétien FLORENT, lui représentait qu'il devait se défier de son goût pour les Dames et pour le jeu, que l'un et l'autre, pourraient avoir pour lui les suites les plus fâcheuses s'il ne travaillait pas à se vaincre, avant que l'âge eût fortifié ces dangereux penchants ; le jeune Prince lui répondit avec vivacité : — Mon maître, votre morale est excellente, mais le Diable est bien malin. » 56

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De gauche à droite : Guy du Faur de Pibrac (Pibrac, Haute-Garonne, 1528 ou 1529-1584, Paris), magistrat, diplomate, poète, auteur en 1574 des Cinquante quatrains, contenant préceptes et enseignements utiles pour la vie de l’homme, composés à l’imitation de Phocylide, Epicharmus et autres poètes grecs  ; Pierre de Bourdeilles, dit Brantôme (Bourdeilles, Périgard, ca 1540-1614, Saint-Crépin-de-Richemont, Dordogne), abbé commendataire (ou séculier) de l'abbaye de Brantôme, seigneur de Saint-Crépin de Richemont, militaire, historien, chroniqueur, auteur, entre autres, des Vies des dames galantes de son temps (1666).

Après que la Reine Catherine eut été accueillie à Toulouse par le poète Gui du Faur de Pibrac, chancelier de Marguerite de France, et par Pierre de Bourdeille, « si connu sous le nom de BRANTOME, ce galant historien des anecdotes vraies ou fausses, de son temps », les deux Reines ont réuni à Saverdun dans leurs deux Cours « le brave et généreux SULLY, le vaillant vicomte de TURENNE, LAVARDIN, GRAMMONT, DURAS, officiers catholiques, que la reine Catherine fit changer de parti, et le fameux poète Salluste DU BARTAS, note aussi Auguste de Labouisse, fier de l'éclat dont a brillé alors sa ville natale. 57

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Portrait de Guillaume de Salluste, seigneur du Bartas, par Nicolas Larmessin II, graveur, 1612. Collection Bibliothèque Pireneas (Pau). Du Bartas est l'auteur, entre autres, de deux sublimes poèmes encyclopédiques, La Sepmaine (La Semaine) ou la Création du monde (1578) et La Seconde Sepmaine ou Enfance du monde (1584), œuvre restée inachevée.

Puis vint en 1594, à la suite des guerres de religion qui avaient repris, « une peste opiniâtre qui se propagea à Saverdun, Mazères, Pamiers, et enleva une grande partie de leurs populations ». Puis « le duc de Rohan, général en chef des religionnaires, vint en 1627 s'emparer de Mazères, Saverdun, Pamiers, tandis que le duc de Montmorency était campé à Cintegabelle. Puis... »

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Louis Ferdinand Elle le jeune (1648–1717), Portrait de Pierre Bayle (Carla-le-Comte [aujourd'hui Carla-Bayle],1647-1706, Rotteram) circa 1675, Château de Versailles.
Né protestant, converti au catholicisme en 1669, retourné au protestantisme en 1671, puis devenu athée, Pierre Bayle est en 1675 professeur de philosophie et d'histoire à l'Académie protestante de Sedan. En 1681, dans le cadre des mesures anti-protestantes, Louis XIV fait fermer l’Académie de Sedan. Pierre Bayle doit alors s'exiler aux Provinces-Unies [Pays-Bas].

Lassé de tant de faits d'armes et de maux, Auguste de Labouisse préfère rappeller ici que « le fameux philosophe Bayle, vint à Saverdun le 29 mai 1668, où il demeura jusqu'à la fin de septembre. Il n'avait alors que 23 ans. Lui, Auguste de Labouisse et son ami M. de La Beaumelle se proposent en 1803 de lancer une souscription pour l'édification d'un monument à la mémoire de Pierre Bayle « dans cette ville généreuse de Toulouse, dont l'illustre et docte parlement ordonna que le testament de Pierre Bayle serait exécuté, quoique par son expatriation, il se fût ôté ce droit ». L'intention d'Auguste de Labouisse se veut là d'autant noble que sa foi de bon catholique répugne au scepticisme philosophique de Pierre Bayle.« Fameux par sa dialectique, Que sais-je ? / fut toujours le mot désespérant, / Dont Bayle chargea sa logique ». « Toutefois ce n'est trop d'un simple monument / Pour le plus habile critique », conclut Auguste de Labouisse, qui réclame et défend le droit à la LIBRE expression et à la LIBRE critique. 58

« J'avais eu le plaisir d'embrasser la veille les bons amis que j'ai à Saverdun », reprend Auguste de Labouisse à l'intention d'Éléonore ; « je n'avais pas le temps de m'y arrêter, d'aller parcourir mes autres possessions de la Parre, la Bourdette, le Couloumier et Rochefort, ni de revoir les ruines remarquables d'une ancienne tour, qui fut bâtie par Gaston Phœbus, renommé par sa valeur, sa générosité et les bâtiments qu'il éleva. Comme il était fils d'une Éléonore et qu'il vint souvent dans notre ville, je te dois plus particulièrement son histoire » 59. Laissons ici au lecteur du Voyage à Rennes-les-Bains le soin d'en apprendre davantage.

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Saverdun, la Parre, la Bourdette, le Couloumier, et Rochefort, sur la carte de Cassini. C'est à son bien de Rochefort qu'Auguste de Labouisse a emprunté son pseudonyme de journaliste polititique, Rochefort, et, une fois ce pseudonyme éventé, il l'ajouté à son nom.

La Tour de Phebus a longtemps constitué un vestige de l'ancien château de Saverdun, édifié en 1119 par Roger II, comte de Foix, au retour des Croisades, puis devenu propriété de la famille seigneuriale de Roux de Pauliac. Initialement doté de quatre tours d'angle, le château a été démantelé au XVIIe siècle. Gaston III, douzième comte de Foix, né à Orthez, fils d'Éléonore ou Aliénor de Comminges, surnommé Phebus pour sa blondeur solaire, aurait fait édifier vers 1378 la Tour du même nom, « qui servait à la fois de défense, de refuge et de palais de plaisance ». Seule parmi les ruines du château de Saverdun, la Tour de Phœbus aurait subsisté après le démantelement du château. Il n'en reste plus aujourd'hui que quelques pierres, qui forment une sorte de remblai au sommet de la motte castrale. « Malgré les ronces, le lierreet les éboulements, jusqu'au moment de la révolution, une grande partie de cet édifice était resté intact » 60, dit Auguste de Labouisse. On ignore ce qui pouvait en subsister encore lors de son passage à Saverdun en 1803.

Mais on devine que, fidèle à sa nostalgie des valeurs héroïques qui étaient idéalement celles de la noblesse médiévale, Auguste de Labouisse se veut en 1803 moins pélerin de la poésie des ruines, que desservant du culte de l'espèce naturellement généreuse des grands seigneurs, même s'il se réserve le droit de critiquer la pratique de la chasse, dont le Prince dit qu'elle est « un moyen sûr de ne pas pécher et de parvenir au salut éternel ; parce que l'oisiveté seule enfante le vice, et qu'un chasseur d'habitude ne peut jamais être oisif », tandis que lui, Auguste de Labouisse observe « qu'un Prince, ayant des hommes à gouverner, des Ministres à conduire, des affaires à diriger, peut s'occuper à quelque chose de mieux et de plus utile, que d'aller employer son temps à la chasse... » 61

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Gaston Phébus, Livre de la chasse, folio 89v.

