Bruit du fond
De même qu'une lettre peut dater la vérification du poids
d’un peson de balance romaine 1,
une lettre peut lester un mot
d’un poids de plomb de sonde,
et ainsi, d’un mot l’autre,
charger la barque
au point qu’elle aille au fond.
L’embarqué, de la sorte naufragé,
touche là au moment d'entendre
ce qui bruit
dans le secret du fond,
cela même que le Stagirite nomme ὑποκείμενον 2
hupokeimenon, ou sous-jacent au fond,
l’indifférent substrat dont la lettre fait son,
blitiri, blitiri 3,
d'où, sensible ici
comme le bruit d’un coquillage au fond de la mer 4,
la multiplicité congénitale du sens.
Il n’est point de poète qui ne soit,
tel Icare en sa fin déplumée,
voué au bruit du fond.
Jusqu'à la fin de la Révolution, le contrôle des pesons est officialisé par une date ou un poinçon, royal ou local, parfois les deux. À partir de 1802, le poinçon est une lettre majuscule de l'alphabet, correspondant à une date.↩︎
Aristote, Métaphysique, livre Z.↩︎
Blitiri est un mot vide, qu'on trouve employé dans la scholastique ou chez Leibniz pour nommer quelque chose de non pensé, voire de non pensable.↩︎
Philopon, dit Jean le Grammairien, rapporte ce mot de Philon d'Alexandrie in Aristotelis Analytica priora commentaria, p. 169 1. 21. Édition M. Wallies. Preussische Akademie der Wissenschaften. Berlin, 1905.↩︎