Début du XIVe siècle. Règlements et tarifs établis à Mirepoix pour le paiement de la leude

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Place du marché, enluminure in Le Chevalier errant de Thomas III de Saluces, Paris, ca 1400-1405, BnF, Département des Manuscrits, Français 12559, fol. 167.

Écrit en vieil occitan, le manuscrit traduit ci-dessous n'est pas daté. Mais Félix Pasquier, qui l'a transcrit, indique, au vu du type d'écriture, qu'il remonte au début du XIVe siècle.

Ce manuscrit est un leudaire. On y trouve inscrites toutes les marchandises soumises au droit de leude à Mirepoix, ainsi que tous les règlements et tarifs applicables à ces marchandises, qui entrent dans la ville de Mirepoix, qui y restent ou qui en ressortent, qui transitent seulement par ladite ville, qui s'y vendent ou qui s'y achètent, de multiples cas de figure étant possibles, qui restent à débrouiller par les officiers nommés à cet effet.

Telle qu'établie ci-dessous, la liste des marchandises soumises à Mirepoix au droit de leude, a tout d'un inventaire à la Prévert. D'autant que, comme il s'agit d'une sorte d'aide-mémoire, à consulter rapidement pour se rafraîchir la mémoire sur tel ou tel cas, le style en est souvent elliptique, — on dira aujourd'hui télégraphique. Il faut en effet de la mémoire à l'officier leudier pour déterminer illico de quel paiement se trouve passible la marchandise qu'il a sous les yeux et qui figure dans le leudaire. On imagine les files d'attente qui devaient se former aux entrées et sorties de Mirepoix, ainsi que le temps passé par les officiers à faire le tour du marché et à estimer ou vérifier les poids des marchandises ! On imagine aussi les inévitables contestations !

On remarquera que la leude se paie, selon les cas, ou bien en numéraire, ou bien en nature. Que faisait-on des paiements en nature ? Le leudaire ne le dit pas. Quand la leude se paie en numéraire, si elle est minime, le paiement se fait en poges, monnaie faible, frappée dans l'évêché du Puy. Quand la leude est plus conséquente, le paiement se fait en deniers tolsas, deniers frappés à Toulouse, qui sont de valeur plus forte, auquel cas ladite leude peut monter jusqu'à 18 deniers tolsas, par exemple pour les épices, le sucre, certains métaux, les draps de soie ou d'or ou de futaine de soie, les chaudrons, les semelles, etc.

Quoi qu'il en soit, ce leudaire fournit à sa façon une foule de renseignements bienvenus sur le Mirepoix du XIVe siècle, ses métiers, ses productions, son marché, sa vie quotidienne, ainsi que sur sa langue, même si le sens de quelques mots, plus spécialement ceux des vieux métiers, demeure absent aujourd'hui des dictionnaires de l'occitan médiéval et semble donc s'être définitivement perdu.

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Traduction du leudaire

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Figure de l'archange Saint Michel, fresque de l'église Notre Dame de Vals, près de Mirepoix, Ariège, XIIe siècle.

Ci-dessous l'accord et l'ordonnance faite par le conseil des honnêtes hommes (probi homines, notables) de la ville de Mirepoix, concernant les choses, et le détail et le tarif [littéralement, le quoi et le combien] de ces choses, dans cette ville (villa) ou dans son leudaire 1, soumises du paiement de la leude, dont la susdite ordonnance suit ainsi :

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Denier tulsa, ou denier du comté de Toulouse, XIe siècle.

● 1. Pour 1 bœuf (buo), s'il est en transit ou s'il vient dans la ville, 2 deniers tolsas ; et celui qui l'achète paie 4 deniers tolsas.

● 2. De même, pour 1 vache, moitié moins [moitié de la leude du bœuf] ; et si elle a un veau ou une velle tendre, on ne paie rien, jusqu'à la Saint Michel [29 septembre].

● 3. De même, pour 1 âne (ase), s'il est vendu dans la ville ou s'il y transite, 2 deniers tolsas ; et celui qui l'achète et l'emmène, paie 4 deniers tolsas.

