Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 5. Une figure oubliée. De 1802 à 1805

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Alain René Lesage (1668-1747), Histoire de Gil Blas de Santillane, vignette par Jean Gigoux, Paris, Paulin, 1835, p. 962.

 

Auguste de Labouisse a lu et admiré très tôt le poète Évariste Désiré de Forges, chevalier, puis vicomte de Parny, dit « le chevalier de Parny ». Né en 1753 à l'Isle Bourbon, mort en 1814 à Paris, Parny doit son succès immédiat à la publication en 1778 de ses Poésies érotiques, recueil dans lequel il conte ses amours clandestines avec une très jeune fille qu'il rebaptise Éléonore, et qu'il n'épouse pas. Le même Auguste de Labouisse doit à Parny de s'être conformé longtemps à l'injonction suivante : « Élève de Parny, dans d'aimables portraits / Peins d'un sexe charmant la grâce et les attraits » ! 1. Au lendemain de son mariage, avec une sorte d'impudeur qu'on ne lui savait pas, Auguste de Labouisse place donc sous le signe du Parny érotique les vers qu'il dédie à son Éléonore à lui.

« Ô d'hymen céleste puissance !
En une douce résistance
Tu passais du trouble au desir,
Et du désir à l'espérance.
Dans cet oubli de l'existence
S'échappa ce cri du plaisir,
Interprète de l'innocence
Exhalant son dernier soupir.

Livrée à toute ma tendresse,
Tu rougissais de mon pouvoir :
Mais, quand l'amour est un devoir,
Peut-on redouter son ivresse ?
Vois ce bouton sur ce rosier ;
Ingrat à la main qui l'arrose,
Dis, se plaint-il du jardinier
Lorsqu'il s'entr'ouvre et devient rose ? » 2

Et in Arcadia ego. On sait qu'auprès de son Éléonore, Auguste de Labouisse est en Arcadie. Le jeune couple, qui vit dans la maison de Saverdun où Auguste de Labouisse a vu le jour, coule des jours radieux dans « cette campagne solitaire, que LAURE 2 en murmurant arrose de ses flots ». Éléonore, la « nouvelle Laure » se confond, elle, dans les mots et le cœur du poète avec l'ancienne LAURE de Pétrarque. « Dans le pays des troubadours / Viens, Apollon, viens, je t'implore, / Viens, accompagné des Amours, / Protéger la nouvelle Laure. » 4.

Quand il ne hante pas, « aux rives de la Laure », « ces entours si riants, ce rustique rivage, / Ce chêne et ce tilleul mariant leur ombrage, / Ce modeste jardin et ce fertile enclos, / Où naissent l'anémone et le hêtre sauvage, / Retraites des plaisirs, de la paix, du repos ! » ; quand il ne rêve pas d'aller pêcher à la ligne, le soir, sous d'autres cieux, et de voir les nymphes, sous la lune, sortir des roseaux ; le couple lit, partage ses lectures, et compose ; lui, des élégies, à la manière d'Anacréon, Tibulle, Catulle, Properce, Horace, ou encore de Pétrarque, l'Arioste, le Tasse, Pope, Gessner et Métastase ; elle, plutôt des épigrammes, dans le style d'éventail qui est celui de la conversation ou de la correspondance entre gens de bonnes façons, issus de la même petite société provinciale.

Un jour, à l'intention d'un cousin, « auteur de stances à la plus belle », Auguste de Labouisse compose une épigramme en forme d'emblême :

« DE cet emblême ingénieux,
Ami, tu ne peux te défendre ;
Tu serais trop ambitieux
D'oser te dire LE PLUS TENDRE.

Mais, va, je sais être discret :
De ton heureux papillonnage
Voudrais-je trahir le secret ?
Sans crainte sois LE PLUS VOLAGE.

D'ailleurs tout doit te rassurer :
Quelle belle est inexorable ?
Et comment ne pas espérer
Lorsque l'on est LE PLUS AIMABLE ?

Éléonore, qui a appris qu couvent de Lévignac à dessiner et à peindre, ajoute au bas de l'épigramme composée par son époux un papillon peint par ses soins, assorti du mot suivant : « Voilà, mon cher cousin, votre portrait tracé de fantaisie ; cependant j'espère qu'il se trouvera ressemblant. » 5.

Le jeune marié se montre parfois jaloux de Fortuné, le serin d'Éléonore. « Tant de faveur et de tendresse / Pour un misérable serin !... » Et puis, un jour, le chat a mangé Fortuné ! Il y a toujours un serpent, ou un chat, au paradis. Auguste de Labouisse dédie alors au serin une élégie inspirée de la célèbre Jeune Tarentine d'André Chénier 6 :

« PLEUREZ, Grâces, pleurez, Amours,
Pleurez avec Éléonore ;
Il n'est plus cet oiseau qui charmait ses beaux jours ;
Oui, la tombe, qui tout dévore,
Vient de l'engloutir pour toujours,
Un ravisseur et cruel et perfide
L'a surpris de sa griffe avide :
Pleurez, Grâces, pleurez, Amours. » 5

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Jean Baptiste Greuze, Une jeune fille pleure son oiseau mort, 1765, Edimbourg, National Galleries of Scotland.

Dans le même temps, Éléonore souffre encore un autre chagrin : son père est parti à Paris, pour tenter de rentrer en possession de ses propriétés coloniales. Elle lui adresse le poème qui suit :

« Père aimable et chéri, tu vas, loin de ta fille,
Préparer nos plaisirs, pourvoir à nos besoins,
Et te faire un bonheur de nous vouer tes soins.
Près d'un époux aimé, pleurant sur ton absence,
Pour charmer nos ennuis, nous vivrons d'espérance.
[...].
L'amitié gémit trop quand un père s'absente !
Ton image à nos cœurs sera toujours présente ;
Nos vœux impatients hâteront ton retour,
Et tu seras reçu par le plus tendre amour. » 8

Le 7 août 1803, Auguste de Labouisse apprend que son Éléonore est enceinte : « Je te salue, être chéri, / Qui du plus tendre époux vas remplir l'espérance ! ». L'espérance ne va pas toutefois chez le jeune marié sans un brin de jalousie encore :

« Oui, j'aime à voir tes mains industrieuses
De cet être inconnu façonner les atours :
Mais c'est assez d'y consacrer tes jours,
Redoute et fuis les nuits laborieuses.
Tu me les dois ces nuits mystérieuses,
De mon bonheur gages si solennels,
Tu me les dois ces nuits officieuses :
Nos doux transports ne sont pas criminels.
Et quelles lois impérieuses
Te forcent de hâter ces travaux maternels ? » 9.

Le 18 pluviose an XII (7 février 1804), le Citoyen Jean Pierre Jacques Auguste Labouïsse, propriétaire, et Dame Jeanne Michelle Marie Bonne Éléonore Muzard, mariés, demeurant à Saverdun, sont les heureux parents d'un petit Adolphe Labouïsse. Rentré de Paris, le Citoyen Michel Muzard, propriétaire, demeurant à Toulouse, grand-père de l'enfant, âgé de cinquante-six ans, a été signataire de l'acte de naissance.

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7 février 1804. Naissance d'Adolphe Labouïsse. AD09. Saverdun. Naissances. An XI-1815. Document 1NUM/4E3818. Vue 77.

« ÉLÉONORE, enfin te voilà mère !
Dieu ! que tu parais belle à mes yeux attendris !
Un reste de douleur se mêle à ton souris.
Pour bannir tout à fait cette douleur amère,
Et t'en faire oublier la trace passagère,
Ma mère avec transport te présente ton fils.
Tu le tiens ! quel bonheur ! sa lèvre purpurine
A pressé mollement ce bouton délicat,
Dont il relève l'incarnat,
En aspirant, dans sa bouche enfantine
Ce lait si pur que demandaient ses cris,
Ce lait si pur que ton sein lui destine :
Il le reçoit, et ses pleurs sont taris.
De ce tableau charmant, oh ! combien je jouis !
Cet enfant dans tes bras, ta grâce naturelle,
Les roses de ton teint, où triomphent les lis,
Et ta muette joie, et tes sens recueillis ; ...
Tout me procure une ivresse nouvelle. » 10.

Auguste de Labouisse poète s'inscrit via ce « tableau charmant » dans le sillage du sentimentalisme vertueux, initié en peinture par Jean Baptiste Greuze (1725-1805) dans ses scènes de la vie de famille, puis, sous la Révolution par le peintre Jacques Louis David (1748-1825) dans son portrait de Lucile, Camille et Horace Desmoulins, daté de 1792.

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Douze ans avant la naissance d'Adolphe de Labouisse, peints par jacques Louis David, Lucile et Camille Desmoulins heureux parents d'Horace Desmoulins. Château de Versailles.

Auguste de Labouisse dédie encore de longs vers, débordants d'émotion religieuse, au baptême d'Adolphe, le 8 février, puis d'autres vers encore, moins solennels, au premier sourire de l'enfant. Éléonore de Labouisse, de son côté, célèbre la tendresse qui désormais les unit tous trois :

« Ô cher enfant, vrai portrait de ton père,
Ferme ton œil de sommeil oppressé ;
Repose-toi sous les yeux de ta mère ;
Dors sur le sein que ta bouche a pressé.
Dors, mon enfant, clos ta jeune paupière :
Qu'il est charmant ! quel visage vermeil !
Songes légers, flattez son doux sommeil,
Et caressez la rose printanière.
Aimable enfant, quand tu t'éveilleras,
Nous guetterons ta première caresse :
Mais mon époux, dès que tu souriras,
Entre nous deux partageant sa tendresse,
Ta mère et toi, nous serons dans ses bras. » 11.