Familier de ces lieux inspirants, « je me rappelle, dit Auguste de Labouisse, qu'un jour que j'étais venu parcourir ces hautes collines, songeant à mes Amours, qu'un doux aveu n'avait pas encore récompensés , je ne sais comment je me mis aussi à faire — horresco referens ! — de la poésie.... en prose [...] et à chanter, imitée de Lope de Vega, cette chanson .... en belle prose : Assis sur les ruines de ce château antique qui vit la gloire des armes de nos Princes, je rêve avec tristesse aux perfides ravages de ce Temps cruel, qui détruit tout dans sa marche rapide et funeste ». Le refrain de la chanson était « Le Temps nous avertit sans cesse... » Et une strophe disait la piété que le chanteur ici continue de vouer à ses pères et modèles : « L'histoire conserve le noble souvenir de nos pères fameux, qui défendirent autrefois ces murailles qui n'existent plus. Leur renom glorieux vit dans nos cœurs ; leur courage, leur générosité, nous servira de modèle ; puissions-nous comme eux, mériter la reconnaissance de nos descendants, et partager leur gloire invulnérable, que Saturne ne peut détruire, comme ces vains monuments... 62 » Ainsi la piété des ancêtres fera-t-elle, qu'à la différence de la Révolution, Saturne ne dévorera pas ses enfants. 63

La générosité sexuelle d'Henri IV, et celle du chanoine Jean Froissart, chroniqueur de Gaston Phebus, et auteur de Pastourelles « pleines de feu, de mignardise et de grâce », ne laissent pas de plaire à Auguste de Labouisse, qui est amateur et auteur de poésies érotiques, comme on sait. Le poète des Amours. À Éléonore aimait souffler à l'oreille de sa Muse, paraît-il, ce mot emprunté à la tradition languedocienne : « Sept fois par jour pèche le juste, homme ou femme » 64. Il s'enchante par suite de la lettre d'une maîtresse de Froissart, dans laquelle celle-ci mande à son ami « Qu'Amour bientôt devers moi vous ramaine », ajoutant que « Si souhaiter pouvait me faire veoir, / Vous me verriez trente fois la semaine ». Auguste de Labouisse commente ainsi le propos de la chère Dame : « Trente fois par semaine ! La chère Dame était modeste dans ses vœux !... » 65

Pendant qu'il se remémorait de telles anecdotes, Auguste de Labouisse, poursuivant son voyage, se trouvait, dit-il, « entre le village du Vernet à droite et celui de Montaut à gauche. Ce dernier placé sur une colline, a l'air d'un ancien fort, tant il est élevé au-dessus de la plaine. C'est sur le terrain que je parcours, qu'eut lieu le premier combat de notre insurrection royale, de cette insurrection qui devait ramener l'ordre, la justice, la paix et la légitimité. C'est là que nos cœurs se berçaient d'un honorable et glorieux triomphe, qui aurait assuré le bonheur de la France... Mais, ô vaines illusions de la fidélité et du courage ! ... C'est là aussi que furent si promptement dissipés tant de beaux projets et tant de douces espérances ! ...... » 66

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Saverdun, le Vernet, Montaut, Bonnac, sur la carte de Cassini.

Arrivé à Bonnac, « sous les épais ombrages qui entourent le village », Auguste de Labouisse se trouve assailli par des souvenirs personnels ou transmis : celui de François Armand d'Usson, marquis de Bonnac (1716-1778), « vieil ami de son père » ; celui de Charles Louis de La Fontaine, petit-fils du grand fabuliste, longtemps secrétaire du marquis, qui, d'après Fréron, l'employait « moins comme secrétaire qu’a titre d’ami et de compagnie » 67 ; et, par effet de suite, celui de Jean de Labouisse, son propre père.

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Entrée du château de Bonnac aujourd'hui.

De Charles Louis de La Fontaine, Auguste de Labouisse dit que « son père put le connaître, put le voir souvent, put l'entendre raconter les particularités concernant son illustre aïeul, et l'entretenir de l'ami de cet incomparable fabuliste, du chantre d'Hermione, de Bérénice, d'Andromaque [Racine] !!!.....

De « son père chéri », Auguste de Labouisse se montre fier de rappeler que, commandant des brigadiers royaux, Jean de Labouisse savait aussi « apprécier nos sublimes auteurs ». « Il fut du grand Corneille un des admirateurs ; / Racine très souvent faisait couler ses larmes ». Mais observant, toujours à propos de son père, que « le plus gai, des poètes conteurs, / Avait pour lui bien plus de charmes » 68, le même Auguste de Labouisse confie ici que c'est probablement « par égard pour les goûts de ce père chéri, qu'il a osé faire un recueil de Contes », — de Contes en vers, s'entend.

« L'entreprise était plus que hardie ! mais que ne se permet-on pas quand on est jeune ? D'ailleurs ils ne sont pas dans le genre de ceux de notre bon, de notre naïf et de notre malin La Fontaine [...]. À tout Seigneur, tout honneur. » 69

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Jean Honoré Fragonard (1732–1806), illustration pour Les Lunettes de Jean de La Fontaine (1621–1695), entre 1765 et 1777, in Contes et nouvelles, volume 2, Pléiade, p. 867 ; notice p. 1481, Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris-Petit Palais.
« La prieure a sur son nez des lunettes, / Pour ne juger du cas légèrement. / Tout à l'entour sont debout vingt nonnettes, / En un habit que vraisemblablement / N'avaient pas fait les tailleurs du couvent. / Figurez-vous la question qu'au sire / On donna lors ; besoin n'est de le dire. »

Auguste de Labouisse, quand il parle ici de « notre malin La Fontaine », pense à l'auteur des Contes licencieux, tels que Les Lunettes par exemple. Auteur lui-même de poésies érotiques, il se plaît à reconnaître humblement qu'il demeure dans ce genre moins « malin » que son illustre devancier : « Je sentais que je n'aurais pu l'imiter que très faiblement ». Mais, pourfendeur déclaré de la tradition satirique qui s'exerce dans la littérature à l'endroit des femmes et du mariage, chez La Fontaine aussi comme chez tant d'autres, par exemple dans Le Mal Marié, Auguste de Labouisse se flatte, lui, d'avoir embrassé le parti contraire et de pouvoir prétendre par là au mérite d'une certaine originalité : « Mes Contes ne sont jamais défavorables à cet hymen tant déprimé [déprécie] et que je trouve si doux, si gracieux, si bienfaisant, si généreux, si agréable. » Il fait donc de ce parti-pris le leitmotiv de son œuvre propre. Et pour ménager la hiérarchie des talents, il dédie à La Fontaine cet hommage savamment balancé :

« Je ris des contes gais et surtout des bons tours,
Il en est plus d'un dans Boccace ;
On en trouve beaucoup dans nos vieux Troubadours ;
La Fontaine en est plein ; des volages Amours
Il aimait la trompeuse race,
Et dans ses vers il la flattait toujours.
Sur ce point-là je ne suis pas sa trace ;
Mais dans le don de raconter,
Mais dans son naturel, mais dans toute sa grâce,
Je voudrais pouvoir l'imiter. » 70