● 4. De même, pour 1 ânesse (sauna), moitié moins [moitié de la leude de l'âne] ; et si elle a un ânon (poli) [littéralement, un poulain], on ne paie rien pour l'ânon jusqu'à la Saint Michel.

● 5. De même, pour 1 cheval (cavalh), 1 jument (egua), ou 1 mulet (mul) ou une mule (mula), on paie 8 deniers tolsas ; celui qui l'achète ou celui qui le vend, paie 8 deniers tolsas.

● 6. De même, pour 1 porc ou 1 truie, de passage ou vendu dans la ville, on paie 1 denier tulsa ; et celui qui l'achète dans la ville, paie 2 deniers tolsas.

● 7. De même, pour 1 porcelet, qui ne vaut pas 12 deniers ! on ne paie rien.

● 8. De même, pour 1 brebis (feda) ou 1 mouton (mouto), 1 bouc (boc) ou 1 chèvre (cabra), on paie 1 denier du Puy (poges) si la bête est en transit ; si elle est vendue dans la ville, celui qui l'achète paie 1 denier tolsa.

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Denier de l'évêché du Puy, début du XIVe siècle.

● 9. De même, pour le bétail de passage, on paie moitié leude, de la même façon que dessus, sauf si c'est celui d'un habitant (home) de cette ville, qui, lui, ne paie rien.

● 10. Li (lin). Pour 1 ballot (flag) de lin, en transit, 1 denier tolsa ; et s'il est vendu, 2 cers [prélèvement en nature réservé aux tiges de lin], et celui qui l'achète, paie 1 denier tolsa par ballot, et ainsi jusqu'à 7 dizaines (dezenas). De même, pour le ballot jusqu'à 7 dizaines, le vendeur paie 2 cers ; et pour un ballot de 7 dizaines jusqu'à 20 cers, 1 cers ; et pour un ballot de 20 cers ou moins, rien ; et pour un ballot de 7 dizaines jusqu'à 20 cers, l'acheteur paie 1 denier du Puy ; et si c'est moins, il ne paie rien.

● 11. Sal [sel]. De même, pour une saumada (charge d'une bête de somme) en transit, on paie 1 denier tolsa ; et si cette charge est vendue dans la ville, on paie la moitié du gietz [gain ?].

● 12. Oli [huile]. De même, pour 1 charge 2 d'huile, en transit, on paie 8 deniers tolsas ; et s'il s'agit de 1/6 (sester) de charge, on paie 2 deniers tolsas ; et si la charge est vendue dans la ville, on paie autant (atertant) ; et celui qui l'achète et l'emporte, paie autant.

● 13. Specias (épices). De même, pour 1 ballot d'épices ou de cire ou de poivre ou de safran ou de gingembre ou de cannelle, on paie la charge 18 deniers tolsas, ou le quintal, 6 deniers tolsas, si lesites épices sont vendues dans la ville, ou si elles sont en transit ; l'acheteur paie autant.

● 14. Figas. De même, pour 1 ballot de figues, on paie la charge 9 deniers tolsas, ou le panier (sporta) 3 deniers tolsas, si les figues sont en transit ; et si les figues se vendent dans la ville, celui à qui on les vend, paie autant.

● 15. Pa (pain). De même, la boulangère, étrangère [à Mirepoix] ou particulière, doit donner 1 pain de 1 denier tolsa par semaine.

● 16. Corda. De même, pour 1 charge de corde, on paie 9 deniers tolsas, ou pour 1 quintal 3 deniers tolsas, si la corde est vendue dans la ville ou si elle est en transit ; et celui qui l'achète dans la ville et l'emporte, paie autant.

● 17. Comi. De même, pour le cumin, autant que pour la corde.

● 18. Coiram (cuir). De même, pour 1 peau de cuir sauvage, on paie 18 deniers tolsas, ou 1 quintal 6 deniers tolsas, ou 1 demi-quintal 3 deniers tolsas ; et idem, si le cuir est vendu dans la ville, et emporté ailleurs.