En août 1804, Adolphe de Labouisse reçoit en guise de lettre de félicitations un poème d'Évariste de Parny.

« SALUT au poète amoureux
Qui chante une autre Éléonore !
Ce nom favorable et sonore
Embellit quelques vers heureux,
Qu'au Parnasse on répète encore.
[...].
Votre muse heureuse et féconde
Chante des amours sans regrets,
Et d'ÉLÉONORE SECONDE
J'en félicite les attraits. »
Signé : « M. ÉVARISTE DE PARNY » 12

À son tour, Auguste de Labouisse adresse à Évariste de Parny un poème précédé en exergue de ce mot de Bernis [François Joachim de Pierre de Bernis], « L'hymen fait un devoir d'aimer, / L'amour rend ce devoir aimable », et dédié à son « aimable Éléonore » à lui, dans le cadre d'un tableau peint une fois encore dans l'esprit du Corrège :

« De myrte, de jasmin, sa tête est couronnée ;
Adolphe, tendre fruit d'un heureux hyménée,
Me tend ses faibles bras, ou de sa jeune main,
Dans ses jeux indiscrets, dévoile ce beau sein,
Qu'elle couvre à l'instant, que la pudeur protège.
Ô tableau ravissant et digne du CORRÈGE !
Mon épouse a souri : le ciel est dans mon cœur,
Et j'ai réalisé le rêve du bonheur. » 13

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Le Corrège, Vierge à l'Enfant, 1525-1526, National Gallery, London.

Loin de Paris, nonobstant ses émois d'heureux époux et père, Auguste de Labouisse ne laisse pas de continuer à vibrer au rythme de l'actualité politique, et plus spécialement de s'intéresser à la « glorieuse carrière de Napoléon Bonaparte », décrété Premier Consul à vie depuis le 2 août 1802. Point guéri de la fascination qu'il nourrissait en 1797-1799 déjà pour un homme en qui il voyait « le libérateur de la France opprimée par des cannibales », il déclare reprendre à son compte ce mot du « savant docteur Barthez » [Paul Joseph Barthez, professeur de médecine et encyclopédiste, médecin du Premier Consul en 1801] : « J'ai ma lorgnette continuellement braquée sur lui ; c'est le seul grand homme qui ait paru dans la Révolution ». Mais il dit aussi son mépris des flatteurs qui environnent le grand homme, entre autres un autre Lebrun, Charles François Lebrun (Troisième Consul], qui fourbissait en 1800 à propos du « grand homme » un Toast des Dieux « dans lequel il faisait ce vers ridicule : C'est Ulysse au conseil ; au combat, c'est Achille. » 14

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Rue Nicaise, 3 nivôse an 9 de la République française. Attentat contre la vie du premier consul, estampe anonyme.

Lui, Auguste de Labouisse se souvient, lui, plus simplement, du 24 décembre 1800, « jour où la machine infernale éclata » — jour de l'attentat de la rue Saint-Nicaise —, et « où le premier Consul venait de signer vingt mille éliminations de la liste des émigrés. Cette bonne action devait lui porter bonheur ; aussi la Providence l'a-t-elle sauvée pour la gloire, la félicité et la prospérité de la France. » 15

Mais à partir du 21 mars 1804, date de l'exécution du duc d'Enghien dans les fossés du fort de Vincennes à trois heures du matin, Auguste de Labouisse se souvient d'avoir redouté dans les années 1797-1799 déjà que le grand homme ne fût aussi un homme cruel, un tueur.

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Harold Hume Piffard (1867-1939), Exécution du duc d'Enghien, 1899, Royal Academie, London.

« Quel horrible attentat ! quels exécrables détails ! [...]. Des militaires s'introduire, comme des bandits armés, dans une ville hospitalière, hors des limites de France, pour y enlever un prince français âgé de 22 ans, dont la gloire pouvait contrarier les noirs desseins d'un ambitieux ! .... Et Bonaparte ! cet homme de fer et de sang, a pu donner l'ordre d'exécuter un pareil crime. Que vont devenir les éloges que l'on prodiguait à son caractère et à son génie ?.... La commission hésitait à prononcer une condamnation injuste ; celui qui gouverne, consulté par écrit, a répondu (dit-on) : Condamné à mort. C'est toujours : TUEZ. »

TUEZ. C'était en effet, déjà, le mot de Bonaparte, le jour du coup d'État du 18 brumaire (9 novembre 1799), lorsqu'au sortir du Conseil des Cinq-Cents, il se trouve menacé par des opposants ! 16

Bonaparte , que tant de gloire et de reconnaissance environnaient, quel oubli de lui-même et de l'humanité ! ... Mais malheureusement, comme a dit Follard [Melchior de Follard (1683-1739), jésuite, auteur d'oraisons et de tragédies] dans son Œdipe : Quand le sceptre est le fruit d'un coup illégitime, / La main qui l'a ravi le soutient par le crime.

On avait cru un moment que Bonaparte voulait suivre les traces de Mounk [George Monck (1608-1670), 1er duc d'Albemarle, amiral, restaurateur du roi Charles II] qui, en Angleterre, n'aspira qu'à relever le trône de son roi ; et le voilà faisant aujourd'hui le Cromwell et imitant les Marius et les Sylla ! Pense-t-il donc qu'on puisse dormir tranquillement lorsqu'on se jette dans le sentier du crime ? Que veut-il faire ? que veut-il devenir ? Une chute toujours entraîne une autre chute. Il fera donc comme ces fameux conventionnels qui finirent par se plonger dans le sang humain !.... Quel avenir pour la France et pour lui ! » 17

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Georges Rouget (1783–1869), 18 mai 1804. Napoléon Ier reçoit à Saint-Cloud le Senatus-Consulte qui le proclame empereur des Français, Château de Versailles.

Le 18 mai 1804, date de l'avénement du Premier Empire, révolté toujours par l'exécution du duc d'Enghien, Auguste de Labouisse déclare dans son journal vouloir « quitter la politique pour la littérature », qui mérite sa « prédilection ».

« Le 18 mai 1804, « le Sénat conservateur a, par un sénatus-consulte organique, institué Bonaparte empereur, sous le nom de Napoléon Ier. — Y en aura-t-il un grand nombre ? C'est ce que l'avenir nous apprendra. - Mais il commence trop mal son règne pour espérer qu'il puisse être toujours heureux. Je ne sais si, par cette mesure, l'histoire va s'agrandir ; on y verra sans doute encore beaucoup de batailles qu'il m'importe peu d'enregistrer. - Je quitte la politique pour la littérature ; elle a toujours captivé mes penchants, et par les charmes qu'elle nous procure, elle mérite la prédilection que je lui accorde. » 18

En août 1804, s'arrachant ainsi à son bonheur familial, Auguste de Labouisse se rend à Paris, tandis que son épouse et son fils restent à Saverdun. Il ne retournera à Saverdun qu'à la fin du mois d'août 1805. Bien qu'il ne dise rien des raisons de ce long séjour parisien, on devine qu'il espère encore pouvoir accélérer à Paris le règlement des indemnités dues à son beau-père qui s'est vu déposséder de ses propriétés coloniales. On devine aussi que, chargé d'une famille qui comprend désormais sa mère, son épouse, son fils, et ses beaux-parents, il cherche à faire reconnaître ses talents dans le milieu littéraire parisien, afin de trouver à publier dans la presse ou dans l'édition en volumes, et à se procurer par là, outre une première notoriété, de nouveaux revenus. Et malgré sa récente déclaration de renoncement à la politique, sans doute aspire-t-il aussi à revivre quelque chose des émotions historiques qu'il avait éprouvées en 1797-1798 dans un Paris qui était encore le cœur battant de la Révolution finissante et déjà celui d'un Bonaparte en voie d'accession à son Empire prochain.

Après avoir goûté à un temps de bonheur idyllique dans sa « campagne solitaire » de Saverdun, Auguste de Labouisse, qui court alors les ministères afin de plaider la cause de son beau-père, éprouve dans le Paris d'octobre 1804, des impressions de prime abord défavorables : « Je viens de courir beaucoup et je suis pressé, ne voulant manquer aucun courrier. [...]. Je courais, et en courant je lisais, malgré l'embarras des voitures et le tumulte des passants qui se croisent avec précipitation dans toutes les sinuosités de cette immense ville. C'est une habitude que j'y avais contractée jadis, et qu'il paraît que je n'ai pas perdue. Cependant, il y a plus de bruit, plus de fracas, plus d'embarras d'équipages, dans les rues étroites et boueuses de l'antique Lutèce, qu'il y en avait autrefois, en 1797, sous le règne odieux et mesquin du Directoire » 19. Et, en novembre 1804, il résume ainsi à l'intention d'un ami de province ses impressions du moment : « Mon cher ami, tu ne connais point Paris, si tu crois qu'on peut y faire ce qu'on veut. Il est bien vrai que les absents ont tort ; ce proverbe est ici sans exception. Mais les présents ne trouvent que de la fange, de la boue et des pierres. Ce n'est pas une allégorie, c'est une vérité » 20. Et, dans ce Paris-là, Auguste de Labouisse a froid.

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A.-P. Martial (1827-1883), graveur, Paris, Rue du Pourtour Saint-Gervais, Potémont éditeur, 1862-1863.

