Une pensée. Hop là !

Rédigé par Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

Au coin de la rue, dans une vieille potiche posée à côté de la pierre cornière, il y a une pensée qui regarde. Une viola tricolor.

Drôle de pensée, disait Leibniz à Paris, en 1675.

Elle a les yeux noirs, l’air sévère, peut-être même courroucé. Ses yeux noirs, à la fois me plaisent et me dérangent, quand je passe.

Il y a des navigateurs qui doublent le cap de Bonne Espérance. Moi, je double le coin de la rue.

Un peu plus loin, devant la maison, il y a une fourrure d’herbes folles, avoine, orge, vulpin et autres fétuques, qui ont poussé au bord du trottoir.

Folles, dit-on de ces herbes, elles me plaisent d’autant. Plumes qui volent au souffle de l’autan, pailles qui vacillent au passage des poids lourds. Lourds, très lourds, qui crachent la suie et le bruit de l'Enfer.

Souviens-toi de Verlaine, l’espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.

Foin du désherbant que d'aucuns sournoisement me proposent ici. L'usage, merci petit Jésus, en est désormais interdit.

Mais revenons à cette pensée qui regarde. Comme toutes les pensées, d'ailleurs. Elles sont ainsi faites. Celle-ci, que me veut-elle, quand je passe ? Et pourquoi donc a-t-elle cet air diablement courroucé ?

— Qu'on lui coupe la tête ! clame la Reine de Cœur du Pays des Merveilles.

— Qu'as-tu fait de mon Amour , questionne le Père Éternel, penché à son balcon du ciel.

— Dictes moy où, n'en quel pays sont les neiges d'antan ? chante le Bob Dylan du joli Moyen Âge.

Poésie, ô trésor, perle de la pensée, sussurre le grand Vigny, comme on conte à l'oreille des enfants. Puis d'ajouter, à son tour en courroux : — Que n'as-tu conservé ta belle gravité ! Tu n'irais pas ainsi, d'une voix étouffée, chanter aux carrefours impurs de la cité.

Or, sommes-nous donc ici au Pays des Merveilles ? Ou encore, en hôtellerie de triste malvivance ? Hop là ! nous vivons. Rien de plus.

Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! disait-on, sans ambages, au temps d'une jeunesse folle.

La pensée ne dit rien d'autre, elle, que Je t'ai vu, et je n'en pense pas moins. J'ignore le secret de cette pensée-là.

Le secret, toutefois, a du bon. Il travaille. Il vous travaille au corps, sans que la tête en sache mais. Ni rien ni maille. Hop là !

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