● 19. De même, pour 1 peau de cer (cerf) ou de bœuf ou de vache ou d'âne ou de mulet ou de mule ou de cheval ou de jument, ou toute peau grosse, celui qui l'achète paie chacune 1 denier tolsa ; ou la charge, 18 deniers tolsas ; et celui qui la vend ou celui qui transite, paie autant, au choix (liesta) de celui qui paie la leude.

● 20. Coiram (cuir). De même, pour une dizaine de peaux de mouton ou de brebis ou de boucs ou de chèvres, on paie 1 denier tolsa ; 6 peaux 1 poges (denier du Puy) ; à payer par celui qui achète ou par celui qui vend ; ou la charge, 12 deniers tolsas ; ou 1 quintal, 4 deniers tolsas, au choix du marchand (mercador).

● 21. Pelissas (fourrures). De même, pour 1 charge de pelages (pelissayrias) d'agneau, on paie 12 deniers tolsas, ou 1 quintal, 4 deniers tolsas ; ou la douzaine, 2 deniers tolsas, en transit ; et si ces pelages sont vendus en ville, on ne paie rien. De même, pour des pelages achevés, à manche (margua) ou sans manche, on ne paie rien.

● 22. Rodor (coriaria myrtifolia, roudou, ou redoul, ou corroyère, plante dont les feuilles sont employées pour tanner les cuirs). De même, pour une charge de corroyère, on paie 2 deniers tolsas, si elle est en transit ; et si elle est vendue en ville, 2 deniers tolsas ; et si elle est vendue en ville et qu'on l'emporte, 2 deniers tolsas.

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Coriaria myrtifolia, ou rodor, comme il s'en trouve au bord des routes dans l'Ariège et dans l'Aude.

● 23. De même pour la rabassa (autre plante servant à la teinturerie), tout comme pour la corroyère.

● 24. Peys (poisson). De même, pour le poisson salé, qui peut servir pour le salage (saladura) de 25 poissons, on donne 1 poisson.

● 25. De même, pour les poissons salés ou frais, on ne donne rien.

● 26. Pels (peaux). De même, pour 1 charge de peaux de chevreau (cabrot), on paie 12 deniers tolsas, ou 1 quintal, 4 deniers tolsas ; celui qui achète paie ; le vendeur ne paie rien.

● 27. Als (aulx). De même, pour 1 charge d'aulx, 2 deniers tolsas ; pour la charge portée sur le cou (colayre), on paie 1 poges (denier du Puy) ; de même pour 6 bottes fores d'ail ; ou si c'est moins, on ne paie rien.

● 28. Say (saindoux). De même, pour 1 charge de saindoux ou de suif(seu) on paie 6 deniers tolsas, ou 1 quintal, 2 deniers tolsas, s'il est en transit, ou s'il se vend ou s'il ne s'emporte pas.

● 29. De même pour le ferr (donné pour équivalent de saindoux), autant que pour le saindoux.

● 30. Astas (baguettes ou bâtons de bois). De même, pour 1 charge de bâtons de lance, on donne 2 bâtons par charge, s'ils sont vendus, ou s'ils sont en transit, ou si on les emporte.

● 31. De même, pour 1 charge de bâtons de dartz (piques, broches), on donne 2 bâtons ; et pour une charge de bâtons portée sur le cou, on donne 1 bâton.

● 32. De même, pour 1 charge de tavartz (?), à savoir des scapulos (?) de lances, on paie 2 deniers tolsas, s'ils sont vendus, ou s'ils sont en transit, ou si on les emporte.

● 33. Fusta (bois). De même, pour 1 charge de semals (cuves, tonneaux), s'ils passent, ou si on les vend, ou si on les emporte, on paie 2 deniers tolsas.

● 34. De même, pour 1 pareilh (paire) de semals (comportes), on paie 1 poges (denier du Puy) ; et pour moins, on ne paie rien.

● 35. De même, pour une moitié (meitz) de charge de cuves, on paie 2 deniers tolsas, si cette moitié de charge est en transit ou si on la vend ou si on l'achète.

