La maison s'est perdue

Rédigé par Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

La maison s’est perdue
ou plutôt la maison m’a perdue.

La première maison, la maison de l’enfance,
où rien n’avait changé depuis au moins un siècle,
croyais-je, car elle semblait si vieille.
Au jardin, deux pommiers se penchaient l’un vers l’autre,
et nous lisions sous leurs branches amoureuses
des histoires de mer.
Robinson Crusoë fut alors mon livre préféré.

La deuxième maison, j’ai du mal à le dire,
se souvenait du malheur
d’un homme qui s’y était pendu.
Je l’ai appris trop tard.
La cuisine avait vue sur la cour,
les chambres, sur la rue du tapin.
Le poêle rougeoyait dans un corridor noir.
Ce qui s’est passé là m’a brisé le cœur.

La troisième maison avait un puits de jour.
On y pouvait scruter les nuages,
l’humeur du ciel,
et qui sait ? les dieux,
avec leurs dés qui roulent.
Il y avait, en face, un parc en pente,
et quelquefois un petit cirque.
On entendait rugir les lions.

La quatrième maison, plus bas, plus loin,
sur la pente toujours,
m’a brisé le cœur une deuxième fois.

La cinquième maison, la dernière sans doute,
j’ai cru pouvoir l’apprivoiser,
elle, un brin ruinée,
et son jardin, un peu fou.
Mais le temps a passé,
et rien ne s’est passé
comme je l’avais rêvé.
Un jour, même,
j’ai dû faire couper le cyprès
qui plaisait tant à mon cœur désolé.

Il n’est plus temps de faire maison,
il faut quitter maison, vaisselles et vaisseaux,
dit l’autre, en son parler ancien.
Je me suis déliée du désir de maison,
et, ainsi va la vie,
je vais désormais libre d'âme,
et m'engage à l'aveugle
sur le vif de la pente.

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