« Il fait un temps bien rigoureux ; cependant, je viens d'entendre un mot qui prouverait le contraire. J'ai rencontré un pensionnat de jeunes filles ; elles allaient je ne sais où. Une d'elles dit très haut : Mesdemoiselles, arrêtez-vous ; ma tante ne veut pas qu'on aille si vite, parce qu'il ne fait pas froid. Cette naïve injonction m'a rappelé une question et une réponse anciennes. Au fort de l'hiver, un monsieur traversait les Tuileries, très légèrement vêtu. On s'approche de lui, on l'interroge :
     Avec la saison si cruelle
     Comme faites-vous donc ?
     — Je gèle. » 21

Auguste de Labouisse, dans les impressions qu'il rapporte de son arrivée à Paris en 1804, s'est peut-être souvenu de celles que Jean Jacques Rousseau retient de sa propre arrivée en 1765 à Paris et qu'il évoque ainsi dans le Livre IV de ses Confessions : « Je m'étais figuré une ville aussi belle que grande, de l'aspect le plus imposant, où l'on ne voyait que de superbes rues, des palais de marbre et d'or. En entrant par le faubourg Saint-Marceau, je ne vis que de petites rues sales et puantes, de vilaines maisons noires, l'air de la malpropreté, de la pauvreté, des mendiants, des charretiers, des ravaudeuses, des crieuses de tisanes et de vieux chapeaux. Tout cela me frappa d'abord à tel point, que tout ce que j'ai vu depuis à Paris de magnificence réelle n'a pu détruire cette première impression, et qu'il m'en est toujours resté un secret dégoût pour l'habitation de cette capitale. »

Baudelaire, lui, en 1857 dans ses Fleurs du Mal, s'est souvenu peut-être des impressions parisiennes d'Auguste de Labouisse, quand il parle, dans Les petites Vieilles (XCI), des « plis sinueux des vieilles capitales », ou, dans Le Cygne (LXXXIX), des « gros blocs verdis par l’eau des flaques », observant là, « piétinant dans la boue », que « tout pour moi devient allégorie ».

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Arcades du Palais-Royal, Paris, 1800.

Or, si les impressions parisiennes de Jean Jacques Rousseau relèvent tout uniment de l'allégorie de quelque Babylone nouvellement maudite, celles d'Auguste de Labouisse d'abord et de Charles Baudelaire ensuite nourrissent dans la même visée allégorique une ambivalence que ni l'un ni l'autre n'explicitent tout à fait, mais qui se découvre cependant, chez Baudelaire dans l'allusion aux marbres, escaliers et arcades, parcs, bassins et cascades, palais, théâtres, orchestres, tables d'hôte, glaces, violons, bougies, à ce qui fait autrement dit « la fête de la Vie », et chez Auguste de Labouisse-Rochefort surtout, dans le récit des visites et sorties auxquelles il s'adonne sans bouder son plaisir, jour après jour, soir après soir.

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À Paris, rue de Richelieu, chez Frascati, 1800.

À Saverdun, pendant ce temps, Éléonore de Labouisse se languit de son époux bien-aimé :

« ÉLÉONORE à son Auguste adresse
Doux souvenir, constance, amour.
Hélas ! tandis qu'en proie à ma tristesse
Je te cherche la nuit, je te demande au jour,
Que fais-tu, que dis-tu loin de ta bien-aimée ?
Où le destin entraîne-t-il tes pas ?
Si j'en crois mon âme alarmée,
Auguste, de longtemps je ne te verrai pas.
[...].
Ah ! quand me rendras-tu la paix qui m'est ravie ?
Ah ! quand pourrai-je encor te presser sur mon cœur ?
Auguste, cher Auguste, ô moitié de ma vie !
Viens bientôt redonner à ta sensible amie
Et le repos et le bonheur. » 22

Seuls les soins du petit Adolphe parviennent à distraire la jeune femme de sa langueur. C'est alors qu'elle peint le portrait du petit Adolphe.

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Portrait d'Adolphe de Labouïsse, peint par Éléonore de Labouïsse. In Les Amours, À Éléonore, recueil d'élégies, par M. Labouïsse, Paris, P. Didot l'Aîné, troisième édition, 1818, p. 159.

Depuis Paris, le 10 octobre 1804, Auguste de Labouisse annonce à son Éléonore qu'il a « commencé un Dictionnaire des épouses célèbres. — Oui, des épouses célèbres ! Et quoiqu'en puissent dire la malice et l'ingratitude des hommes, il sera plus considérable que leur frivole légèreté ne pourrait le penser. Je vais t'en donner un aperçu dans une liste, qui deviendra plus étendue quand j'aurai pu multiplier mes recherches ; je la trace à présent, sans avoir eu le temps de m'y préparer beaucoup. Ce projet mûrira petit à petit ; et quand je serai revenu près de toi, je pourrai l'exécuter sous tes yeux et sous tes auspices. Ce sera un grand travail ; mais j'aurai ton sourire et tes embrassades pour récompense. Avec cela, j'entreprendrais d'aller au bout du monde, s'il le fallait. »

À noter qu'« aller au bout du monde », Auguste de Labouisse finalement ne l'a point fait, car en 1846, dans la révision de ses Mémoires, il signale qu'il supprime « la très incomplète nomenclature [des épouses célèbres] », qu'il avait « rapidement écrite de mémoire. »

« D'ailleurs, cette ébauche n'a pas été reprise et continuée, faute d'occasion de publier ce Dictionnaire. En province — Auguste de Labouisse-Rochefort réside alors à Saverdun, et plus tard à Castelnaudary —, on manque de secours, de ressources et d'encouragements pour les entreprises, même les plus utiles. Je le dis à regret, tout y semble mort et stérile. La centralisation est si forte en France, que non seulement le gouvernement centralise tout, jusques aux plus minimes intérêts locaux, mais encore il centralise les lettres et les arts. Tout pour Paris, rien pour les provinces ; tout pour les coteries, et rien pour le mérite modeste : Hors de Paris, point de salut ! 23. »

Auguste de Labouisse s'est-il jamais interrogé sur le caractère « utile » d'une entreprise telle que la composition d'un Dictionnaire dédié aux épouses célèbres, femmes dont la célébrité eût dû souffrir en l'occurrence de se laisser civilement subsumer sous le statut d'épouse ?

Certes, Auguste de Labouisse s'inscrit en faux, dit-il, contre « le despotisme de l'époux dans le mariage », et c'est sur le mode de l'ironie, qu'il en reprend ici les mantras :

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Molière, L'École des Femmes, vignette gravée en 1805 par Laurent Guyot (1756-1808).

« Le mariage n'exige de la part de l'homme qu'amour, et il ordonne à la femme amour et obéissance. Ce partage est d'autant plus inégal, que les déférences de l'amant ont presque toujours précédé le despotisme de l'époux.
CHARRON 24 dit, dans le douzième chapitre de la Sagesse : ‘‘ Les devoirs de la femme sont de rendre honneur, révérence et respect à son mari, comme à son maître et seigneur ’’.
Molière a imité ce curieux passage dans l'École des Femmes, acte III, scène 2, en parlant
De ce profond respect où la femme doit être
Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître.
Saint Paul n'a pas été plus exigeant, ni plus rigide, pour les femmes, et notre Code civil ne s'est pas montré plus galant. L'art. 213 est ainsi conçu : ‘‘ Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari. ’’ Cela est bref.
On voit bien, me disait une dame, que ce sont les hommes qui ont fait ce Code, et longtemps auparavant, Mme de Graffigny [Françoise de Graffigny, née d’Issembourg du Buisson d’Happoncourt (1695-1758), femme de lettres] écrivait, avec quelque raison, dans ses Lettres Péruviennes : ‘‘ Il semble qu'en France les liens du mariage ne soient réciproques qu'au moment de la célébration, et que, dans la suite, les femmes seules y doivent être assujetties. ’’
Cela n'est pas juste, et puisque l'occasion s'en présente, je m'inscris en faux. Les devoirs, les attentions, les prévenances, les déférences, doivent être réciproques. Le mariage, qui perpétue la société et fait la consolation de la vie, est destiné à être un état de bonheur ; il ne faut point par sa faute en faire un état de martyre. » 25

Cependant, vu d'aujourd'hui, le titre qu'Auguste de Labouisse entendait donner à son Dictionnaire, gêne. Si l'époux d'Éléonore de Labouisse, veuf alors, pouvait en 1846 passer pour tendre, et par là d'avant-garde sur le chapitre des relations conjugales, il demeurait par ailleurs en retard sur la marche du temps, comme en témoigne le tendre patronage qu'il a exercé sur l'œuvre propre de son épouse en la publiant sous le couvert d'un recueil signé de son nom à lui, et en la privant ainsi de la célébrité à laquelle, au moins par hypothèse, elle eût pu prétendre sous son nom à elle.

Deux ans plus tard s'élèveront à la faveur de la Révolution de 1848 les vigoureuses revendications d'autonomie portées dans le journal intitulé La Voix des Femmes par Madame d'Altenheim, née Louise Gabrielle Soumet, fille du poète chaurien Alexandre Soumet, poétesse elle-même comme la défunte Éléonore de Labouisse, par Eugénie Foa, Eugénie Niboyet, Adèle Esquiros, Jeanne Deroin, Anaïs Ségalas, et par George Sand et autres « bas-bleus » encore 26. Éléonore Muzard, poète, par ailleurs épouse Labouisse, est morte hélas en 1833, trop tôt.

À Paris, Auguste de Labouisse, qui admire le chevalier de Parny et envie sa célébrité, se soucie de faire sa connaissance en personne. Il tente à plusieurs reprises de se présenter chez lui. En vain. Le 10 octobre 1804, il se rend à nouveau chez lui, rue de Provence, n'y trouve une fois encore personne, et lui laisse un quatrain.