● 36. De même pour la charge portée sur le cou (colayro) d'un homme, autant qu'il en porte, 1 denier du Puy.

● 37. De même, pour 1 baysshel (vase), on paie 2 deniers tolsas, de quelque façon que le vase soit fait ; s'il n'est pas ouvragé, on paie la charge, 2 deniers tolsas.

● 38. Lana (laine). De même, pour de la laine surga (non lavée) ou lavée ou filée, on paie le quintal 2 deniers tolsas, si la laine est en transit ou si on la vend ou si on l'achète ; on paie le demi-quintal 1 denier tolsa ; le quart de quintal, 1 denier du Puy (poges) ; si c'est moins, on ne paie rien.

● 39. Arnes de fauces (pièces de faux). De même, pour 1 charge de faux, on paie 12 deniers tolsas, et pour 1 quintal 4 deniers tolsas, si les pièces sont en transit ou si on les vend et si on les emporte.

● 40. De même, si le forgeron est d'ailleurs, mais qu'il a coutume d'en proposer dans la ville, il doit donner une faux par an.

● 41. Blat (blé). De même, pour le blé des moissonneurs (meysshoners), jusqu'à Notre Dame d'août (15 août), on ne paie rien, s'il est en transit.

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L'Assomption, enluminure extraite du Bréviaire de Louis de Guyenne, ca 1413-1415, Bibliothèque municipale de Châteauroux, Ms. 2, folio 282.

● 42. Pastel. De même, pour 1 charge de pastel, on paie 6 deniers tolsas, ou pour 1 quintal, 2 deniers tolsas, si le pastel est vendu, ou s'il est en transit, ou si on l'emporte ; on paie le demi-quintal, 1 denier tolsa, et la charge portée sur le cou, 1 poges (denier du Puy) ; et si c'est moins, on ne paie rien.

● 43. De même, pour 1 charge du roia (garance ?), c'est comme pour le pastel.

● 44. Pels (peaux). De même, pour 1 peau de renarde (mandra) ou de fouine (fayna), si on la vend ou qu'on l'achète ou qu'on l'emporte, on paie 1 denier tolsa.

● 45. Fusta. De même, pour 1 coffre ou autre meuble semblable, si on le vend ou s'il est en transit ou si on l'emporte, on paie 1 denier tolsa.

● 46. De même, pour une charge de bois, on paie 2 deniers tolsas, si elle est en transit ou si on la vend ou si on l'emporte, de quelque type qu'elle soit, à condition que le type de bois soit déclaré ; et pour 1 charge portée sur le cou, on paie 2 poges (deniers du Puy).

● 47. Vi (vin). De même, pour 1 charge de vin, si elle est en transit, oon paie 2 deniers tolsas ; ou si elle arrive en ville au détail (en menut), on paie la moitié du gietz (gain ?), et si elle vient en gros dans la ville, on paie 1 denier tolsa ; et si elle vient en charrette, quelle que soit la charrette, on paie 10 deniers tolsas ; et s'il y a 5 chevaux, ou pour chaque cheval, on paie 2 deniers tolsas.

● 48. Mersairia (mercerie, marchandises diverses). De même, pour 1 charge de mersairia blanqua (lingerie blanchie ?), qui est en transit, on paie 2 deniers tolsas ; et pour 1 charge portée sur le cou, on paie 1 poges (deniers du Puy) ; et si on l'expose à l'étalage plutôt que de seulement la faire transiter, et qu'on s'en retourne ensuite à sa maison, on donne 1 aiguille [à coudre].

● 49. De même, le marchand mercier (mercer) étranger [à Mirepoix], qui tient un étalage (taula) les jeudis (dijouses) coutumièrement, doit donner une once de poivre (pebre) aux trois fêtes annuelles [Noël, Pâques et Pentecôte].