Mais distinguant ici chez La Fontaine l'homme et l'œuvre, Auguste de Labouisse rend hommage à l'époux « qui a rêvé pour sa femme, et ceci est bon à noter dans cette circonstance ». « En 1663, La Fontaine alla faire un voyage dans le Limousin ; il le décrivit en prose et en vers, comme avait fait Chapelle, en 1656, et il l'adressa ..... à sa femme ! vraiment oui, à sa femme ! quoiqu'il fut marié depuis près de seize ans ! ......... À sa femme  à qui il dit en terminant sa 3e lettre : ‘‘ Voyez l'obligation que vous m'avez, il ne s'en faut pas un quart d'heure qu'il ne soit minuit et nous devons nous lever demain avant le soleil..... J'emploie cependant les heures qui me sont les plus précieuses, à vous faire des relations, moi qui suis enfant du sommeil et de la paresse. Qu'on me parle après cela des maris qui se sont sacrifiés pour leurs femmes ! je prétends les surpasser tous ’’. Il termine aussi la 4e lettre par ces douceurs conjugales : ‘‘ Je remets la description du château à une autre fois, afin d'avoir plus souvent occasion de vous demander de vos nouvelles, et pour ménager un amusement, qui vous doit faire passer notre exil avec moins d'ennui ’’. — Et c'est un mari de vieille date qui s'exprime si tendrement ! .... qu'auraient dit alors, les sévères et moroses critiques d'aujourd'hui, qui me reprochent déjà de t'avoir dédié quelques vers tendres, comme si j'avais commis un grand crime ? ! » 71

Auguste de Labouisse revient là sur la vieille querelle qu'on lui fait dans le monde des Lettres depuis sa première publication, celle des Amours, À Éléonore en 1818, querelle qui le poursuivra jusqu'au décès de son épouse, et qui l'aura inguérissablement meurtri.

« Est-ce donc un tort d'aimer la compagne qu'on a choisie, de le lui dire, de le publier, d'exalter ses vertus ?... Un amant aura le droit de chanter sa flamme ; il pourra célébrer sa maîtresse ; il sera même libre de se permettre les peintures les plus hardies, de décrire les situations les plus érotiques ; et un tendre époux devra se taire sur tout ce qu'il éprouve ! ........ Quelle loi, quelle bienséance, quel usage lui en font un devoir ? » 72

À la différence de années révolutionnaires, durant lesquelles on a jugé idéologiquement bienvenu de célébrer le bonheur dans le mariage, — par exemple celui de Camille et de Cécile Desmoulins, dont le peintre Jacques Louis David nous a laissé la représentation célèbre  —, l'Empire, avec son nouveau Code civil, la Restauration, la Monarchie de Juillet, et la suite du siècle ont donné naissance à une nouvelle civilisation des mœurs dans laquelle Éros et mariage ont cessé de paraître pouvoir faire bon ménage.

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De gauche à droite : Portrait de Louis Joseph Legay (1759-1823) par François Joseph Langlé, Musée des Beaux-Arts, Arras ; Portrait d'Auguste de Labouisse par Charles Chasselat (1782-1843), in Les Amours, À Éléonore,Paris, Didot l'Aîné, 1818.
Louis Joseph Legay : « Ma main serre la main de celle que j’adore : / Elle est à moi, le ciel a reçu mon serment. / Myrtis m’a confié le destin de sa vie. / […] / Ta tendresse, ô Myrtis, ne sera point trahie. / L’époux accomplira ce qu’a juré l’amant… »
Auguste de Labouisse : « Heureux qui peut connaître et sentir son ivresse. / Le chantre des AMOURS et de la volupté / Célèbre avec orgueil en la même Beauté / Et son épouse et sa maîtresse.

Auguste de Labouisse aura souffert d'un changement de paradigme culturel, mais aussi et surtout du malentendu que la critique littéraire de son temps entretient à l'endroit de sa poétique, comme avant lui à l'endroit de la poétique de Louis Joseph Legay (1759-1823), né à Arras, membre de la société des Rosati d'Arras, auteur de Mes Souvenirs, et autres mélanges poétiques (1786-1819). Le malentendu en question vient de ce que l'œuvre d'Auguste de Labouisse comme celle de Louis Joseph Legay balance entre une inspiration plutôt impersonnelle, héritée de la tradition antique, et une inspiration plus intime, et que leurs deux œuvres témoignent ainsi d'une possibilité d'hybridation dérangeante « entre le sensualisme épicurien des poètes du dernier tiers du XVIIIe siècle et la sensibilité – le sentimentalisme – de leurs successeurs du premier tiers du siècle suivant » 73. Rendus de la sorte inclassables, Auguste de Labouisse et Louis Joseph Legay se sont trouvés par suite voués à demeurer inclassés, et finalement, comme Auguste de Labouisse le redoutait, ils ont été oubliés.

Reprenant son voyage, Auguste de Labouisse se rend maintenant à Pamiers, où il a rendez-vous avec M. de Boisséson de la Belloterie [Joseph Charles Barbara de Labelotterie de Boisséson], un « ancien camarade de collége » 74. En chemin, il entend des « ris, des éclats, un bruit tumultueux. C'était un mariage ! » Il s'en égaie au passage et se mêle au cortège. « Le peuple s'attroupait pour nous voir passer. Et de poser là cette question, façon Diderot dans l'incipit de Jacques le fataliste : D'où venions-nous ? ... Où allions-nous ?..... Que faisions-nous ?... » 75

Après d'assez longues haltes, Auguste de Labouisse ne compte pas s'arrêter trop lontemps chez son ami. Mais arrivé chez celui-ci, qui l'attend avec d'autres amis, il cède comme d'habitude au diable de la conversation. La conversation va rouler ici de ses Pensées de 1809 aux Caractères de La Bruyère...

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Portrait de Jean de La Bruyère par Élisabeth Vigée Le Brun (1755–1842), d'après Pierre Drevet (1663–1738), d'après Jean Dieu de Saint-Jean (1654–1695), Institut de France. Ce portrait fait partie d'un ensemble de 94 portraits d'académiciens, commencé en 1685 à l'initiative de l'abbé de Dangeau, lui-même académicien.