« Il me tardait de faire connaissance avec M. le chevalier de Parny, avec qui je suis en relation depuis quelques années, de sorte que je suis revenu chez lui (rue de Provence), ce matin 10 octobre. Ne l'ayant pas trouvé, je lui ai laissé ce quatrain sur une carte :
Poète des Amours, que ton œuvre s'achève !
Tu daignas, par tes vers, honorer mes essais ;
Parny, fais encor plus, fais voir à ton élève
Le plus aimable des Français. »

L'après-midi toutefois, Auguste de Labouisse reçoit du chevalier de Parny le billet suivant :

« Les distances sont un des grands inconvénients de Paris. Je suis fâché que M. de Labouisse, que je regarde comme une ancienne connaissance, soit logé si loin. Si ses courses le conduisent dans mon quartier demain ou après-demain, je le prie de s'arrêter un moment au nº 32. Je l'attendrai ces deux jours-là jusqu'à une heure. Il verra, non pas le plus aimable des Français, mais le bon Parny ; c'est ainsi qu'on le nomme depuis vingt ans dans les sociétés intimes. » 27.

Étonnamment, Auguste de Labouisse ne semble pas avoir rencontré le chevalier de Parny pour la première fois dans « ces deux jours-là », mais seulement en novembre. Rencontre faite, il témoigne d'une légère déception. L'homme n'est pas tel qu'il se le figurait d'après ses écrits.

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Évariste de Parny, dit le chevalier de Parny, académicien français.

« Je suis allé ce matin chez notre Tibulle 28. Je l'ai vu, enfin ! Il est grand et mince, la figure grêlée ; il a un air noble, mais pas autant de physionomie que mon imagination en avait supposé. Il m'a fait beaucoup d'amitiés et de questions. Il m'a montré une foule d'excellentes corrections, car il corrige toujours ces charmantes Elégies, qui lui ont valu tant de gloire. Mais la gloire vaut-elle le bonheur ?.... » 29

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Salle du Trône, Palais du Luxembourg, Florent Grau, photographe, 1859, Rijksmuseum, Amsterdam.

En novembre 1804 toujours, alors que, curieux de voir la Cour, celle « des grands, et même des princes », il se rend au palais du Luxembourg, « dans le salon d'attente du prince Joseph », Auguste de Labouisse se trouve « frappé de la figure noble et ouverte d'un vénérable vieillard à cheveux blancs, qui soupirait, comme tous les autres, après l'heure toujours trop tardive de l'audience. Attiré vers lui par une sympathie douce et irrésistible, je demandai son nom à M. Duvoisin, secrétaire des commandements, homme de lettres et petit-fils de Calas. - C'est Bernardin de Saint-Pierre, m'a-t-il répondu ; et à l'instant, fatigué d'être debout, le vieillard venait de s'assoir sur un des somptueux et massifs fauteuils dorés qui parent le salon. J'allai de suite me placer auprès de lui , et sans préparation aucune, je lui parlai de ses ouvrage, des Études de la Nature, dont le style est si élégant, si suave [...] ; et surtout de Paul et Virginie, que je louai avec une expansion naïve et franche qui le flatta. »

Bernardin de Saint-Pierre l'autorise alors à aller le voir dans « sa retraite, qui ne s'ouvre qu'à quelques amis. »

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Portrait de Jacques Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814, attribué à Élisabeth Harvey (1778-1858), Musée d'Art et d'Histoire du Havre.

« J'ai profité de la permission, et je suis allé voir l'auteur de Paul et Virginie dans sa demeure. Comme il est bon, simple et modeste ! J'y ai contemplé avec plaisir un nouveau tableau des mœurs patriarcales, en remarquant qu'il a confié le soin de rendre sa vieillesse heureuse à une femme jeune et sensible, qui s'acquitte avec délices de cet honorable devoir. M. Bernardin de Saint-Pierre, après avoir causé un peu de différentes choses, et m'avoir laissé le loisir d'admirer tant de bonhommie, de simplicité et d'union, m'a lu un ouvrage sur la propriété des hommes de lettres. »

Le sujet ne pouvait qu'intéresser Auguste de Labouisse, qui cherchait en 1804 à Paris le moyen de vivre et de faire vivre sa famille de sa plume, et de reconstituer un capital présentement ruiné par la Révolution, mais susceptible d'être reconstitué plus tard et légué à sa descendance. Malheureusement, lui fait observer Bernardin de Saint-Pierre, le droit à la propriété intellectuelle, en 1804, ne favorisera pas son projet... car il n'existe pas.

« Un champ se transmet de père en fils ; et les enfants d'un homme de génie perdent après dix ans tout droit sur les nobles labeurs de celui qui leur donna l'existence. Ces sublimes compositions qui éclairent, qui émeuvent, qui enchantent les générations, tombent de suite dans le domaine public, deviennent propriétés nationales, enrichissent les libraires qui les impriment.... Et les enfants de ceux qui passèrent leur vie à les produire, meurent quelquefois de faim, de misère et de douleur. — Cela est arrivé aux descendants des deux Corneilles ; cela a failli arriver aux descendants de La Fontaine et à ceux de Racine. - Ô France ! ô ma belle patrie ! est-ce donc là une générosité, une reconnaissance , une justice digne de toi ?..... » 30

Tandis qu'Auguste de Labouisse multiplie les visites et les rencontres avec les écrivains qui comptent dans la jungle littéraire parisienne, le sacre de Napoléon Ier s'annonce. Le bruit fait autour de la préparation de cet événement nourrit alors chez Auguste de Labouisse nombre de réflexions ambivalentes concernant le devenir de la Révolution ainsi que celui des grands hommes.

Napoléon est sacré empereur le 2 décembre 1804, en présence du pape Pie VII, dans la cathédrale Notre Dame de Paris. Le lendemain, Auguste de Labouisse-Rochefort consacre à l'évènement quelques lignes provisoirement médusées.

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Jacques Louis David (1748–1825), 2 décembre 1804. Le sacre de Napoléon, 1806-1807, Musée du Louvre.

« Aujourd'hui, 3 décembre, a eu lieu la grande cérémonie du couronnement qui change si fort la destinée de Bonaparte, de la France et même de l'Europe. Que de grands intérêts achèvent de s'anéantir ou de se consolider ! ... Quel avenir différent pour nous et pour toutes les autres nations ! ... L'esprit s'y perd. Toutefois ne songeons ici qu'à décrire ce moment, dont le souvenir mérite d'ètre conservé. À la magnificence des préparatifs et de l'exécution, on a pu dire que jamais on n'a vu de spectacle plus grand, plus imposant, plus admirable. Ce concours de ce que la France possède encore d'hommes distingués en tous genres ; le génie, la valeur, les talents, rassemblés dans l'enceinte superbe de Notre Dame, dans cette basilique antique qui ne fut achevée qu'au treizième siècle , après avoir été commencée dans le douzième par un Sully, pour venir assister à la religieuse consécration, faite par un pape, d'un guerrier heureux, qu'après une longue révolution, ses exploits et quelques événements fortuits viennent de placer inopinément sur le trône antique des Bourbons...... Quel succès et quelle métamorphose ! ... »

Puis, après avoir longuement décrit les fastes de la journée historique, et s'être inquiété du coût plus que royal d'une pareille fête, Auguste de Labouisse-Rochefort rapporte et fait rétrospectivement sien, dans une note datée de 1841, ce propos d'un ami homme de lettres, M. Chabot de Bouin [Nicolas Jules Chabot de Bouin, (1807-1858)] :

« Napoléon suspendit ses destinées à l'aile de la liberté, jusqu'à ce qu'elle l'eût porté en avant ; puis, quand il fut au faîte du pouvoir, il coupa ses ailes, la précipita dans un abîme et en mura l'orifice par un trône.
La République a été l'horizon de sa puissance, l'Empire en a marqué l'apogée et la chute. Son imagination fut républicaine, sa raison fut monarchique ; mais sa conscience ne le fut pas ; il prit le trône comme une redoute, et les peuples comme un revenu.
Bonaparte consul et Napoléon empereur sera l'homme à deux faces de la postérité. » 31.

Après ces solennelles considérations relatives à un jour qui s'écrit déjà pour lui au passé, le lendemain, 3 décembre 1804, alors que « l'aimable auteur de l'épître à Racine, de la tragédie d'Orphanis et de plusieurs héroïdes très intéressantes », M. Blin de Sainmore [Adrien Michel Hyacinthe Blin de Sainmore (1733-1807), poète, dramaturge et historien, conservateur de la bibliothéque de l'Arsenal, cofondateur de la Société philanthropique), remercie Auguste de Labouisse pour l'envoi de quelques-unes de ses productions — que faute de temps, il n'a fait que « parcourir » — et qu'il le félicite néanmoins pour son Éléonore, « dont vous faites un portrait si intéressant » — Ce nom est d'un augure favorable et porte bonheur » —, le même Auguste de Labouisse adresse audit M. Blin de Sainmore une missive dans laquelle il s'attarde avant tout sur la position qui est le sienne face au grand Évariste de Parny :

« Oui, le nom d'Éléonore porta bonheur à mon maître, à mon modèle, j'ai failli dire à mon ami, le bon Parny. Mais je suis loin de me promettre la même fortune littéraire. Je ne m'en plains pas. Heureux fils, heureux époux, heureux père, cela vaut mieux que heureux poète. J'écrits par penchant, par plaisir et par goût, et surtout pour plaire à celle que j'aime. Sourit-elle ? J'ai obtenu mon triomphe, ma gloire et ma récompense. » 32.

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Paris, 32 rue de Provence, aujourd'hui.

En janvier 1805, Auguste de Labouisse retourne au nº 32 de la rue de Provence. Le chevalier est absent. Membre de l'Académie Française depuis le 20 avril 1803, il s'est rendu à une séance de l'Institut. Auguste de Labouisse se trouve reçu toutefois par Marie Françoise Vally, qui a épousé le chevalier en 1802, et il apprend que Madame de Parny est créole, tout comme Madame de Labouisse.