● 50. De même, le marchand, qui porte sa charge sur le cou (colayre) et qui transite par la ville, paie 1 poges (deniers du Puy), s'il ne porte ni du poivre, ni de la seda (soie, étoffe ou crin), ni du safran, ni de la cire, et s'il expose à l'étalage plutôt que de transiter seulement par la ville, doit donner une aiguille.

● 51. Fusta (bois). De même, pour une charge d'anabs (hanaps, coupes), on donne 2 anabs, non des plus vils ni des meilleurs (milors) ; et il en va de même pour les verres et les écuelles ; pour une charge sur le cou, on donne 1 anab ou 1 verre ou une écuelle, si la vend ou si on la fait transiter ou si on ne l'emporte pas.

● 52. De même, por 1 grazalet (petit baquet, plat, jatte) ou 1 destrier (autre sorte de vaisselle), ou 1 cana (mesure), ou 1 baral (petit fût), on paie 2 deniers tolsas ; ou pour la charge sur le cou, 1 poges (denier du Puy), si ces marchandises sont vendues ou qu'elles sont emportées ailleurs.

● 53. De même, pour 4 canas, on paie 1 poges (denier du Puy) ; et s'il y en a moins, on ne paie rien.

● 54. Solas (semelles). De même, pour 1 charge de semelles, on paie 18 deniers tolsas, si elle est en transit ; et si elle vient dans la ville, on ne paie rien ; et si la charge est achetée, mais pas emportée ailleurs, on paie 18 deniers tolsas ; et pour 1 quintal, 6 deniers tolsas ; pour 1 demi-quintal, 3 deniers tolsas ; et pour les 2 semelles, 1 poges (denier du Puy) ; et si c'est moins, on ne donne rien, au choix de celui qui paie.

● 55. Fruta (fruits). De même, pour une charge de milgranas (grenades), on donne 2 grenades, ni les plus mauvaises ni les meilleures, si cette charge est en transit ou si on la vend ou si on l'achète. De même, pour la charge sur le cou, on donne une grenade. De même, pour 24 grenades, on ne paie rien.

● 56. Fruta (fruits). De même, pour le vin de grenade, on paie la même leude que pour le vin de la vendange (vezenha).

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Aersten Pieter, Scène de marché (1550), Alte Pinakothek, Munich, Bavière, Allemagne.

● 57. De même, pour une charge de pommes ou de nèfles (nesplas) ou de cerises (cireiras) ou de navets (nabs), on paie 2 deniers tolsas. De même, pour la charge sur le cou, on paie 1 poges (denier du Puy) ou 1 poignée (arpada) du fruit, au choix de celui à qui il appartient, s'il le vend ou s'il le fait passer ou s'il l'emporte.

● 58. De même, pour les figues, les prunes, les guignes (guinas, les prunelles (aranhas), les écrevisses (escaravidas), on ne paie rien.

● 59. Arnes de faures (accessoires des forgerons). De même, pour les gants (manias) de forgeron, si on les fait transiter ou si on les vend ou si on les achète, on paie 8 deniers tolsas.

● 60. De même, pour l'enclume (encluge) du forgeron, si elle est vendue ou si elle transite ou si elle n'est pas emportée ailleurs, on paie 6 deniers tolsas.

● 61. Pairolas (chaudrons). De même, pour une charge de chaudrons, on paie 18 deniers tolsas, si cette charge est en transit, ou si on la vend, ou si on l'emporte ; pour 1 quintal, on paie 6 deniers tolsas.

● 62. De même, pour 9 livres (liuras) de poids, on paie 1 poges (denier du Puy) ; si c'est moins, on ne paie rien.

● 63. De même, pour 1 charge de stahn (étain) ou de coyre (cuivre) ou de plom (plomb) ou de lato (laiton), on paie 18 deniers tolsas ; ou 1 quintal, 6 deniers tolsas, si la charge se vend, ou si elle est en transit, ou si elle n'est pas emportée ailleurs.

● 64. Vims (osiers). De même, pour 1 charge d'osier, on paie 2 deniers tolsas ; ou pour une charge portée sur le cou, 1 poges (denier du Puy), si l'osier est en transit, ou s'il est vendu ou s'il n'est pas emporté ailleurs.