« Je rencontrai chez lui [M. de Boisséson de la Belloterie] un homme fort aimable et fort instruit, dont la conversation m'enchanta. Que je lui ai su gré surtout de ce qu'il m'a appris ! »

M. de ***, lecteur des Pensées publiées en 1809 par Auguste de Labouisse, fait malicieusement observer à l'auteur desdites Pensées que lui, le grand défenseur de la cause des femmes, a commis parfois dans ce même ouvrage des propos à connotation plus ou moins misogyne. Auguste de Labouisse requiert là-dessus l'indulgence de M. de ***, alléguant « quelques phrases un peu fortes et très irréfléchies », inspirées alors par le souci d'une originalité mal placée, et plaidant « une partialité que nous ne proclamons pas assez, tandis que nous devrions franchement avouer avec Montaigne, qu'il est plus aisé d'accuser l'un sexe que d'excuser l'autre. Sensible à de telles raisons, M. de *** félicite son interlocuteur d'être « entré dans une bonne route ». « Vous aimez la vérité, vous saurez la dire ; Poursuivez, poursuivez cette noble carrière, / Et devenez rival du docte La Bruyère. »

Séduit par une telle perspective, Auguste de Labouisse se perd un moment en coquetteries : « Vous badinez sans doute, et la raillerie est un peu forte. Que sont quelques malignes pensées et quelques faibles maximes, auprès des pages éloquentes, de cet ouvrage ? [...]. Mon amour-propre est trop bien avisé pour ne pas savoir apprécier le peu de valeur d'un livre frivole, que j'oublie aisément ». Mais, avec l'espèce de franchise retorse qui le caractérise, il signale en note qu'il a « oublié » par la suite « cette sage résolution » et qu'au fil de trois éditions, bientôt d'une quatrième, il a révisé son livre afin d'en « faire disparaître les paradoxes, les sottises, les extravagances et les folies qui s'y trouvaient. » 76

À l'intention d'Éléonore, il se livre ensuite à un long panégyrique de La Bruyère, l'homme et l'œuvre. Puis il invite Éléonore, qui a « déjà traversé deux fois » la ville de Pamiers, à se pencher avec lui sur l'origine de cette ville, « qui, ce me semble, est un peu embrouillée ... ». Passons cet embrouillamini historique 77, qui fournit toutefois à l'auteur l'occasion d'en découdre avec Pierre Olhagaray, l'historiographe d'Henri IV, et qui lui permet de placer en parenthèses, « quelques-unes des expressions originales de nos anciennes chroniques Provençales et Languedociennes ».

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À Pamiers, la promenade du Castella circa 1900.

Le moment est venu là pour Auguste de Labouisse, âgé en 1832 de 44 ans, de se remémorer le séjour traumatisant qu'il a fait trente ans plus tôt, sous la Terreur, dans les prisons de Pamiers, et qui demeure intimement lié à ses premiers essais poétiques ainsi qu'à sa passion politique. « Tu es montée à ce Castella, jolie promenade, qu'on a été percher un peu haut ; tu as vu aussi ce couvent des Carmélites et ce collège, qui me servirent tous deux de prison, à l'âge de quinze ans. C'est là que je fis mes premiers vers ; c'est là que sous les verroux du terrorisme, la véritable Liberté m'inspirait et que j'y chantais ses charmes profanés. » 78

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À Pamiers, toits de l'ancien couvent des Carmélites aujourd'hui. Photographie : Monumentum.

« Vous ne m'entendrez pas me plaindre / De la tristesse de mon sort ; / Et j'attends l'instrument de mort / Sans le désirer ni le craindre », écrivait en 1795 le poète adolescent. « Cette boutade est toujours restée fidèlement dans mon esprit à cause de l'époque dont elle me retraçait l'image. Elle est cruelle, j'en conviens ». Et en 1832, le poète quarantenaire ne va pas visiter le couvent des Carmélites, ni le collège. « Je me contentai de les saluer en passant, comme anciennes connaissances » 79. Mais il prend soin de signaler à sa Bien-Aimée « qu'une personne de ton sexe, Mme la présidente de Malenfant, née de Chalvet, qui a remporté des prix à l'Académie des Jeux floraux, en 1701 et 1702, a pris naissance à Pamiers.

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Pamiers, les Allemands, le Douctouyre, Rieucros, sur la carte de Cassini.

De Pamiers, Auguste de Labouisse se rend ensuite à Mirepoix, en passant par le village des Allemands [aujourd'hui La-Tour-du-Crieu] 80, « qui malgré son nom est très français ». Mais avant de passer le pont du Douctouyre, « petite rivière très dangereuse, dont le nom est très peu connu, et sur les bords de laquelle viennent quelquefois se cacher les voleurs, dans une touffe de saules, d'aulnes et de peupliers qui l'entourent, il tombe sur « une troupe leste et aguerrie, d'un genre particulier. C'étaient des Gitanes, qui allaient disposer leur camp pour passer la nuit, sur un terrain, près de la rivière où devaient se désaltérer leurs ânes et eux ». À l'intention d'Éléonore, il explique qui sont les Gitanes. Ceux-ci, d'après lui, viendraient d'Égypte. Il les juge « sans aucune civilisation positive », tient que leur langage serait « jusqu'à présent resté inintelligible, même pour les savants » et s'apitoie sur le sort réservé aux femmes dans la tribu. 81

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Gitans dans un bois, par John Wood, graveur, d'après Thomas Gainsborough, vers 1740-1780, British Museum, London.

Puis il tombe encore sur un mariage « que l'espoir et le plaisir guidaient au village de Rieucros, où demeure le fameux rhabilleur des membres disloqués, M. Charry », et cette accélération des mariages lui arrache des cris de joie : « J'aime à contempler le spectacle de la gaîté et du bonheur. Une noce ! .... comme cette idée sourit à l'esprit et rassérène le cœur ! ..... une noce ! ..... aimable et chère amie, une noce !!! Puissent les héros de cette belle journée être aussi heureux que nous dans leur douce chaîne. [...]. Je leur criai en passant : Vivez unis, vivez longtemps heureux ! [...]. La vue de ce tableau d'une aimable allégresse, me retraça l'aimable souvenir de cette scène délicieuse, que rien ne pourra me faire oublier, et que ma Muse reconnaissante, s'est plu à décrire plusieurs fois, sur ce cahier confident de nos jeunes Amours [...]. J'y pensais encore lorsque j'arrivai à Mirepoix, chez M. Maleville, qui m'offrit de me faire connaître de suite la société. » 82

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Anonyme, Mariage à la campagne, estampe gravée par Jean Vincent Marie Dopter (1807-1859), Musée Carnavalet.

Né le 18 février 1748 à Belvèze-du-Razès, fils de Laurent Maleville, bourgeois, résidant en son domaine de Dreuille près de Belvèze, et de Marguerite de Cazemajou, fille elle-même du Sieur de Cazemajou, capitaine d’infanterie, seigneur de Niort, et de Marguerite de Nègre ; parrainé par Jean François de Nègre de Montroux, et marrainé par Catherine de Marion de Brézillac ; Jean François Malleville a épousé le 10 juin 1777 à Rivel (Aude) Anne Boyer, fille de Joseph Boyer, marchand de Limoux, et de Catherine Roudel 83. Le couple s'est installé à Mirepoix peu avant la Révolution. En l'an VII, dit à cette date « cultivateur », i.e. propriétaire terrien, il réside , et il réside section A 8, dans le quartier de la notabilité mirapicienne, situé à l'Est de la place. En 1811, soit après sa mort survenue entre 1803 et 1811, sa veuve demeure encore section A 8.

Arrivé chez M. Maleville, Auguste de Labouisse décline l'offre de son hôte, qui se proposait de lui « faire connaître la société » mirapicienne, car il connaît déjà trop bien ce type de société. « Elle ne se rassemble qu'au café », autant dire « qu'elle n'est composée que d'hommes, qui viennent dans ce lieu dépenser leur temps et leur fortune. Comme ce n'est pas mon usage de chercher à perdre ni l'un, ni l'autre, je le remerciai de sa courtoisie. Je me serais trouvé bien étranger et bien étrange dans une pareille assemblée », où, renchérit-il plaisamment, il n'y a pas de femmes ! « Une cour sans femmes, est une année sans printemps, et un printemps sans roses. » 84

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À Mirepoix, au café, les hommes... Bois gravé original de Clément Serveau, in Raymond Escholier, Quand on conspire, Paris, éditions Ferenczi et Fils, collection « Le Livre moderne illustré », 1925.