« Mme de Parny a de l'esprit », observe-t-il ; « sans être précisément jolie, elle plaît, elle est fraîche et grasse. Sa tête était coiffée à la mode de son pays, avec un mouchoir des Indes ; ses épaules étaient couvertes d'un beau schall [châle] de Cachemire, et sa conversation m'a fait passer de très agréables moments.

— M. de Parny est absent ; mais si vous voulez vous reposer un moment et causer avec une créole, je vous prie d'entrer. [...]. Je sais que vous êtes l'époux d'une créole, et je suis charmée de faire votre connaissance.
— Vous prévenez mes désirs, madame, je ne voulais pas quitter Paris sans avoir présenté mes respectueux hommages à la compagne de Tibulle » 33.

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Lawrence Alma-Tadema (1836–1912), Tibulle dans la maison de Délie, 1866, Museum of Fine Arts, Boston, USA.

« Cela dit, nous causâmes. Elle parle de Parny dignement, avec amour. Elle n'est cependant pas cette Éléonore qu'il a rendue si célèbre. J'ai profité de l'occasion pour faire quelques questions sur cette dernière.
— Elle est mariée pour la seconde fois ; elle est à l'Île-de-France, où elle fut transportée par son premier mari ; voici comment Les anciennes amours du chevalier de Parny n'étaient pas ignorées ; on apprit à l'île de Bourbon qu'il revenait visiter sa famille  ; aussitôt le mari de cette Éléonore vendit ses possessions et alla s'établir à l'autre île. Il y mourut bientôt ; Éléonore s'en consola par un second hymen. » 34

En février 1805, Auguste de Labouisse est manifestement devenu un familier d'Évariste de Parny. Il consigne dans ses Mémoires nombre de renseignements relatifs au passé militaire mouvementé du chevalier de Parny, et il se permet de critiquer, certes à regret, sur le mode palinodique, Porte-Feuille volé, dernier ouvrage publié par le bon Parny :

« Je ne dirai pas le titre des poèmes qui s'y trouvent ; je ne dirai pas non plus, comme M. Michaud [Joseph François Michaud (1767-1839), futur académicien 35], qu'en se livrant à ce nouveau genre de composition, M. de Parny a perdu tout son talent et qu'il fait mal les vers ; il ne les fait que trop bien pour les sujets qu'il traite ! Que n'a-t-il voulu me croire ! Nous lui devrions d'autres ouvrages, et les succès de sa plume seraient sans regrets et sans repentir. Je suis bien fâché qu'il ait livré sa Muse gracieuse et sa facile imagination à ces condamnables écarts. Ses vers sont impies et cyniques, et certes, je le lui ai dit avec franchise : ce n'est pas dans un siècle de licence et d'immoralité qu'il devait se laisser voler un pareil porte-feuille. » 36

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Porte-feuille volé, publication anonyme [Évariste de Parny], 1805.

Sans surprise, Auguste de Labouisse choisit dans Porte-Feuille volé de ne rien dire du troisième chant de l'ouvrage, intitulé « Les galanteries de la Bible, sermon en vers », chant qui débute avec le cas d'Adam et Éve au jardin d'Éden.

« APPROCHEZ, chrétiennes jolies.
De la Genèse les versets
Valent bien d'un roman anglais
L'horreur et les tristes folies.
Surmontez d'injustes dégoûts,
Lisez ; de la Bible pour vous
Je traduis les galanteries. » 37  La suite est d'emblée un peu leste...

Point bégueule au demeurant, mais criant là au lèse-Bible, Auguste de Labouisse choisit de ne parler que des Déguisements de Vénus, tableaux imités du grec, qui se trouvent dans ce même volume du bon Parny ; « ils sont divisés en trente Tableaux dignes de faire le pendant avec ceux où, dans sa jeunesse, il peignit les amours de Justine 29. C'est la même fraîcheur, c'est la même grâce, c'est la même naïveté, avec plus de variété encore. Vénus s'y déguise sans cesse pour multiplier les plaisirs du jeune Myrtis. Quel dommage que ce petit chef-d'œuvre soit placé dans un pareil volume, il mérite d'être séparé des deux poèmes qui l'accompagnent. » 39

« Myrtis dans la forêt obscure
Cherchait le frais et le repos.
Zéphyre lui porte ces mots
Que chante une voix douce et pure ;
‘‘ Dans ma main je tiens une fleur.
Fleur aussi, je suis moins éclose.
Dieu des filles et du bonheur,
Je t'offre quinze ans et la rose. ’’
Mon sein se gonfle, et quelquefois
Je rêve et soupire sans cause... » 40

Et,regrettant que Parny « finisse tristement », selon lui, sa carrière poétique, Auguste de Labouisse-Rochefort de formuler ce jugement qui témoigne comme en creux de l'idée qu'il se fait du cadre au sein duquel doit s'épanouir la poésie : « Un auteur est à plaindre quand il ne sait respecter ni la morale, ni les bienséances, ni la religion. »

À Paris, dans le tourbillon de rencontres auquel il s'applique, Auguste de Labouisse se plaît aussi à observer des personnages curieux, des « originaux », qu'il prend le temps de croquer en silhouettes dans ses notes quotidiennes. C'est ainsi qu'il arrête son regard sur M. le comte de Bissy, une sorte de version noble du Neveu de Rameau, puis sur l'astronome Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, dont les certitudes et les contradictions intellectuelles le dérangent au plus haut point.

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Jules Noel, Le café de la Régence, in L'Illustration, 24 janvier 1851.

« M. le comte de Bissy [Claude VIII de Thiard, comte de Bissy (1721-1810), militaire, poète, académicien] vit encore. Il est voisin de M. Anson [Pierre Hubert Anson (1744-1810), ancien collaborateur d'Henri Lefèvre d'Ormesson, contrôleur général des finances de Louis XVI, régisseur général des Postes en 1798 ; auteur dramatique et poète], rue Ville-l'Evesque, et le plus ancien pilier du Café de la Régence. Il s'y rend tous les jours sans canne, sans chapeau, les mains croisées derrière le dos, en promenant comme qui va faire visite dans la même maison. Il passe devant la fruitière, prend une cerise, la contemple et l'avale ; puis, il met la main sur quelques groseilles, ou sur d'autres fruits, dont il se régale. La fruitière le regarde faire, et le laisse partir sans rien réclamer. Voilà l'original. M. Desherbiers racontait que, lorsque Thomas [Antoine Léonard Thomas (1732-1785), poète] fut nommé à l'Académie, M. de Bissy se plaignait de n'avoir pas reçu sa visite. Comment voulez-vous, lui dit Louis XV, qu'il ait deviné que vous étiez de l'Académie ? 41

Sur les incommodités intellectuelles de l'astronome Lalande, Auguste de Labouisse est intarissable, et l'attention qu'il lui porte relève de la fascination. C'est chez M. Anson aussi qu'il a loisir de l'observer, « dans cette aimable retraite, rue Ville-l'Evêque, un des quartiers les plus retirés et les plus tranquilles de Paris », que fréquente une « société choisie. »

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Jean Honoré Fragonard (1732–1806), Portrait de l'astronome Jérôme Lalande (1732-1807) avec un globe, ca 1769, Paris, Petit Palais.

IL est « si petit , si petit, que quelqu'un qui le voyait pour la première fois crut qu'il était à genoux, tant on le supposait grand, tant la réputation en impose » 42, disait Félix Nogaret [François Félix Nogaret (1740-1831), écrivain, censeur dramatique, créateur du personnage de Frankésteïn avant le Frankenstein de Mary Shelley] de Jérôme Lalande en 1800. « M. de Lalande « a une figure de singe », dit Auguste de Labouisse en 1805, « des yeux de satyre, un front large et plat ; on suppose que, dans une dispute sur l'athéïsme, il s'écrie : ‘‘ Comment veut-on que je puisse croire en Dieu ? Je suis trop laid pour être son image ! ’’ Ce propos est assez digne de celui à qui on le prête. M. de Lalande devrait pourtant savoir que ce n'est pas sa vilaine figure qui est faite à l'image du Créateur, mais son âme. À la vérité, il gâte singulièrement cette image, en lui faisant penser beaucoup d'erreurs et de sottises. Cette image est comme celle des anges déchus : elle a changé de caractère et n'est plus qu'un démon. » 42

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Auteur inconnu, Portrait de Nicole Reine Lepaute (1723-1788), mathématicienne et astronome française, collaboratrice de Jérome Lalande.

Outre un athéisme radical, qui révulse le très chrétien Auguste de Labouisse, Jérome de Lalande cultive un comportement que d'aucuns peuvent juger parfois lunaire. C'est ainsi que dans les années 1750, soupirant alors pour sa collaboratrice astronome, Mme Hortense Lepaute — Mme Nicole Reine Lepaute se faisait appeler Hortense dans l'intimité — 43, il lui adressa des vers où, « en digne astronome », il l'appelait galamment le sinus des Grâces et la tangente de tous les cœurs » 44. Ce caractère lunaire, c'est aussi pourquoi on appelait volontiers Jérôme Lalande Monsieur de la comète [de Halley], comète dont il avait observé le passage avec passion, en 1758-1759.

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Observation de la comète de Halley en 1759.