● 65. De même, pour 1 manat (poignée) d'osier, l'homme étranger (estrahn) [à Mirepoix] qui la porte dans la ville pour la vendre, doit payer 1 poges (denier du Puy) ; et si c'est moins, il ne paie rien.

● 66. Cercles. De même, pour une charge de cercles ou de cabiros (chevrons), on paie 2 deniers tolsas. De même, pour un cercle de 2 brasses ou moins, on ne paie rien ; pour 2 garbas (gerbes, bottes, paquets) de cercles de tonneau, on ne paie rien, et pour 3 garbas , on paie 1 poges (denier du Puy).

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Tonneliers, in Jost Amman et Hans Sachs, Eygentliche Beschreibung aller Stände auff Erden, hoher und nidriger, geistlicher und weltlicher, aller Künsten, Handwercken und Händeln, Frankfurt am Main, 1568.

● 67. De même, pour 1 grazal (grand plat), on ne paie rien ; pour 3 petits plats, on ne paie rien ; pour 1 chevron (cabiro) de 2 brasses ou moins, on ne paie rien.

● 68. Pour 3 fonzes (fonds) de comportes (semals), on paie 1 poges (denier du Puy) ; s'il y en a moins, on ne paie rien.

● 69. Faures (forgerons). De même, pour une douzaine de faux (dals), on paie 2 deniers tolsas ; pour 6 faux, 1 denier tolsa ; pour 3 faux, 1 poges (denier du Puy) ; s'il y en a moins, on ne paie rien.

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Vulcain, par Robinet Testard, in Évrard de Conty, Échecs amoureux, ca 1496-1498, Manuscrit : Français 143, fol. 148r.

● 70. De même, pour une douzaine d'épées (espazas) ou de coutelas (costalers), qui ne sont pas finis, on paie 2 deniers tolsas ; pour une demi-douzaine, 1 denier tolsa ; et pour 3 épées ou 3 coutelas, 1 poges (denier du Puy) ; et pour 2 épées ou 2 coutelas, on ne paie rien, si on les vend, ou si épées ou coutelas sont en transit, ou s'ils ne sont pas emportés. De même, si épées et coutelas sont inachevés, on ne paie rien.

● 71. Carn (viande). De même, pour 1 porc salé (porc salat), on paie 2 deniers tolsas, pour 1 côté (laz, ), 1 denier tolsa, pour 1 quartier, 1 poges (denier du Puy) ; et si les quartiers sont entamés, on ne paie rien, le vendeur ne paie rien non plus.

● 72. Draps. De même, pour 1 cargada (charge) liée (llassada) de laine, on paie2 deniers tolsas, et pour 1 quintal, 1 denier tolsa ; et pour une liasse, 1 poges (denier du Puy) ; si elle est en transit, ou si elle est vendue dans la ville, le vendeur ne paie rien, mais celui qui la fait transiter, paie. De même, l'homme qui l'achète, s'il ne l'emporte pas ailleurs, paie la charge 2 deniers tolsas, le quintal 1 denier tolsa, la liasse 1 poges (denier du Puy).

● 73. Cuers (cœurs). De même, pour les cœurs de truie, on paie 1 denier tolsa par cœur.

● 74. Draps. De même, pour une charge de draps de laine, on paie 2 deniers tolsas si elle est en transit ; et si elle est vendue dans la ville, le vendeur ne paie rien ; celui qui fait transiter cette charge, donne 1 drap, et s'il fait transiter 1 seul drap, ou emporte 1 seul drap ailleurs, il paie 2 deniers tolsas comme pour une charge.

● 75. De même, pour une charge de draps de lin (li) et de futaine (fustani) sans soie, on paie 2 deniers tolsas, si on la fait transiter ; et si on la vend dans la ville, on ne paie rien ; et si on l'achète dans la ville, on ne paie rien non plus, mais on la déclare seulement.