Auguste de Laboisse observe en outre, plus sérieusement, que « la société se ressent ici de la Révolution ; ceux qui pouvaient en faire l'ornement, sont divisés ou ont pris l'habitude de la retraite. Les persécutions particulières et les calamités publiques, ont fait naître, parmi les Français, nation jadis si gaie, une foule d'imitateurs du farouche Timon 85. Âcres frondeurs de l'existence, ils ne sont plus attachés à cette terre maudite, que par l'attente d'un séjour céleste où leur misanthropie espère aller se réfugier.

Cette ville, presque déserte aujourd'hui, offrait naguère encore un tableau plus animé. Et récente est la catastrophe / De ce gouvernement public, / Qu'un législateur philosophe, / Créa, sous le nom de Distric / J'ai connu jadis cet aspic... » Et voilà qu'ainsi raccourci pour la rime, le mot District reconduit Auguste de Labouisse bis repetita au souvenir de la Terreur et de son emprisonnement à Pamiers sur ordre de l'administration révolutionnaire, « ce tyran en ic », cause selon lui, à Mirepoix comme ailleurs, de « la catastrophe » en question. Sans compter que les effets de la catastrophe se prolongent et s'aggravent, puisqe, si « le Distric n'existe plus ! un Sous-préfet l'a remplacé, mais ce Sous-préfet est établi à Pamiers, de sorte qu'à présent cette ville épiscopale est tout à fait abandonnée à elle-même. » 86

Ensuite, comme il se plaît à le faire pour chacune des villes qu'il traverse, Auguste de Labouisse revisite à l'intention d'Éléonore l'histoire de la ville de Mirepoix. Il rappelle qu'il y a eu successivement 3 Mirepoix : un premier Mirepoix antique, situé sur la rive gauche de l'Hers ; un deuxième Mirepoix, situé sur la rive droite de l'Hers, au pied du château féodal, et emporté par la crue catastrophique de 1289 ; un troisième Mirepoix, construit à partir de 1289 sur la rive gauche de l'Hers, d'où l'on aperçoit en altitude le pech, celui sur lequel s'élève le château, situation qui serait à l'origine du nom de Mirepoix : « Regarde, admire la cime de cette colline, ou de cette petite montagne... » 87

Auguste de Labouisse évoque successivement le passé médiéval du château de Mirepoix, plus tard renommé château de Terride, sa prise par les Croisés de Simon de Montfort en 1209 ; l'avénement de Gui de Lévis, qui, en signe de fidélité à la vraie foi, donnera Saint Maurice pour patron à l'église du nouveau Mirepoix ; la crue dévastatrice de 1289 ; la prise et le pillage de la ville en 1362-1364 par Jean Petit, chef d'une troupe de routiers débandés de la guerre de Cent Ans ; puis l'œuvre du grand bâtisseur que fut Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix de 1493 à 1537, auquel la ville doit « son beau clocher, justement cité comme un chef-d'oeuvre de l'art. Ce monument en belle pierre de taille, d'une architecture gothique-moderne, mérite une mention particulière ». Mais Auguste de Labouisse remarque en 1803 que « l'église serait belle si elle était voûtée » et que si « les arceaux en pierre de taille et en briques, qui supportent la toiture, sont d'une légèreté remarquable », ils « contrastent singulièrement avec le nu du couvert, qui semble solliciter de la charité contemporaine, au moins l'aumône d'un plafond. »

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« C'est du sein de la galerie en balcon, qui couronne aussi le deuxième corps de l'édifice, que s'élance hardiment dans les airs, hérissée aux angles de corbeaux, vulgairement appelés loups, la flèche octo-pyramidale, qui, avant d'arriver, fait signaler le clocher à une très-grande distance, sur la route. La tour qui flanque le quatrième de ses angles, ajoute beaucoup à son mérite et présente une singularité remarquable. Cette tour légère et de forme octogone, se lie à l'église et au clocher, jusqu'à la première galerie qui domine l'église, et à partir de la galerie, et par l'effet de la retraite du second corps du clocher, s'élève isolément jusque au-dessus de la seconde galerie. Cette tour n'est point un vain caprice de l'art. Elle renferme l'escalier par lequel on monte aux galeries, et de là, dans l'intérieur du clocher. Les marches suspendues en arc, par lesquelles on parvient de la tour à la seconde galerie, et de là, sur la terrasse en plate-forme, qui termine et couvre la tour, la rattachent par le haut au clocher, qui reçoit de cette espèce d'hors-d'œuvre, une physionomie toute particulière, toute pittoresque, et j'ai presque dit toute originale. Ainsi l'on peut avancer sans crainte d'être démenti par les connaisseurs, que ce beau clocher réunit dans son ensemble comme dans ses détails, le grandiose, la solidité, la hardiesse antiques, à la légèreté, à l'élégance et au fini des ouvrages modernes. » 88

Puis, négligeant de détailler la chronologie historique, puisque « tant d'évêques puissants par leurs noms, leurs titres et leurs charges, dont l'un a été Pape et plusieurs Cardinaux, ne sont point parvenus à rendre à Mirepoix, une partie de l'importance, dont cette ville avait joui à différentes époques de son orageuse existence », il signale comme « troisième objet qui mérite d'être vu en détail » à Mirepoix, le pont sur l'Hers, « commencé en 1777, sur le plan de M. de Garipuy, membre de l'Académie des Sciences de Toulouse et ingénieur de la province du Languedoc ». « On ne put s'en servir que vers le mois d'août 1791 ; on acheva plus tard ses parapets, et je me rappelle de l'avoir traversé plusieurs fois avant qu'il fut totalement fini. On ne négligea rien pour le fonder solidement au sein de terres et de sables mouvants, au gré des caprices d'une rivière sujette à de fréquents et désastreux débordements. » 89

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Antoine Ignace Melling (1763-1831), Pont et ruines du château de Mirepoix, département de l'Ariège, in 87 dessins à la mine de plomb représentant des paysages, des monuments, des scènes de la vie pyrénéenne réalisés d' après nature par Melling, tome 2, sans nom d'éditeur, 1820.