« Même si d'aucuns pourraient croire qu'on prête des ridicules à M. de Lalande », au vrai « on ne lui prête rien » observe Auguste de Labouisse. M. de Lalande, en 1805, « mange des araignées ; plus elles sont grosses et noires, plus il les trouve succulentes ; et il aime à caresser les souris, qu'il trouve très éveillées, très spirituelles et très gentilles. » 45

Toutefois, ce qui révulse plus que tout Auguste de Labouisse, c'est le « grain de folie » qui fait dire à M. de Lalande : « J'aime les jésuites et je suis athée ». « Quoi ! renchérit Auguste de Labouisse, « il aime les disciples de Jésus, et il ne reconnaît pas la puissance, la bonté, la divinité de leur maître ! Il refuse insolemment, dans sa misérable vanité, d'avouer l'existence de ce Être qui a dit à la mer courroucée : Tu briseras ici l'orgueil de tes flots !

Dans un poème inédit, qui date de 1799, et que je publierai quelque jour », ajoute Auguste de Labouisse qui joue ici au jeu de à fol comme l'Astolphe de l'Arioste, fol comme Astolphe et demi, j'ai parlé ainsi de ce personnage :

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Gustave Doré, dessinateur, et Charles Brabant, graveur, Saint Jean et Astolphe arrivent sur la lune pour y récupérer le bon sens du paladin Roland, illustration, datée de 1879, pour le Roland furieux de l'Arioste, Chant XXXIV, stance 70 : « Ils entrent dans l’empire de la lune. »

« Pour varier l'essor de ma course lointaine,
J'ose, suivant Astolphe et sa route incertaine,
M'élever comme lui vers cet astre charmant
Dont la douce lueur interdit un amant,
Et comme lui j'arrive au pays de la lune.
Que de sages honteux convoitent ma fortune !
Lalande, qui se croit souverain de ces lieux,
Va sans doute fronder mon vol audacieux,
Et, braquant sur mon char le tube d'Uranie,
Se servir du sophisme au défaut du génie,
Mais la Muse qu'il sert, et qui l'estime peu,
Ne croit à son talent que comme il croit en Dieu. »

Admettant que « dans un badinage satirique on n'est pas toujours juste », Auguste de Labouisse feint de s'arrêter à un jugement plus mesuré sur le cas de M. de Lalande. « Car si Lalande s'est fait de faux principes, on assure que, malgré cela, il possède quelques vertus, ou, pour mieux dire, qu'il a d'excellentes dispositions. Il est bon, sensible, charitable ; mais sa tête est un peu aliénée. Il a des yeux qui, occupés sans cesse à regarder un ciel rempli de miracles, ne savent y rien voir. Mais, a dit quelqu'un, à ce sujet, de tous les ridicules que M. de Lalande affiche, c'est le moins plaisant et le moins dangereux. M. D. Lebrun [Ponce Denis Écouchard-Lebrun (1729-1807, académicien)] ne l'a pas, comme on pense bien, oublié ; il a écrit :

Fuyez Monsieur de la comète,
C'est de tous nos pédants le plus fastidieux.
Aussi bavard que laid, aussi laid qu'ennuyeux ;
Des astres il suit la gazette ;
Son esprit est dans sa lunette :
Il n'en est que plus sot quand il descend des cieux. » 46

D'évidence, Auguste de Labouisse n'a point de goût pour l'astronomie, et, à la façon d'un chat qui sort ses griffes, il se montre à l'occasion un polémiste redoutable, et têtu. Il est vrai qu'il « ne conçoit pas comment il a pu se trouver des astronomes assez insensibles pour contester l'existence d'un Être Suprême ! »

Au printemps 1805, oubliant de tympaniser M. de Lalande, Auguste de Labouisse se met à fréquenter le chevalier de Boufflers, élu académicien en 1788, avec qui ses goûts et ses idées se rencontrent au mieux, et qui l'honore de son amitié. Auguste de Labouisse connaît et rapporte depuis longtemps dans ses Mémoires les mots d'esprit et autres concetti dont le chevalier se montre prodigue. « À peine échappé de sa coque, il montra de l'esprit ; dès l'âge le plus tendre, toutes ses réponses étaient des saillies. »

Or, le 19 juin 1805, Auguste de Labouisse se trouve attendu par M. le chevalier de Boufflers, avec M. Guillaume, son libraire-éditeur, dans sa campagne de Saint-Léger (Yvelines), « parce qu'il a le projet de me confier la direction de la nouvelle édition de ses charmants opuscules. Je lui en ai montré une grande quantité qu'il croyait perdus, et que Mme de Boufflers a été bien aise de retrouver. Elle adore la gloire de son mari, qu'elle aima longtemps avant de l'épouser, ce qu'ils se prouvèrent plusieurs fois mutuellement par une foule de jolis vers » 47. Madame de Boufflers se prénomme Éléonore ! Et elle est poète, elle aussi !

Auguste de Labouisse-Rochefort rapporte le détail de cette visite dans Voyage à Saint-Léger, campagne de M. le chevalier de Boufflers, suivi du Voyage à Charenton, opuscule dont il a réservé d'abord la lecture à « son Éléonore » à lui et qu'il a finalement publié en 1827.

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Portrait de Stanislas Jean de Boufflers (1731-815), marquis de Remiencourt, dit le chevalier de Boufflers, maréchal de camp, gouverneur du Sénégal et de la colonie de Gorée en1786-1787, poète, académicien, auteur d'un Rapport sur la propriété des auteurs de nouvelles découvertes et inventions dans tout genre d’industrie, fait à l'Assemblée nationale le 30 décembre 1790.

À l'intention de « Madame Éléonore de Labouïsse », Auguste de Labouisse-Rochefort compose, le même 19 juin, une élégie, qu'il place en tête de son récit et dans laquelle il témoigne du regret qu'il éprouve de se trouver si loin d'Elle. Cependant, précise-t-il, « j'emploie mon exil du mieux qu'il m'est possible. »

DANS cette immense capitale,
Où l'on est tout surpris d'entendre un troubadour
Chanter le légitime amour
Et la tendresse conjugale,
Oh ! comme loin de toi, je regrette mes pas !
Lutèce est un séjour qui ne me convient pas.
Ce qu'on nomme plaisir n'est pour moi qu'un supplice :
Rivales du bouton par zéphir caressé,

Je vois briller Armide ou sourire Circé ;
Et quand je puis voler de délice en délice,

Des regrets les plus vifs mon cœur est oppressé...
Pourquoi faut-il, nouvel Ulysse,
Que sur ces mers mon vaisseau soit lancé ?
ÉLÉONORE, ah ! quand te rejoindrai-je ?

C'est le seul cri, le seul vœu de mon cœur !
Je cherche Ithaque et le bonheur ;
Mais Ithaque est pour moi sur les bords de l'Arriége. » 48

« De tous mes Voyages », dixit toutefois Auguste de Labouisse-Rochefort, « peut-être celui-ci est-il le plus gai. Si cela est, il doit se ressentir sans doute de l'influence du poète que j'allais visiter. Sans m'en apercevoir, ma muse avait pris un peu de ce ton leste et cavalier qui le caractérise. Elle avait essayé de réunir, suivant l'expression d'un écrivain moderne (l'abbé Sabatier, de Castres), quelques images poétiques et les sentiments du plus tendre amour à une morale utile sans être austère, voluptueuse sans étre libertine, et philosophique sans être hardie ni indécente. » 49

Voici, d'après Auguste de Labouisse, en quoi se distingue le style du chevalier de Boufflers :

« On a dit de Boufflers, comme de Rivarol : Qu'il transportait ses livres dans sa conversation et sa conversation dans ses livres. Mais cela n'est pas exact. Des livres ? Il n'en fait presque point. S'il écrit, c'est pour se distraire, pour s'occuper un moment. Sa plume s'égare ou vole au gré d'un doux caprice. Quelquefois, sans projet arrêté, il va on ne sait où ; d'autrefois, il argumente avec une entière raison et presque une ferme logique. Tantôt c'est un couplet, tantôt un conte, tantôt un voyage, tantôt une dissertation, tantôt une malice ; mais jamais proprement dit une épigramme ; et toujours, et en toute occasion, de la finesse, de la grâce, de l'originalité, du naturel et de l'esprit. Est-ce là Rivarol ? - Rivarol cherchait à briller ; c'était sa tâche ; Boufflers ne cherche pas ; il brille sans préparation, comme ces feux aériens qui, dans la nuit, illuminent tout-à-coup l'atmosphère. » 50

En 1788, dans son discours de réception à l'Académie Française, Boufflers invoquait déjà l'empire que le naturel doit conserver dans l'œuvre de l'art, et, non sans malice, il disait réserver aux femmes le soin de servir d'exemple en la matière à tous les autres écrivains !

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Portrait de par Françoise Éléonore Dejean de Manville, comtesse de Sabran, en 1786, par Élisabeth Vigée Le Brun (1755–1842), Château de Rheinsberg, Allemagne.

« C’est un grand art sans doute que celui de s’exprimer clairement ; mais c’est un art dont la nature est tout le secret, dont elle prescrit ou plutôt dont elle dirige toutes les opérations presque à l’insu de ceux qui la prennent pour guide. Les femmes — M. de Boufflers pense ici à Françoise Eléonore Dejean de Manville, comtesse de Sabran, son amie de toujours, qu'il épousera en 1797 — en offrent un exemple bien sensible 51 : est-ce au travail qu’elles doivent ce style si léger, si facile et si clair dont quelquefois nous sommes jaloux ? Non, c’est à la nature. N’attendez pas qu’elles réfléchissent longtemps sur l’ordre à mettre dans leurs idées ; mais leurs idées, rapidement exprimées, se trouveront dans l’ordre où la réflexion les aurait placées : rivales, dans leurs jeux, de nos plus heureux efforts, les difficultés même qui nous effraient le plus ne les arrêtent point ; et leur légèreté, qui franchit l’obstacle, nous apprend que la pénétration voit mieux que l’étude, et que la nature en sait plus que la science. » 52

« Du naturel », « de l'esprit », du brillant, Auguste de Labouisse y prétend lui aussi, au moins dans ses Mémoires politiques et littéraires, tandis que dans ses élégies, sa « muse » tarde encore à se défaire d'un sentimentalisme, qu'on peut trouver parfois un peu mièvre. Mais on observera surtout ici, qu'à la différence du chevalier de Boufflers, Auguste de Labouisse n'écrit point, lui, seulement « pour se distraire », pour satisfaire à « un doux caprice », mais, en 1805 déjà, après son moment de célébration d'un hymen sublimé, dans l'intention de « faire des livres », et d'en faire pour en vivre et en faire vivre les siens. Et comme il n'a encore rien publié, hormis quelques petits articles de circonstance, s'il se rend chez le chevalier de Boufflers, c'est comme possible directeur d'édition des œuvres de M. de Boufflers. Cet épisode marque dans les projets de carrière d'Auguste de Labouisse une inflexion dont on verra l'aboutissement par la suite.