● 76. De même, celui qui achète des draps de lin dans la ville et ne les emporte pas ailleurs, paie la douzaine, 1 denier tolsa ; et 6 cannes, 1 poges (denier du Puy) ; et si c'est moins, il ne paie rien.

● 77. De même, pour 1 charge de drap de soie (seda) ou d'or (aur) ou de futaine de soie, on paie 18 deniers tolsas, ou pour 1 quintal, 6 deniers tolsas, et ainsi de suite selon plus ou moins ; si les futaines sont vendues dans la ville, le vendeur ne paie rien, mais celui qui les fait transiter, paie.

● 78. Faures (forgerons). De même, pour les grands ciseaux à tondre (toroiras), la douzaine, 2 deniers tolsas ; et pour 6 toroiras, 1 denier tolsa, et 3 toroiras, 1 poges (denier du Puy) ; et si c'est moins, on ne paie rien.

● 79. Fusta (bois). De même, pour des cueillères, fuseaux (fuses), vertels (pesons de fuseau), on paie la charge, 2 deniers tolsas, et la charge portée sur le cou, 1 poges (denier du Puy).

● 80. Alum (alun). Pour l'alun et le brasil (brésil, bois rouge propre à la teinture), comme pour le pastel, on paie une charge, 6 deniers tolsas, ou 1 quintal, 2 deniers tolsas.

● 81. Faures (forgerons). De même, pour des pointes de charrue (araire), des bêches (ayshadas, des cavestz), des fossors (bêches à trois dents), si elles sont en transit ou si elles sont vendues dans la ville, on paie la douzaine ou le quintal 2 deniers tolsas ; ou les 6 pièces, 1 denier tolsa ; ou 3 pièces, 1 poges (denier du Puy) ; s'il y a moins de 3 pièces, on ne paie rien.

● 82. De même, si un forgeron veut tenir un étal toute l'année, il donne, au choix, une pièce en fer de son étal ou du fer de cet étal.

● 83. Capels (chapeaux). De même, pour les chapeaux de feutre, pour 1 charge, on donne 1 chapeau ; ou pour 1 douzaine, on paie 1 denier tolsa.

● 84. Blat (blé). De même, pour 1 charge de blé qu'on vend, on paie la moitié du gietz (?) ; celui qui l'achète, paie 2 deniers tolsas s'il l'emporte ailleurs.

● 85. Blat (blé). De même, pour 1 charge portée sur le cou, on paie 1 poges (denier du Puy), et moitié du gietz (gain ?). De même, pour 1 quartairo (quart de livre), 1 sestier, 1 demi-rusquet, et 1 mine (emia), et 1 quart de rusquet, on ne paie rien.

● 86. Correias (courroies, ceintures). De même, pour 1 grosse (douze douzaines) de ceintures ou de courroies, on paie 1 denier tolsa ; ou pour 1 charge, 18 deniers tolsas.

● 87. Austors (autours, oiseaux de proie). De même, pour 1 autour ou 1 faucon (falco), on paie 8 deniers tolsas ; et si 1 épervier (espaver) va en haut (va de naut), vole en hauteur) 3, on ne paie rien.

● 88. Fil. De même, pour 1 charge de fil de lin et de fil d'étoupe (stopa), si elle est en transit, 11 deniers tolsas ; ou pour une charge portée sur le cou, 1 poges (denier du Puy) ; et s'il la vend dans la ville, le vendeur ne paie rien, mais celui qui est en transit, paie.

● 89. Sucre. Pour du pols de sucre (sucre en poudre), on ne paie rien ; pour 1 charge de bo sucre (bon sucre), on paie 18 deniers tolsas.

● 90. Torns (tours à filer). De même, pour 1 charge de tours à filer, on paie 2 deniers tolsas ; et pour 6 et 5 tours, 1 denier tolsa ; pour 4 ou 3 ou 2 ou 1 tour, on ne paie rien.

● 91. Cendres. De même, pour 1 charge de cendres gravelées (cendres claveladas4, on paie 6 deniers tolsas ; pour 1 quintal, celui qui achète ou qui vend ou qui est en transit ou qui ne l'emporte pas, paie 2 deniers tolsas.