Auguste de Labouisse s'attarde un instant sur l'histoire du Sire de Terride, parce que la vue même des ruines du château de Terride parle à son imagination — « J'aurais été flatté et enchanté de me trouver là, parmi ces joutes, à cette époque brillante, sur mon fringuant destrier », parce qu'il aime les contes populaires, et parce que l'histoire du Sire en question, « ce terrible Seigneur, que tous ses voisins aimaient et redoutaient, parce qu'il était un mélange de bonté et de dureté », relève à la fois du conte pour rire et du conte pour faire peur 90. Frédéric Soulié reprendra cette histoire en 1832, mais cette fois sur le seul mode du conte pour faire peur. 91

Le nouveau nom de Terride imposé au château de Mirepoix « ne lui porta pas bonheur », observe encore Auguste de Labouisse, « puisque ce fut vers cette époque que les Seigneurs de Mirepoix transférèrent leur résidence au château de Lagarde, situé au sud-est et à une lieue de la ville ». Auguste de Labouisse signale qu'il ne connaît pas ce château, mais que « son père y allait souvent en visite », et que, chez lui, il en a « beaucoup entendu parler ». Ce château « remarquable par sa structure, pourrait encore, (dit-on) servir à l'histoire des arts, malgré le délabrement presque total où l'a réduit une révolution qui n'a su que détruire, quoiqu'elle eut promis de tout recréer ! » 92

Plus que ses retrouvailles avec M. Maleville, ce qui préoccupe surtout Auguste de Labouisse lors de sa halte à Mirepoix, c'est de « visiter les dames de Lafage », i.e. Marie Antoinette Thérèse Aglaé de Paulo, épouse de Jean Antoine François Henry de Gouzens de Fontaines, seigneur de Lafage (Aude), et Marie Gabrielle Charlotte de Paulo, sa sœur, épouse de Louis Hippolyte de Julien de Pegueirolles de Tubières de Grimoard, qu'il se dispense de nommer, car il est un familier de leur maison ; et « madame de Caudeval, nièce de M. de Champflour, l'avant-dernier évêque de cette ville », épouse de Jean Clément de Rouvairollis de Caudeval, seigneur de Caudeval (Aude), « et ses quatre aimables demoiselles », Marie Françoise Zénobie de Rouvairollis (32 ans), Magdeleine Soulange de Rouvairollis (29 ans), Marie Françoise Charlotte Julie de Rouvairollis (23 ans), Françoise Julie Mélanie Blanche de Caudeval (20 ans), « dont je me suis trouvé compagnon d'infortune sous l'horrible règne de la convention et de la terreur. Je fus enfermé avec elles à Pamiers, dans la même prison, ce qui exigerait de ma galanterie, remerciements et gratitude, si nous n'avions pas tous été parqués dans ces tristes murs, comme des victimes promises au bourreau ». Toujours porté sur la galanterie, il se souvient d'avoir dédié à ces demoiselles sous la Terreur ce quatrain :

« La Fable trompe, et ses erreurs je crois,
Que sans scrupule on peut bien les combattre :
Elle prétend que les Grâces sont trois
Elle radote !... j'en vois quatre. » 93

Auguste de Labouisse aurait souhaité aussi profiter de son passage à Mirepoix pour rencontrer Jacques Vidal, le fameux astronome, homme de connaissances et de curiosités en tous genres, dont l'auteur dit ici qu'il est « impossible d'avoir plus de civilité, plus de complaisance que cet habile observateur des rotations planétaires... ». De Jacques Vidal, Auguste de Labouisse, toujours soucieux d'illustrer le nom des femmes qui écrivent, aurait voulu en savoir davantage sur Marie de Calages, « poète aimable, auteur d'un poème épique en neuf chants intitulé Judith ou la délivrance de Béthulie, dont presque tous nos biographes ont oublié de faire mention, et qui « habitait Mirepoix en 1656 » 94. Malheureusement, Jacques Vidal était absent ce jour de septembre 1803.

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Marie de Calages (1630-1661), Judith, ou La délivrance de Béthulie, poème saint. Dédié à la reyne, Toulouse, A. Colomiez, 1660.

Le soir, reprend Auguste de Labouisse, « pour ne pas ressortir après le dîner, (car on dîne à présent à l'heure où nos aïeux soupaient), et éviter d'aller au café, je prétextai un peu de fatigue et beaucoup de sommeil, et je me retirai dans ma chambre. Mais comme il n'était pas tard, je me mis à lire, suivant ma coutume. J'allais prendre un des livres que j'ai enfermés dans ma valise, pour mon voyage, lorsque j'aperçus sur la cheminée des brochures qui tentèrent ma curiosité. Elles étaient intitulées : Choix d'anecdotes anciennes et modernes ». Le passionné d'anecotes frémit ici !

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Jan Davidszoon de Heem (1605-1684), Nature morte aux livres, 1628, © Coll. Frits Lugt, Fondation Custodia, Paris.

« Je m'emparai du premier volume, et bientôt j'éprouvai autant de surprise que d'indignation, en rencontrant une calomnieuse histoire sur l'abbé Prévost, dont tu as lu », dit Auguste de Labouisse à Éléonore, « quelques écrits avec tant de plaisir ». Suit donc sous la plume d'Auguste de Labouisse, admirateur du Gil Blas de Santillane (1715-1735) d'Alain René Lesage, une longue et pointilleuse réfutation des « atroces » calomnies proférées à l'endroit du galant, picaresque abbé Antoine François Prévost (1697-1763), ou Prévost d'Exiles, auteur de la célèbre Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (1731-1753).

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Portrait d'Antoine François Prévost (1697-1763) par Georg Friedrich Schmidt, 1745, National Gallery, London.

La défense de « cet illustre écrivain » fournit à Auguste de Labouisse l'occasion d'illustrer ce qui fait selon lui, en matière de morale, la vertu du Grand Écrivain : « — Ah ! ne nous hâtons pas de prêter toujours l'oreille aux impostures de l'envie. Les grands crimes n'approchent guère les grands écrivains. Leur âme est d'une trempe trop forte pour pouvoir descendre jusqu'à ces horribles bassesses. »

La défense de l'abbé Prévost lui fournit également l'occasion de se réclamer de l'exemple d'Alceste le Misanthrope pour crier sa haine du mensonge et de l'injustice : « Tu sais combien les injustes accusations me révoltent et me blessent ! [...]. La vérité m'enflamme, et le mensonge m'indigne ; parce que le mensonge est une injustice commencée et je hais profondément l'injustice. J'ai toujours pensé à cet égard, comme le chaleureux Alceste le Misanthrope, contre la malheureuse iniquité de la nature humaine : Que l'on doit éprouver ces haines vigoureuses, / Que fait sentir le vice aux âmes vertueuses. » 95

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Portrait de Jean François Regnard (1655-1709) par Étienne Ficquet (1719-1794), graveur, 1776, BnF, département des Estampes et de la Photographie, N-2 (Regnard, Jean-François)

Et, pour faire bonne mesure, Auguste de Labouisse ajoute à sa défense de l'abbé Prévost celle de Jean François Regnard (1655-1709), auteur de comédies, aussi goûtées en leur temps que celles de Molière, auteur aussi de récits de voyage, d'un petit roman autobiographique, et de poésies diverses, dont une Satire contre les maris, en réponse à la satire X de Boileau contre Les Femmes 96, qui a déchaîné contre lui les passions ! 97

Le lendemain, avant de quitter Mirepoix, Auguste de Labouisse formule encore quelques observations fatiguées concernant l'accueil et la table du bon M. Maleville. Les tempéraments des deux hommes, en tout cas, ne s'accordent pas.

« À peine je descendais de cheval, qu'il voulut me faire prendre un morceau, en attendant le dîner... du soir, que mon arrivée allait un peu retarder. Boire et manger, c'est toujours par là qu'on commence et qu'on finit chez mon hôte, très prévenant et très obligeant. Un homme d'esprit a dit : convier quelqu'un c'est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu'il reste sous votre toit. Mais pour cela ne le forcez point à conserver des souvenirs, qu'il digérerait mal ! [...].