À l'instigation de M. de Boufflers, Auguste de Labouisse vient à Saint-Léger porteur de ses propres manuscrits, mémoires dans lesquels il rapporte, glanés auprès des témoins ou empruntés à la chronique des salons, nombre de saillies, traits d'esprit, mots et vers multipliés au fil du temps par son hôte.

« J'ignore », dit Auguste de Labouisse de façon piquante, « quel est son étrange projet, mais je sais que je me trouvais entouré de riches avares. M. Elzéar de Sabran compose de très jolis vers comme sa mère, et comme elle, il les garde soigneusement dans son portefeuille. De son côté, M. de Boufflers montre des scrupules sur les badinages de sa jeunesse, qu'il voudrait faire oublier. Heureusement madame de Boufflers tient à la conservation de leurs ouvrages.

Je lui demandai pourquoi elle ne s'occupait pas des siens ? — Entre deux hommes qui en font d'aussi aimables, me répondit-elle, on m'accuserait de me servir de leur plume, si je ne les cachais pas ; mais je voudrais qu'ils publiassent les leurs. — De sorte, répliquai-je, que vous voilà forcée de vaincre la modestie de l'un et les regrets de l'autre. » 53

Après avoir convaincu son hôte de conserver « les badinages de sa jeunesse » dans ces Œuvres complètes du chevalier de Boufflers, de l'Institut que Mme de Boufflers se trouve résolue à faire publier, Auguste de Labouisse passe avec M. et Mme de Boufflers, ainsi qu'avec leurs nombreux amis, le temps d'un séjour délicieux durant lequel, entre plaisirs de la table et du vin, lectures des œuvres des uns et des autres, et soirées de théâtre, il procède à l'établissement de l'édition projetée. Malheureusement, pour une raison qu'on ignore, ce projet n'aboutira pas, et il faudra attendre 1813 pour disposer d'une première édition, dite « seule complète » et « suivie de Pièces fugitives de Mme de Boufflers [ Marie Françoise Catherine de Beauvau Craon, mère du chevalier de Boufflers], de Mme de Boisgelin [sœur du chevalier de Boufflers] et de plusieurs personnes de la famille de l'auteur [Françoise Éléonore Dejean de Manville, comtesse de Sabran, épouse du chevalier de Boufflers, et Elzéar de Sabran, fils de cette dernière], éditions publiée à Paris, chez Briand.

Quoi qu'il en soit, le séjour d'Auguste de Labouisse à Saint-Léger se termine par un voyage à Charenton, auquel M. de Couloumiers, l'un des autres hôtes de M. de Boufflers, l'invite au titre des choses curieuses qu'il faut avoir vues. Il s'agit du théâtre des fous, tel que, conformément aux recommandations de l'aliéniste Philippe Pinel (1745-1826), ledit théâtre se donne à titre de « cure » dans « l'immense hospice destiné aux personnes en démence ». L'idée arrache à Auguste de Labouisse un cri de surprise : « La comédie jouée par des fous, en présence d'autres fous qui ont la folie d'aller les écouter !... » 54

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Estampe anonyme, s.d., BnF, Gallica.

Le théâtre, qui comprend quarante places, reçoit du beau monde, dames et représentants de la jeunesse dorée, venus là pour l'exotisme du divertissement. On annonce la représentation de L'Impertinent, comédie en un acte de Desmahis [Joseph François Édouard de Corsembleu, sieur de Desmahis (1723-1761), écrivain, dramaturge, encyclopédiste] qu'Auguste de Labouisse a vu jouer à Paris par l'illustre Fleury, dit « le charmeur ».

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Adèle Romany, 1818, Portrait de Joseph Abraham Bénard, dit Fleury (1750-1822), Bibliothèque-musée de la Comédie-Française, Paris.

Un moment plus tard, la surprise d'Auguste de Labouisse est plus grande encore, horrifiée même ! « L'acteur qui succède à Fleury dans le rôle-titre, « est très gros, très gras, très froid, très lourd ;
C'est une masse large, un vilain homme court,
Dont la tête présente une ruine honteuse ;
Et cependant maint spectateur balourd
Le reclaquait d'une main trop flatteuse,
Quoique souvent il restât court.
Je ne pouvais me rendre compte de ce je ne sais quoi d'extraordinaire et de sinistre que je lisais sur cette étrange physionomie. J'interrogeai mon voisin, qui me répondit..... Ô ciel! oserais-je le dire ?..... C'était..... oui..... c'était..... le comte de Sade !..... Le comte de Sade ! cet infâme scélérat !!!

Cet homme (si c'en est un) mérite-t-il qu'on lui permette de se distraire de ses remords ? Ne devrait-on pas plutôt lui rappeler continuellement le souvenir de ses crimes ? Peut-on chercher à lui rendre sa prison agréable, à lui, qui fut promis au glaive de la justice ?..... Des amusements, des plaisirs et les honneurs d'une fête, à celui dont la présence doit révolter tout être qui pense !..... Et s'il allait machiner son évasion ?... et s'il profitait de la circonstance pour commettre quelqu'autre crime ?... et s'il échappait, en se glissant dans la foule, à une surveillance si complaisante et si favorable ?.....

Et sans honte quelques habitués l'applaudissaient à outrance !... Quelques femmes même !!! Était-ce oubli des convenances, ignorance de la position du personnage, ou simplement politesse ? Savaient-elles qui était cet acteur ?..... Je ne le présume pas. Mais que devaient penser de ces manifestations de bienveillance, des jeunes gens, malheureusement trop instruits, qui assistaient en foule à cette plate et fantasque représentation ? Quel exemple funeste ! quelle tolérance fatale aux mœurs ! quel coupable délire !... Car, non seulement ce misérable de Sade a mis au jour plusieurs romans remplis d'horreur et d'infamie, dont on voudrait pouvoir effacer jusqu'aux titres, et dont l'un est tellement monstrueux, que, dès qu'il parut, il arracha ce mot à quelqu'un justement indigné : On ne sait qui mérite le plus d'être brûlé, de l'ouvrage ou de l'auteur. Mais, de plus, fidèle à ses exécrables doctrines, il joignit une conduite abominable aux maximes les plus atroces, et se fit condamner à la roue, supplice qui fut commué, par le crédit de sa famille, en une détention perpétuelle, d'où il sortit en 1789. La Révolution brisa ses fers, et certes, ce n'est pas un des moindres crimes de cette révolution si criminelle !..... Libre alors de toute entrave, il se livra de nouveau, et sans crainte, à son infernal génie, écrivant tout ce que les passions les plus désordonnées peuvent inspirer à l'âme la plus corrompue. [...]. Un écrivain sans mœurs, sans honneur et sans honte. Un monstre. » 56

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Man Ray, 1938, Portrait imaginaire de Donatien Alphonse François, marquis de Sade (Paris, 1740-1814, Charenton). « La fosse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin que, par la suite, le terrain de ladite fosse se trouvant regarni et le taillis se trouvant fourré comme il l’était auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre, comme je me flatte que ma mémoire s’effacera de l’esprit des hommes. Fait à Charenton-Saint-Maurice, en état de raison et de santé, le 30 janvier 1806. Signé, D. A. F. Sade. » 55

Face à un homme si extraordinaire, Auguste de Labouisse fait montre en somme de la bien-pensance bourgeoise et chrétienne la plus ordinaire. Mais il s'inquiète dans le même temps du sort des royalistes enfermés à Charenton sur ordre de Bonaparte par crainte d'avoir à « pousser trop loin une sanguinaire oppression » 57, et du sort aussi de Mme Marmontel, veuve du célèbre Jean François Marmontel (1723-1799) 58, qui se trouve internée, elle, à Charenton pour avoir perdu la raison à la mort de son époux. « Le 11 décembre 1777, cette femme intéressante n'avait que vingt ans, lorsqu'elle se maria avec Marmontel, qui en avait plus de cinquante-huit :
Livrant à la douleur son arrière-saison,
Quand la mort eut atteint de sa faux implacable
L'ingénieux conteur, pour elle époux aimable,
Le trouble de son cœur égara sa raison. » 59

Et Auguste de Labouisse de frémir à la pensée d'un autre lui-même qui eût perdu son épouse... C'est là le moment fatidique à partir duquel il comprend, il sait, qu'il doit rentrer au plus vite à Saverdun, auprès de sa mère, de son fils et de « son Éléonore » adorée.

« Quand je revins dans la capitale il était minuit Pour moi, je ne crains plus de me trouver en d'aussi folles rencontres ; je suis averti, cela me suffit. D'ailleurs, je plie bagage, et ne songe qu'au bonheur du retour.
Bientôt je reverrai ce paisible hameau
Où j'eus de grands plaisirs et des peines légères.
[...] Pour un ami de la simple nature,
Tout est plaisir, tous les soins sont touchants.
Dans ses transports quelle volupté pure !
Et qu'il est doux de vivre dans les champs !
Je n'en rencontre ici que la peinture.