● 92. Holas (pots, marmites). Pour une charge de pots, ou de cruches (dorcs), ou de topis (pots de terre), on en donne 2 au gré (benevetz) de l'officier de la leude (leuder), mais pas les 4 meilleurs ; pour une charge portée sur le cou, on en donne 2 au gré de l'officier, mais pas les deux meilleurs.

● 93. De même, pour la souda de veire (soude destinée à la fabrication du verre), ou pour du verre brisé (trencat), on ne paie rien.

● 94. De même, pour des graines (gras) de sembe (?), ou des graines de semences de jardin, ou des graines de navet (nap), on ne paie rien.

● 95. De même, pour des pierres (peyras) de fenêtre (?), des fourches (forcas) pour l'aire (yera), des flagels (fouets), on ne paie rien.

● 96. De même, pour des paniers, des corbeilles pour le fumier (gorps), des cancels (corbeilles à barreaux pour charger les gerbes), des cages à poules (gabias de galinas), et toute autre sorte de corbeille (bredola) et rateau (rasteler), on ne paie rien.

● 97. De même, pour des fleurs flor, des œufs (huos), du fromage, de la corne, des peignes (penches), de la plume (ploma), de la mousse (mossa), de la colle (pega), du bois de charrue (fusta d'araira), des penches de moli (peignes de moulin ?), des balais de genet (genestas), de la peyrussa (?), du miel (mel), des chardons (cardos), du papier, du coton (coto), de la peau de bouc, de la peau de bœuf, des hardes (pelha), des draps qui sont à réparer (adobar), de la cire déjà utilisée, des souliers (sabatas), des chaises percées (selas), des freins (fres), des fourreaux de couteau (coutelairia), des couteaux (coutelieras), des chandelles faites de suif ou de cire dont à présent on ne se sert plus, de la vendange (vezenha), du [vieux] blé qu'on est prêt à renouveler et qui est issu de la ville, des fers de chevaux déjà usés, des serrures usées, des lances rouillées (lansas ferradas), des clous (claveles) à ferrer les chevaux, dans quelque état qu'ils soient, des parchemins (pargameses), des peignes de cardeur (cardas), des caros (charrettes), des furos (furets), on ne paie rien.

● 98. De même, pour la peau d'une grosse bête, pour une couverture (flassada) en peau de bouc ou de bœuf, on ne paie rien.

● 99. De même, un homme et une femme qui déménagent de leur plein gré et quittent donc la maison qu'ils ont habitée, n'ont rien à payer au passage pour leur mobilier et leur équipement. 5

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Adam et Ève dans leur destinée terrestre, ca 1180-1190, mosaïque de la cathédrale de Monreale, Sicile.


  1. Le mot leudaire désigne à la fois le territoire d'application du droit de leude — ici, le district de Mirepoix — et le registre dans lequel se trouvent enregistrés la liste des marchandises soumises au droit de leude ainsi que les tarifs et règlements d'application de ce droit.↩︎

  2. Deux types de charge se trouvent distingués dans le leudaire ci-dessus : la carga, qui pèse environ 350 livres (sachant que la livre de Mirepoix pèse 398,36 grammes), soit environ 140 kg ; et la saumata, qui pèse, de façon plus vague, le poids qu'une bête de somme peut porter.↩︎

  3. L'épervier qui va de naut, n'est sans doute pas appris à se tenir sur le poing, et il demeure par là moins intéressant pour la chasse.↩︎

  4. Les cendres gravelées sont obtenues à partir de l'incinération de la lie de vin. Il s'agit là d'une potasse impure à base de carbonate de potassium. Ces cendres servent d'engrais dans les vignes, ou de sel de vin, utile au nettoyage des draps sales ou graisseux, à la préparation des textiles et à l'ajout des teintures.↩︎

  5. Félix Pasquier, Cartulaire de Mirepoix, tome 2, Toulouse, Imprimerie et Librairie Édouard Privat, 1921, pp. 219-225. Traduction Christine Belcikowski.↩︎

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