J'avais un appétit de voyageur ; on s'en douta vraisemblablement et tout fut mis par écuelles. L'abondance fut complète. Malheureusement on me pressa tant et tant d'accepter d'une foule de plats, que je me crus obligé de répondre à ces vives sollicitations, par ce couplet inspiré :

J'admire le bon dîner,
Que tu viens de me donner :
Mais pour l'honneur de ta table
Te faut-il donc achever,
Mon hôte, de me crever ?

Ma supplique rimée ressemblait presque à une prévision ; aussi le lendemain, j'écrivis sur mes tablettes, cette sentence, presque Pythagoricienne : je hais ces splendides festins, où par un grand nombre de mets succulants et d'irrésistibles et inhumaines sollicitations, on semble vouloir essayer de vous donner une indigestion, comme si pour mieux vous honorer on voulait se défaire de vous. »

Déclinant la proposition de déjeuner avant son départ, Auguste de Labouisse « se contente prudemment - ce qui est très salutaire en tel cas — :

De boire prudemment rasade sur rasade,
En rendant grâce à l'humaine Naïade,
Dont le griffon, de son eau froide et fade,
Venait guérir mon estomac malade,
Sans le secours du thé ni de l'aillade. » 98

À suivre : Seconde partie du Voyage à Rennes-les-Bains...


  1. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. V.↩︎

  2. Ibidem.↩︎

  3. Ibid., pp. VI-VII.↩︎

  4. Ibid., pp. VII-VIII.↩︎

  5. Ibid., p. IX.↩︎

  6. Ibid., pp. 11-12.↩︎

  7. Ibid., pp. XXVII-XXVIII.↩︎

  8. Ibid., p. L.↩︎

  9. Gabriel Vauthier, « Le Choléra à Paris en 1832 », in Revue d'Histoire du XIXe siècle. 1848, année 1928 127 pp. 234-241.↩︎

  10. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. L.↩︎

  11. Ibidem, p. LXV.↩︎

  12. Ibid., p. 1.↩︎

  13. Ibid., p. 2.↩︎

  14. Ibid., p. 4.↩︎

  15. Ibid.↩︎

  16. Victor Joseph Gabriel Soulages de Lamée (Villasavary, 1766-1846, Villasavary), fils d'Alexandre Soulages de Lamée et de Catherine Amien de Beaufort, tous deux émigrés.↩︎

  17. Antoine Benoît Vigarozy (Toulouse, 1788-1857, Mirepoix), physiocrate, lettré, auteur de Récréations poétiques, ou Mélanges de poésies galantes, politiques, badines et morales (1823) et de Fables (1832) inspirées de La Fontaine, maire de Mirepoix de 1830 à 1847, puis de 1849 à 1857.↩︎

  18. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, pp. 7-12.↩︎

  19. Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 3. Une figure oubliée. De 1796 à 1802.↩︎

  20. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. 13.↩︎

  21. Ibidem, p. 14.↩︎

  22. Ibid., pp. 16-19.↩︎

  23. Ibid., pp. 19-20.↩︎

  24. Ibid., p. 20.↩︎

  25. Ibid., pp. 22-24.↩︎

  26. Ibid., p. 26.↩︎

  27. Cf. Robert-Félix Vicente, Henri III de Navarre de Tarascon à Lombrives (partie 2), 2010.↩︎

  28. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, pp. 26-30.↩︎

  29. Ibid., p. 31.↩︎

  30. Ibid., p. 38-40.↩︎

  31. Ibid., p. 42.↩︎

  32. Ibid., p. 45.↩︎

  33. Ibid., p. 46.↩︎

  34. Ibid. p. 46 sqq. Texte repris du Voyageur françois, ou La connoissance de l'ancien et du nouveau monde, volume XXXIII, Paris, chez Moutard, 1790, pp. 226 sqq.↩︎

  35. Ibid., pp. 50-66.↩︎

  36. Ibid., pp. 69-72.↩︎

  37. Ibid., pp. 72-73.↩︎

  38. Ibid., pp. 73-76. À propos d'Auguste de Labouisse à Saint-Féréol, cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 2. Une figure oubliée. De 1778 à 1795.↩︎

  39. Concernant l'amitié d'Auguste de Labouisse avec Jules de Paulo et la famille de Paulo, cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 3. Une figure oubliée. De 1796 à 1802 ; Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 4. Une figure oubliée. En 1802 ; Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 7. Une figure oubliée. De 1808 à 1810.↩︎

  40. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. 77.↩︎

  41. Ibidem, pp. 77-92.↩︎

  42. Pierre Olhagaray, historiographe d'Henri IV, Histoire des comptes de Foix, Béarn et Navarre, diligemment recueillie, tant des précédens historiens, que des archives desdites maisons, en laquelle est exactement monstrée l'origine, accroissemens, alliances, d'icelles, jusques à Henry IIII, roy de France, Paris, 1692.↩︎

  43. Cf. Georges Passerat, « Dom Joseph Vaissète (1685-1756), historien du Languedoc et patriote occitan avant l’heure », in Cahiers de Fanjeaux, année 2014 49, pp. 119-137.↩︎

  44. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. 92.↩︎

  45. Il s'agit probablement de Jeanne Josèphe Louise Antoinette Anne de Casals, née à Castelnaudary le 26 juillet 1771, fille de Monsieur Louis de Casals, directeur du Canal Royal, et de Dame Antoinette Dejean. Parrain Monsieur Joseph de Casals, aussi directeur du Canal Royal, son oncle, représenté par Noble Antoine Jean Baptiste de Saint-Sernin. Présents Messire Jean François Mathias de Calouin, de Combalzonne, et Noble Paul de Bonaffos, lieutenant au régiment d'infanterie de Vexin, oncle d'Auguste de Labouisse. Source 1 : France, Aude, registres paroissiaux et d’état civil, 1537-1882, FamilySearch https://www.familysearch.org/ark:/61903/1:1:6BFY-MJ6P : Sat Oct 26 02:53:43 UTC 2024), Entry for Jeanne Josephe Louise Antoinette Anne de Casals and Louis de Casals, 26 Jul 1771. Source 2 (difficile à trouver !) : Microfilm. Registres paroissiaux de Castelnaudary. Volume/s GG/6_69 item2. Vue : 122/556. Le volume commence par une section Aude, Limoux, État Civil, An 1925, Publications de mariage !↩︎

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    26 juillet 1771, Castelnaudary. Acte de baptême de Jeanne Josèphe Louise Antoinette Anne de Casals.

