Never return

Rédigé par Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

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— Il ne faut jamais dire jamais.
J’ignorais que Napoléon III l’avait dit
en 1867,
au grand dam des tenants du respect
dû à la sainte catholicité,
alors que Garibaldi et les chemises rouges
venaient d’échouer à s’emparer de Rome.
En 1870,
les camicie rosse entrent dans Rome.
Napoléon III splash !
tombe de son trône.
Un fruit mûr.
Ja non podra mais Deu laudier,
Jamais ne pourra plus Dieu louer,
disaient d'avance
en 980,
quoique Napoléon le Petit
ne fût pas un saint,
les octosyllabes de la Vie de Saint Léger1

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Saint Léger (616-677), ou Léger d'Autun, en latin Leodegarius, évêque et martyr du VIIe siècle.

— Il ne faut jamais dire jamais.
sauf à se réclamer du charme du paradoxe,
car dire qu'il ne faut jamais dire,
occurrence du dire
dans laquelle le dire
s'annule illico,
revient à parler
pour ne rien dire,
à parler en l'air,
pur flatus vocis,
l'oiseau chante.

— Il ne faut jamais dire jamais.
On le dit pourtant,
et l'on peut bien le dire,
dès l'instant qu'on le pense,
car on sait d'expérience
que dire jamais,
c'est raté !
Si jamais tu sautais le pas...
S'il t'arrivait jamais ...
Or tous les chemins mènent à Rome !
Ou à Samarcande !
D'y penser seulement pourrait même
d'un seul coup, d'un seul, pfft !
t'y transporter.

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Vincenzo Giovannini (1817-1903), San Pietro. Au centre de la place, l'obélisque dit « de Caligula », importé d'Égypte en 37 par Caligula, érigé sur la place Saint Pierre en 1586 sur ordre du pape Sixte-Quint. Il porte sur deux de ses faces cette inscription due à Caligula : DIVO CAESARI DIVI IVLI F(ILIO) AVGVSTO TI(BERIO) CAESARI AVGVSTI F(ILIO) AVGVSTO SACRVM, « Au divin César Auguste, fils du divin Jules, à Tibère César Auguste, fils du divin Auguste ». Caligula est mort assassiné en 41 à Rome.

— Il ne faut jamais dire jamais.
Si !
Les jours qui passent,
et les hommes,
comme les générations des feuilles,
disent assez que l'éternel retour
suit de la loi du nevermore.
Nevermore.
Jamais plus.
Il faut lire ou relire Paul Auster,
qui vient de mourir,
et qui observait
en 2017,
à propos de celui qui a besoin d'écrire,
scriptor,
et qui commence par écrire quelque chose
sur son propre père,
mort depuis peu...
Il prend une nouvelle feuille de papier, la pose sur la table devant lui et trace ces mots avec son stylo. Cela fut. Ce ne sera jamais plus. Se souvenir.
Via les mots, cela fut.
Cela fut.
Et d'ajouter,
à sa façon sourcilleuse :
La mémoire devient le principe directeur2

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Signature de Paul Auster dans une dédicace au recueil d’entretiens Ein Leben in Worte (Une vie dans les mots) entre Paul Auster et Inge Birgitte Siegumfeldt, à la suite une lecture de ce recueil faite par Paul Auster lui-même à Francfort-sur-le-Main, en mars 2017.

— Il ne faut jamais dire jamais.
Se souvenir revient à vérifier
qu'il ne faut jamais dire jamais,
car toujours le jamais viendra,
et jamais il ne reviendra
autrement que sous le couvert du jamais plus,
dans les mots qui déclarent,
cela fut,
en leur clarté désormais
scintillante fixe.

— Never return,
disent dans leur venue
depuis toujours réversive
les mots du scriptor.
Figures de la mélancolie sont statues qui regardent
en arrière,
du côté où advint le décret de la flèche,
et le précipité de la pensée. 3


  1. La Vie de Saint Léger, Paris, J. Linskill, Paris, 1937.↩︎

  2. Paul Auster et Inge Birgitte Siegumfeldt, Une vie dans les mots, Paris, Acte Sud, 2017.↩︎

  3. Je me cite moi-même in Au bord di fleuve, Silènes, Cariatides, Mirepoix, Imprimerie de l'Hers, 2018, p. 28.↩︎

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