Que cette mesquine peinture fasse bien vite place à la réalité. Mes yeux en sont avides, et mon cœur !...... Adieu ; je t'embrasse en idée et je pars. Je pars ! Ce mot me transporte. Il est tout allégresse et tout bonheur. Je pars !!!
Loin de l'épouse que j'adore,
Pouvais-je avoir un seul beau jour ?
Mais elle brille enfin l'aurore
Qui doit éclairer mon retour... » 60

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Vue de Saverdun, planche tirée de l'Atlas du cartographe Christophe Nicolas Tassin, 1638.

À suivre : Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 6. Une figure oubliée. De 1802 à 1808


  1. Les Amours, À Éléonore, recueil d'élégies, par M. Labouïsse, Paris, P. Didot l'Aîné, troisième édition, 1818, p. 147.↩︎

  2. Ibidem, p. 94.↩︎

  3. Affluent de l'Ariège, la Laure fait partie du bassin hydrographique de la commune de Saverdun.↩︎

  4. Les Amours, À Éléonore, recueil d'élégies, par M. Labouïsse, « La vaccine », p. 211. ↩︎

  5. Ibidem, « À l'auteur des stances à la plus belle », p. 109.↩︎

  6. André Chénier, La jeune Tarentine :
    « Pleurez, doux alcyons ! ô vous, oiseaux sacrés,
    Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez !
    Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine !
    Un vaisseau la portait aux bords de Camarine.
    Là, l’hymen, les chansons, les flûtes, lentement
    Devaient la reconduire au seuil de son amant.
    Une clef vigilante a, pour cette journée,
    Dans le cèdre enfermé sa robe d’hyménée,
    Et l’or dont au festin ses bras seront parés,
    Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés.
    Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles,
    Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles
    L’enveloppe. Étonnée, et loin des matelots,
    Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots... »↩︎

  7. Les Amours, À Éléonore, recueil d'élégies, par M. Labouïsse, « Élégie qur la mort du serin d'Éléonore », p. 137.↩︎

  8. Ibidem, « ÉLÉONORE à son père qui devait partir pour rentrer dans ses possessions coloniales », p. 96.↩︎

  9. Ibid., « La grossesse », pp. 151-152.↩︎

  10. Ibid., « La naissance d'Adolphe », pp. 159-160.↩︎

  11. Ibid., « À mon premier-né », p. 165.↩︎

  12. Ibid., « À M. de Labouïsse », p. 172.↩︎

  13. Ibid., « Réponse à M. de Parny », p. 173.↩︎

  14. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, p. 189.↩︎

  15. Ibid., pp. 190-191.↩︎

  16. Cf. Christine Belcikowski, Auguste Labouisse-Rochefort et la Société philotechnique de Castelnaudary. 3. Une figure oubliée. De 1796 à 1802↩︎

  17. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, passim pp. 59-62 et pp. 331-333.↩︎

  18. Ibidem, p. 87.↩︎

  19. Ibid. p. 163.↩︎

  20. Ibid., p. 214.↩︎

  21. Ibid., p. 206.↩︎

  22. Les Amours, À Éléonore, recueil d'élégies, par M. Labouïsse, ÉLÉONORE. « À M. de Labouïsse », p. 175-176. Le poème se trouve assorti du sous-titre suivant : « Traduction d'Éléonore-Clotilde de Surville par ÉLÉONORE », septembre 1804. Marguerite Éléonore Clotilde de Vallon Chalys, dame de Surville, née vers 1405 à Vallon-Pont-d'Arc, morte vers 1498, est un personnage inventé par Joseph Étienne de Surville, marquis de Mirabel (1755-1798), dont elle aurait été une lointaine aïeule. Les Poésies de Marguerite Éléonore Clotilde de Vallon Chalys, depuis Madame de Surville, poètesse française du XVe siècle, ont été publiées avec succès et ont fait l'objet de plusieurs éditions à Paris, chez Henrichs, à partir de 1803. Il s'agit là d'une classique supercherie littéraire. Joseph Étienne de Surville pourrait avoir été l'auteur des poésies en question. Cf. Portraits d'Ardéchois. Joseph Étienne de Surville, marquis de Mirabel, 1755-1798, officier, contre-révolutionnaire.↩︎

  23. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, p. 171.↩︎

  24. Pierre Charron (1541-1603), prêtre familier du milieu épiscopal, juriste, philosophe ami de Montaigne, théologien, prédicateur. Auteur, entre autres, en 1601, d'un traité intitulé De la Sagesse.↩︎

  25. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, pp. 253-254.↩︎

  26. Cf. Christine Belcikowski, À propos de Louise Gabrielle Soumet, fille d'Alexandre Soumet et de Madame Blondel de la Rougerie.↩︎

  27. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, p. 180.↩︎

  28. De façon flatteuse, Auguste de Labouisse désigne sous le nom de « Tibulle », poète latin du Ier siècle avant J.-C., auteur de célèbres élégies champêtres, le chevalier de Parny, auteur à son tour de célèbres élégies, désignant ainsi de façon un peu euphémistique ses Poésies érotiques.↩︎

  29. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, p. 214.↩︎

  30. Ibidem, pp. 202-205.↩︎

  31. Ibid., p. 229-234 passim.↩︎

  32. Ibid., p. 235.↩︎

  33. Ibid., p. 261. De façon flatteuse, Auguste de Labouisse désigne sous le nom de « Tibulle », poète latin du Ier siècle avant J.-C., auteur de célèbres élégies champêtres, le chevalier de Parny, auteur à son tour de célèbres élégies.↩︎

  34. Ibid., pp. 261-262.↩︎

  35. Concernant la vie et la carrière mouvementées de Joseph François Michaud, cf. l'article passionnant de l'Académie de Savoie : « Joseph François Michaud (1767-1839), de l’Académie française, journaliste et historien, membre de l’Académie de Savoie ».↩︎

  36. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, p. 309.↩︎

  37. Anonyme [Évariste de Parny], Porte-feuille volé, 3. Les galanteries de la Bible, p. 129.↩︎

  38. Justine succède à Éléonore dans les Poésies érotiques de Parny.↩︎

  39. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, p. 309.↩︎

  40. Anonyme [Évariste de Parny], Porte-feuille volé, 3. Les déguisements de Vénus, tableau II, p. 72.↩︎

  41. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, pp. 317-318.↩︎

  42. Ibidem, p. 316.↩︎

  43. En 1771, le naturaliste voyageur Philibert Commerson découvre aux îles Mascareignes un spécimen d'Hydrangea macrophylla, qu'il baptise Peautia coelestina en hommage à Mme Lepaute, sa collègue et amie astronome. Mais comme il a déjà nommé une fleur de Madagascar Peautia en hommage à la famille de l'horloger Jean André Lepaute, il observe qu'il sera meilleur de dire Hortensia » [du latin hortus, jardin. C'est ainsi que la fleur dédiée à Mme Lepaute est devenue l'hortensia, et que, de Nicole Reine, dite Hortense chez elle, Mme Lepaute est devenue pour toujours Hortense Lepeaute.↩︎

  44. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, p. 366.↩︎

  45. Ibidem, p. 302.↩︎

  46. Ibid., p. 368-369.↩︎

  47. Ibid., p. 423. ↩︎

  48. M. de Labouïsse-Rochefort, Voyage à Saint-Léger, campagne de M. le chevalier de Boufflers, suivi du Voyage à Charenton, Paris, chez J. Trouvé, pp. 1-2.↩︎

  49. Ibidem, Avertissement, pp. VI-VII.↩︎

  50. M. de Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie (1795-1826) ou Mémoires politiques et littéraires, tome V, p. 426.↩︎

  51. Cf. Correspondance inédite de la comtesse de Sabran et du chevalier de Boufflers : 1778-1788 / recueillie et publiée par E. de Magnieu et Henri Prat, 1875 ; et [édition plus complète et mieux établie] Stanislas Jean de Boufflers, Le lit bleu : correspondance [avec la comtesse de Sabran], 1777-1785, Tallandier, 2009.↩︎

  52. 29 décembre 1788. Discours de réception de Stanislas de Boufflers à l'Académie Française.↩︎

  53. Voyage à Saint-Léger, campagne de M. le chevalier de Boufflers, suivi de Voyage à Charenton par M. de Labouïsse, Paris, J. Trouvé, 1827, pp. 46-47.↩︎

  54. Ibidem, p. 49.↩︎

  55. L’Œuvre du Marquis de Sade, établissement du texte, introduction, essai bibliographique et notes par Guillaume Apollinaire, Bibliothèque des curieux, 1909, Introduction, p. 15.↩︎

  56. Voyage à Saint-Léger, campagne de M. le chevalier de Boufflers, suivi de Voyage à Charenton par M. de Labouïsse, pp. 154-156.↩︎

  57. Ibidem, p. 165. « Au milieu de ces aliénés il est aussi d'autres personnes... »↩︎

  58. Jean François Marmontel (1723-1799), écrivain, encyclopédiste, historien, conteur, romancier, grammairien et poète, dramaturge, philosophe, académicien-français, particulièrement apprécié par Auguste de Labouisse pour ses Contes moraux (1755-1759) ainsi que ses em>Nouveaux Contes moraux (1792).↩︎

  59. Voyage à Saint-Léger, campagne de M. le chevalier de Boufflers, suivi de Voyage à Charenton par M. de Labouïsse, pp. 162-163.↩︎

  60. Ibidem, pp. 168-170.↩︎

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