  47. Il s'agit probablement de Jean Baptiste Louis de Chalvet-Gaujouse, né à Toulouse le 20 juillet 1761, chevalier de Malte, compositeur de musique et grand ami des Lettres et des Arts, familier de Mme de Paulo. Cf. J. Barada, Toulouse et la vie toulousaine de 1786 à 1822 d'après des correspondances contemporaines. « III. Correspondance du chevalier de Chalvet-Gaujouse avec Clément Daignan (1801-1821) », in Annales du Midi, année 1932 44-174, pp. 163-203.↩︎

  48. Cf. Université de Toulouse-Jean Jaurès, Matthieu Nicolas, La dynastie des Grailly : une famille noble au cœur de la guerre de Cent Ans.↩︎

  49. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, « Promenade du matin », pp. 95-103.↩︎

  50. Concernant les familles d'Ounous et de Dumas de Marveille, cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 3. Une figure oubliée. De 1796 à 1802 ;  Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 4. Une figure oubliée. En 1802, note 6 ; Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 7. Une figure oubliée. De 1808 à 1810.↩︎

  51. Jacques Thomas Sarrut (Canté, Ariège, 1765-1813, Vitoria, Espagne), général de la Révolution française, mort de ses blessures à la bataille de Vitoria.↩︎

  52. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, pp. 110-115.↩︎

  53. Ibidem, pp. 115-119.↩︎

  54. Ibid., pp. 119-120.↩︎

  55. Ibid., p. 120. À propos de l'impopularité du Préfet Brun, cf. Christine Belcikowski, « À propos de Pierre François Brun, premier préfet de l'Ariège », in Archives ariégeoises, Foix, Association Les Amis des Archives de l'Ariège, 2023.↩︎

  56. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, pp. 128-129.↩︎

  57. Ibidem, p. 129.↩︎

  58. Ibid., p. 130.↩︎

  59. Ibid., p. 131.↩︎

  60. Ibid., p. 133.↩︎

  61. Ibid., p. 142.↩︎

  62. Ibid., p. 137-138.↩︎

  63. Ibid., p. 142-143.↩︎

  64. « La Révolution est comme Saturne : elle dévore ses enfants ». Mot prononcé durant son procès par le député Pierre Victurnien Vergniaud, né en 1743, guillotiné le 31 octobre 1793 à Paris avec vingt et un autres députés girondins.↩︎

  65. Mot rapporté par H. Birat in Poésies narbonnaises en français ou en patois, d'entretiens sur l'histoire, les traditions, les légendes, les moeurs, etc., du pays narbonnais, tome 1, Narbonne, Emmanuel Gaillard, Imprimeur Libraire, 1860, p. 643.↩︎

  66. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. 141.↩︎

  67. Ibidem, p. 144.↩︎

  68. Cf. Christine Belcikowski, À propos du décès de Charles Louis de La Fontaine à Pamiers.↩︎

  69. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. 145.↩︎

  70. Ibidem, pp. 145-146.↩︎

  71. Ibid., p. 146.↩︎

  72. Ibid., pp. 147-148.↩︎

  73. Ibid., pp. 148-149.↩︎

  74. Jean-Noël Pascal, « De la difficulté d’être un poète personnel : le cas de Louis-Joseph Legay (1759-1823) », in Orages, n° 18(1), 2019, pp. 229-240.↩︎

  75. Originaire de Castres, la famille Barbara de la Belloterie de Boisséson a pour auteur Antoine Barbara, juge royal de Villelongue. Mathieu de Barbara, son fils, conseiller du Roi, juge criminel de la ville et du comté de Castres, est anobli en 1703 par le capitoulat de Toulouse. Joseph de Barbara, l'un des fils du précédent, officier, épouse en 1695 Marie d'Arazat, fille du seigneur de la Belloterie. Il fait son testament en 1710 au lieu de Boisséson. Mathieu Barbarade la Belloterie, l'un des fils du précédent, seigneur de Boisséson, épouse à Castres en 1723 Françoise de Rigaud, fille de noble Jacques Rigaud, receveur des tailles. Charles Joseph Barbara de la Belloterie de Boisséson, fils du précédent, conseiller au Parlement de Toulouse, épouse en 1763 Rose de Marfain et prend part en 1789 aux assemblées de la noblesse tenues à Castres. Après la Révolution, ses biens ayant été saisis à Castres, il se retire et meurt à Pamiers. Joseph Charles Barbara de Labelotterie de Boisséson, fils du précédent, né en 1777 à Castres, élève de l'École Royale et militaire de Sorèze, épouse en 1805 Antoinette de Chalvet de Rochemonteix.↩︎

  76. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. 159.↩︎

  77. Ibidem, pp. 159-173.↩︎

  78. Ibid., pp. 172-198.↩︎

  79. Ibid., p. 198. Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 2. Une figure oubliée. De 1778 à 1795.↩︎

  80. Ibid., p. 201-202.↩︎

  81. Site d'un possible peuplement par des barbares wisigoths sous l'Antiquité romaine, ou bien d'un peuplement ultérieur par des mercenaires allemands issus en 1209 des troupes de Simon de Montfort, le village des Allemands sera renommé La-Tour-du-Crieu le 14 octobre 1915.↩︎

  82. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, pp. 202-203.↩︎

  83. Ibidem, pp. 203-205.↩︎

  84. Baptême de François Maleville : AD11. Belvèze-du-Razès (1737-1769). Document 100NUM/5E34/1. Vue 56 ; Mariage de François Maleville : AD11. Rivel (1775-1792). Document 100NUM/5E316/4. Vue 35 ; adresse de François Maleville à Mirepoix : AD09. Mirepoix. 1L148. Contributions de l'an VII ; AD09. Mirepoix F120. État de population de la commune de Mirepoix. An VIII-1800.↩︎

  85. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. 205.↩︎

  86. Timon d'Athènes, dit le Misanthrope, est un contemporain de Périclès, qui, après avoir perdu sa fortune et constaté l'ingratitude de ses anciens amis, a sombré dans un chagrin profond, pris les hommes en aversion, et s'est retiré dans la solitude.↩︎

  87. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, pp. 206-208.↩︎

  88. Dans son Dictionnaire toponymique de l'Ariège, Toulouse, Pamiers, Institut d'Estudis Occitans d'Arièja, 2021, pp. 281-283, Patrick Lapoujade, professeur des Universités, présente et discute les deux types d'hypothèses qui ont été formulées quant au toponyme Mirepoix. Certains, comme Dauzat-Rostaing, penchent pour un composé de mirer, ou mirar, regarder, avec piscus, poisson ; d'où Mirepoix, localité située au bord d'une rivière poissonneuse. D'autres, comme Fénié ou Billy, penchent pour un composé de mirer, ou mirar, avec podium, ou puèg, hauteur ; d'où Mirepoix, localité située sur une hauteur, et par effet d'attraction de puèg et de peis, poisson, localité située sur une hauteur d'où l'on aperçoit une rivière poissonneuse. Cette hypothèse vaudrait alors mieux pour la situation du deuxième Mirepoix, dit « Coassa », i.e. village situé sur le causse. Patrick Lapoujade semble valider plutôt la première des deux hypothèses.↩︎

  89. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. 215.↩︎

  90. Ibidem, pp. 208-217.↩︎

  91. Ibid., pp. 217-220.↩︎

  92. Frédéric Soulié, Le Sire de Terrides, in Le Port de Créteil, volume 2, Paris, V. Magen, 1843, p. 151 sqq.↩︎

  93. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Rennes-les-Bains, Paris, chez Achille Désauges, 1832, p. 220.↩︎

  94. Ibidem, pp. 220-221.↩︎

  95. Ibid. p. 221. À propos de Marie de Calages, cf. Christine Belcikowski, Sous le signe de Marie de Calages. 11ème journée d’hiver de l’histoire locale de Mirepoix ; À propos de Marie de Calages. Une lettre curieuse.↩︎

  96. Ibid., pp. 222-229.↩︎

  97. Nicolas Boileau, Satire X.↩︎

  98. Ibid., pp. 229-234.↩︎

  99. Ibid., pp. 234-235.↩︎

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